
Magnolia — Magnolia officinalis Rehder & E.H.Wilson
Le magnolia officinal est un arbre majestueux de la flore chinoise, dont l’écorce constitue l’une des drogues les plus anciennes et les plus prestigieuses de la pharmacopée traditionnelle chinoise sous le nom de hòu pò (厚朴). L’identification de deux néolignanes originaux, l’honokiol et le magnolol, a révélé un profil pharmacologique d’une richesse exceptionnelle, faisant de cette plante un sujet de recherche de premier plan en neuropharmacologie, en oncologie et en médecine anti-inflammatoire.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Magnolia officinalis appartient à l’embranchement des Spermatophytes, sous-embranchement des Angiospermes, classe des Magnoliopsida (Dicotylédones), ordre des Magnoliales, famille des Magnoliacées. Le genre Magnolia, l’un des plus anciens genres d’Angiospermes, comprend environ 210 à 340 espèces selon les classifications, réparties en Asie orientale et dans les Amériques.
L’espèce a été décrite par Alfred Rehder et Ernest Henry Wilson en 1916, à partir de spécimens collectés dans la province du Sichuan, en Chine. Deux variétés sont reconnues : M. officinalis var. officinalis et M. officinalis var. biloba Rehder & E.H.Wilson (à feuilles bilobées à l’apex).
Synonymes : Houpoea officinalis (Rehder & E.H.Wilson) N.H.Xia & C.Y.Wu (dans certaines classifications récentes qui séparent le genre Houpoea). Le nom chinois hòu pò (厚朴) signifie littéralement « écorce épaisse et pure ». En japonais, l’écorce est appelée kōboku (厚朴). En anglais : « houpo magnolia » ou « Chinese magnolia bark ».
D’autres espèces de Magnolia sont utilisées en médecine traditionnelle : M. obovata Thunb. (Japon, wa-kōboku), M. biondii Pamp. (boutons floraux, xin yi hua), M. denudata Desr., M. sprengeri Pamp. Seules M. officinalis et M. obovata sont des sources officinales de hòu pò dans la Pharmacopée chinoise.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Magnolia officinalis est un arbre caduc de grande taille, pouvant atteindre 15 à 25 mètres de hauteur et 1 mètre de diamètre de tronc. Le port est étalé, avec une cime arrondie et ample. Le tronc est droit, à écorce gris-brun, épaisse (d’où le nom chinois), lisse chez les jeunes arbres puis légèrement crevassée et liégeuse avec l’âge. L’écorce interne est aromatique, de couleur brun-rougeâtre, à saveur amère et piquante.
Les rameaux sont robustes, glabres, de couleur vert-olive à brun-pourpre, marqués de cicatrices annulaires laissées par les stipules caduques (caractère typique des Magnoliacées). Les bourgeons sont coniques, volumineux, couverts de pubescence soyeuse grisâtre.
Les feuilles sont alternes, simples, très grandes (20 à 45 cm de long, 10 à 25 cm de large), obovales à oblongues, à sommet arrondi ou émarginé (bilobé chez la var. biloba), à base cunéiforme. Le limbe est coriace, glabre et vert foncé à la face supérieure, glauque et finement pubescent à la face inférieure. La nervation est pennée, avec 20 à 30 paires de nervures latérales bien marquées. Le pétiole est robuste, de 2,5 à 4,5 cm.
Les fleurs sont solitaires, terminales, très grandes (15 à 25 cm de diamètre), parfumées, à tépales blanc crème, épais et charnus, au nombre de 9 à 12 disposés en trois verticilles. Les étamines sont très nombreuses (70 à 120), spiralées, à filets pourpres. Les carpelles sont nombreux (40 à 60), spiralés, formant un gynécée apocarpe caractéristique des Magnoliacées. La floraison intervient de mai à juin, généralement avant la feuillaison complète ou en même temps.
Le fruit est un agrégat de follicules ligneux, cylindrique, de 9 à 15 cm de long et 3 à 5 cm de diamètre, passant du vert au brun-rouge à maturité (septembre-octobre). Chaque follicule s’ouvre à maturité pour libérer 1 à 2 graines ovoïdes, de 8 à 10 mm, à tégument rouge orangé charnu (sarcotesta), pendantes à un funicule allongé.
Écologie et répartition
Magnolia officinalis est endémique de la Chine centrale et méridionale. Son aire de répartition naturelle couvre les provinces du Sichuan, du Hubei, du Hunan, du Guizhou, du Yunnan, du Guangxi, du Zhejiang et de l’Anhui. L’espèce est présente dans les forêts de montagne à feuillage caduc et mixte, entre 300 et 1800 mètres d’altitude.
L’habitat typique est la forêt de montagne humide, sur des sols profonds, fertiles, acides à neutres (pH 5,0-7,0), bien drainés mais frais. Le magnolia officinal préfère les stations à mi-ombre ou en lumière filtrée dans les peuplements matures, bien qu’il tolère le plein soleil dans les stades de régénération. La pluviométrie annuelle dans son aire naturelle varie de 1000 à 1800 mm, avec des températures moyennes de 12 à 18 °C et une tolérance au froid modérée (-10 à -15 °C).
Les peuplements naturels de M. officinalis ont subi une régression considérable en raison de la surexploitation pour l’écorce médicinale et de la déforestation. L’espèce est inscrite sur la Liste rouge de l’UICN en catégorie « Quasi menacé » (NT) et est protégée en Chine (plante médicinale de catégorie II). Des programmes de reboisement et de culture à grande échelle ont été mis en place dans les provinces du Sichuan et du Hubei depuis les années 1970. La Chine produit actuellement plus de 10 000 tonnes d’écorce par an, principalement à partir de plantations.
La pollinisation est assurée par des coléoptères (cantharophilie), un trait primitif cohérent avec la position basale des Magnoliacées dans la phylogénie des Angiospermes. La dissémination des graines est ornithochore, les oiseaux étant attirés par la sarcotesta rouge vif.
Écologie, durabilité et conservation
Magnolia officinalis est considéré comme quasi menacé (NT) par l’UICN, en raison de la destruction de son habitat forestier montagnard et de la surexploitation historique pour l’écorce médicinale. Dans la nature, les populations ont fortement régressé depuis le milieu du XXe siècle.
Cependant, la culture à grande échelle pratiquée en Chine depuis les années 1970 a considérablement réduit la pression sur les populations sauvages. Les principales zones de culture se situent dans les provinces du Sichuan, du Hubei et du Hunan. Les arbres sont plantés en plantation monospécifique ou en agroforesterie, avec un cycle de récolte de 15 à 20 ans pour l’écorce de tronc. Des techniques d’écorçage partiel et de récolte d’écorce de branches permettent de prolonger la vie productive des arbres.
Le magnolia officinal est un arbre d’intérêt écologique majeur : ses grandes fleurs attirent de nombreux pollinisateurs, ses fruits nourrissent les oiseaux, et sa litière feuillue enrichit le sol forestier. Il est également apprécié comme arbre ornemental dans les parcs et jardins botaniques.
La conservation ex situ est assurée par de nombreux jardins botaniques chinois et internationaux. Des banques de graines et des collections de cultivars sont maintenues pour préserver la diversité génétique de l’espèce.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue principale est l’écorce de tronc et de branches (Magnoliae officinalis cortex), appelée hòu pò en chinois. La Pharmacopée chinoise (édition 2020) et la Pharmacopée japonaise incluent des monographies pour cette drogue. La Pharmacopée européenne ne possède pas de monographie officielle pour l’écorce de magnolia.
L’écorce est récoltée sur des arbres de 15 à 20 ans, généralement entre avril et juin, lorsque la circulation de la sève est maximale et que l’écorçage est facilité. Traditionnellement, les arbres étaient abattus pour l’écorçage, mais les pratiques modernes de sylviculture permettent une récolte partielle (écorce de branches) ou un écorçage annulaire contrôlé, suivi d’une régénération.
Après récolte, l’écorce est empilée et soumise à une « fermentation » (étuvage humide) de quelques jours à quelques semaines, qui provoque un brunissement enzymatique et développe l’arôme caractéristique. Elle est ensuite séchée au soleil ou en étuve. L’écorce sèche se présente en morceaux roulés ou en tubes, de couleur brun foncé à l’extérieur, brun-rougeâtre à l’intérieur, à surface interne huileuse et aromatique. L’odeur est fortement aromatique, épicée. La saveur est amère, piquante, légèrement astringente.
La Pharmacopée chinoise exige une teneur minimale en magnolol + honokiol ≥ 2,0 % (m/m) dans la drogue sèche. Les lots de qualité supérieure atteignent 5 à 10 % de néolignanes totaux.
Les boutons floraux de M. biondii, M. denudata ou M. sprengeri constituent une drogue distincte, xin yi hua (辛夷花), utilisée dans les affections des voies respiratoires supérieures (rhinite, sinusite).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
L’écorce de Magnolia officinalis possède un profil phytochimique complexe, dominé par les néolignanes, les alcaloïdes et les huiles essentielles.
Néolignanes biphenyliques : ce sont les composés les plus caractéristiques et les plus étudiés. Les deux marqueurs principaux sont :
Magnolol (C₁₈H₁₈O₂, MM 266,33 g/mol) : 5,5′-diallyl-2,2′-dihydroxybiphényle. Composé phénolique biphenylique, présent à 1-5 % dans l’écorce sèche. Solide cristallin, peu soluble dans l’eau, soluble dans les solvants organiques.
Honokiol (C₁₈H₁₈O₂, MM 266,33 g/mol) : 3′,5-diallyl-2,4′-dihydroxybiphényle. Isomère de position du magnolol, présent à 0,5-3 % dans l’écorce. Propriétés physico-chimiques similaires au magnolol.
D’autres néolignanes mineurs ont été identifiés : 4-O-méthylhonokiol, obovatol, magnaldéhyde, randainol. La biosynthèse des néolignanes procède par couplage oxydatif radicalaire de deux unités d’alcool chavicol (4-allylphénol) ou d’eugénol, catalysé par des peroxydases et/ou des laccases.
Alcaloïdes : des alcaloïdes isoquinoléiques de type aporphine ont été isolés, notamment la magnoflorine (alcaloïde quaternaire), la magnocurarine, la N-nornuciférine, la réticuline et l’anonaine. Leur teneur est faible (0,01-0,1 %) et leur contribution à l’activité pharmacologique globale reste discutée.
Huile essentielle : l’écorce contient 1 à 3 % d’huile essentielle, composée principalement de β-eudesmol (30-50 %), α-eudesmol, γ-eudesmol, cryptomériol, caryophyllène, α-pinène, β-pinène, limonène et bornéol. L’eudesmol contribue significativement à l’activité pharmacologique (activité cholinergique, relaxante musculaire).
D’autres composés incluent des tanins, des phénylpropanoïdes (syringine), des acides organiques et des stérols.
Le dosage du magnolol et de l’honokiol est réalisé par HPLC-UV (détection à 294 nm) ou par GC-MS. Les techniques de chromatographie sur couche mince (CCM/HPTLC) sont utilisées pour le contrôle rapide d’identité.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
L’honokiol et le magnolol sont les principaux supports de l’activité pharmacologique de l’écorce de magnolia. Leurs mécanismes d’action, largement élucidés par la recherche moderne, sont remarquablement diversifiés.
Activité anxiolytique et antidépressive : l’honokiol est un modulateur allostérique positif des récepteurs GABA-A, se liant au site de reconnaissance des benzodiazépines avec une sélectivité pour les sous-unités α₂ et α₃ (associées à l’anxiolyse) plutôt que α₁ (associée à la sédation). Cet effet explique l’activité anxiolytique observée dans les modèles animaux (labyrinthe en croix surélevé, test en champ ouvert) sans les effets sédatifs, amnésiants et myorelaxants des benzodiazépines classiques. Le magnolol exerce également un effet anxiolytique, mais avec un profil légèrement différent (plus sédatif). Les deux composés modulent aussi les systèmes sérotoninergique et noradrénergique, contribuant à un effet antidépresseur documenté dans le test de nage forcée et le test de suspension caudale.
Activité anti-inflammatoire : le magnolol et l’honokiol inhibent la voie NF-κB, réduisant l’expression de la COX-2, de l’iNOS, du TNF-α, de l’IL-1β et de l’IL-6 dans les macrophages activés. Ils inhibent également la voie des MAPK (p38, ERK, JNK). L’honokiol bloque la phosphorylation de IκBα et la translocation nucléaire de NF-κB p65. Ces propriétés anti-inflammatoires sont d’un intérêt considérable en rhumatologie, en dermatologie et en gastroentérologie.
Activité anticancéreuse : l’honokiol a fait l’objet de plus de 200 publications en oncologie expérimentale. Il induit l’apoptose de cellules tumorales via la voie intrinsèque mitochondriale (activation des caspases 3, 7, 9), inhibe l’angiogenèse tumorale (inhibition du VEGF et de l’angiopoïétine), bloque le cycle cellulaire (arrêt en phase G0/G1 et G2/M), et inhibe les voies de signalisation oncogéniques (PI3K/Akt, STAT3, mTOR, Notch). Des effets antitumoraux ont été démontrés in vitro et in vivo sur des modèles de cancer du sein, du poumon, du côlon, de la prostate, du foie, du cerveau (gliome) et des mélanomes.
Activité neuroprotectrice : l’honokiol et le magnolol protègent les neurones contre la toxicité du glutamate, du peptide bêta-amyloïde et du stress oxydatif, par des mécanismes impliquant l’inhibition de la voie NF-κB, la réduction du stress du réticulum endoplasmique, la préservation de la fonction mitochondriale et l’activation de la voie Nrf2/ARE (augmentation des enzymes antioxydantes). Ces propriétés sont pertinentes dans le contexte des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson).
Activité antimicrobienne : le magnolol et l’honokiol exercent une activité bactéricide sur plusieurs souches, notamment Staphylococcus aureus (y compris SARM), Streptococcus mutans (caries dentaires), Porphyromonas gingivalis (parodontite) et Helicobacter pylori. Le mécanisme implique une perturbation de l’intégrité membranaire et une inhibition de la formation de biofilms.
Activité sur le tractus digestif : l’écorce de magnolia réduit les spasmes gastro-intestinaux (activité spasmolytique directe sur le muscle lisse), diminue la sécrétion acide gastrique et accélère la vidange gastrique. L’β-eudesmol contribue à cet effet via une modulation cholinergique.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Les données cliniques sur l’écorce de magnolia sont en croissance, bien que la majorité des études restent de petite taille ou de méthodologie limitée.
Anxiété et stress : Kalman et al. (2008) ont mené un essai randomisé, en double aveugle, contre placebo, chez 56 femmes souffrant d’anxiété modérée. Un extrait d’écorce de magnolia et de Phellodendron amurense (Relora®, 250 mg deux fois par jour pendant 4 semaines) a réduit significativement les scores d’anxiété (STAI), de dépression (POMS) et de cortisol salivaire par rapport au placebo. Talbott et al. (2013) ont confirmé ces résultats dans un essai similaire, avec une réduction du stress perçu et une amélioration de l’humeur.
Troubles du sommeil : des études pilotes ont montré que l’honokiol et le magnolol améliorent la qualité du sommeil, réduisent le temps d’endormissement et augmentent la durée du sommeil profond, sans les effets secondaires des hypnotiques classiques. Un essai chez des femmes ménopausées (Mucci et al., 2018) a rapporté une amélioration du sommeil et une réduction des bouffées de chaleur sous extrait de magnolia.
Santé bucco-dentaire : l’honokiol et le magnolol sont incorporés dans des dentifrices et des bains de bouche (par exemple, Listerine® Total Care contient un extrait de magnolia). Un essai clinique de Greenberg et al. (2007) a montré une réduction significative de la plaque dentaire et de Streptococcus mutans salivaire avec un chewing-gum enrichi en extrait de magnolia.
Symptômes gastro-intestinaux : en médecine traditionnelle chinoise, des préparations à base de hòu pò sont couramment utilisées contre les ballonnements, les nausées et la constipation. Des essais cliniques sur des formulations traditionnelles (Banxia houpo tang, Dai-kenchu-to) ont montré des effets bénéfiques sur la motilité gastrique et les symptômes dyspeptiques fonctionnels.
Ménopause : Garrison et al. ont évalué une association magnolia + magnésium chez des femmes ménopausées, rapportant une amélioration de l’anxiété, de l’insomnie et des symptômes vasomoteurs.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Magnolol | Néolignane biphénylique | Anxiolytique, sédatif, anti-inflammatoire |
| Honokiol | Néolignane | Anxiolytique, neuroprotecteur |
| Huile essentielle | Terpènes | Aromatique |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Écorce en décoction (usage traditionnel chinois) : 3 à 10 g d’écorce sèche par jour, en décoction de 20-30 minutes, en 2 à 3 prises.
Extrait sec standardisé : standardisé à 2-10 % de magnolol + honokiol, ou à des teneurs plus élevées (jusqu’à 90 % de néolignanes totaux pour les extraits purifiés). Gélules de 200 à 500 mg, 2 à 3 fois par jour. Les produits commerciaux comme Relora® (association avec Phellodendron amurense) proposent 250 mg deux fois par jour.
Teinture et extrait fluide : teinture au 1/5 (éthanol 60°), 2 à 4 ml par jour.
Formes topiques : crèmes et sérums à base d’honokiol/magnolol (0,1-1 %) en cosmétique anti-âge et anti-inflammatoire cutanée.
Formes pour l’hygiène buccale : dentifrices, bains de bouche, chewing-gums contenant 0,1-0,5 % d’extrait de magnolia.
La durée du traitement est variable. Pour l’anxiété et le stress, des cures de 4 à 12 semaines sont habituelles. Pour les troubles digestifs, l’usage peut être ponctuel ou en cure courte (1 à 2 semaines).
IX. TOXICOLOGIE
L’écorce de Magnolia officinalis est utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle chinoise avec un bon profil de sécurité. Les données toxicologiques modernes confirment une toxicité aiguë faible : la DL₅₀ orale du magnolol chez la souris est d’environ 6,2 g/kg ; celle de l’honokiol est d’environ 9,5 g/kg. Ces valeurs indiquent une marge de sécurité très large par rapport aux doses thérapeutiques.
Les études de toxicité subchronique (28 et 90 jours) chez le rat avec des extraits standardisés n’ont pas révélé de toxicité significative aux doses allant jusqu’à 240 mg/kg/jour de magnolol + honokiol. Pas de génotoxicité (test d’Ames négatif, test du micronoyau négatif), pas de tératogénicité aux doses thérapeutiques dans les études animales.
Effets indésirables : rares et bénins. Somnolence possible (effet GABAergique), surtout à doses élevées ou en association avec d’autres sédatifs. Troubles digestifs mineurs (nausées, brûlures d’estomac) occasionnels. Vertiges et céphalées rapportés de manière anecdotique.
Interactions médicamenteuses : potentialisation théorique des benzodiazépines, des barbituriques et des anesthésiques (effet GABAergique additif). Prudence avec les anticoagulants (le magnolol inhibe légèrement l’agrégation plaquettaire in vitro). L’honokiol et le magnolol sont métabolisés par les cytochromes CYP1A2, CYP2C9 et CYP3A4, avec un potentiel d’interaction médicamenteuse, bien qu’aucune interaction cliniquement significative n’ait été rapportée.
Contre-indications : grossesse (activité utérotonique rapportée dans la pharmacopée traditionnelle), allaitement, enfants de moins de 12 ans (données insuffisantes). Hypersensibilité connue aux Magnoliacées.
X. USAGES HISTORIQUES
L’écorce de magnolia (hòu pò) est l’une des 50 herbes fondamentales de la pharmacopée chinoise. Son usage est documenté depuis au moins 2000 ans, apparaissant dans le Shennong bencao jing (Matière médicale du Divin Laboureur), le plus ancien traité de pharmacopée chinoise (Ier-IIe siècle apr. J.-C.).
En médecine traditionnelle chinoise (MTC), hòu pò est classé comme amer, piquant et tiède, agissant sur les méridiens de la Rate, de l’Estomac et du Poumon. Ses fonctions traditionnelles sont de « faire circuler le Qi et transformer l’humidité » (xing qi hua shi), de « descendre le Qi et calmer la dyspnée » (jiang qi ping chuan), et de « disperser les accumulations et dissiper les stagnations ». Il est prescrit dans les syndromes de stagnation alimentaire (distension abdominale, plénitude épigastrique, nausées, constipation), dans les syndromes d’accumulation d’humidité-chaleur (diarrhée, lourdeur corporelle) et dans l’asthme et la toux avec mucosités abondantes.
Formules classiques contenant hòu pò : Banxia houpo tang (décoction de Pinellia et Magnolia, pour la « sensation de noyau de prune dans la gorge », équivalent du globus hystericus), Ping wei san (poudre pour harmoniser l’Estomac), Da chengqi tang (grande décoction purgative), Houpo wenzhong tang (décoction de Magnolia pour réchauffer le Centre).
Au Japon, dans la médecine kampo, l’écorce est utilisée dans des formules similaires (Hangekobokuto, Saibokuto), notamment pour les troubles anxieux, les troubles digestifs fonctionnels et l’asthme.
En médecine populaire, l’écorce de magnolia est également utilisée comme fébrifuge, antipaludéen, antidiarrhéique et tonique. Les boutons floraux des espèces apparentées sont employés dans les rhinites et les sinusites.
Confusions et falsifications
La principale source de confusion concerne les espèces de Magnolia utilisées comme substituts de M. officinalis. L’écorce de M. obovata (Japon) est officinale dans la Pharmacopée japonaise et présente un profil chimique similaire (magnolol, honokiol), mais avec des proportions différentes. Les écorces d’autres espèces (M. rostrata, M. hypoleuca) peuvent être commercialisées sous le nom de hòu pò mais ne répondent pas aux normes de la Pharmacopée chinoise.
Sur le marché des compléments alimentaires, l’adultération par de l’écorce de Phellodendron amurense (huáng bò, 黄柏) a été rapportée, les deux drogues étant parfois confondues en raison de la similitude de leurs noms chinois. Le profil chimique est cependant très différent : Phellodendron contient de la berbérine, absente chez Magnolia.
Le contrôle qualité par HPLC (dosage du magnolol et de l’honokiol), par CCM (empreinte chromatographique) et par analyse organoleptique (odeur, saveur, aspect de la section transversale) permet de distinguer les différentes espèces et de détecter les falsifications.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Magnolia officinalis est une plante médicinale d’importance majeure, dont le profil pharmacologique, centré sur les néolignanes honokiol et magnolol, est d’une richesse remarquable. L’activité anxiolytique par modulation GABAergique, l’activité anti-inflammatoire par inhibition de NF-κB et l’activité anticancéreuse par induction de l’apoptose et inhibition de l’angiogenèse constituent les trois axes les plus prometteurs.
Les perspectives incluent le développement de formulations à biodisponibilité améliorée (nanoencapsulation, complexes de cyclodextrine, liposomes), des essais cliniques de phase II/III dans l’anxiété, les troubles du sommeil et potentiellement en oncologie adjuvante, et l’exploration du potentiel de l’honokiol comme agent neuroprotecteur dans la maladie d’Alzheimer. La durabilité de la filière d’approvisionnement, désormais largement basée sur la culture, est un acquis important pour l’avenir de cette drogue majeure.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Anxiolytique
- ★★★☆☆ Sédatif
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
- ★★☆☆☆ Digestif (écorce)