Le Prince du Lac

Camphre

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Camphre
Camphre — C10H16O, 152,24 g/mol

Le camphre est un monoterpène, c’est-à-dire un terpène à dix atomes de carbone, qui porte une fonction cétone. On l’obtenait traditionnellement en distillant le bois du camphrier, Cinnamomum camphora, mais il est aussi un constituant important de l’huile essentielle de nombreuses plantes aromatiques, et on sait le fabriquer à partir de la térébenthine. Sur ce site, il est cité dans 16 fiches de plantes, surtout des Lamiacées, comme les sauges, le romarin, les lavandes et le lavandin, et des Astéracées, comme les armoises, la tanaisie, la grande camomille ou le génépi.

I. Sa formule

Sa formule brute est C10H16O, pour une masse molaire de 152,24 g/mol. Sa structure est compacte : six atomes de carbone forment un cycle, et un septième atome, qui porte deux groupes méthyle, le traverse comme un pont. Il en résulte une sorte de cage. L’un des atomes du cycle porte un oxygène relié par une double liaison, la fonction cétone.

Deux atomes de carbone de cette cage sont dits asymétriques, et le camphre existe sous deux formes, images l’une de l’autre dans un miroir. Chez la lavande, l’enzyme qui accomplit la dernière étape de sa fabrication sait transformer indifféremment les deux formes de son précurseur, le bornéol. La formule dessinée sur cette page est celle du (R)-(+)-camphre. Elle a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’il fait dans la plante

La sauge officinale fabrique une gamme très large de monoterpènes en cycles, dont le camphre, le cinéole et les pinènes. Les chercheurs y ont isolé l’enzyme qui prépare le squelette du camphre, et constaté qu’elle produit aussi de l’alpha-pinène et du limonène. Chez les lavandes, le camphre est un critère de qualité de l’huile ; dans une étude de 2026, c’est un lavandin qui en contenait le plus, et les gènes de sa fabrication y étaient les plus actifs.

Le camphre sert aussi la plante contre ses voisines. Une sauge, Salvia leucophylla, est célèbre pour cela : ses buissons sont entourés d’une bande de sol nu large d’un à trois mètres, puis d’une zone où l’herbe pousse mal, avant que la prairie ne retrouve son aspect normal, trois à neuf mètres plus loin. Les chercheurs attribuent ce paysage aux monoterpènes, surtout le cinéole et le camphre, qui s’évaporent des feuilles, se fixent dans le sol et empêchent les graines des plantes annuelles de germer et de grandir. Ce phénomène, où une plante freine la croissance des autres par des substances chimiques, s’appelle l’allélopathie.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Le camphre a une longue histoire. Il servait déjà de parfum et entrait dans les liquides d’embaumement ; au temps de la peste noire, on l’employait en fumigation. On l’emploie aujourd’hui comme parfum dans les cosmétiques, comme arôme, dans les produits ménagers, et dans les baumes et liniments appliqués sur la peau contre les petites douleurs musculaires.

Les biologistes ont en partie compris comment il agit sur nos sens. Il active un récepteur de la peau, appelé TRPV3, qui réagit à la chaleur au-delà de 33 °C et se trouve dans les cellules de la couche superficielle de la peau. Or le camphre modifie, chez l’être humain, la sensation de chaleur. Il active aussi, plus faiblement, le récepteur de la chaleur brûlante et du piment, TRPV1, mais il le désensibilise ensuite plus vite et plus complètement que la capsaïcine du piment ; il bloque enfin un autre récepteur de la douleur, TRPA1. Les auteurs pensent que ces deux derniers effets expliquent son action contre la douleur. Ces travaux ont été menés sur des cellules et chez la souris et le rat.

IV. Précautions

Le camphre est une substance très toxique, et les cas d’intoxication sont nombreux. Le jeune enfant est particulièrement exposé. Une revue de 2004 rappelle que 500 mg de camphre ont suffi, chez l’enfant, à causer la mort, et que des doses de 750 à 1 000 mg sont associées à des convulsions et à des décès. Or un produit à 10 % de camphre en contient 500 mg dans 5 ml, le volume d’une cuillère à café. Les auteurs recommandent qu’un enfant de moins de six ans qui en a absorbé 500 mg ou plus soit conduit sans délai à l’hôpital.

La peau ne protège pas. En 2009, à New York, trois enfants de 15 à 36 mois ont fait des convulsions à cause du camphre : deux l’avaient avalé, le troisième en recevait des frictions répétées sur la peau. Tous trois ont eu besoin de médicaments pour arrêter les crises. L’huile essentielle de sauge, qui contient notamment du camphre, a de même provoqué des convulsions chez un nouveau-né et chez un tout-petit après une exposition accidentelle ; tous deux se sont bien remis.

Il en découle des règles simples. Le camphre, l’huile camphrée, les pommades camphrées et les huiles essentielles riches en camphre ne s’appliquent jamais sur la peau d’un nourrisson ou d’un jeune enfant, ne s’avalent pas, et se rangent hors de portée. Une femme enceinte ou allaitante, une personne épileptique ou sous traitement demanderont conseil avant d’en employer. Les cas rapportés concernent tous des produits concentrés, camphre pur, huile ou pommade, et non les plantes employées selon l’usage.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 16 fiches qui citent la Camphre sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Apiacées — Coriandre cultivée.

Astéracées — Armoise blanche, Armoise commune, Armoise maritime, Génépi, Grande camomille, Tanaisie commune.

Lamiacées — Brunelle commune, Lavande aspic, Lavande vraie, Lavandin, Romarin, Sauge des prés, Sauge officinale.

Lauracées — Camphrier.

Monimiacées — Boldo.

Sources

  • Wikidata, entrée Q27089415 « (R)-camphor » (formule brute C10H16O, identifiant PubChem 159055, numéro CAS 464-49-3) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée. L’entrée Q181559, relevée au départ, désigne le groupe des deux formes.
  • Chen W., Vermaak I., Viljoen A., « Camphor — a fumigant during the Black Death and a coveted fragrant wood in ancient Egypt and Babylon — a review », Molecules, 2013, 18(5), 5434-5454. PMID 23666009.
  • Zeng Y., Nie J., Lan H., Zhang Y. et coll., « Analysis of the Expression Profiles of Borneol Dehydrogenase Genes and Its Catalytic Function in Camphor Biosynthesis in Lavender », Journal of Natural Products, 2026, 89(6), 1785-1801. PMID 42252649.
  • Wise M.L., Savage T.J., Katahira E., Croteau R., « Monoterpene synthases from common sage (Salvia officinalis). cDNA isolation, characterization, and functional expression of (+)-sabinene synthase, 1,8-cineole synthase, and (+)-bornyl diphosphate synthase », Journal of Biological Chemistry, 1998, 273(24), 14891-14899. PMID 9614092.
  • Sakai A., Yoshimura H., « Monoterpenes of Salvia leucophylla », Current Bioactive Compounds, 2012, 8(1), 90-100. PMID 22754426.
  • Moqrich A., Hwang S.W., Earley T.J., Petrus M.J. et coll., « Impaired thermosensation in mice lacking TRPV3, a heat and camphor sensor in the skin », Science, 2005, 307(5714), 1468-1472. PMID 15746429.
  • Xu H., Blair N.T., Clapham D.E., « Camphor activates and strongly desensitizes the transient receptor potential vanilloid subtype 1 channel in a vanilloid-independent mechanism », The Journal of Neuroscience, 2005, 25(39), 8924-8937. PMID 16192383.
  • Love J.N., Sammon M., Smereck J., « Are one or two dangerous? Camphor exposure in toddlers », The Journal of Emergency Medicine, 2004, 27(1), 49-54. PMID 15219304.
  • Khine H., Weiss D., Graber N., Hoffman R.S. et coll., « A cluster of children with seizures caused by camphor poisoning », Pediatrics, 2009, 123(5), 1269-1272. PMID 19403490.
  • Halicioglu O., Astarcioglu G., Yaprak I., Aydinlioglu H., « Toxicity of Salvia officinalis in a newborn and a child: an alarming report », Pediatric Neurology, 2011, 45(4), 259-260. PMID 21907890.
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