GYMNEMA

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Planche botanique Gymnéma

GYMNEMA — Gymnema sylvestre (Retz.) R.Br. ex Sm.

Famille (classification morphologique traditionnelle) : Apocynaceae (anciennement Asclepiadaceae).

Gymnema sylvestre est une liane ligneuse tropicale dont l’usage médicinal remonte à plus de deux millénaires dans la tradition ayurvédique indienne. Connue en hindi sous le nom de gurmar — littéralement « destructeur de sucre » — en raison de la propriété remarquable de ses feuilles de supprimer transitoirement la perception du goût sucré lorsqu’elles sont mâchées, cette plante est aujourd’hui l’un des phytomédicaments antidiabétiques les plus étudiés au monde.

L’intérêt pharmacologique de Gymnema sylvestre repose sur sa richesse en acides gymnémiques, un groupe complexe de saponines triterpéniques dont les structures moléculaires présentent une analogie structurale avec le glucose. Cette parenté moléculaire est à l’origine d’interactions compétitives au niveau des récepteurs gustatifs du sucré et, surtout, au niveau des transporteurs intestinaux du glucose et des cellules bêta pancréatiques, conférant à la plante un profil pharmacologique multifactoriel dans la régulation de la glycémie.

La présente monographie offre une synthèse des connaissances botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques actualisées sur Gymnema sylvestre, en intégrant les données de la recherche fondamentale, les résultats des essais cliniques et les considérations de sécurité d’emploi nécessaires à une utilisation rationnelle de cette plante en phytothérapie.




I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Gymnema sylvestre (Retz.) R.Br. ex Sm. appartient à la famille des Apocynaceae, sous-famille des Asclepiadoideae (anciennement élevée au rang de famille sous le nom d’Asclepiadaceae), ordre des Gentianales.

Classification APG IV :

  • Clade : Angiospermes
  • Clade : Dicotylédones vraies (Eudicots)
  • Clade : Astéridées
  • Ordre : Gentianales
  • Famille : Apocynaceae
  • Sous-famille : Asclepiadoideae
  • Tribu : Marsdenieae
  • Genre : Gymnema R.Br.
  • Espèce : Gymnema sylvestre (Retz.) R.Br. ex Schult.

Basionyme : Periploca sylvestris Retz. (1781). Le genre Gymnema fut établi par Robert Brown en 1810, du grec gymnos (nu) et nema (fil), en référence aux filets staminaux nus (dépourvus d’appendices). L’épithète sylvestre signifie « des forêts ».

Synonymes : Gymnema melicida Edgew., Gymnema affine Decne., Marsdenia sylvestris (Retz.) P.I. Forst. Le genre Gymnema comprend environ 40 espèces pantropicales, dont seule G. sylvestre fait l’objet d’une exploitation médicinale significative.

Noms vernaculaires : Gurmar, meshashringi (sanskrit, « corne de bélier »), madhunashini (« destructeur de miel »), periploca of the woods (anglais historique), cowplant, gymnéma des forêts.



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Gymnema sylvestre est une liane ligneuse vivace, volubile, pouvant atteindre 6 à 10 mètres de longueur dans les formations forestières denses. Les tiges sont cylindriques, pubescentes dans leur partie jeune, devenant glabrescentes et liégeuses avec l’âge. L’écorce est gris-brun, rugueuse, parcourue de lenticelles. Tous les organes végétatifs contiennent un latex blanc laiteux, caractéristique des Asclepiadoideae.

Appareil végétatif : Les feuilles sont opposées, décussées, simples, pétiolées (pétiole de 5 à 12 mm). Le limbe est ovale à elliptique, long de 3 à 6 cm et large de 1,5 à 3 cm, à base arrondie ou légèrement cordée, à apex acuminé, à marge entière. La face supérieure est vert foncé, faiblement pubescente ; la face inférieure est plus claire, densément pubescente, surtout le long des nervures. La nervation est pennée, avec 4 à 6 paires de nervures secondaires arquées. Les feuilles dégagent au froissement une odeur herbacée discrète et possèdent, lorsqu’on les mâche, la propriété remarquable d’abolir la perception du goût sucré pendant 30 à 60 minutes.

Appareil reproducteur : L’inflorescence est une cyme ombellée axillaire, latérale, portant 8 à 15 petites fleurs. Les fleurs sont pentamères, actinomorphes, de 3 à 5 mm de diamètre. Le calice est constitué de 5 sépales ovales, pubescents, libres. La corolle est gamopétale, campanulée, jaune verdâtre à jaune pâle, avec 5 lobes étalés. La couronne staminale (gynostège), structure caractéristique des Asclepiadoideae, est formée de 5 pièces charnues alternant avec les lobes de la corolle. Les pollinies sont oblongues, solitaires dans chaque loge. L’ovaire est supère, apocarpique (2 carpelles libres), chaque carpelle se développant en un follicule indépendant.

Fruit : Le fruit est constitué de 2 follicules fusiformes divergents, longs de 5 à 8 cm, verts puis bruns à maturité, s’ouvrant par une fente ventrale. Les graines sont aplaties, ovales, munies d’une aigrette soyeuse (coma) facilitant la dissémination anémochore.

Floraison : La floraison intervient de juillet à novembre dans l’aire indienne, la fructification de décembre à mars. La pollinisation est entomophile.


Écologie, habitat et répartition

Gymnema sylvestre est une espèce pantropicale dont le centre de diversité se situe dans le sous-continent indien. Son aire de répartition naturelle s’étend de l’Inde péninsulaire (Deccan, Ghâts occidentaux et orientaux) au Sri Lanka, au sud de la Chine, à l’Asie du Sud-Est (Birmanie, Viêt Nam, Malaisie), à l’Afrique tropicale (de l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe) et au nord de l’Australie.

Habitat : L’espèce est caractéristique des forêts tropicales sèches et semi-caducifoliées, des fourrés et des lisières forestières, depuis le niveau de la mer jusqu’à 600 mètres d’altitude. Elle se développe préférentiellement sur des sols bien drainés, pierreux ou latéritiques, en plein soleil ou en demi-ombre. Elle tolère une saison sèche marquée (précipitations annuelles de 500 à 1 500 mm) et des températures élevées (20-35 °C).

Associations végétales : En Inde, G. sylvestre est fréquemment associée à Tectona grandis (teck), Terminalia spp., Diospyros melanoxylon, Anogeissus latifolia dans les forêts sèches à feuilles caduques du type « dry deciduous forest ».

Culture : La culture de G. sylvestre se développe en Inde depuis les années 2000, principalement dans les États du Tamil Nadu, du Karnataka, du Maharashtra et de l’Andhra Pradesh. La multiplication se fait par semis, bouturage ligneux ou marcottage. La plante commence à produire des feuilles récoltables après 2 à 3 ans et atteint sa pleine production à 5 ans. La récolte des feuilles s’effectue manuellement, de préférence en saison sèche, période où la teneur en acides gymnémiques est la plus élevée.


Écologie, conservation et durabilité

Gymnema sylvestre est inscrite sur la liste des plantes médicinales menacées de l’Inde publiée par la FRLHT (Foundation for Revitalisation of Local Health Traditions). La pression exercée par la cueillette sauvage intensive, combinée à la destruction de l’habitat forestier, a conduit à un déclin marqué des populations naturelles dans plusieurs États indiens (Andhra Pradesh, Kerala, Tamil Nadu).

L’espèce est classée « Vulnérable » dans plusieurs listes rouges régionales indiennes. Des programmes de conservation in situ (protection de parcelles forestières) et ex situ (jardins botaniques, banques de semences) ont été mis en place. Le développement de la culture commerciale, soutenu par le National Medicinal Plants Board of India, constitue la meilleure stratégie pour réduire la pression sur les populations sauvages tout en répondant à la demande croissante du marché mondial.

La propagation par culture de tissus (micropropagation) fait l’objet de recherches actives pour permettre la multiplication rapide de génotypes à haute teneur en acides gymnémiques et garantir l’approvisionnement durable de la filière.



III. PARTIES UTILISÉES

La drogue végétale officinale est constituée par les feuilles séchées de Gymnema sylvestre, récoltées à maturité sur des plantes âgées d’au moins 3 ans. Les feuilles sont séchées à l’ombre ou dans des séchoirs à air chaud (40-50 °C) puis pulvérisées ou soumises à extraction.

Caractères organoleptiques : La feuille sèche est vert olive à vert-brun, cassante, à odeur faiblement herbacée. La saveur est d’abord amère puis astringente, suivie d’un effet caractéristique de suppression du goût sucré persistant pendant 30 à 60 minutes.

Standardisation : Les extraits commerciaux sont généralement standardisés à 25 % d’acides gymnémiques (déterminés par HPLC ou par méthode spectrophotométrique). La Pharmacopée indienne (IP 2014) et la Pharmacopée américaine des plantes (AHP) ont publié des monographies de contrôle qualité incluant des profils chromatographiques de référence.

Les racines et l’écorce sont utilisées dans certaines préparations ayurvédiques traditionnelles, mais n’ont pas fait l’objet d’une standardisation moderne et sont peu documentées pharmacologiquement.



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition chimique de Gymnema sylvestre est dominée par un groupe complexe de saponines triterpéniques, les acides gymnémiques, qui constituent les principes actifs principaux. La plante contient également des flavonoïdes, des anthraquinones, des alcaloïdes mineurs et des polysaccharides.

Acides gymnémiques : Les acides gymnémiques forment un groupe d’au moins 17 saponines triterpéniques dérivées de l’acide gymnémique, lui-même un glycoside de l’acide oléanolique (triterpène pentacyclique de type oléanane). Les principaux représentants sont les acides gymnémiques I à VII (gymnémacoside A-G) et les gymnémasaponines I à V. La structure générale comprend un aglycone triterpénique (acide oléanolique ou acide gymnémagénine) estérifié par divers acides gras (acide tiglinique, méthylbutyrique, isovalérique) et glycosylé par des sucres (glucuronic acid, glucose). La teneur totale en acides gymnémiques dans les feuilles sèches varie de 3 à 10 % selon l’origine, la saison et les conditions de culture.

Gurmarine : La gurmarine est un polypeptide de 35 acides aminés (masse moléculaire environ 4 209 Da), isolé des feuilles, qui constitue le principal responsable de l’effet antigoût-sucré chez les rongeurs. Chez l’homme, ce sont principalement les acides gymnémiques qui exercent cet effet, en se fixant sur les récepteurs T1R2/T1R3 des papilles gustatives.

Gymnestrogenin : Le gymnestrogénine est un triterpène hydroxylé récemment identifié, possédant une activité hypoglycémiante propre, distincte de celle des acides gymnémiques classiques.

Autres composés :

  • Flavonoïdes : kaempférol, quercétine et leurs glycosides (teneur de 0,5-1,5 %)
  • Anthraquinones : en quantité trace dans les feuilles
  • Alcaloïde : la gymnémine, alcaloïde en trace
  • Stigmastérol, β-sitostérol et d-quercitol (cyclitol)
  • Polysaccharides : des galactomannanes et arabinogalactanes identifiés dans les feuilles
  • Acides organiques : acide tartrique, acide formique, acide butyrique
  • Résine (environ 6 %), chlorophylle, tanins


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Le profil pharmacologique de Gymnema sylvestre est centré sur la régulation du métabolisme glucidique, avec des mécanismes d’action multiples et complémentaires documentés par de nombreuses études expérimentales.

Inhibition de l’absorption intestinale du glucose : Les acides gymnémiques inhibent de manière compétitive l’absorption du glucose au niveau de la bordure en brosse des entérocytes jéjunaux. L’analogie structurale entre la partie saccharidique des acides gymnémiques et la molécule de glucose permet une liaison réversible aux sites de liaison des transporteurs SGLT1 (sodium-glucose co-transporter 1) et GLUT2, réduisant le transport transcellulaire du glucose de 20 à 50 % in vitro. Cet effet a été confirmé in vivo chez le rat par la technique des anses intestinales ligaturées et par des tests de tolérance au glucose oral.

Régénération des cellules bêta pancréatiques : L’un des effets les plus remarquables de G. sylvestre est sa capacité à stimuler la régénération (néogenèse) des cellules bêta des îlots de Langerhans dans les modèles animaux de diabète. Des études histologiques chez le rat diabétique (streptozotocine, alloxane) ont montré une augmentation significative du nombre d’îlots et de la surface de tissu bêta-cellulaire après un traitement chronique (4 à 8 semaines) par un extrait de feuilles. Ce mécanisme, encore incomplètement élucidé, impliquerait une stimulation des cellules souches canalaires pancréatiques et une inhibition de l’apoptose bêta-cellulaire.

Stimulation de la sécrétion d’insuline : Les acides gymnémiques potentialisent la sécrétion d’insuline glucose-dépendante par les cellules bêta. Cet effet insulinosécréteur a été démontré in vitro sur des lignées cellulaires bêta (MIN6, INS-1) et sur des îlots isolés, et semble impliquer une augmentation du flux calcique intracellulaire et une potentialisation de la voie AMPc/PKA.

Inhibition de l’absorption intestinale des acides gras : Les acides gymnémiques inhibent également l’absorption des acides gras libres au niveau intestinal, contribuant à un effet hypolipémiant modéré observé dans les modèles animaux.

Suppression du goût sucré : Les acides gymnémiques se fixent de manière réversible sur les récepteurs hétérodimériques T1R2/T1R3 des bourgeons gustatifs, bloquant la transduction du signal sucré pendant 30 à 60 minutes. Cet effet, bien que non directement hypoglycémiant, contribue à la réduction de l’appétence pour les aliments sucrés et pourrait favoriser la compliance diététique des patients diabétiques.

Activité antioxydante : Les extraits de feuilles présentent une activité antioxydante modérée, liée à la présence de flavonoïdes et de composés phénoliques, contribuant à la protection des cellules bêta contre le stress oxydatif.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Diabète de type 2 : L’étude clinique princeps de Baskaran et al. (1990) a évalué un extrait standardisé de feuilles de G. sylvestre (GS4, 400 mg/jour d’acides gymnémiques) chez 22 patients diabétiques de type 2 sous sulfamides hypoglycémiants, pendant 18 à 20 mois. Les résultats ont montré une réduction significative de la glycémie à jeun (de 174 à 124 mg/dL en moyenne), de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et des besoins en sulfamides, avec un retour à des valeurs proches de la normale chez 5 patients ayant pu arrêter leur traitement conventionnel. Plusieurs études ouvertes ultérieures ont confirmé ces résultats avec des réductions de l’HbA1c de 0,5 à 1,5 point et une amélioration du profil lipidique (réduction du LDL-cholestérol et des triglycérides).

Diabète de type 1 : Shanmugasundaram et al. (1990) ont conduit une étude ouverte chez 27 patients diabétiques de type 1 sous insulinothérapie, traités par GS4 (400 mg/jour) pendant 6 à 30 mois. Les besoins en insuline ont diminué significativement (de 60 à 28 UI/jour en moyenne), la glycémie à jeun et l’HbA1c se sont améliorées, et une élévation des taux de peptide C (marqueur de la sécrétion résiduelle d’insuline) a été observée, suggérant une régénération bêta-cellulaire partielle. Ces résultats, bien que remarquables, doivent être interprétés avec prudence en raison de l’absence de groupe contrôle.

Syndrome métabolique et obésité : Un essai randomisé en double aveugle (Preuss et al., 2004) a évalué l’acide hydroxycitrique (HCA-SX, 4 667 mg/jour, seul ou en association avec 4 mg de chromium niacin-bound et 400 mg d’extrait de G. sylvestre) sur 60 sujets obèses pendant 8 semaines. Une perte de poids de 5-6 % a été observée dans les deux groupes traités (HCA-SX seul et HCA-SX + combinaison) ; le groupe G. sylvestre seul n’a pas été étudié de façon isolée. Ces résultats ne permettent pas de conclure à un effet pondéral propre à G. sylvestre.

Limites des données cliniques : Les essais cliniques disponibles sont majoritairement de faible puissance (petits échantillons), ouverts (non contrôlés) et conduits dans un seul centre (Inde). Des essais randomisés contrôlés en double aveugle, multicentriques, avec un suivi prolongé et une évaluation des critères de jugement durs (morbi-mortalité cardiovasculaire, progression des complications microvasculaires) sont nécessaires pour confirmer la place de G. sylvestre dans la stratégie thérapeutique du diabète.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acides gymnémiques I-VII Saponines triterpéniques Hypoglycémiants, suppriment la perception du sucré
Gurmarine Peptide Bloque transitoirement le goût sucré
Gymnémasaponines Saponines Hypolipémiantes

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Extrait standardisé (GS4) : L’extrait hydroéthanolique standardisé à 25 % d’acides gymnémiques est la forme la plus utilisée et la mieux documentée cliniquement. Posologie habituelle : 400 à 800 mg d’extrait par jour, répartis en 2 prises, 15 à 30 minutes avant les repas.

Poudre de feuilles : 2 à 4 g de poudre de feuilles par jour, en gélules, répartis en 2 à 3 prises avant les repas. Forme traditionnelle, moins standardisée.

Infusion : 1 à 2 cuillères à café de feuilles séchées par tasse, infusion de 10 à 15 minutes. 2 à 3 tasses par jour. L’infusion a une saveur amère prononcée.

Teinture-mère : 30 à 50 gouttes, 2 à 3 fois par jour, dans un peu d’eau, avant les repas.

Association : G. sylvestre est fréquemment associée en phytothérapie à d’autres plantes antidiabétiques : Momordica charantia (melon amer), Trigonella foenum-graecum (fenugrec), Cinnamomum verum (cannelle), Berberis spp. (berbérine).

Durée du traitement : Les effets hypoglycémiants sont progressifs et se manifestent pleinement après 3 à 4 semaines de traitement continu. L’usage au long cours (plusieurs mois) est nécessaire pour observer les effets sur la régénération bêta-cellulaire.



IX. TOXICOLOGIE

Toxicité aiguë : La DL50 orale de l’extrait aqueux de feuilles chez le rat est supérieure à 4 g/kg, ce qui confère un profil de toxicité aiguë très faible. Aucune toxicité aiguë n’a été rapportée chez l’homme aux doses thérapeutiques recommandées.

Toxicité chronique : Les études de toxicité subaiguë et chronique chez le rat (administration pendant 52 semaines) n’ont pas révélé d’anomalies significatives des paramètres hématologiques, biochimiques, hépatiques ou rénaux. Aucune génotoxicité ni mutagénicité n’a été mise en évidence dans les tests d’Ames et le test du micronoyau.

Effets indésirables :

  • Hypoglycémie : Risque principal, en particulier en association avec des antidiabétiques oraux (sulfamides, glinides) ou l’insuline. Une surveillance glycémique renforcée et un ajustement posologique du traitement conventionnel sont impératifs lors de l’introduction de G. sylvestre.
  • Troubles digestifs : Nausées, ballonnements, diarrhée à doses élevées (rares aux doses recommandées).
  • Hépatotoxicité : Un cas isolé d’hépatite médicamenteuse a été rapporté chez une patiente prenant un complément alimentaire multi-ingrédients contenant de l’extrait de G. sylvestre ; le lien de causalité n’est pas établi avec certitude.

Contre-indications : Grossesse et allaitement (données insuffisantes). Enfants de moins de 12 ans. Chirurgie programmée (arrêt 2 semaines avant en raison du risque hypoglycémique). Insuffisance hépatique sévère (par précaution).

Interactions médicamenteuses :

  • Antidiabétiques oraux et insuline : Potentialisation de l’effet hypoglycémiant (interaction pharmacodynamique majeure). Surveillance glycémique et ajustement posologique nécessaires.
  • Hypolipémiants : Potentialisation théorique de l’effet hypolipémiant (non documentée cliniquement).
  • Fer : Risque théorique de chélation du fer par les saponines (non documenté).


X. USAGES HISTORIQUES

En médecine ayurvédique, Gymnema sylvestre est désignée sous le nom sanskrit de meshashringi (« corne de bélier », en référence à la forme des follicules) et est mentionnée dans le Sushruta Samhita (VIe siècle av. J.-C.) comme remède contre le madhumeha (diabète sucré, littéralement « urine de miel »). La plante figure dans les traités ayurvédiques classiques parmi les pramehaghna (plantes antidiabétiques).

L’usage traditionnel principal est le traitement du diabète (type kapha-prameha) par administration orale de la poudre de feuilles ou d’une décoction concentrée. Mais la plante est également utilisée traditionnellement comme :

  • Digestif et laxatif doux
  • Diurétique
  • Anti-inflammatoire (rhumatismes, arthrites)
  • Antivenimeux (morsures de serpents, en application externe)
  • Anorexigène (pour la réduction de la sensation de faim sucrée)

En médecine Unani et Siddha (traditions médicales indo-musulmane et dravidienne), G. sylvestre est employée dans des indications similaires, souvent en association avec d’autres plantes.

L’introduction de G. sylvestre dans la pharmacopée occidentale est relativement récente (années 1990), favorisée par la publication des premiers essais cliniques indiens et par l’intérêt croissant du marché des compléments alimentaires pour les alternatives naturelles aux antidiabétiques de synthèse.


Confusions et falsifications

Confusions botaniques :

  • Gymnema lactiferum (Ceylan) : espèce voisine, peu active pharmacologiquement
  • Gymnema montanum : espèce endémique de l’Inde du Sud, possédant également des propriétés hypoglycémiantes mais de composition chimique distincte
  • Periploca graeca (Asclepiadoideae européenne) : confusion historique liée au basionyme ; composition chimique totalement différente (glycosides cardiotoniques)
  • Marsdenia tenacissima : confusion taxonomique due à la synonymie proposée par certains auteurs

Falsifications :

  • Substitution par des feuilles d’espèces voisines du genre Gymnema (détection par CCM et HPLC du profil en acides gymnémiques)
  • Adultération par ajout de sucrose octa-acétate (composé synthétique amer, sans activité antigoût-sucré spécifique)
  • Dilution des extraits par des excipients inertes (maltodextrine) sans déclaration

Le contrôle qualité repose sur la détermination du profil chromatographique HPLC des acides gymnémiques et le test organoleptique caractéristique (suppression du goût sucré), qui constitue un critère d’identité simple et fiable.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Gymnema sylvestre est une plante médicinale de premier plan dans la phytothérapie du diabète, dont le profil pharmacologique multifactoriel — inhibition de l’absorption intestinale du glucose, stimulation de la sécrétion d’insuline, régénération potentielle des cellules bêta pancréatiques — en fait un candidat particulièrement pertinent pour une approche complémentaire du diabète de type 2. La propriété unique de suppression du goût sucré ajoute une dimension comportementale intéressante à son profil thérapeutique.

Les données cliniques disponibles, bien qu’encourageantes, restent insuffisantes en termes de niveau de preuve pour recommander G. sylvestre comme alternative aux traitements antidiabétiques conventionnels. La plante trouve en revanche une place légitime en complément du traitement pharmacologique et des mesures hygiéno-diététiques, sous surveillance médicale, avec un monitoring glycémique adapté.

Les perspectives de recherche les plus prometteuses concernent la confirmation des effets régénérateurs bêta-cellulaires par des études cliniques contrôlées avec dosage du peptide C et évaluation fonctionnelle des îlots (clamp euglycémique), l’optimisation de la biodisponibilité des acides gymnémiques par nanoformulation, et l’exploration du potentiel dans le syndrome métabolique et l’obésité. L’enjeu de la durabilité de l’approvisionnement, dans un contexte de menace sur les populations sauvages, nécessite une intensification des efforts de culture et de conservation.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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  • Kanetkar P, Singhal R, Kamat M. Gymnema sylvestre: a memoir. J Clin Biochem Nutr. 2007;41(2):77-81.
  • Khan F, Sarker MMR, Ming LC et al. Comprehensive review on phytochemicals, pharmacological and clinical potentials of Gymnema sylvestre. Front Pharmacol. 2019;10:1223.
  • Mhaskar KS, Blatter E, Caius JF. Kirtikar and Basu’s Indian Medicinal Plants. Vol. 3. Lalit Mohan Basu; 1935.
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  • Shanmugasundaram ERB, Rajeswari G, Baskaran K et al. Use of Gymnema sylvestre leaf extract in the control of blood glucose in insulin-dependent diabetes mellitus. J Ethnopharmacol. 1990;30(3):281-294.
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Antidiabétique (hypoglycémiant)
  • ★★★☆☆ Réduit l’appétence au sucre
  • ★★☆☆☆ Hypolipémiant

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