Mucilages
Les mucilages sont des substances végétales qui gonflent au contact de l’eau et forment un gel visqueux. Ce sont des polysaccharides, c’est-à-dire de longues chaînes de sucres, mais de compositions très variées : ce qui les rassemble est moins leur formule chimique que leur comportement dans l’eau. On en trouve notamment dans des racines, des tubercules et l’enveloppe de certaines graines. Sur ce site, ils sont cités dans 174 fiches de plantes : les orchidées, les mauves, la guimauve et les tilleuls, les plantains et le psyllium, les orpins et les joubarbes, les molènes, les violettes, la bourrache et la consoude, le lin ou encore le tussilage.
I. Ce qui les rassemble
Le mot « mucilage » ne désigne pas une famille chimique au sens strict, mais une propriété : celle de retenir une grande quantité d’eau en formant une gelée. Derrière ce comportement commun se cachent des sucres différents selon les plantes. Dans la racine de guimauve, les chercheurs décrivent des polysaccharides de type rhamnogalacturonane. Dans l’enveloppe des graines du psyllium, la fraction qui forme le gel est un arabinoxylane : une étude de 2004 l’a trouvée faite aux trois quarts de xylose et pour près d’un quart d’arabinose, avec une chaîne principale très ramifiée. Dans les tubercules de plusieurs orchidées, c’est un glucomannane, fait de glucose et de mannose ; une étude de 2019 en a comparé la teneur chez quatorze espèces d’orchidées, dont les tubercules séchés et moulus fournissent la poudre de salep, consommée comme aliment.
II. Leur rôle dans la plante
Le rôle des mucilages a surtout été étudié dans les graines. Chez de nombreuses espèces, l’enveloppe de la graine ou du fruit sécrète un mélange gélatineux de polysaccharides de la paroi des cellules. Une revue de 2021 fait le point sur ce que l’on sait de son utilité. Le mucilage aide la graine à germer et la jeune plantule à s’installer, surtout dans des conditions difficiles, probablement en gardant la graine humide quand l’eau vient à manquer. Il pourrait aussi intervenir dans la dispersion des graines, en les collant au sol, en les protégeant dans le tube digestif des animaux qui les avalent ou en modifiant leur capacité à flotter ; les auteurs présentent ces fonctions comme des hypothèses. Enfin, le mucilage sert d’intermédiaire dans les relations de la graine avec d’autres êtres vivants. Les auteurs soulignent que ces fonctions ont reçu moins d’attention que la chimie de ces substances, et qu’il reste beaucoup à apprendre.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
La guimauve est l’exemple type des plantes à mucilage employées pour adoucir les muqueuses irritées. Une équipe rappelle en 2010 que les extraits aqueux de sa racine sont largement utilisés contre les muqueuses irritées, et que leurs effets tiennent à leurs polysaccharides, qui adhèrent aux tissus et forment à leur surface une couche protectrice. En laboratoire, ces polysaccharides pénètrent dans les cellules de la muqueuse et stimulent leur vitalité, ce qui pourrait aider les tissus à se réparer. Deux enquêtes menées en pharmacie auprès de 822 personnes qui prenaient des pastilles ou un sirop à base d’un extrait aqueux de racine de guimauve contre une toux sèche ont rapporté un soulagement rapide, le plus souvent en moins de dix minutes, et une très bonne tolérance. Ces enquêtes recueillent l’avis des utilisateurs sans groupe de comparaison ; elles confirment un usage établi de longue date sans en mesurer l’effet exact.
Le psyllium, dont l’enveloppe des graines fournit un gel de ce type, a fait l’objet d’essais cliniques plus nombreux. Contre la constipation chronique, une méta-analyse de 2022 réunissant seize essais et 1 251 adultes trouve que les suppléments de fibres soulagent 66 % des personnes, contre 41 % dans les groupes témoins ; le psyllium et la pectine sont les fibres dont l’effet est net, à condition de dépasser 10 grammes par jour pendant au moins quatre semaines. Sur le cholestérol, une méta-analyse de 2018 portant sur 28 essais et 1 924 personnes trouve qu’une dizaine de grammes de psyllium par jour abaisse le « mauvais » cholestérol de 0,33 mmol/l en moyenne.
IV. Précautions
Un mucilage gonfle en absorbant l’eau : il faut donc lui en donner. Le psyllium, par exemple, retient l’eau et gonfle rapidement jusqu’à atteindre plusieurs fois son volume de départ. Des médecins ont décrit en 2018 le cas d’un jeune homme qui avait pris des téguments de psyllium sans boire assez et qui a souffert d’une occlusion partielle de l’intestin ; ils rappellent que des obstructions de l’œsophage ont été rapportées chez des personnes âgées, et qu’il faut toujours prendre ces préparations avec une bonne quantité de liquide. Le psyllium peut aussi provoquer des allergies. Une revue de 2003 note qu’elles ont été bien décrites chez les soignants et les employés de l’industrie pharmaceutique qui en respirent la poussière, qu’elles sont liées à un terrain allergique, et rapporte un cas mortel après ingestion. Enfin, la récolte des tubercules d’orchidées pour le salep, répandue dans le sud-ouest de l’Asie et dans les Balkans, menace les populations d’orchidées sauvages, selon une étude menée en Turquie en 2017.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 174 fiches qui citent les mucilages sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles.
Acoracées — Acore odorant.
Aracées — Calla des marais, Gouet d’italie.
Asparagacées — Agave d'amérique, Sceau de Salomon commun, Sceau de salomon odorant, Scille maritime, Shatavari.
Asphodélacées — Aloe vera, Asphodèle blanc.
Aspléniacées — Capillaire des murailles, Cétérach officinal, Doradille noire, Scolopendre.
Astéracées — Bleuet des champs, Centaurée scabieuse, Grindélia, Tussilage.
Boraginacées — Bourrache officinale, Buglosse officinale, Consoude officinale, Pulmonaire officinale.
Brassicacées — Chou noir (moutarde noire), Lepidium des champs, Moutarde blanche, Moutarde des champs, Sisymbre officinal.
Campanulacées — Campanule à feuilles rondes.
Caprifoliacées — Sureau noir.
Caryophyllacées — Céraiste aquatique, Céraiste tomenteux, Moehringie à trois nervures, Sabline des champs, Sabline des montagnes, Sagine couchée, Sagine nodulaire, Saponaire des rochers, Saponaire officinale, Silène dioïque, Spergulaire rouge, Stellaire graminée, Stellaire holostée, Œillet des chartreux.
Crassulacées — Crassule de vaillant, Crassule mousse, Crassule rougeâtre, Orpin blanc, Orpin élégant, Orpin réfléchi, Orpin téléphium.
Dioscoréacées — Tamier commun.
Droséracées — Droséra à feuilles rondes.
Fabacées — Anthyllide vulnéraire, Galéga officinal, Séné.
Gentianacées — Gentiane jaune.
Géraniacées — Pélargonium.
Lamiacées — Basilic commun, Épiaire droite, Lamier jaune, Lamier maculé, Lamier pourpre, Marrube blanc, Sauge sclarée.
Liliacées — Gagée des prés, Lis martagon, Lis orangé.
Linacées — Lin cultivé.
Malvacées — Guimauve officinale, Hibiscus des marais, Ketmie élevée, Lavatère annuelle, Lavatère maritime, Mauve alcée, Mauve musquée, Mauve sylvestre, Petite mauve, Rose trémière, Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles, Tilleul à petites feuilles.
Ményanthacées — Trèfle d'eau.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Onagracées — Circée de paris.
Orchidacées — Ophrys mouche, Orchis bouc, Orchis brûlé, Orchis des marais, Orchis incarnat, Orchis mâle, Orchis militaire, Orchis pourpre, Orchis pyramidal, Orchis singe, Orchis tacheté, Orchis tridenté, Platanthère à deux feuilles, Platanthère verdâtre.
Orobanchacées — Mélampyre des bois, Orobanche du lierre, Orobanche pourprée.
Papavéracées — Coquelicot, Fumeterre à petites fleurs, Fumeterre grimpante, Fumeterre vaillantii, Pavot douteux.
Plantaginacées — Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain corne-de-cerf, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain maritime, Plantain moyen, Plantain noirâtre, Plantain subulé, Psyllium blond, Véronique officinale.
Poacées — Chiendent rampant, Maïs.
Polygalacées — Polygale des alpes, Polygale vulgaire.
Polygonacées — Renouée amphibie, Renouée bistorte, Renouée du japon, Renouée persicaire.
Polypodiacées — Polypode commun, Polypode intermédiaire.
Portulacacées — Claytonie perfoliée, Pourpier à grandes fleurs, Pourpier potager.
Primulacées — Cyclamen d’europe, Glaux maritime, Hottonie des marais, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée, Primevère auricule.
Ptéridacées — Capillaire de montpellier.
Renonculacées — Ancolie vulgaire, Anémone hépatique, Hydraste du canada.
Rhamnacées — Épine du christ, Jujubier, Nerprun alaterne, Nerprun des rochers, Nerprun purgatif.
Rosacées — Aigremoine eupatoire, Alchémille commune, Benoîte commune, Cognassier, Prunellier, Reine-des-prés.
Salicacées — Saule blanc.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Molène sinuée.
Smilacacées — Salsepareille.
Solanacées — Jusquiame noire.
Ulmacées — Orme champêtre.
Valérianacées — Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits sillonnés.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine officinale.
Violacées — Violette de montpellier, Violette des bois, Violette hérissée, Violette odorante, Violette tricolore.
Sources
- Tsai A.Y., McGee R., Dean G.H., Haughn G.W., Sawa S., « Seed Mucilage: Biological Functions and Potential Applications in Biotechnology », Plant & Cell Physiology, 2021, 62(12), 1847-1857. PMID 34195842.
- Fischer M.H., Yu N., Gray G.R., Ralph J., Anderson L., Marlett J.A., « The gel-forming polysaccharide of psyllium husk (Plantago ovata Forsk) », Carbohydrate Research, 2004, 339(11), 2009-2017. PMID 15261594.
- Acemi A., Çobanoğlu Ö., Türker-Kaya S., « FTIR-based comparative analysis of glucomannan contents in some tuberous orchids, and effects of pre-processing on glucomannan measurement », Journal of the Science of Food and Agriculture, 2019, 99(7), 3681-3686. PMID 30638265.
- Deters A., Zippel J., Hellenbrand N., Pappai D., Possemeyer C., Hensel A., « Aqueous extracts and polysaccharides from Marshmallow roots (Althea officinalis L.): cellular internalisation and stimulation of cell physiology of human epithelial cells in vitro », Journal of Ethnopharmacology, 2010, 127(1), 62-69. PMID 19799989.
- Fink C., Schmidt M., Kraft K., « Marshmallow Root Extract for the Treatment of Irritative Cough: Two Surveys on Users’ View on Effectiveness and Tolerability » (article en allemand), Complementary Medicine Research, 2018, 25(5), 299-305. PMID 30064132.
- van der Schoot A., Drysdale C., Whelan K., Dimidi E., « The Effect of Fiber Supplementation on Chronic Constipation in Adults: An Updated Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials », American Journal of Clinical Nutrition, 2022, 116(4), 953-969. PMID 35816465.
- Jovanovski E., Yashpal S., Komishon A., Zurbau A., Blanco Mejia S., Ho H.V.T. et coll., « Effect of psyllium (Plantago ovata) fiber on LDL cholesterol and alternative lipid targets, non-HDL cholesterol and apolipoprotein B: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials », American Journal of Clinical Nutrition, 2018, 108(5), 922-932. PMID 30239559.
- Hefny A.F., Ayad A.Z., Matev N., Bashir M.O., « Intestinal obstruction caused by a laxative drug (Psyllium): A case report and review of the literature », International Journal of Surgery Case Reports, 2018, 52, 59-62. PMID 30321826.
- Khalili B., Bardana E.J., Yunginger J.W., « Psyllium-associated anaphylaxis and death: a case report and review of the literature », Annals of Allergy, Asthma & Immunology, 2003, 91(6), 579-584. PMID 14700444.
- Molnár V.A., Nagy T., Löki V., Süveges K., Takács A., Bódis J. et coll., « Turkish graveyards as refuges for orchids against tuber harvest », Ecology and Evolution, 2017, 7(24), 11257-11264. PMID 29299298.








