Le Prince du Lac

Arbutine

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Arbutine
Arbutine — C12H16O7, 272,25 g/mol

L’arbutine, que l’on appelle aussi arbutoside, est un composé phénolique simple : une molécule d’hydroquinone attachée à une molécule de glucose. On la range donc parmi les glycosides, les molécules dont une partie est un sucre. Une revue de 2022 l’a repérée dans une cinquantaine de familles de plantes, surtout chez les Astéracées, les Éricacées, les Protéacées et les Rosacées. Sur ce site, elle est citée dans 9 fiches de plantes : presque toutes sont des Éricacées, comme la busserole, l’arbousier, la bruyère cendrée, la callune, l’airelle rouge, la myrtille ou les pyroles, auxquelles s’ajoute une Rosacée, le poirier sauvage.

I. Sa formule

Sa formule brute est C12H16O7, pour une masse molaire de 272,25 g/mol. Elle se lit en deux morceaux. Le premier est l’hydroquinone, un cycle aromatique à six atomes de carbone qui porte deux groupes hydroxyle (–OH) placés face à face. Le second est un glucose, accroché à l’un de ces deux groupes. La liaison entre les deux est dite « bêta », ce qui décrit l’orientation du sucre ; c’est pourquoi les chimistes parlent aussi de β-arbutine. Il existe une molécule sœur, l’α-arbutine, faite des mêmes atomes mais où le glucose est accroché dans l’autre orientation : les bases de données chimiques la traitent comme un composé distinct, et il ne faut pas les confondre.

La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’elle fait dans la plante

Une étude de 1999 relève que l’arbutine est abondante dans les feuilles de nombreuses plantes qui supportent le gel ou le dessèchement, tout en notant que son rôle exact dans la plante n’était pas connu. Au laboratoire, elle a protégé du gel et du dégel des membranes isolées de chloroplastes d’épinard. Ses effets dépendent toutefois de la composition des membranes : sur des membranes artificielles faites de lipides ordinaires, elle les rendait au contraire plus fragiles au gel, et elle ne les protégeait qu’en présence d’un lipide propre aux chloroplastes.

Chez le poirier, l’arbutine est le principal composé phénolique. Une étude de 2026 a montré que des feuilles de poirier traitées avec de l’arbutine résistaient mieux à un stress oxydant provoqué au laboratoire : elles perdaient moins de chlorophylle et gardaient une meilleure photosynthèse. Des cultures de cellules de poirier traitées de la même façon supportaient mieux le froid et le sel.

III. Ce qu’elle devient dans l’organisme

L’intérêt de l’arbutine tient à sa transformation. D’après une revue de 2013, elle est absorbée rapidement dans l’intestin grêle, puis le foie la transforme en dérivés de l’hydroquinone dits conjugués : l’hydroquinone y est liée à une autre petite molécule qui la rend soluble et facile à éliminer. Ce sont ces formes conjuguées qui passent dans l’urine. Dans un essai de 2002 mené sur 16 volontaires en bonne santé après une prise unique d’extrait de feuilles de busserole, environ les deux tiers de l’arbutine avalée se retrouvaient dans l’urine sous forme d’hydroquinone et de ses dérivés, avec un maximum vers la quatrième heure et de grandes différences d’une personne à l’autre. On y trouvait l’hydroquinone libre et ses deux formes conjuguées principales.

Comment l’hydroquinone agit-elle alors dans la vessie ? Une étude de 2003 apporte un élément de réponse. Des chercheurs ont mis des bactéries Escherichia coli en présence de l’urine de volontaires qui avaient pris de l’arbutine. La quantité d’hydroquinone libre a alors nettement augmenté, et l’hydroquinone était vingt fois plus concentrée à l’intérieur des bactéries que dans l’urine qui les entourait. Les auteurs en déduisent que les bactéries absorbent les formes conjuguées et libèrent elles-mêmes l’hydroquinone ; ils concluent aussi qu’il ne semble pas nécessaire de rendre l’urine alcaline pour que l’hydroquinone issue de l’arbutine exerce son action antiseptique.

IV. Ce que l’on sait chez l’être humain

La feuille de busserole est employée de longue date contre les symptômes des infections urinaires basses, et elle a fait l’objet de plusieurs essais cliniques de bonne taille. Ces essais portent sur des extraits de la feuille, et non sur l’arbutine isolée. En Angleterre, l’essai ATAFUTI, publié en 2019, a réuni 382 femmes souffrant d’une cystite simple, qui disposaient toutes d’une ordonnance d’antibiotique à utiliser en cas de besoin. L’extrait de busserole n’a pas fait mieux que le placebo sur la fréquence des envies d’uriner, et il n’a pas réduit de façon nette le recours aux antibiotiques ; aucun problème de sécurité n’a été relevé. En Allemagne, un essai publié en 2021 a comparé chez 398 femmes des comprimés d’extrait de busserole, pris cinq jours, à une dose unique d’un antibiotique, la fosfomycine. Les femmes du groupe busserole ont consommé 63,6 % d’antibiotiques en moins, mais elles ont eu davantage de symptômes, et huit d’entre elles ont fait une infection du rein, contre deux dans l’autre groupe.

L’arbutine a une seconde carrière, en cosmétique. Une revue de 2021 rappelle qu’on l’étudie depuis plus de trente ans pour sa capacité à éclaircir la peau : elle freine la fabrication de la mélanine, le pigment de la peau, et son efficacité a été évaluée en clinique, seule ou associée à d’autres produits. Une revue de 2022 recense enfin des travaux qui lui prêtent un potentiel contre plusieurs cancers ; les auteurs parlent de potentiel, c’est-à-dire de pistes de recherche, et non de traitement.

V. Précautions

La question de sécurité propre à l’arbutine est celle de l’hydroquinone qu’elle libère. La revue de 2013 a calculé qu’une dose quotidienne de busserole conforme aux recommandations, contenant l’équivalent de 420 mg d’arbutine, libère dans l’urine au plus 11 microgrammes d’hydroquinone libre par kilo de poids et par jour, alors que la dose au-dessous de laquelle le risque est jugé négligeable est estimée à 100 microgrammes par kilo et par jour. Les auteurs notent que certains aliments consommés régulièrement donnent une exposition comparable, et qu’aucune donnée humaine ne montre que l’hydroquinone libre ainsi produite abîme le foie, les reins ou favorise des tumeurs. L’essai allemand de 2021 rappelle toutefois qu’une infection urinaire peut gagner le rein : de la fièvre, une douleur dans le dos ou une aggravation imposent de consulter sans attendre. En cosmétique, la revue de 2021 signale de rares irritations de la peau et invite à la prudence, parce que de l’hydroquinone peut se former dans le produit au cours de son usage. Une personne sous traitement doit parler à son médecin avant de prendre un complément de busserole.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 9 fiches qui citent la Arbutine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Ericacées — Airelle myrtille (Vaccinium myrtillus L.), Airelle rouge, Arbousier, Bruyère cendrée, Busserole, Callune, Pyrole à feuilles rondes, Pyrole verdâtre.

Rosacées — Poirier sauvage.

Sources

  • Wikidata, entrée Q416446 « arbutine » (formule brute, SMILES, identifiant PubChem 440936), et PubChem, fiches CID 440936 « Arbutin » (synonymes arbutoside, β-arbutine) et CID 158637 « alpha-arbutin » ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Nahar L., Al-Groshi A., Kumar A., Sarker S.D., « Arbutin: Occurrence in Plants, and Its Potential as an Anticancer Agent », Molecules, 2022, 27(24), 8786. PMID 36557918.
  • Hincha D.K., Oliver A.E., Crowe J.H., « Lipid composition determines the effects of arbutin on the stability of membranes », Biophysical Journal, 1999, 77(4), 2024-2034. PMID 10512822.
  • Zhang M., Lyu Q., Diao X., Mei Y., Sun H. et coll., « Arbutin Protects Pear Leaves Against Oxidative Stress by Improving Antioxidant Activity », Physiologia Plantarum, 2026, 178(1), e70771. PMID 41623019.
  • de Arriba S.G., Naser B., Nolte K.U., « Risk assessment of free hydroquinone derived from Arctostaphylos Uva-ursi folium herbal preparations », International Journal of Toxicology, 2013, 32(6), 442-453. PMID 24296864.
  • Schindler G., Patzak U., Brinkhaus B., von Niecieck A., Wittig J. et coll., « Urinary excretion and metabolism of arbutin after oral administration of Arctostaphylos uvae ursi extract as film-coated tablets and aqueous solution in healthy humans », Journal of Clinical Pharmacology, 2002, 42(8), 920-927. PMID 12162475.
  • Siegers C., Bodinet C., Ali S.S., Siegers C.P., « Bacterial deconjugation of arbutin by Escherichia coli », Phytomedicine, 2003, 10 Suppl 4, 58-60. PMID 12807345.
  • Moore M., Trill J., Simpson C., Webley F., Radford M. et coll., « Uva-ursi extract and ibuprofen as alternative treatments for uncomplicated urinary tract infection in women (ATAFUTI): a factorial randomized trial », Clinical Microbiology and Infection, 2019, 25(8), 973-980. PMID 30685500.
  • Gágyor I., Hummers E., Schmiemann G., Friede T., Pfeiffer S. et coll., « Herbal treatment with uva ursi extract versus fosfomycin in women with uncomplicated urinary tract infection in primary care: a randomized controlled trial », Clinical Microbiology and Infection, 2021, 27(10), 1441-1447. PMID 34111592.
  • Boo Y.C., « Arbutin as a Skin Depigmenting Agent with Antimelanogenic and Antioxidant Properties », Antioxidants, 2021, 10(7), 1129. PMID 34356362.
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