Le Prince du Lac

Triterpènes

Molécule · Phytochimie

Les triterpènes sont des terpènes dont le squelette compte trente atomes de carbone. Une revue de 2019 en recense plus de 14 000 structures connues, ce qui en fait l’un des groupes les plus nombreux parmi les substances que fabriquent les plantes. Plusieurs ont leur propre page, comme l’acide oléanolique et l’acide ursolique. Lorsqu’un triterpène porte des chaînes de sucres, il devient une saponine triterpénique, qui a aussi sa page. Sur ce site, ils sont cités dans 190 fiches de plantes, en premier lieu chez les Astéracées, les Lamiacées et les Rosacées.

I. Ce qui les rassemble

Tous les triterpènes naissent d’une même molécule de trente carbones, l’oxydosqualène. Une famille d’enzymes, les oxydosqualène cyclases, replie cette longue chaîne en plusieurs cycles accolés. D’après la revue de 2019, ces enzymes produisent à elles seules plus de cent charpentes différentes. La plante les diversifie ensuite en y fixant des atomes d’oxygène et des sucres.

Une revue de 2007, qui a classé les saponines d’après leur charpente, donne les noms des principales familles : dammaranes, lupanes, oléananes, ursanes, cucurbitanes, cycloartanes, lanostanes, et les stéroïdes, qui partent eux aussi de l’oxydosqualène. La charpente de type oléanane est la plus répandue et se rencontre dans la plupart des ordres du règne végétal. Certains triterpènes comptent cinq cycles, comme les acides boswelliques de la résine du boswellia, et on les dit alors pentacycliques. D’autres n’en comptent que quatre, comme les cucurbitacines. Le type lupane a pour représentant le plus connu la bétuline, que l’on extrait de l’écorce de bouleau.

II. Leur rôle dans la plante

La revue de 2019 rappelle que les triterpènes jouent un rôle dans la défense de la plante et dans son développement. Elle montre aussi, sur l’exemple de la barbarée, une crucifère, qu’une seule petite retouche de la structure d’un triterpène suffit à changer ses effets biologiques. Les gènes qui fabriquent ces molécules sont parfois regroupés côte à côte sur les chromosomes, comme chez l’avoine, les Cucurbitacées et les morelles, ou dispersés ailleurs, comme chez la barbarée.

Deux groupes de triterpènes se signalent l’un par son abondance, l’autre par son goût. L’écorce du bouleau contient assez de bétuline pour qu’une revue de 2022 recense les méthodes permettant de l’en extraire en grande quantité, à partir des déchets de l’industrie du bois. Les cucurbitacines, elles, sont les substances très amères que l’on trouve dans les Cucurbitacées ; une revue de 2015 en décrit douze classes et plus de deux cents dérivés.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Le résultat obtenu chez l’être humain le mieux documenté concerne l’écorce de bouleau. Un gel composé de 10 % d’extrait sec d’écorce de bouleau et de 90 % d’huile de tournesol, dont l’actif est un ensemble de triterpènes, est devenu le premier traitement autorisé dans l’Union européenne et au Royaume-Uni pour les plaies de l’épidermolyse bulleuse, une maladie héréditaire rare qui rend la peau extrêmement fragile. Dans le grand essai en double aveugle qui a permis cette autorisation, davantage de patients ont vu leur plaie se refermer complètement en quarante-cinq jours avec ce gel qu’avec un gel témoin. Chez les enfants, la proportion était de 44,6 % contre 25,6 %, et les effets indésirables étaient aussi fréquents dans les deux groupes. Cette analyse a été financée par le laboratoire Chiesi, dont plusieurs employés figurent parmi les auteurs.

La résine du boswellia contient plus de douze acides boswelliques. Une revue de 2016 explique qu’ils freinent en laboratoire la fabrication de plusieurs messagers de l’inflammation, que l’un d’eux passe bien dans le sang et l’autre beaucoup moins, et que leur absorption fait plus que doubler lorsqu’ils sont pris avec un repas gras. Dans l’arthrose du genou, une méta-analyse de 2024 portant sur treize essais ne trouve pas d’effet significatif lorsque tous les essais sont regroupés, en raison de leur grande diversité, mais retrouve un bénéfice lorsqu’on ne retient que les essais contre placebo. Ses auteurs y voient une piste intéressante pour les personnes qui supportent mal les anti-inflammatoires, tout en demandant des essais de meilleure qualité.

Les cucurbitacines, enfin, montrent une forte activité contre les cellules cancéreuses. Les mécanismes décrits par la revue de 2015 ont été étudiés sur des cellules, et le résumé de cette revue ne fait état d’aucun essai chez l’être humain.

IV. Précautions

Les cucurbitacines sont aussi la cause d’intoxications réelles. Entre 2012 et 2016, les centres antipoison français ont recensé 353 personnes intoxiquées par des courges non comestibles, dont 71,7 % au sein d’intoxications collectives. Plus de la moitié des courges venaient du commerce et un quart du jardin. Les troubles étaient surtout digestifs, diarrhée, vomissements et douleurs du ventre ; il n’y a eu ni décès ni cas grave, mais quatorze cas de gravité moyenne. Les auteurs, qui attribuent ces troubles aux molécules responsables du goût amer, conseillent de jeter toute courge amère. Un cas publié en Allemagne en 2020 décrit une femme de 66 ans hospitalisée pour une inflammation hémorragique du côlon après avoir mangé une courgette amère ; elle a pu se réalimenter au bout de deux jours. Les médecins notent que ces accidents sont rares mais peuvent survenir avec les légumes de petits jardins, par temps chaud, et que le goût amer est la clé du diagnostic.

Les triterpènes liés à des sucres, les saponines, posent des questions propres, liées à leur action sur les membranes des cellules ; elles sont traitées sur la page des saponines. Pour les extraits de boswellia, la revue de 2016 rapporte des effets indésirables rares et légers, surtout digestifs.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 190 fiches qui citent les triterpènes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Alismatacées — Plantain d’eau.

Anacardiacées — Pistachier lentisque, Pistachier térébinthe.

Apiacées — Buplèvre en faux, Carvi, Centella asiatica, Eryngium maritime, Fenouil commun.

Apocynacées — Laurier-rose, Petite pervenche.

Araliacées — Éleuthérocoque.

Asclépiadacées — Gymnema.

Aspléniacées — Capillaire des murailles, Cétérach officinal, Doradille noire, Scolopendre.

Astéracées — Armoise commune, Aster des alpes, Bardane à petites têtes, Bardane commune, Carline acaule, Centaurée scabieuse, Crépide capillaire, Épervière commune, Épervière piloselle, Laiteron des champs, Laiteron maraîcher, Marguerite commune, Pâquerette, Pied de chat, Pissenlit à graines rouges, Pissenlit des alpes, Pissenlit des marais, Pissenlit officinal, Pissenlit tardif, Séneçon commun, Souci des champs, Souci officinal, Tussilage, Vergerette du canada.

Bétulacées — Aulne blanc, Aulne glutineux, Aulne vert, Bouleau nain, Bouleau pubescent, Bouleau verruqueux, Charme-houblon, Noisetier.

Brassicacées — Roquette, Roquette de mer.

Burséracées — Boswellia.

Campanulacées — Campanule agglomérée, Campanule des cévennes, Campanule étalée, Campanule persicifoliée.

Cannabacées — Micocoulier de provence.

Caprifoliacées — Sureau noir.

Caryophyllacées — Alsine intermédiaire, Céraiste commun, Céraiste glomérulé, Gypsophile paniculée, Silène blanc, Silène maritime.

Célastracées — Fusain d’europe.

Combrétacées — Arjuna, Myrobolan chébule.

Cucurbitacées — Bryone dioïque, Coloquinte.

Cypéracées — Laîche des sables, Laîche pendante, Linaigrette à feuilles étroites, Souchet rond.

Dipsacacées — Cardère velue.

Dryoptéridacées — Fougère mâle.

Equisétacées — Prêle des champs, Prêle d’hiver.

Ericacées — Bruyère cendrée, Busserole, Callune, Canneberge, Monotrope sucepin.

Euphorbiacées — Chamaesyce maculée, Euphorbe des bois, Euphorbe des garrigues, Euphorbe épurge, Euphorbe verruqueuse.

Fabacées — Astragale, Bugrane épineuse, Févier d’amérique, Griffonia, Luzerne cultivée, Réglisse.

Fagacées — Chêne rouvre.

Ganodermatacées — Reishi.

Gentianacées — Petite centaurée.

Grossulariacées — Cassis.

Iridacées — Glaïeul commun, Glaïeul des moissons, Iris de sibérie, Iris des pyrénées, Iris fétide, Iris germanique, Iris nain.

Lamiacées — Basilic commun, Brunelle commune, Calament officinale, Clinopode commun, Coleus, Épiaire officinale, Hysope officinale, Lycope d'europe, Mélisse officinale, Ortie blanche, Sarriette des jardins, Sarriette vivace, Sauge des prés, Sauge sclarée, Thym commun, Thym serpolet, Tulsi.

Lycopodiacées — Lycopode en massue.

Ményanthacées — Trèfle d'eau.

Moracées — Figuier commun, Mûrier blanc.

Nymphéacées — Nénuphar blanc.

Oléacées — Filaire à feuilles étroites, Filaire à feuilles larges, Olivier, Troène commun.

Onagracées — Circée de paris, Épilobe à feuilles de romarin, Épilobe à petites fleurs, Épilobe des marais, Épilobe hirsute.

Paeoniacées — Pivoine officinale.

Pédaliacées — Griffe du diable.

Plantaginacées — Bacopa, Grand plantain.

Poacées — Roseau commun.

Polygonacées — Renouée des oiseaux.

Portulacacées — Montie annuelle, Pourpier.

Primulacées — Androsace alpestre, Androsace velue, Cyclamen de naples, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée, Mouron bleu, Mouron rouge, Primevère élevée, Soldanelle des alpes.

Ptéridacées — Capillaire de montpellier.

Renonculacées — Actée à grappes noires, Anémone des bois, Clématite des alpes.

Rhamnacées — Bourdaine des alpes, Épine du christ, Jujubier, Nerprun alaterne.

Rosacées — Aigremoine eupatoire, Amélanchier ovalis, Aubépine à deux styles, Aubépine monogyne, Benoîte commune, Fraisier des bois, Framboisier, Grande pimprenelle, Merisier à grappes, Petite pimprenelle, Potentille ansérine, Potentille dressée, Potentille rampante, Potentille tormentille, Prunier d'afrique, Ronce.

Rubiacées — Garance voyageuse, Griffe de chat, Quinquina.

Salicacées — Peuplier blanc, Peuplier tremble, Saule des vanniers, Saule fragile, Saule pourpre.

Santalacées — Gui commun.

Sapindacées — Érable champêtre.

Ulmacées — Orme champêtre.

Verbénacées — Lantana, Verveine officinale.

Violacées — Violette des pyrénées, Violette éperonnée.

Sources

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  • Jung C., Steuber B., Schwörer H., « [Food poisoning by cucurbitacines] » (article en allemand, titre anglais donné par PubMed), Deutsche Medizinische Wochenschrift, 2020, 145(14), 988-990. PMID 32668470.
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