
Moringa oleifera Lam.
Famille (classification morphologique traditionnelle) : Moringaceae.
Moringa oleifera est un arbre tropical à croissance rapide originaire du sous-continent indien, devenu au cours des dernières décennies l’une des plantes les plus médiatisées de la phytothérapie et de la nutrition mondiales. Qualifié d’« arbre miracle » ou d’« arbre de vie » dans la littérature populaire, le moringa doit cette réputation à un profil nutritionnel exceptionnel — ses feuilles concentrent une densité remarquable de protéines, de vitamines, de minéraux et d’antioxydants — ainsi qu’à un spectre d’activités pharmacologiques qui, bien que souvent surestimé par le marketing, repose sur des bases phytochimiques solides.
La famille des Moringaceae, monogénérique et comprenant seulement 13 espèces, occupe une position phylogénétique isolée au sein de l’ordre des Brassicales, ce qui confère à Moringa oleifera un patrimoine biochimique original dominé par les isothiocyanates (composés soufrés partagés avec les Brassicacées), les glucosinolates et les flavonoïdes. Les feuilles constituent un complément alimentaire reminéralisant de premier ordre, tandis que les graines fournissent une huile de haute qualité (huile de ben) et des protéines floculantes utilisées dans la purification de l’eau.
Cette monographie propose une synthèse critique et actualisée des connaissances scientifiques sur Moringa oleifera, distinguant les données solidement établies des allégations non fondées, dans une perspective d’usage rationnel en phytothérapie et en nutrition.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Moringa oleifera Lam. appartient à la famille des Moringaceae, ordre des Brassicales, clade des Rosidées.
Classification APG IV :
- Clade : Angiospermes
- Clade : Dicotylédones vraies (Eudicots)
- Clade : Rosidées
- Ordre : Brassicales
- Famille : Moringaceae
- Genre : Moringa Adans.
- Espèce : Moringa oleifera Lam., 1785
Basionyme et synonymes : Guilandina moringa L. (1753), Moringa pterygosperma Gaertn. (1791, synonyme le plus fréquemment rencontré dans la littérature ancienne), Hyperanthera moringa (L.) Vahl. Le nom Moringa dérive du tamoul murungai ou du malayalam muringa. L’épithète oleifera (du latin oleum, huile, et ferre, porter) fait référence à l’huile extraite des graines.
La famille Moringaceae est monogénérique et comprend 13 espèces, toutes originaires de la ceinture tropicale aride de l’Ancien Monde (Inde, Afrique, Madagascar, Arabie). M. oleifera est de loin l’espèce la plus cultivée et la plus étudiée. M. stenopetala (moringa africain, « cabbage tree ») est cultivée en Éthiopie et au Kenya pour ses feuilles alimentaires.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Moringa oleifera est un arbre à feuilles caduques, à croissance très rapide, pouvant atteindre 10 à 12 mètres de hauteur en quelques années, mais généralement maintenu à 3-5 mètres en culture pour faciliter la récolte des feuilles. Le port est érigé, peu ramifié, avec une cime ouverte et légère. Le tronc est recouvert d’une écorce liégeuse, blanchâtre à gris clair, lisse, exsudant une gomme résineuse lorsqu’il est blessé. Le bois est tendre, spongieux, cassant.
Appareil végétatif : Les feuilles sont alternes, composées bi- ou tripennées, longues de 30 à 60 cm, portant 4 à 6 paires de pennes opposées, chacune subdivisée en 3 à 9 paires de folioles. Les folioles sont petites (1 à 2 cm), elliptiques à obovales, entières, vert clair, glabres, à apex arrondi. Les pétioles et rachis sont flexibles, légèrement pubescents. Le feuillage est délicat, d’aspect plumeux, rappelant celui de certaines Fabacées. La chute des feuilles intervient en saison sèche dans les régions à sécheresse marquée.
Appareil reproducteur : L’inflorescence est une panicule axillaire ou terminale, lâche, longue de 10 à 25 cm. Les fleurs sont bisexuées, zygomorphes, pentamères, blanches à blanc crème, parfumées (odeur douce de miel), de 2 à 2,5 cm de diamètre. Le calice comprend 5 sépales inégaux, réfléchis. La corolle est composée de 5 pétales inégaux (le supérieur plus large), spatulés, blancs. L’androcée comprend 5 étamines fertiles et 5 staminodes, insérés sur un disque nectarifère. L’ovaire est supère, uniloculaire, tricarpe, à placentation pariétale, contenant de nombreux ovules bisériés.
Fruit : Le fruit est une capsule loculicide pendante, trigone, linéaire, longue de 20 à 45 cm et large de 1 à 2 cm, verte puis brune à maturité, s’ouvrant par 3 valves longitudinales. Les graines sont nombreuses (12 à 35 par capsule), subglobuleuses, de 1 cm de diamètre, brun foncé, munies de 3 ailes membraneuses papyracées facilitant la dispersion anémochore. L’amande est blanche, oléagineuse (teneur en huile : 33-41 %).
Floraison : La floraison est continue ou bisaisonnière selon le climat. La pollinisation est entomophile (abeilles, papillons). L’arbre commence à fleurir et fructifier dès la première ou deuxième année après le semis.
Écologie, habitat et répartition
Le centre d’origine de Moringa oleifera est situé au pied de l’Himalaya occidental (nord-ouest de l’Inde, Pakistan, Afghanistan). L’espèce a été introduite et naturalisée dans l’ensemble de la ceinture tropicale et subtropicale, et est aujourd’hui cultivée dans plus de 80 pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Océanie.
Exigences écologiques : Le moringa est une espèce xérophyte et héliophile, admirablement adaptée aux conditions arides et semi-arides tropicales. Il tolère des précipitations annuelles aussi faibles que 250 mm (avec accès à la nappe phréatique) et des températures de 25 à 45 °C. Il est sensible au gel (mort des parties aériennes en dessous de 0 °C, mais rejette de souche). Il préfère les sols sablonneux à sablo-limoneux, bien drainés, neutres à légèrement acides (pH 5,5-7,5), et ne tolère ni l’engorgement hydrique ni les sols compacts argileux.
Croissance : La croissance est spectaculaire : l’arbre peut atteindre 3 à 4 mètres en un an à partir du semis, et produire ses premières gousses dès 6 à 8 mois. La durée de vie productive est de 20 à 30 ans.
Culture : Le moringa se propage facilement par semis direct, par bouturage de grosses branches ou par transplantation de jeunes plants. En production foliaire intensive, les arbres sont plantés en haies serrées (10 000 à 100 000 plants/ha selon la densité) et récoltés par coupe tous les 35 à 45 jours, ce qui stimule la production de rejets feuillés. Le rendement foliaire peut atteindre 6 à 10 tonnes de matière sèche par hectare et par an en culture intensive irriguée.
Écologie, conservation et durabilité
Moringa oleifera n’est pas une espèce menacée. Au contraire, sa culture est en expansion mondiale rapide, portée par le marché des compléments alimentaires, de la cosmétique naturelle et des programmes de lutte contre la malnutrition. L’espèce est devenue invasive dans certaines régions tropicales (Floride, Hawaï, Queensland) où elle colonise les milieux perturbés.
Le moringa présente un intérêt agro-écologique majeur pour les régions arides et semi-arides : croissance rapide sans irrigation (une fois établi), fixation du sol par le système racinaire profond, production de biomasse foliaire élevée, enrichissement du sol en matière organique, utilisation en agroforesterie (haies, brise-vent, cultures intercalaires).
L’enjeu principal concerne la qualité et la traçabilité de la poudre de feuilles commercialisée sur le marché international, où l’on constate des disparités considérables en termes de teneur en nutriments et en composés bioactifs (fonction de la variété, des conditions de culture, du stade de récolte, des méthodes de séchage et de stockage) et un risque de contamination par des métaux lourds (sols pollués) ou des pathogènes (séchage en conditions sanitaires précaires).
III. PARTIES UTILISÉES
Toutes les parties de Moringa oleifera sont utilisées dans les pharmacopées traditionnelles, mais les deux drogues d’intérêt principal en phytothérapie sont les feuilles séchées et les graines.
Feuilles séchées : Les folioles sont récoltées sur les jeunes rameaux, séchées à l’ombre ou en séchoir ventilé (40-50 °C) et réduites en poudre fine de couleur vert foncé. La poudre de feuilles est la forme commerciale dominante sur le marché des compléments alimentaires.
Composition nutritionnelle des feuilles sèches (pour 100 g) :
- Protéines : 24-29 g (profil aminé complet, riche en méthionine et cystéine)
- Calcium : 1 800-2 000 mg (17 fois le lait)
- Fer : 25-28 mg (25 fois les épinards)
- Potassium : 1 300-1 500 mg (15 fois la banane)
- Vitamine A (β-carotène) : 16-18 mg (10 fois la carotte)
- Vitamine C : 17-20 mg (feuilles sèches ; 220 mg dans les feuilles fraîches)
- Vitamine E : 77-113 mg
- Fibres alimentaires : 19-25 g
Ces comparaisons nutritionnelles, massivement reprises dans la communication commerciale, sont exactes en base de poids sec mais doivent être relativisées par la quantité effectivement consommée (5-10 g de poudre par jour, soit des apports réels plus modestes que les chiffres bruts ne le suggèrent).
Graines : Utilisées entières pour la purification de l’eau (propriété floculante des protéines cationiques) ou pressées pour l’extraction de l’huile de ben (huile de Moringa).
Huile de ben : Huile claire, peu visqueuse, très stable à l’oxydation (riche en acide oléique, 65-75 %), utilisée en cosmétique de luxe et en horlogerie (huile de graissage). Le nom « ben » dérive du mot arabe pour l’arbre.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La phytochimie de Moringa oleifera est dominée par des composés soufrés caractéristiques des Brassicales et par une grande diversité de flavonoïdes et de composés phénoliques.
Glucosinolates et isothiocyanates : Les feuilles et les graines contiennent des glucosinolates (thioglucosides), principalement les 4-(α-L-rhamnosyloxy)benzyl glucosinolate (glucomoringine) et le 4-(α-L-rhamnosyloxy)benzyl isothiocyanate (moringine). L’hydrolyse des glucosinolates par la myrosinase (enzyme endogène libérée lors du broyage des tissus) génère des isothiocyanates bioactifs. Le principal isothiocyanate du moringa est le 4-[(α-L-rhamnosyloxy)benzyl] isothiocyanate (MIC-1 ou moringin), analogue fonctionnel du sulforaphane des brocolis. Les isothiocyanates sont les principaux responsables des activités anti-inflammatoires, antioxydantes et anticancéreuses attribuées au moringa.
Flavonoïdes (0,5-2 %) : Les feuilles sont riches en flavonols glycosylés, notamment la quercétine et le kaempférol (sous forme de rhamnosides, rutinosides et malonylglucosides). La teneur en quercétine des feuilles sèches (100-200 mg/100 g) est parmi les plus élevées du règne végétal. L’acide chlorogénique et l’acide caféique sont les principaux acides phénoliques.
Protéines et peptides : Les graines contiennent des protéines cationiques de faible poids moléculaire (MO2.1, masse de 6,5 kDa), possédant une activité floculante et antimicrobienne. Ces protéines sont responsables de la capacité de clarification de l’eau par les graines de moringa.
Autres composés :
- Caroténoïdes : β-carotène (provitamine A), lutéine, zéaxanthine
- Tocophérols : α-tocophérol (vitamine E) en abondance dans les feuilles et l’huile
- Alcaloïdes : moringine et moringinine (benzylamine et ses dérivés), en trace
- Saponines : en quantité trace dans les feuilles
- Tanins : tanins condensés (proanthocyanidines) dans l’écorce et les gousses
- Acide ascorbique : teneur élevée dans les feuilles fraîches (220 mg/100 g), réduite par le séchage
- Minéraux : calcium, fer, magnésium, phosphore, potassium, zinc, sélénium
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité antioxydante : Les feuilles de moringa présentent une activité antioxydante élevée, mesurée par les tests ORAC, DPPH, FRAP et ABTS. Cette activité est attribuée à la synergie entre les flavonoïdes (quercétine, kaempférol), les acides phénoliques (acide chlorogénique), les isothiocyanates, la vitamine C et la vitamine E. L’activité antioxydante des extraits de moringa est supérieure à celle de la plupart des légumes-feuilles tropicaux étudiés comparativement.
Activité anti-inflammatoire : Les isothiocyanates du moringa inhibent la voie NF-κB et réduisent la production de médiateurs pro-inflammatoires (iNOS, COX-2, TNF-α, IL-1β, IL-6) dans les modèles cellulaires et animaux. Les flavonoïdes (quercétine) contribuent à cet effet par inhibition des lipoxygénases et des phospholipases. Des effets anti-inflammatoires ont été démontrés in vivo sur des modèles d’inflammation aiguë (œdème de la patte) et chronique (arthrite à adjuvant).
Activité hypoglycémiante : Plusieurs mécanismes convergent : les isothiocyanates améliorent la sensibilité à l’insuline via l’activation de la voie AMPK dans le tissu musculaire et adipeux ; les fibres alimentaires ralentissent l’absorption du glucose ; les flavonoïdes inhibent les α-glucosidases intestinales ; l’acide chlorogénique inhibe la glucose-6-phosphatase hépatique. Chez le rat diabétique (streptozotocine), l’administration chronique de poudre de feuilles (200-400 mg/kg/jour) réduit la glycémie à jeun de 30 à 50 % et améliore le profil lipidique.
Activité hypolipémiante : Les extraits de feuilles et les saponines réduisent le cholestérol total, le LDL-cholestérol et les triglycérides dans les modèles animaux d’hyperlipidémie, par inhibition de la lipase pancréatique et augmentation de l’excrétion fécale des stérols.
Activité antimicrobienne : Les isothiocyanates et les protéines cationiques des graines exercent une activité antibactérienne contre Staphylococcus aureus, Escherichia coli, Vibrio cholerae, Salmonella typhi et les champignons dermatophytes. L’activité antimicrobienne des graines dans la purification de l’eau est bien documentée : l’ajout de poudre de graines (50-200 mg/L) réduit la turbidité de 90-99 % et la charge bactérienne de 90-99,9 % par floculation et activité bactériostatique directe.
Activité hépatoprotectrice : Les extraits de feuilles protègent le foie contre les lésions induites par le paracétamol, le tétrachlorure de carbone et l’alcool dans les modèles animaux, en réduisant les transaminases sériques et le stress oxydatif hépatique.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Diabète de type 2 : Plusieurs essais cliniques de petite taille ont évalué l’effet de la poudre de feuilles de moringa sur la glycémie. Kumari (2010) a montré qu’une supplémentation de 8 g/jour de poudre de feuilles pendant 40 jours réduisait la glycémie à jeun de 28 % et la glycémie postprandiale de 26 % chez des femmes ménopausées diabétiques de type 2. Mbikay (2012) rapporte des résultats similaires dans une revue de littérature portant sur 6 études. Cependant, la plupart des études sont de faible qualité méthodologique (non randomisées, non contrôlées, petits échantillons) et les données ne permettent pas encore de conclure fermement sur l’efficacité clinique.
Dyslipidémie : Ghasi et al. (2000) ont montré une réduction significative du cholestérol total et des triglycérides chez des lapins soumis à un régime hyperlipidémique et supplémentés en extrait de feuilles de moringa. Les données cliniques humaines sont préliminaires mais convergentes.
Malnutrition : L’indication la mieux documentée épidémiologiquement est la prévention et le traitement de la malnutrition infantile en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Des programmes de supplementation en poudre de feuilles de moringa (10-20 g/jour ajoutés aux bouillies) ont montré des améliorations significatives du statut nutritionnel (gain pondéral, augmentation du taux d’hémoglobine, amélioration des marqueurs de la vitamine A) chez des enfants malnutris au Niger, au Sénégal, au Burkina Faso et au Bangladesh.
Lactation : Un essai contrôlé randomisé aux Philippines (Estrella et al., 2000) a montré une augmentation significative du volume de lait maternel chez des mères allaitantes supplémentées en gélules de feuilles de moringa (350 mg x 2/jour) à partir de J3 post-partum.
Anémie ferriprive : Des études observationnelles suggèrent que la supplémentation en poudre de feuilles de moringa améliore les paramètres hématologiques (hémoglobine, ferritine) chez les femmes enceintes et les enfants d’âge scolaire, en lien avec la teneur élevée en fer et en vitamine C (facilitant l’absorption du fer non héminique).
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Moringine (4-rhamnosyloxybenzyl isothiocyanate) | Isothiocyanate | Anti-inflammatoire, antibactérien |
| Glucosinolates | Glucosinolates | Précurseurs d’isothiocyanates |
| Kaempférol, quercétine | Flavonols | Antioxydants |
| Vitamines, minéraux | Nutriments | Valeur nutritionnelle élevée |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Poudre de feuilles séchées : 5 à 10 g par jour (1 à 2 cuillères à café rases), mélangée aux aliments (bouillies, yaourts, jus, smoothies) ou prise en gélules. C’est la forme la plus courante et la plus accessible. Au-delà de 10 g/jour, des effets laxatifs peuvent survenir.
Gélules : 400 à 600 mg de poudre de feuilles par gélule, 4 à 6 gélules par jour (soit 2 à 3 g de poudre).
Infusion : 1 à 2 cuillères à café de feuilles séchées pour 250 mL d’eau frémissante, infusion de 5 à 10 minutes. 2 à 3 tasses par jour. La saveur est végétale, légèrement piquante, rappelant le cresson.
Extrait aqueux ou hydroéthanolique : Moins courant en pratique ; les données d’efficacité portent principalement sur la poudre de feuilles entières.
Huile de moringa (usage externe) : Application cutanée directe ou en ingrédient cosmétique (sérums, baumes) pour l’hydratation, la protection anti-UV et l’action anti-inflammatoire cutanée.
Graines (purification de l’eau) : 1 à 2 graines écrasées pour 1 litre d’eau trouble, agiter vigoureusement 5 minutes puis laisser décanter 1 à 2 heures. Filtrer avant consommation.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité aiguë : La DL50 orale de l’extrait aqueux de feuilles chez la souris est supérieure à 2 000 mg/kg, indiquant une toxicité aiguë très faible. Les feuilles sont consommées comme légume quotidien dans de nombreuses cultures tropicales, sans effet toxique rapporté.
Toxicité des racines et de l’écorce : Les racines contiennent de la spirochine, un alcaloïde potentiellement neurotoxique à fortes doses. L’écorce contient des alcaloïdes (moringine, moringinine) à activité sympathomimétique. Les racines et l’écorce ne doivent pas être utilisées en phytothérapie sans encadrement médical strict.
Effets indésirables des feuilles :
- Troubles digestifs : Diarrhée, ballonnements, nausées à doses élevées (> 15 g/jour de poudre), liés à la teneur en fibres et en saponines.
- Effet laxatif : Les feuilles possèdent un effet laxatif modéré, dose-dépendant.
- Interaction avec le métabolisme thyroïdien : Les isothiocyanates du moringa, comme ceux des autres Brassicales, peuvent inhiber la thyroperoxydase et interférer avec la synthèse des hormones thyroïdiennes en cas de consommation chronique importante et de carence iodée concomitante (effet goitrogène théorique).
- Interférence avec les enzymes hépatiques du métabolisme des médicaments : Des études in vitro suggèrent que les isothiocyanates et la quercétine du moringa peuvent inhiber certains cytochromes P450 (CYP3A4, CYP1A2), ce qui pourrait théoriquement modifier la pharmacocinétique de médicaments à marge thérapeutique étroite.
Contre-indications : Grossesse (les racines et l’écorce sont abortives ; les feuilles sont utilisées traditionnellement pendant la grossesse en Afrique, mais les données de sécurité sont insuffisantes pour une recommandation formelle). Hypothyroïdie non traitée (précaution, en raison de l’effet goitrogène potentiel).
Interactions médicamenteuses :
- Antidiabétiques : Potentialisation de l’effet hypoglycémiant (surveillance glycémique).
- Lévothyroxine : Interférence théorique avec l’absorption et l’efficacité (espacement recommandé).
- Antihypertenseurs : Potentialisation possible (effet hypotenseur modéré du moringa).
X. USAGES HISTORIQUES
Moringa oleifera est mentionné dans les textes ayurvédiques classiques sous le nom de shigru ou sobhanjana. Le Bhava Prakasha Nighantu (XVIe siècle) décrit ses propriétés comme chaudes (ushna), piquantes (katu) et réductrices de kapha et vata. Les indications traditionnelles incluent les paralysies, les œdèmes, les tumeurs, les troubles digestifs et les douleurs articulaires.
En Afrique, le moringa est l’un des arbres les plus polyvalents de la pharmacopée traditionnelle. Les feuilles sont consommées comme légume, préparées en cataplasme anti-inflammatoire, ou administrées en décoction pour traiter la malnutrition, l’anémie, le diabète et l’hypertension. Les graines écrasées sont utilisées depuis des siècles pour clarifier l’eau trouble dans les villages sahéliens et soudaniens. L’huile de ben (huile de graine) sert de base à des préparations cosmétiques et dermatologiques traditionnelles.
Aux Philippines, le moringa (malunggay) est le légume-feuille le plus consommé et est traditionnellement prescrit aux mères allaitantes pour stimuler la production de lait.
En Haïti, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, le moringa est naturalisé depuis le XVIIe siècle et fait partie intégrante de la pharmacopée créole.
Le mouvement international de promotion du moringa comme solution à la malnutrition dans les pays en développement a été initié dans les années 1990 par des ONG (Church World Service, ECHO, Trees for Life) et a conduit à une diffusion massive de la culture dans toute l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.
Confusions et falsifications
Confusions botaniques :
- Moringa stenopetala (moringa africain) : espèce voisine, feuilles plus grandes, composition chimique proche mais distincte (glucosinolates différents).
- Moringa peregrina (moringa du désert, Arabie, Corne de l’Afrique) : graines utilisées pour l’huile, feuilles peu consommées.
- Sauropus androgynus (katuk, Asie du Sud-Est) : légume-feuille parfois qualifié de « moringa tropical » dans le commerce, mais appartenant à une famille totalement différente (Phyllanthaceae) et contenant de la papavérine, responsable de cas de bronchiolite oblitérante.
Falsifications de la poudre de feuilles :
- Dilution par des poudres de feuilles d’autres espèces (luzerne, matcha de basse qualité, spiruline décolorée).
- Addition de colorants verts pour masquer un séchage défectueux (brunissement).
- Contamination par des feuilles de tiges lignifiées (rameaux broyés), réduisant la valeur nutritionnelle.
- Irradiation non déclarée pour réduire la charge microbienne.
Le contrôle qualité repose sur la microscopie (identification des folioles), le dosage des protéines, des minéraux (calcium, fer), des flavonoïdes (quercétine, kaempférol par HPLC), la recherche de contaminants (métaux lourds, aflatoxines, E. coli, salmonelles) et le profil des glucosinolates.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Moringa oleifera est une plante dont la valeur nutritionnelle exceptionnelle est solidement établie et dont l’intérêt dans la lutte contre la malnutrition dans les pays en développement est aujourd’hui reconnu par les organisations internationales (notamment la FAO). Son profil phytochimique, dominé par les isothiocyanates, les flavonoïdes et les caroténoïdes, sous-tend un spectre d’activités pharmacologiques prometteur mais dont la validation clinique reste largement insuffisante.
En phytothérapie, la poudre de feuilles de moringa trouve sa place légitime comme complément alimentaire reminéralisant et revitalisant, en particulier dans les contextes de carences nutritionnelles, de fatigue chronique, de convalescence et de lactation. Les allégations antidiabétiques, hypolipémiantes et anticancéreuses, bien que soutenues par des données précliniques solides, nécessitent des essais cliniques de meilleure qualité avant de pouvoir être formellement revendiquées.
La prudence est de mise face à l’emballement commercial entourant le moringa : les allégations de « superaliment » et d’« arbre miracle » relèvent davantage du marketing que de la médecine fondée sur les preuves. Un usage raisonné, à doses modérées (5-10 g/jour de poudre de feuilles), dans le cadre d’une alimentation équilibrée, constitue l’approche la plus pertinente en l’état actuel des connaissances.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Anwar F, Latif S, Ashraf M, Gilani AH. Moringa oleifera: a food plant with multiple medicinal uses. Phytother Res. 2007;21(1):17-25.
- Estrella MCP, Mantaring JBV, David GZ, Taup MA. A double-blind, randomized controlled trial on the use of malunggay (Moringa oleifera) for augmentation of the volume of breastmilk among non-nursing mothers of preterm infants. Philippine J Pediatr. 2000;49:3-6.
- Fahey JW. Moringa oleifera: a review of the medical evidence for its nutritional, therapeutic, and prophylactic properties. Trees Life J. 2005;1:5.
- Ghasi S, Nwobodo E, Ofili JO. Hypocholesterolemic effects of crude extract of leaf of Moringa oleifera Lam in high-fat diet fed Wistar rats. J Ethnopharmacol. 2000;69(1):21-25.
- Kumari DJ. Hypoglycaemic effect of Moringa oleifera and Azadirachta indica in type 2 diabetes mellitus. Bioscan. 2010;5(2):211-214.
- Leone A, Spada A, Battezzati A et al. Moringa oleifera seeds and oil: characteristics and uses for human health. Int J Mol Sci. 2016;17(12):2141.
- Mbikay M. Therapeutic potential of Moringa oleifera leaves in chronic hyperglycemia and dyslipidemia: a review. Front Pharmacol. 2012;3:24.
- Ndong M, Uehara M, Katsumata S, Suzuki K. Effects of oral administration of Moringa oleifera Lam on glucose tolerance in Goto-Kakizaki and Wistar rats. J Clin Biochem Nutr. 2007;40(3):229-233.
- Stohs SJ, Hartman MJ. Review of the safety and efficacy of Moringa oleifera. Phytother Res. 2015;29(6):796-804.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Antioxydant
- ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
- ★★★☆☆ Nutritif
- ★★☆☆☆ Hypoglycémiant