Proanthocyanidines
Les proanthocyanidines sont des chaînes plus ou moins longues de petites unités de la famille des flavonoïdes, les flavan-3-ols, comme la catéchine et l’épicatéchine. On les appelle aussi tanins condensés ; cette page s’attache à leur chimie et à ce que l’on sait de leurs effets sur la santé, la page des tanins condensés à leur comportement de tanins. Elles se rangent parmi les polyphénols. Sur ce site, elles sont citées dans 122 fiches de plantes, en particulier chez les Rosacées, comme les aubépines, l’amélanchier ou le cognassier, et chez les millepertuis et les cistes.
I. Ce qui les rassemble
Une proanthocyanidine est un assemblage de flavan-3-ols. Ces unités ont le squelette des flavonoïdes, deux cycles aromatiques reliés par un cycle central contenant un atome d’oxygène, mais ce cycle central ne porte ni double liaison ni fonction cétone ; il porte en revanche un groupe hydroxyle (–OH) en position 3, d’où le « 3-ol » de leur nom. Selon une revue de 2008, la plante les assemble en chaînes courtes, les oligomères, ou longues, les polymères ; leur diversité de structure et de composition explique qu’on ait mis longtemps à comprendre leur fabrication.
Le nom de proanthocyanidine rappelle, lui, une propriété chimique. Traitées au laboratoire par un mélange de butanol et d’acide chlorhydrique, elles se défont en libérant des anthocyanidines, les pigments de base des anthocyanines ; on les dose d’ailleurs couramment en mesurant, par l’absorption de la lumière, les anthocyanidines ainsi libérées. Selon les unités qui les composent, on distingue notamment les procyanidines et les prodelphinidines, dont les proportions varient d’une plante à l’autre, par exemple entre deux espèces de lotiers.
II. Leur rôle dans la plante
Une revue de 2005 décrit les proanthocyanidines comme l’aboutissement de la voie de fabrication des flavonoïdes. On les trouve dans les fruits, l’écorce, les feuilles et les graines de nombreuses plantes, où elles les protègent contre ceux qui voudraient les manger. Ce sont elles aussi qui donnent leur saveur et leur astringence au vin, aux jus de fruits et au thé. Les auteurs reconnaissent qu’on ignore encore presque tout de la façon dont la plante assemble les unités en chaînes.
Leur rôle contre les champignons a été démontré chez le peuplier noir. Une étude de 2017 montre que les arbres infectés par la rouille du peuplier accumulent de la catéchine et des proanthocyanidines précisément à l’endroit de l’infection, à la face inférieure des feuilles. Aux concentrations mesurées dans la feuille, ces substances empêchent la germination des spores et freinent la croissance du champignon. Les peupliers qui en fabriquent naturellement davantage résistent mieux, et ceux chez qui l’on a éteint un gène qui commande leur fabrication deviennent plus sensibles.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les proanthocyanidines passent très mal dans le sang, et d’autant plus mal que leurs chaînes sont longues. Une revue de 2019 estime donc que leur principal lieu d’action est l’intestin. Selon une revue de 2020, certaines petites molécules qui en dérivent, et les produits de leur découpage par la flore du côlon, peuvent en revanche être absorbés. La même revue note que les études toxicologiques disponibles n’ont pas relevé de toxicité chez l’être humain.
Chez l’être humain, la canneberge a fait l’objet de nombreux essais. Selon la revue Cochrane de 2023, qui réunit 50 essais et près de 8 900 participants, les proanthocyanidines de la canneberge empêchent certaines bactéries Escherichia coli de s’accrocher à la paroi de la vessie, et les produits à base de canneberge réduisent d’environ 30 % le risque d’infection urinaire. Le bénéfice apparaît chez les femmes sujettes aux infections à répétition, chez les enfants et chez les personnes exposées après un geste médical ; il n’a pas été retrouvé chez les personnes âgées vivant en institution, chez les femmes enceintes ni en cas de vessie qui se vide mal. Aucun lien n’a été démontré entre la dose de proanthocyanidines et l’effet.
Sur le cœur et les vaisseaux, une méta-analyse de 2021 portant sur six essais et 376 personnes trouve une baisse de 4,6 mm Hg de la pression systolique et de 2,8 mm Hg de la diastolique.
IV. Précautions
Les proanthocyanidines sont présentes dans le vin, le thé, les fruits et de nombreuses plantes, et font partie de l’alimentation de toujours. Une revue de 2023 rappelle qu’elles peuvent se lier aux glucides, aux protéines et aux graisses du repas, ou aux enzymes qui les digèrent, et en réduire la digestion et l’absorption ; les mêmes auteurs jugent que les preuves cliniques de leurs effets digestifs manquent encore. Pour les compléments concentrés, une personne sous traitement doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 122 fiches qui citent les proanthocyanidines sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Apiacées — Sanicle d’europe.
Apocynacées — Pao pereira.
Aspléniacées — Capillaire des murailles, Doradille noire, Scolopendre.
Astéracées — Pissenlit à graines rouges.
Bétulacées — Aulne blanc, Aulne glutineux, Bouleau verruqueux, Charme-houblon, Noisetier de byzance.
Cannabacées — Houblon.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes.
Cistacées — Ciste à feuilles de laurier, Ciste à feuilles de sauge, Ciste cotonneux, Ciste de montpellier, Hélianthème à feuilles de lavande, Hélianthème commun, Hélianthème de montpellier, Hélianthème des alpes, Hélianthème des apennins.
Combrétacées — Arjuna.
Cornacées — Cornouiller mâle, Cornouiller sanguin.
Crassulacées — Orpin réfléchi, Rhodiola.
Cupressacées — Cyprès toujours vert, Genévrier commun.
Cypéracées — Laîche dioïque, Laîche pendante, Linaigrette à feuilles étroites, Linaigrette vaginée, Rhynchospore blanc.
Dryoptéridacées — Fougère mâle.
Ericacées — Airelle myrtille (Vaccinium myrtillus L.), Airelle rouge, Arbousier, Bruyère cendrée, Callune, Canneberge.
Euphorbiacées — Euphorbe verruqueuse.
Fabacées — Anthyllide vulnéraire, Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), Caroubier, Desmodium, Lotier corniculé, Sainfoin cultivé.
Fagacées — Chêne rouvre.
Géraniacées — Pélargonium.
Ginkgoacées — Ginkgo.
Grossulariacées — Cassis.
Hamamélidacées — Hamamélis.
Hypéricacées — Androsème, Millepertuis à feuilles de linaire, Millepertuis à grandes fleurs, Millepertuis couché, Millepertuis des marais, Millepertuis des montagnes, Millepertuis élégant, Millepertuis nain, Millepertuis perforé, Millepertuis quadrangulaire, Millepertuis velu.
Lamiacées — Lamier jaune, Sauge officinale, Thym commun.
Lauracées — Cannellier de ceylan.
Malvacées — Hibiscus des marais, Tilleul argenté.
Moracées — Figuier commun.
Moringacées — Moringa.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Paeoniacées — Pivoine officinale.
Pinacées — Épicéa commun, Mélèze d'europe, Pin maritime, Pin sylvestre, Sapin blanc.
Plantaginacées — Plantain à feuilles étroites.
Poacées — Grand sorgho, Molinie bleue, Orge cultivée.
Polygonacées — Oseille commune, Patience à feuilles obtuses, Patience maritime, Renouée amphibie, Renouée bistorte, Renouée de bohême, Renouée de sakhaline, Renouée du japon, Renouée persicaire.
Polypodiacées — Polypode intermédiaire.
Primulacées — Lysimaque commune, Lysimaque nummulaire.
Ptéridacées — Capillaire de montpellier.
Rhamnacées — Épine du christ, Nerprun alaterne.
Rosacées — Amandier, Amélanchier ovalis, Aubépine à deux styles, Aubépine monogyne, Cerisier sauvage, Cognassier, Églantier, Pêcher, Poirier sauvage, Pommier sauvage, Prunellier, Prunier d'afrique, Reine-des-prés, Rosier des champs, Rosier pimprenelle, Sorbier des oiseleurs, Sorbier domestique.
Rubiacées — Griffe de chat.
Salicacées — Saule blanc.
Sapindacées — Marron d’inde.
Taxacées — If commun.
Ulmacées — Orme champêtre.
Vitacées — Vigne rouge, Vigne vierge.
Sources
- Wikidata, entrées Q415265 « proanthocyanidins » (« dimers and oligomers of flavan-3-ol units ») et Q23050136 « (−)-epicatechin » ; structure d’un flavan-3-ol contrôlée avec RDKit.
- He F., Pan Q.H., Shi Y., Duan C.Q., « Biosynthesis and genetic regulation of proanthocyanidins in plants », Molecules, 2008, 13(10), 2674-2703. PMID 18971863.
- Grabber J.H., Zeller W.E., Mueller-Harvey I., « Acetone enhances the direct analysis of procyanidin- and prodelphinidin-based condensed tannins in lotus species by the butanol-HCl-iron assay », Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2013, 61(11), 2669-2678. PMID 23383722.
- Dixon R.A., Xie D.Y., Sharma S.B., « Proanthocyanidins — a final frontier in flavonoid research? », New Phytologist, 2005, 165(1), 9-28. PMID 15720617.
- Ullah C., Unsicker S.B., Fellenberg C., Constabel C.P. et coll., « Flavan-3-ols Are an Effective Chemical Defense against Rust Infection », Plant Physiology, 2017, 175(4), 1560-1578. PMID 29070515.
- Tao W., Zhang Y., Shen X., Cao Y. et coll., « Rethinking the Mechanism of the Health Benefits of Proanthocyanidins: Absorption, Metabolism, and Interaction with Gut Microbiota », Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety, 2019, 18(4), 971-985. PMID 33336996.
- Zeng Y.X., Wang S., Wei L., Cui Y.Y. et coll., « Proanthocyanidins: Components, Pharmacokinetics and Biomedical Properties », American Journal of Chinese Medicine, 2020, 48(4), 813-869. PMID 32536248.
- Williams G., Stothart C.I., Hahn D., Stephens J.H. et coll., « Cranberries for preventing urinary tract infections », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2023, 11(11), CD001321. PMID 37947276.
- Ren J., An J., Chen M., Yang H. et coll., « Effect of proanthocyanidins on blood pressure: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials », Pharmacological Research, 2021, 165, 105329. PMID 33465473.
- Chen Y., Wang J., Zou L., Cao H. et coll., « Dietary proanthocyanidins on gastrointestinal health and the interactions with gut microbiota », Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2023, 63(23), 6285-6308. PMID 35114875.








