CAPUCINE

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Planche botanique Capucine

La capucine, plante emblématique des jardins potagers européens, est bien plus qu’une simple ornementale aux fleurs flamboyantes. Introduite en Europe au XVIe siècle depuis les hauts plateaux andins, Tropaeolum majus L. a rapidement conquis les jardins de l’Ancien Monde par sa générosité florale et sa facilité de culture, tout en révélant progressivement un potentiel thérapeutique considérable. Ses propriétés antibactériennes, liées à la présence de glucosinolates spécifiques libérant des isothiocyanates puissants, font d’elle l’un des rares « antibiotiques végétaux » dont l’efficacité clinique a été démontrée, notamment dans les infections urinaires et respiratoires.

Du point de vue pharmacognosique, la capucine constitue un cas d’étude passionnant par la singularité de sa chimie — la glucotropaéoline, glucosinolate majeur de la plante, génère par hydrolyse enzymatique le benzyl isothiocyanate (BITC), molécule aux propriétés antimicrobiennes remarquables. Riche en vitamine C, en caroténoïdes et en flavonoïdes, la capucine constitue également une plante alimentaire de premier intérêt, dont toutes les parties aériennes sont comestibles, faisant d’elle un végétal à la croisée de la nutrition, de la pharmacologie et de l’agronomie.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

La capucine appartient à la famille des Tropaeolaceae (Tropaeolacées), ordre des Brassicales selon la classification APG IV (2016). Cette famille monogénérique ne comprend que le genre Tropaeolum L., avec environ 90 espèces, toutes originaires d’Amérique centrale et méridionale. La parenté avec les Brassicacées, confirmée par les données moléculaires, explique la présence commune de glucosinolates dans ces deux familles.

A. Position systématique

  • Règne : Plantae
  • Clade : Angiospermes, Eudicotylédones, Rosidées
  • Ordre : Brassicales
  • Famille : Tropaeolaceae Juss. ex DC.
  • Genre : Tropaeolum L.
  • Espèce : Tropaeolum majus L. (1753)

B. Synonymes et noms vernaculaires

Les synonymes nomenclaturaux incluent : Tropaeolum elatum Salisb., Tropaeolum hybridum L., Cardamindum majus Moench. En français : capucine, grande capucine, cresson du Pérou, cresson d’Inde, fleur de sang. En anglais : garden nasturtium, Indian cress ; en allemand : Große Kapuzinerkresse ; en espagnol : capuchina, mastuerzo ; en portugais : chagas, capuchinha.

C. Étymologie

Le nom générique Tropaeolum a été forgé par Linné à partir du latin tropaeum (trophée), en référence aux feuilles peltées rappelant les boucliers et aux fleurs évoquant les casques ensanglantés des soldats vaincus, suspendus aux trophées de guerre romains. L’épithète majus (« plus grand ») distingue cette espèce de Tropaeolum minus L., la capucine naine. Le nom français « capucine » fait allusion à l’éperon de la fleur, qui rappelle le capuchon pointu des moines capucins. Le surnom de « cresson du Pérou » évoque à la fois l’origine géographique et la saveur piquante rappelant le cresson (Nasturtium).

D. Variétés et cultivars

L’espèce est extrêmement polymorphe sous l’effet de la sélection horticole. On distingue principalement :

  • Les formes grimpantes (type sauvage), à tiges volubiles pouvant atteindre 3 à 5 m
  • Les formes naines et buissonnantes (séries « Tom Thumb », « Alaska », « Jewel »), sélectionnées pour la culture en massif
  • Les cultivars à fleurs doubles ou semi-doubles (série « Hermione Grashoff »)
  • Les formes à feuillage panaché (série « Alaska » à feuilles marbrées de crème)

Les couleurs florales vont du jaune pâle au rouge sang en passant par l’orange vif, le saumon et le bicolore. Des hybrides interspécifiques avec T. peregrinum et T. minus ont été développés.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

A. Port et architecture

La capucine est une plante herbacée annuelle (sous les climats tempérés) ou pérenne de courte durée (sous les climats doux sans gel), à port grimpant, rampant ou buissonnant selon les cultivars. La forme sauvage est une liane herbacée volubile pouvant s’élever à 3-5 mètres en s’enroulant par ses pétioles sensibles autour des supports. L’ensemble de la plante est glabre, charnue, à saveur piquante caractéristique. Le modèle architectural relève du modèle de Champagnat, avec une croissance sympodique et une forte dominance apicale.

B. Appareil végétatif

Tiges : les tiges sont cylindriques, succulentes, glabres, ramifiées, de couleur vert clair à vert glauque, creuses, cassantes. Elles mesurent 30 cm à 5 m de long selon les cultivars. La surface est lisse, légèrement striée, avec des entre-nœuds allongés. Les tiges sont sensibles au thigmotropisme et s’enroulent autour des supports rencontrés grâce aux pétioles qui fonctionnent comme des vrilles tactiles.

Feuilles : les feuilles sont alternes, longuement pétiolées (pétiole de 10-30 cm), à limbe orbiculaire-pelté, de 5 à 15 cm de diamètre. Le pétiole s’insère au centre de la face inférieure du limbe (feuille peltée, caractère très distinctif). Le limbe est entier ou très légèrement crénelé-lobé, avec 7 à 9 nervures rayonnant depuis le point d’insertion du pétiole (nervation palmée-actinodrome). La face supérieure est vert vif, hydrophobe (effet lotus), avec des gouttelettes d’eau qui perlent à la surface ; la face inférieure est plus pâle, glauque. La saveur des feuilles est piquante, rappelant le cresson (présence de glucosinolates).

Système racinaire : le système racinaire est fasciculé, relativement superficiel, avec une racine principale pivotante peu développée et de nombreuses racines adventives fines. La plante ne forme pas de tubercule (contrairement à d’autres espèces du genre comme T. tuberosum). Des mycorhizes arbusculaires sont régulièrement observées.

C. Appareil reproducteur

Inflorescence : les fleurs sont solitaires, axillaires, portées par un long pédoncule (5-15 cm) émergeant à l’aisselle des feuilles. Il n’y a pas d’inflorescence définie ; les fleurs apparaissent successivement le long des tiges en croissance.

Fleur : les fleurs sont grandes (4-6 cm de diamètre), zygomorphes, hermaphrodites, spectaculaires. Le calice est formé de 5 sépales libres, inégaux, le sépale postérieur prolongé en un long éperon nectarifère (2-3 cm), caractère diagnostique majeur du genre. La corolle comprend 5 pétales libres, spatulés, longuement onguiculés, les deux pétales supérieurs dressés, souvent veinés de lignes sombres (guides nectarifères), les trois pétales inférieurs plus étroits, frangés-laciniés à la base du limbe. Les couleurs varient du jaune au rouge en passant par l’orange, selon les cultivars.

Androcée : il comprend 8 étamines libres, inégales, disposées en deux verticilles de 4, à maturation successive (protandrie marquée). Les anthères sont biloculaires, dorsifixes, à déhiscence longitudinale introrse. Le pollen est tricolporé.

Gynécée : l’ovaire est supère, tricarpellé, triloculaire, à placentation axile, chaque loge contenant un ovule anatrope. Le style est unique, terminal, trifide au sommet portant trois stigmates linéaires papilleux. Le disque nectarifère est bien développé à la base de l’éperon.

Fruit : le fruit est un schizocarpe se fragmentant à maturité en trois méricarpes indéhiscents, charnus puis ridés et subéreux, uniséminés, de la taille d’un petit pois (8-12 mm). La surface est rugueuse, irrégulièrement côtelée. Les méricarpes immatures, verts et charnus, sont utilisés comme succédané des câpres (« câpres de capucine »).

Floraison : de juin aux premières gelées (floraison continue tant que les températures restent clémentes). La pollinisation est entomophile, assurée principalement par les bourdons (Bombus spp.), les abeilles et les papillons à longue trompe capables d’atteindre le nectar au fond de l’éperon.

D. Phénologie et biologie reproductive

En climat tempéré, la capucine se comporte comme une annuelle à cycle court : germination en avril-mai, floraison de juin à octobre, mort au premier gel. La germination est épigée, rapide (7-14 jours). La plante est autogame facultative mais la protandrie favorise l’allogamie. La production de graines est abondante et la dissémination est barochore (chute au pied de la plante). La naturalisation est possible dans les régions à hiver doux (littoral atlantique, Méditerranée), où la plante peut persister plusieurs années et former des populations semi-spontanées dans les décombres, les vieux murs et les friches urbaines.


ÉCOLOGIE ET DISTRIBUTION

A. Habitat

Dans son aire d’origine (Andes tropicales), Tropaeolum majus croît entre 1 000 et 3 500 m d’altitude, dans les ravins humides, les lisières forestières et les zones rudérales, sur des sols riches en matière organique, frais mais bien drainés. C’est une espèce héliophile à semi-héliophile, mésophile, peu tolérante au froid (sensible au gel dès -1 °C) mais supportant la chaleur modérée.

En Europe et dans les régions tempérées du monde, la capucine est cultivée comme plante annuelle de jardin et se naturalise localement dans les friches, les décombres, les pieds de murs et les terrains vagues, particulièrement dans les zones à climat océanique ou méditerranéen doux. Elle préfère les sols légers, modérément fertiles (un excès d’azote favorise le feuillage au détriment de la floraison), à pH neutre à légèrement acide.

B. Distribution géographique

L’aire d’origine de Tropaeolum majus se situe dans les Andes d’Amérique du Sud, du Pérou au sud de la Colombie et à l’Équateur. La plante a été introduite en Europe à la fin du XVIe siècle, probablement via l’Espagne (les premières graines seraient arrivées vers 1569-1576, rapportées du Pérou par Nicolas Monardes). Elle a été décrite et illustrée par Lobelius en 1576 et cultivée au Jardin des Plantes de Paris dès le XVIIe siècle.

En France, la capucine est cultivée sur tout le territoire comme plante ornementale et potagère. Elle se naturalise occasionnellement dans les départements à climat doux : littoral atlantique (Finistère, Morbihan, Charente-Maritime, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques), littoral méditerranéen (Var, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Hérault, Pyrénées-Orientales), et Corse, où elle est localement bien établie sur les vieux murs et les friches littorales. Sa présence est considérée comme « naturalisée » dans Flora Gallica pour ces départements.

C. Associations végétales

En situation naturalisée, Tropaeolum majus s’intègre dans les communautés rudérales nitrophiles du Parietarion judaicae Segal 1969 (végétation des vieux murs) et du Chenopodion muralis Br.-Bl. 1936 (friches urbaines thermophiles), en compagnie de Parietaria judaica, Cymbalaria muralis, Centranthus ruber et Sonchus oleraceus. Au jardin potager, elle est traditionnellement associée aux cultures légumières comme plante compagne, jouant un rôle de « plante-piège » pour les pucerons noirs (Aphis fabae) et un rôle répulsif pour les aleurodes.


III. PARTIES UTILISÉES

Toutes les parties aériennes de la capucine sont utilisées en phytothérapie et en alimentation :

Feuilles fraîches : récoltées pendant toute la période de végétation (juin-octobre), avant la floraison pour un usage médicinal optimal. Elles sont utilisées de préférence à l’état frais, car le séchage dégrade partiellement les glucosinolates et la vitamine C. Le séchage, lorsqu’il est nécessaire, doit s’effectuer rapidement, à basse température (maximum 35 °C), à l’abri de la lumière.

Fleurs : récoltées au stade d’épanouissement complet, utilisées fraîches en alimentation et en phytothérapie. Leur séchage est délicat (perte rapide de couleur et d’activité).

Graines (méricarpes) : récoltées à maturité (septembre-octobre) ou au stade vert pour l’usage condimentaire (câpres de capucine). Les graines mûres sont séchées et conservées au sec.

Plante entière parties aériennes : la teinture-mère est traditionnellement préparée à partir de la plante fraîche entière (feuilles + fleurs + tiges) récoltée en pleine floraison.

La conservation se fait de préférence par congélation (feuilles et fleurs) ou par macération dans le vinaigre (graines). La drogue sèche se conserve en sachet hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité, pour une durée maximale de 12 mois.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le profil phytochimique de Tropaeolum majus est dominé par les glucosinolates, classe de métabolites secondaires soufrés caractéristiques de l’ordre des Brassicales, complétés par une richesse remarquable en vitamine C, en caroténoïdes et en flavonoïdes.

A. Glucosinolates et produits d’hydrolyse

Le glucosinolate majeur, voire exclusif, de la capucine est la glucotropaéoline (benzylglucosinolate), présente dans toutes les parties de la plante à des concentrations variant de 0,1 à 1 % de la matière sèche selon l’organe et le stade phénologique (concentration maximale dans les graines : jusqu’à 10 % du poids sec). L’hydrolyse enzymatique de la glucotropaéoline par la myrosinase (thioglucosidase, EC 3.2.1.147), enzyme endogène libérée lors de la lyse cellulaire (mastication, broyage), produit le benzyl isothiocyanate (BITC), molécule volatile à saveur piquante, responsable des propriétés antimicrobiennes majeures de la plante. Le BITC est la molécule clé de l’activité pharmacologique de la capucine.

B. Flavonoïdes et polyphénols

Les feuilles et les fleurs contiennent des flavonoïdes glycosylés en abondance, notamment : isoquercitrine (quercétine-3-O-glucoside), quercétine-3-O-sophoroside, quercétine-3-O-di-glucoside, kaempférol-3-O-glucoside et des dérivés de la myricétine. La concentration en flavonoïdes totaux atteint 0,5 à 1,5 % dans les feuilles. Des acides phénoliques sont également présents : acide chlorogénique, acide caféique, acide p-coumarique, acide férulique.

C. Caroténoïdes

Les fleurs de capucine sont particulièrement riches en caroténoïdes, responsables de leur coloration vive. On identifie principalement la lutéine (pigment jaune dominant), le β-carotène, la zéaxanthine, la violaxanthine et, dans les fleurs rouges, des anthocyanines (dérivés de la pélargonidine et de la delphinidine). La teneur en caroténoïdes totaux peut atteindre 45 mg/100 g de fleurs fraîches, ce qui place la capucine parmi les sources alimentaires végétales les plus riches.

D. Vitamines

La capucine est remarquablement riche en acide ascorbique (vitamine C), avec des teneurs de 200 à 300 mg/100 g dans les feuilles fraîches, soit 3 à 5 fois plus que l’orange. Les fleurs contiennent également des quantités significatives de vitamine C (environ 130 mg/100 g). On trouve aussi du tocophérol (vitamine E) et des folates (vitamine B9).

E. Acides gras

Les graines contiennent 20 à 26 % d’huile fixe, riche en acide érucique (C22:1, 60-80 % des acides gras totaux), acide oléique (C18:1) et acide linoléique (C18:2). La forte teneur en acide érucique limite l’intérêt alimentaire de l’huile de graines mais présente un potentiel en oléochimie.

F. Autres composés

On note la présence d’oxalate de calcium dans les feuilles, de cucurbitacines en traces, d’acides aminés soufrés et de divers composés aromatiques volatils (linalol, géraniol) contribuant au parfum des fleurs.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

A. Activité antibactérienne

Le benzyl isothiocyanate (BITC) est le principal responsable de l’activité antibactérienne de la capucine. Son mécanisme d’action est multifactoriel : il interagit avec les groupements thiols des protéines bactériennes, inhibant les enzymes essentielles du métabolisme microbien. Le BITC inhibe la réductase bactérienne du dihydrofolate (DHFR), bloquant la synthèse des folates et donc la réplication de l’ADN bactérien — mécanisme analogue à celui du triméthoprime. Il perturbe également l’intégrité de la membrane cytoplasmique bactérienne par intercalation dans la bicouche lipidique. Le spectre antibactérien in vitro couvre les bactéries Gram positives (Staphylococcus aureus, Streptococcus spp., Enterococcus faecalis) et Gram négatives (Escherichia coli, Proteus mirabilis, Klebsiella pneumoniae, Haemophilus influenzae), avec des CMI de l’ordre de 5 à 50 µg/mL.

B. Activité antifongique

Le BITC exerce une activité fongistatique et fongicide contre Candida albicans, Candida glabrata et des dermatophytes (Trichophyton spp., Microsporum spp.). Le mécanisme implique la perturbation de la biosynthèse de l’ergostérol membranaire et l’induction d’un stress oxydatif intracellulaire chez le champignon.

C. Activité expectorante et mucolytique

Les isothiocyanates, après absorption intestinale, sont partiellement excrétés par voie pulmonaire, exerçant une action irritante locale modérée sur l’épithélium bronchique qui stimule la sécrétion de mucus et l’activité ciliaire (effet expectorant réflexe). Le BITC stimule les récepteurs TRPA1 (Transient Receptor Potential Ankyrin 1) des voies aériennes, déclenchant un réflexe sécrétoire et antitussif. Cette excrétion pulmonaire confère à la capucine un tropisme respiratoire qui justifie son usage dans les infections bronchiques.

D. Activité antivirale

Des études in vitro ont montré que les extraits de capucine inhibent la réplication de virus grippaux (Influenza A et B), avec un effet potentialisé en association avec le raifort (Armoracia rusticana). Le mécanisme impliquerait l’inhibition de la neuraminidase virale et la stimulation de la production d’interférons de type I par les cellules épithéliales infectées.

E. Activité antioxydante et anti-inflammatoire

Les flavonoïdes (quercétine, isoquercitrine) et les caroténoïdes exercent une puissante activité antioxydante, piégeant les espèces réactives de l’oxygène (ERO) et inhibant la peroxydation lipidique membranaire. Le BITC, à faible concentration, active le facteur de transcription Nrf2 (Nuclear factor erythroid 2-related factor 2), induisant l’expression d’enzymes antioxydantes endogènes (hème oxygénase-1, glutathion S-transférase, NAD(P)H quinone déshydrogénase 1). Parallèlement, le BITC inhibe la voie NF-κB, réduisant l’expression de COX-2, de l’iNOS et des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6, IL-1β).

F. Potentiel anticancéreux (données précliniques)

Le BITC fait l’objet de recherches actives en onco-pharmacologie. In vitro et sur modèles murins, il induit l’apoptose de cellules cancéreuses (sein, poumon, prostate, leucémie) par activation de la voie mitochondriale (caspases 3, 8 et 9), arrêt du cycle cellulaire en phases G2/M, et inhibition de l’angiogenèse tumorale via la suppression du VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor). Ces données restent précliniques et ne justifient aucune indication anticancéreuse en pratique clinique actuelle.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Antioxydant
  • ★★☆☆☆ Antiseptique urinaire
  • ★★☆☆☆ Immunostimulant
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

VI. DONNÉES CLINIQUES

A. Infections urinaires et respiratoires

L’association capucine + raifort (spécialité Angocin® Anti-Infekt N, commercialisée en Allemagne) a fait l’objet de plusieurs essais cliniques. Un essai randomisé contrôlé contre placebo (Goos et al., 2006, Arzneimittelforschung) portant sur 858 patients a démontré l’efficacité de cette association dans la prévention des récidives d’infections urinaires et de sinusites, avec une réduction significative du taux de récidive par rapport au placebo (p < 0,001). Un autre essai (Goos et al., 2007) a montré une efficacité comparable à celle d’un traitement antibiotique standard dans les infections urinaires non compliquées.

La Commission E allemande reconnaît l’usage de Tropaeolum majus (herbe) dans les infections des voies urinaires et des voies respiratoires supérieures. L’ESCOP n’a pas publié de monographie spécifique pour la capucine, mais l’usage traditionnel est bien documenté dans les pharmacopées d’Europe centrale.

B. Usage topique

L’utilisation externe de la capucine (jus de plante fraîche, teinture diluée) dans les infections cutanées superficielles, les mycoses et les affections du cuir chevelu (pellicules, alopécie) repose sur la tradition d’usage sans validation par essai clinique formel. Des études in vitro confirment l’activité contre Staphylococcus aureus et les dermatophytes, rendant ces indications biologiquement plausibles.

C. Données de pharmacocinétique

Le BITC est rapidement absorbé par voie orale, avec un pic plasmatique atteint en 1 à 2 heures. Il est métabolisé par conjugaison au glutathion (voie des mercapturates) et excrété dans les urines sous forme d’acide mercapturique de benzyle. L’excrétion pulmonaire du BITC sous forme volatile explique l’odeur soufrée de l’haleine après ingestion et le tropisme pour les voies respiratoires.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Glucotropaéoline Métabolite Constituant
Myrosinase Métabolite Constituant
Benzyl isothiocyanate Métabolite Constituant
Flavonoïdes Flavonoïde Antioxydant, anti-inflammatoire
Isoquercitrine Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

A. Plante fraîche

L’utilisation de la plante fraîche est préférable pour préserver l’intégrité du système glucosinolate-myrosinase. Les feuilles et fleurs fraîches peuvent être consommées directement (2 à 3 poignées par jour dans l’alimentation) ou broyées pour obtenir un suc frais (30 à 50 mL par jour).

B. Teinture-mère (TM)

Préparée à partir de la plante fraîche entière (parties aériennes) dans de l’alcool à 65° selon la Pharmacopée française. Posologie : 30 à 50 gouttes, 3 fois par jour, diluées dans un verre d’eau. Cure de 10 à 21 jours.

C. Gélules de poudre de plante

Les gélules de poudre cryobroyée de plante entière (parties aériennes) permettent de préserver les glucosinolates. Posologie : 1 à 2 gélules de 300 à 400 mg, 3 fois par jour, aux repas. L’activité est dépendante de l’intégrité de la myrosinase dans la préparation.

D. Infusion

Infuser 30 g de feuilles et fleurs fraîches (ou 10 g de drogue sèche) dans 1 litre d’eau frémissante (85 °C maximum — une ébullition prolongée détruit la myrosinase) pendant 10 minutes. Filtrer. Boire 3 à 4 tasses par jour. L’infusion est moins active que la plante fraîche en raison de l’inactivation thermique partielle de la myrosinase.

E. Usage externe

Lotion capillaire : préparer une décoction concentrée (100 g de plante fraîche par litre d’eau, bouillir 15 minutes) pour frictionner le cuir chevelu contre les pellicules et stimuler la repousse (usage traditionnel). Cataplasme de feuilles fraîches écrasées appliqué sur les contusions et les plaies superficielles.

F. Préparations alimentaires à visée thérapeutique

Vinaigre de capucine : macérer 100 g de fleurs et boutons floraux dans 500 mL de vinaigre de cidre pendant 15 jours. Utiliser en assaisonnement et comme désinfectant doux des voies urinaires. Câpres de capucine : confire les graines vertes dans du vinaigre salé — usage condimentaire et apéritif traditionnel.


IX. TOXICOLOGIE

A. Toxicité

La capucine est considérée comme une plante de toxicité très faible aux doses alimentaires et thérapeutiques habituelles. Le BITC pur est irritant à forte concentration (peau, muqueuses digestives), mais les doses libérées par la consommation normale de la plante restent bien en deçà du seuil toxique. Aucune toxicité chronique n’a été mise en évidence lors des essais cliniques avec l’Angocin®. Les études de génotoxicité du BITC montrent des résultats contradictoires selon les modèles expérimentaux, mais aux doses nutritionnelles, aucun effet mutagène n’est attendu.

B. Contre-indications

  • Insuffisance rénale sévère (l’excrétion urinaire des métabolites soufrés peut surcharger le rein déficient)
  • Ulcère gastroduodénal actif (les isothiocyanates sont irritants pour la muqueuse gastrique lésée)
  • Hypothyroïdie non compensée (les glucosinolates peuvent interférer avec le métabolisme de l’iode et inhiber la peroxydase thyroïdienne — effet goitrogène potentiel à doses élevées et prolongées)
  • Grossesse et allaitement : déconseillée par prudence (absence de données de sécurité)
  • Enfants de moins de 6 ans

C. Interactions médicamenteuses

Le BITC est un inducteur des enzymes de phase II (glutathion S-transférases) et pourrait théoriquement modifier le métabolisme de certains médicaments. En pratique, aucune interaction cliniquement significative n’a été rapportée. Par précaution, un espacement est conseillé avec les médicaments à marge thérapeutique étroite (anticoagulants coumariniques, digoxine). L’effet goitrogène théorique impose une surveillance chez les patients sous lévothyroxine.

D. Effets indésirables

Les effets indésirables rapportés sont rares et bénins : irritation gastrique transitoire, pyrosis, éructations soufrées, plus rarement diarrhée. En usage externe, les isothiocyanates peuvent provoquer une irritation cutanée chez les sujets sensibles (effet rubéfiant).


X. USAGES HISTORIQUES

A. Usages culinaires

La capucine est une plante intégralement comestible (feuilles, fleurs, boutons floraux, graines), constituant l’une des fleurs comestibles les plus populaires de la gastronomie contemporaine. Les feuilles se consomment en salade, en pesto ou en soupe, apportant une note piquante rappelant le cresson et la roquette. Les fleurs, spectaculaires, sont utilisées pour décorer et parfumer les salades, les desserts, les cocktails et les fromages frais ; leur saveur est légèrement sucrée puis piquante. Les boutons floraux et les graines vertes, confits dans du vinaigre, constituent les « câpres de capucine », condiment traditionnel très apprécié en Angleterre et en Europe centrale depuis le XVIIe siècle.

La richesse exceptionnelle en vitamine C (200-300 mg/100 g de feuilles) fait de la capucine un antiscorbutique puissant, propriété exploitée par les navigateurs espagnols et portugais dès le XVIe siècle. Les caroténoïdes des fleurs confèrent un pouvoir colorant naturel utilisable en cuisine.

B. Traditions populaires et ethnobotanique

Dans les Andes, Tropaeolum majus et les espèces apparentées sont utilisées de longue date en médecine traditionnelle quechua et aymara contre les infections respiratoires, les plaies, les abcès et comme tonique général. Le « mashua » (T. tuberosum), espèce tubéreuse apparentée, est un aliment de base des hauts plateaux andins.

En Europe, la capucine est utilisée depuis le XVIIIe siècle en médecine populaire comme « antibiotique du pauvre » : les feuilles fraîches mâchées servaient de remède de premier secours contre les infections urinaires, les bronchites et les refroidissements. En Allemagne, l’usage de la capucine en phytothérapie est particulièrement vivace et a donné lieu au développement de spécialités pharmaceutiques (Angocin®).

Au jardin, la capucine est une plante compagne traditionnelle du potager : plantée au pied des arbres fruitiers et des légumes, elle attire les pucerons noirs (Aphis fabae) qui la colonisent préférentiellement, protégeant ainsi les cultures voisines (stratégie de plante-piège). Ses exsudats racinaires auraient également un effet répulsif sur certains ravageurs telluriques (nématodes).


INTÉRÊT ÉCOLOGIQUE

La capucine joue un rôle écologique significatif dans les agrosystèmes et les jardins, bien au-delà de sa fonction ornementale. Sa floraison abondante et prolongée (juin à octobre) en fait une source majeure de nectar pour les pollinisateurs, en particulier les bourdons (Bombus spp.) dont la longue langue peut atteindre le nectar au fond de l’éperon. Les abeilles domestiques visitent également les fleurs, contribuant à la pollinisation des cultures voisines.

En tant que plante-piège pour les pucerons, la capucine s’inscrit dans les stratégies de lutte biologique par conservation. Les colonies de pucerons qu’elle héberge attirent les auxiliaires naturels (coccinelles, syrphes, chrysopes, guêpes parasitoïdes), créant un réservoir de prédateurs bénéfique pour l’ensemble du jardin. Cette fonction écosystémique est largement exploitée en permaculture et en agroécologie.

Les isothiocyanates libérés par les racines et les parties aériennes en décomposition exercent un effet biofumigant sur les pathogènes du sol (champignons, nématodes), propriété exploitée en agriculture biologique par l’enfouissement d’engrais verts de capucine. La plante contribue ainsi à la santé des sols de manière non chimique.

En revanche, la naturalisation de la capucine dans certains écosystèmes insulaires fragiles (Macaronésie, îles du Pacifique) peut poser des problèmes de compétition avec la flore indigène, bien que son pouvoir invasif reste modéré comparé à d’autres espèces exotiques.


CONFUSIONS POSSIBLES

Les confusions avec d’autres espèces sont rares en raison du port très caractéristique de la capucine (feuilles peltées, fleurs éperonnées). Néanmoins, quelques points méritent attention :

  • Tropaeolum minus L. (capucine naine) : espèce voisine à port plus compact, à fleurs plus petites (2-3 cm) et à feuilles de taille réduite. Les propriétés phytochimiques sont similaires. La distinction spécifique est parfois délicate avec certains cultivars nains de T. majus.
  • Tropaeolum peregrinum L. (capucine des Canaries) : espèce grimpante vigoureuse à fleurs jaune citron à pétales frangés très découpés, nettement distincte par la morphologie florale. Comestible mais moins utilisée en thérapeutique.
  • Nasturtium officinale W.T. Aiton (cresson de fontaine) : la confusion est ici purement nominale (le nom anglais nasturtium désigne la capucine, tandis que Nasturtium est le genre botanique du cresson). Aucune ressemblance morphologique, mais les deux plantes partagent des glucosinolates et une saveur piquante.
  • Impatiens spp. (balsamine, impatiente) : parfois confondues par les jardiniers débutants en raison de l’éperon floral. Les feuilles des Impatiens ne sont jamais peltées et la saveur n’est pas piquante. Les balsamines ne sont pas comestibles.

XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

La capucine (Tropaeolum majus L.) constitue une drogue végétale de premier intérêt en phytothérapie anti-infectieuse, dont le profil pharmacognosique repose essentiellement sur le système glucosinolate-myrosinase, générateur du benzyl isothiocyanate, antibiotique naturel à large spectre. Ce mécanisme de défense chimique, partagé avec les Brassicacées par convergence évolutive, confère à la capucine une activité antibactérienne, antifongique et antivirale documentée tant in vitro que par des essais cliniques, fait rare pour une plante médicinale.

La richesse complémentaire en vitamine C (l’une des sources végétales les plus concentrées), en caroténoïdes et en flavonoïdes antioxydants fait de la capucine une plante à double tropisme : anti-infectieux et antioxydant, mobilisable dans les infections urinaires et respiratoires récidivantes. La validation clinique de l’association capucine-raifort (Angocin®) en Allemagne représente un modèle de développement phytothérapeutique rigoureux.

La comestibilité totale de la plante, sa facilité de culture et son rôle de plante compagne au jardin en font un végétal polyvalent, à l’interface de la nutrition, de la thérapeutique et de l’agroécologie. L’optimisation des formes galéniques visant à préserver l’intégrité du système glucosinolate-myrosinase (préparations fraîches, cryobroyage) constitue un enjeu technologique important pour maximiser l’activité thérapeutique de cette drogue.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Expectorant (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★☆☆☆ Antiseptique
  • ★★☆☆☆ Tonique

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