ARISTOLOCHE PISTOLOCHE

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Planche botanique Aristoloche pistoloche

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Nom scientifique : Aristolochia pistolochia L.
Famille : Aristolochiaceae
Genre : Aristolochia
Synonymes : Aristolochia pistolochia var. typica
Noms vernaculaires : Aristoloche pistoloche, Pistoloche, Petite aristoloche, Birthwort (en), Knollige Osterluzei (de), Aristoloquia pistoloquia (es)

Le nom Aristolochia dérive du grec aristos (le meilleur) et locheia (accouchement), en référence à l’usage obstétrical traditionnel de ces plantes, réputées faciliter l’accouchement et l’expulsion du placenta. L’épithète pistolochia est une forme latinisée du nom vernaculaire méridional de cette plante, probablement dérivé du latin pistillum (pilon, en référence à la forme du fruit ou de la racine tubéreuse). Le genre Aristolochia comprend environ 500 espèces réparties dans les régions tropicales et tempérées chaudes du monde. L’Aristoloche pistoloche est une espèce méditerranéenne de petite taille, beaucoup plus discrète que sa parente Aristolochia clematitis (aristoloche clématite) mais partageant les mêmes propriétés toxiques redoutables.

L’histoire récente des aristoloches est marquée par le scandale sanitaire des néphropathies aux acides aristolochiques, découvert en Belgique dans les années 1990, qui a conduit à l’interdiction mondiale de toutes les espèces d’Aristolochia en usage médicinal. Ce scandale a profondément modifié notre regard sur ces plantes, autrefois piliers de la pharmacopée traditionnelle.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Plante herbacée vivace, de petite taille, 10 à 30 cm de hauteur, à souche tubéreuse globuleuse ou irrégulière, brune, de la taille d’une noix. Les tiges sont grêles, flexueuses, dressées ou ascendantes, simples ou peu ramifiées, pubescentes, légèrement anguleuses.

Les feuilles sont alternes, petites (2 à 4 cm de long et de large), ovales-triangulaires à hastées (en forme de fer de lance), obtuses au sommet, cordées à la base, entières, pétiolées, d’un vert mat, pubescentes sur les deux faces. Elles sont nettement plus petites que celles de l’aristoloche clématite.

Les fleurs sont solitaires à l’aisselle des feuilles, petites mais de forme remarquable. Le périanthe, en une seule pièce, forme un tube courbé en S ou en pipe, de 2 à 4 cm de long, jaune verdâtre à brun-pourpre, terminé par un limbe unilatéral en forme de languette brun-pourpre foncé. Ce tube constitue un piège à insectes : les pollinisateurs (petites mouches, moucherons) sont attirés par l’odeur et pénètrent dans le tube, où des poils rétrorses les empêchent de ressortir tant que la pollinisation n’est pas accomplie. Après la fécondation, les poils se fanent et les insectes, couverts de pollen, peuvent s’échapper et polliniser une autre fleur. Ce mécanisme de piège floral est l’un des plus élaborés du règne végétal.

Le fruit est une capsule piriforme (en forme de poire), pendante, de 10 à 15 mm, s’ouvrant à maturité en 6 valves, contenant de nombreuses graines aplaties, triangulaires, brunes. La floraison intervient d’avril à juin.


Habitat et écologie

L’Aristoloche pistoloche est une espèce méditerranéenne, héliophile à hémi-sciaphile, thermophile, caractéristique des garrigues, des matorrals, des pelouses rocailleuses, des éboulis calcaires, des talus secs, des lisières de chênaies vertes et des friches thermophiles. Elle affectionne les sols calcaires, secs, caillouteux, bien drainés, pauvres et superficiels.

Du point de vue phytosociologique, elle se rencontre dans les communautés de l’ordre des Rosmarinetalia officinalis (garrigues calcicoles) et du Brachypodietalia phoenicoidis (pelouses méditerranéennes). Elle s’associe à Rosmarinus officinalis, Thymus vulgaris, Lavandula latifolia, Aphyllanthes monspeliensis, Brachypodium retusum et Quercus coccifera.

La pollinisation par piège (pollinisation par tromperie) fait de l’aristoloche un cas d’école en biologie de la pollinisation. Les insectes pollinisateurs sont principalement des diptères de petite taille (psychodides, chironomides), attirés par l’odeur fétide émise par la fleur, qui mime celle de matières organiques en décomposition. La plante se développe de 0 à 800 m d’altitude, exclusivement en climat méditerranéen.


Répartition géographique

L’Aristoloche pistoloche est une espèce méditerranéenne occidentale, distribuée dans le sud de la France, l’Espagne orientale, le Portugal méridional, l’Italie (Ligurie, Sardaigne), la Corse et l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie). Son aire est relativement restreinte au sein du bassin méditerranéen occidental.

En France, elle est présente dans le Midi méditerranéen : Languedoc, Provence, Drôme méridionale, Ardèche méridionale, Corse. Elle est rare et localisée dans ces régions, cantonnée aux garrigues calcaires bien exposées. Elle est absente du reste du territoire français.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

L’Aristoloche pistoloche contient les mêmes classes de composés toxiques que les autres espèces du genre :

Acides aristolochiques (AA) : Ce sont les composés les plus importants du point de vue toxicologique. L’acide aristolochique I (AA-I, 8-méthoxy-6-nitrophénanthrène-1-carboxylique acide) et l’acide aristolochique II (AA-II, 6-nitrophénanthrène-1-carboxylique acide) sont les principaux représentants. Ces composés nitrophénanthréniques sont génotoxiques, néphrotoxiques et cancérigènes avérés. La concentration en acides aristolochiques dans les racines de A. pistolochia est variable mais significative (0,1 à 0,5 % du poids sec).

Aristolactames : Dérivés des acides aristolochiques, dont l’aristolactame I et l’aristolactame II, également toxiques.

Alcaloïdes : Des alcaloïdes isoquinoléiques du type aporphine (magnoflorine, aristolochiine) ont été détectés.

Terpènes : Des diterpènes de type clérodane et des sesquiterpènes sont présents dans les racines, contribuant à l’amertume de la plante.

Autres composés : Des acides phénoliques, des flavonoïdes, des tanins et une huile essentielle à odeur désagréable complètent le profil chimique.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Les propriétés pharmacologiques des aristoloches sont indissociables de leur toxicité extrême. Aucune propriété thérapeutique ne peut justifier l’usage de ces plantes.

Activité néphrotoxique : Les acides aristolochiques provoquent une néphropathie tubulo-interstitielle progressive, irréversible, aboutissant à l’insuffisance rénale terminale nécessitant la dialyse ou la transplantation. Cette néphropathie a été découverte en 1992 en Belgique (néphropathie aux herbes chinoises) chez des femmes ayant consommé des gélules amincissantes contenant accidentellement Aristolochia fangchi au lieu de Stephania tetrandra.

Activité cancérigène : Les acides aristolochiques sont classés cancérigènes du Groupe 1 par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer). Ils forment des adduits covalents avec l’ADN (adduits aristolactame-adénine), provoquant des mutations caractéristiques (transversions A:T vers T:A) et des cancers des voies urinaires (carcinomes urothéliaux du bassinet rénal, de l’uretère et de la vessie). Le spectre mutationnel des acides aristolochiques a été identifié rétrospectivement dans de nombreux cas de cancers urologiques en Europe du Sud-Est (Balkans) et en Asie orientale, liés à l’exposition chronique aux aristoloches par l’alimentation ou la phytothérapie traditionnelle.

Activité anti-inflammatoire et antimicrobienne : Des études in vitro ont démontré des propriétés anti-inflammatoires (inhibition de la phospholipase A2) et antimicrobiennes des extraits d’aristoloche, mais ces propriétés sont cliniquement inexploitables en raison de la toxicité.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Aucune indication thérapeutique ne peut être retenue pour Aristolochia pistolochia ni pour aucune autre espèce d’Aristolochia. L’usage thérapeutique de toutes les espèces du genre est interdit dans l’Union européenne et dans la plupart des pays du monde.

Les indications historiques (emménagogue, ocytocique, vermifuge, fébrifuge, cicatrisant, contrepoison) sont toutes abandonnées et ne doivent en aucun cas être reproduites. L’homéopathie utilise Aristolochia clematitis en dilutions très élevées, mais cet usage est controversé.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acides aristolochiques (AA) Métabolite Constituant
Acide aristolochique i Métabolite Constituant
Acide aristolochique ii Métabolite Constituant
Aristolactames Métabolite Constituant
Aristolactame i Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Aucune posologie ne peut être recommandée. L’usage de l’Aristoloche pistoloche est formellement interdit, quelle que soit la dose, la forme ou la voie d’administration.


IX. TOXICOLOGIE

L’Aristoloche pistoloche est une plante extrêmement dangereuse. Toute utilisation est formellement contre-indiquée. Il n’existe aucune dose sûre d’acides aristolochiques. La toxicité est cumulative : même de très petites doses répétées sur de longues périodes peuvent provoquer une néphropathie et un cancer. La manipulation de la plante (récolte, préparation) expose à un risque d’absorption cutanée et d’inhalation de poussières toxiques.

Contre-indications absolues et sans exception : toute personne, en toute circonstance, quel que soit l’âge, le sexe ou l’état de santé.


Interactions médicamenteuses

Sans objet puisque l’usage est interdit. Les acides aristolochiques sont métabolisés par les nitroréductases hépatiques et rénales, générant des métabolites réactifs (aristolactames) qui forment des adduits à l’ADN. Toute substance ou condition modifiant l’activité de ces enzymes pourrait théoriquement moduler la toxicité, mais cette considération est purement académique.


Toxicologie

Néphropathie aux acides aristolochiques (AAN) : L’exposition chronique aux acides aristolochiques provoque une néphropathie tubulo-interstitielle progressive caractérisée par une fibrose interstitielle massive, une atrophie tubulaire et une raréfaction des tubules rénaux, aboutissant à l’insuffisance rénale terminale en quelques mois à quelques années. La fonction rénale se détériore de manière irréversible, même après l’arrêt de l’exposition.

Cancer des voies urinaires : Plus de 40 % des patients atteints de néphropathie aristolochique développent un carcinome urothélial (cancer du bassinet rénal, de l’uretère ou de la vessie), souvent bilatéral et multifocal. Les adduits aristolactame-ADN persistent indéfiniment dans les tissus et constituent des biomarqueurs d’exposition.

Néphropathie endémique des Balkans (NEB) : Cette maladie rénale chronique, décrite depuis les années 1950 dans les villages ruraux de Serbie, Bulgarie, Roumanie, Bosnie et Croatie, a longtemps été d’étiologie inconnue. Des études épidémiologiques et moléculaires récentes ont démontré qu’elle est causée par l’exposition chronique aux acides aristolochiques présents dans les graines d’Aristolochia clematitis contaminant les récoltes de blé dans ces régions.

DL50 : La DL50 de l’acide aristolochique I est d’environ 100 mg/kg chez la souris (voie orale). Mais la toxicité chronique est bien plus préoccupante que la toxicité aiguë : des doses infimes mais répétées sont suffisantes pour provoquer des lésions rénales irréversibles et un cancer.


X. USAGES HISTORIQUES

L’Aristoloche pistoloche partage avec les autres espèces du genre une longue histoire médicinale, remontant à l’Antiquité gréco-romaine. Dioscoride et Pline l’Ancien recommandaient les aristoloches comme emménagogues (stimulant les règles), ocytociques (facilitant l’accouchement), alexitères (contrepoisons) et vulnéraires (cicatrisants). Le nom même du genre (aristos locheia, le meilleur pour l’accouchement) inscrit cet usage dans l’étymologie.

En médecine populaire méditerranéenne, la racine tubéreuse de l’Aristoloche pistoloche était récoltée et séchée pour être utilisée en décoction ou en poudre comme emménagogue, vermifuge, fébrifuge, stimulant digestif et contrepoison contre les morsures de serpent. En Provence, elle était appelée serpentaire ou herbe à la vipère et portée en amulette contre les morsures de serpent. En Espagne, la racine macérée dans le vin était administrée comme purgatif et comme remède contre les fièvres intermittentes (paludisme).

La théorie des signatures voyait dans la forme en S de la fleur une ressemblance avec l’utérus, justifiant l’usage obstétrical. Cette analogie morphologique, bien que scientifiquement invalide, a maintenu l’usage de la plante pendant des siècles.

Tous ces usages sont aujourd’hui formellement interdits en raison de la toxicité rénale et cancérigène avérée des acides aristolochiques.


Conservation et culture

L’Aristoloche pistoloche n’est pas cultivée et ne doit pas l’être à des fins médicinales. Elle est occasionnellement cultivée dans les jardins botaniques à des fins éducatives et de conservation, avec un étiquetage approprié signalant sa toxicité. En milieu naturel, l’espèce se maintient dans les garrigues calcaires méditerranéennes. Sa conservation est liée au maintien de ces habitats, menacés par l’urbanisation littorale, les incendies et la déprise agro-pastorale conduisant à la fermeture du milieu.


Statut réglementaire et protection

Aristolochia pistolochia ne bénéficie pas de protection légale au niveau national en France, bien qu’elle soit peu commune et localisée. Elle figure sur les listes rouges régionales de certaines régions du sud de la France.

Réglementation toxicologique : Toutes les espèces du genre Aristolochia et les préparations en contenant sont interdites dans l’Union européenne en tant que médicaments à base de plantes et en tant qu’ingrédients de compléments alimentaires (Directive 2004/24/CE, transposée dans les législations nationales). En France, les aristoloches figurent sur la liste B des plantes médicinales de la Pharmacopée française (plantes dont l’usage est interdit ou limité en raison de leur toxicité). L’acide aristolochique est classé cancérigène du Groupe 1 par le CIRC (2002, confirmé en 2012). L’interdiction est mondiale : FDA (États-Unis), Health Canada, TGA (Australie) et les autorités sanitaires de la plupart des pays ont banni les aristoloches de l’usage médicinal.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

ARISTOLOCHE PISTOLOCHE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Digestif
  • ★★☆☆☆ Vulnéraire
  • ★★☆☆☆ Cicatrisant

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