Terpènes
Les terpènes, que l’on appelle aussi terpénoïdes ou isoprénoïdes, forment la plus grande et la plus variée des familles de substances fabriquées par les plantes. Les trois noms désignent en pratique le même ensemble, qui réunit aussi bien des molécules odorantes que des pigments et certaines hormones végétales. Cette page sert d’entrée à toute la famille, qui se divise en plusieurs ordres ayant chacun leur page : les monoterpènes, les sesquiterpènes, les diterpènes, les triterpènes et les caroténoïdes. Sur ce site, ils sont cités dans 173 fiches de plantes sous leur nom général, surtout chez les Lamiacées et les Apiacées ; beaucoup d’autres fiches nomment directement l’un de ces ordres ou l’une de ses molécules.
I. Ce qui les rassemble
Tous les terpènes sont bâtis avec la même brique : une petite molécule de cinq atomes de carbone, qui existe sous deux formes très proches. La plante accroche ces briques les unes aux autres, puis replie la chaîne obtenue. Une revue de 2013 rappelle que les plantes ont une particularité : elles fabriquent ces briques par deux chemins indépendants, l’un dans le liquide qui remplit la cellule, appelé voie du mévalonate, l’autre dans les plastes, la famille de petits organites dont font partie les chloroplastes, appelé voie du MEP.
C’est le nombre de briques qui sert à ranger les terpènes. Une seule brique donne l’isoprène, une molécule volatile que certaines plantes émettent dans l’air. Deux briques, soit dix carbones, donnent les monoterpènes ; trois briques, quinze carbones, les sesquiterpènes ; quatre briques, vingt carbones, les diterpènes. Les triterpènes comptent trente carbones. Une revue de 2021 signale aussi un groupe resté longtemps dans l’ombre, les sesterterpènes à vingt-cinq carbones, dont la fabrication n’a été décrite que récemment. Les caroténoïdes, enfin, sont des terpènes à quarante carbones : on en connaissait environ 850 en 2018.
Ce qui donne à chaque terpène sa forme, ce sont des enzymes appelées terpène synthases. Une équipe qui les a recensées en 2011 compte de 40 à 152 gènes de ces enzymes dans les génomes de quelques plantes modèles, plantes à fleurs ou gymnospermes, le groupe des conifères. Elle note que des milliers de terpènes ont été trouvés dans le règne végétal, mais que chaque espèce n’en fabrique qu’une petite partie. Chaque plante a ainsi son propre assortiment de terpènes.
II. Leur rôle dans la plante
Certains terpènes sont indispensables à la vie de toutes les plantes. Les stérols, dont le principal représentant végétal a sa page, le β-sitostérol, et les carotènes en font partie. Les caroténoïdes accompagnent la chlorophylle dans les feuilles, protègent la plante contre l’excès de lumière et servent de point de départ à des hormones végétales. Une autre hormone végétale, la gibbérelline, provient elle aussi d’un terpène : même une mousse, qui ne possède qu’un seul gène de terpène synthase, l’emploie à fabriquer le précurseur de cette hormone.
La grande majorité des terpènes a pourtant un autre rôle. Selon une revue de 2015, la plante les emploie surtout dans ses échanges chimiques avec son entourage et pour se protéger des agressions, qu’elles viennent d’êtres vivants ou du climat. Une revue de 2007 résume ces fonctions : les terpènes défendent la plante contre les animaux qui la mangent, contre les microbes et contre les plantes concurrentes ; ils servent aussi de messages adressés aux êtres vivants qui coopèrent avec elle. Une revue de 2025 ajoute que l’isoprène et les monoterpènes que la plante émet l’aident à supporter la chaleur, en limitant les dégâts de l’oxydation et en protégeant ses chloroplastes. Les auteurs de la revue de 2007 soulignent qu’on n’a étudié jusqu’ici qu’une très petite partie de ces molécules, et que bien des rôles restent à découvrir.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les êtres humains se servent depuis longtemps des terpènes, dans l’alimentation, la pharmacie et l’industrie. Les monoterpènes et les sesquiterpènes forment l’essentiel des huiles essentielles. Une revue de 2019 consacrée aux terpènes utiles en médecine explique leur intérêt par l’histoire de leur évolution : l’évolution a retenu chez les plantes des molécules qui agissent sur les animaux, et c’est pourquoi certaines agissent aussi sur nous. Elle cite notamment le paclitaxel, l’artémisinine, les cannabinoïdes et des monoterpènes de la famille du menthol. Les pages des diterpènes et des sesquiterpènes racontent l’histoire des deux premiers.
Ces exemples portent sur des molécules isolées et purifiées, employées comme médicaments à des doses précises. Ils ne disent rien, à eux seuls, des effets d’une plante entière qui contient ces terpènes au milieu de centaines d’autres substances. Chaque page d’ordre détaille ce que les études ont réellement mesuré, en distinguant l’éprouvette, l’animal et l’être humain.
IV. Précautions
Une famille aussi vaste n’a pas un profil de sécurité unique : certains entrent dans l’alimentation, d’autres sont toxiques. Deux points méritent pourtant d’être connus. Le premier concerne le foie. Une revue de 2018 explique que la plupart des monoterpènes et des sesquiterpènes entrent facilement dans l’organisme, par la bouche, par la peau ou par la respiration. Les études qu’elle rassemble montrent que plusieurs d’entre eux, comme la pulégone, le menthofurane, le camphre ou le limonène, peuvent léser le foie, parce que le corps les transforme en dérivés agressifs. Les auteurs estiment probable que d’autres terpènes, encore mal étudiés, le puissent aussi.
Le second concerne la peau. Au contact de l’air, les terpènes peuvent s’oxyder spontanément et former des hydroperoxydes, des dérivés capables de provoquer une allergie de contact. Une revue de 2021 retrace un siècle de recherches sur ce sujet, commencé avec l’eczéma des peintres qui manipulaient de la térébenthine. Ses auteurs concluent que les hydroperoxydes de monoterpènes restent aujourd’hui une cause fréquente d’allergie de contact dans la population générale. C’est donc la forme oxydée, et non la molécule fraîche, qui est en cause.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 173 fiches qui citent les terpènes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Alismatacées — Plantain d’eau.
Apiacées — Ache des marais, Ciguë maculée, Coriandre cultivée, Eryngium champêtre, Fenouil des alpes, Laser de france, Livèche officinale, Macéron, Opopanax chironium, Orlaya à grandes fleurs, Panais sauvage, Pimprenelle saxifrage, Séséli annuel, Tordyle majeur, Xanthosélin des alpes, Œnanthe aquatique.
Aristolochiacées — Aristoloche à feuilles rondes, Aristoloche clématite, Aristoloche pistoloche.
Aspléniacées — Doradille noire.
Astéracées — Achillée millefeuille, Achillée sternutatoire, Arnica des montagnes, Camomille des champs, Chardon des champs, Chardon penché, Grande camomille, Inule visqueuse, Matricaire camomille, Séneçon jacobée, Souci des champs, Tanaisie commune.
Bétulacées — Bouleau nain, Bouleau pubescent, Noisetier.
Brassicacées — Ibéris amère, Roquette de mer, Tephroseris des alpes.
Campanulacées — Jasione des sables, Raiponce des alpes, Raiponce hémisphérique.
Cannabacées — Chanvre.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des jardins, Viorne obier.
Caryophyllacées — Alsine intermédiaire, Céraiste commun, Céraiste glomérulé, Gypsophile paniculée, Silène blanc, Silène maritime, Silène nocturne.
Célastracées — Fusain d’europe.
Cupressacées — Cyprès chauve, Cyprès toujours vert, Genévrier cade, Genévrier de phénicie, Genévrier thurifère.
Cypéracées — Laîche des sables, Laîche glauque, Souchet rond.
Dipsacacées — Cardère sauvage, Cardère velue, Céphalaire des alpes, Knautie des bois, Knautie des champs, Scabieuse colombaire, Scabieuse des champs.
Ericacées — Andromède à feuilles de polium, Canneberge, Rhododendron ferrugineux, Rhododendron hirsute.
Euphorbiacées — Chamaesyce maculée, Euphorbe des garrigues, Euphorbe épurge.
Fabacées — Bugrane épineuse, Févier d’amérique, Luzerne cultivée.
Grossulariacées — Cassis.
Hypéricacées — Millepertuis à feuilles de linaire, Millepertuis couché, Millepertuis des marais, Millepertuis des montagnes, Millepertuis nain.
Iridacées — Glaïeul commun, Glaïeul des moissons, Iris de sibérie, Iris des pyrénées, Iris fétide, Iris germanique, Iris nain.
Joncacées — Jonc aggloméré, Jonc articulé, Jonc diffus, Jonc épars, Jonc maritime.
Juglandacées — Noyer commun.
Lamiacées — Basilic commun, Brunelle commune, Épiaire officinale, Galéopsis tétrahit, Germandrée petit-chêne, Hysope officinale, Lavande aspic, Lavande vraie, Lierre terrestre, Menthe aquatique, Menthe à longues feuilles, Menthe cervine, Menthe de corse, Menthe des champs, Menthe douce, Menthe odorante, Menthe poivrée, Menthe pouliot, Menthe verte, Menthe-chat (cataire), Mélitte à feuilles de mélisse, Romarin, Sauge des prés, Sauge sclarée, Thym serpolet, Tulsi.
Lauracées — Camphrier, Laurier du japon, Laurier noble.
Magnoliacées — Magnolia officinal.
Malvacées — Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles, Tilleul à petites feuilles.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Oléacées — Filaire à feuilles étroites, Filaire à feuilles larges, Olivier.
Onagracées — Épilobe à petites fleurs.
Orchidacées — Ophrys bécasse, Ophrys mouche.
Paeoniacées — Pivoine officinale.
Pinacées — Cèdre de l’atlas, Cèdre du liban, Mélèze d'europe, Pin maritime, Pin sylvestre.
Poacées — Agrostide stolonifère, Mélique ciliée, Panic pied-de-coq, Panicaut sanguin, Roseau commun.
Polygonacées — Renouée des oiseaux.
Portulacacées — Montie annuelle, Pourpier.
Primulacées — Androsace alpestre, Androsace velue, Mouron bleu, Primevère élevée, Soldanelle des alpes.
Renonculacées — Clématite des alpes.
Rosacées — Aubépine monogyne, Potentille tormentille, Ronce.
Rubiacées — Gaillet croisette.
Rutacées — Rue à feuilles étroites.
Salicacées — Peuplier blanc, Peuplier noir, Peuplier tremble.
Scrofulariacées — Scrofulaire de provence, Scrofulaire des ombrages, Scrofulaire du péloponnèse.
Valérianacées — Valériane dioïque, Valériane officinale, Valériane triptère.
Verbénacées — Verveine citronnée.
Violacées — Violette odorante.
Sources
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- Chen F., Tholl D., Bohlmann J., Pichersky E., « The family of terpene synthases in plants: a mid-size family of genes for specialized metabolism that is highly diversified throughout the kingdom », The Plant Journal, 2011, 66(1), 212-229. PMID 21443633.
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- Bergman M.E., Davis B., Phillips M.A., « Medically Useful Plant Terpenoids: Biosynthesis, Occurrence, and Mechanism of Action », Molecules, 2019, 24(21), 3961. PMID 31683764.
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