MÉLISSE OFFICINALE

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Planche botanique Mélisse officinale

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Melissa officinalis — planche Köhler (1887)
Melissa officinalis
Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887

La Mélisse officinale (Melissa officinalis L.) est une plante herbacée vivace de la famille des Lamiaceae (Labiacées). Le genre Melissa ne comprend que 3 ou 4 espèces, toutes originaires du bassin méditerranéen et d’Asie occidentale. Le nom de genre dérive du grec melissa (abeille), car la plante est intensément butinée. L’épithète officinalis confirme son usage pharmaceutique ancestral. Elle est aussi appelée citronnelle (à ne pas confondre avec Cymbopogon citratus, la citronnelle des tropiques), mélisse citronnelle, herbe au citron, piment des abeilles ou thé de France. La Mélisse est l’une des plantes médicinales les plus anciennement cultivées en Europe, mentionnée par Théophraste, Dioscoride et Pline l’Ancien. Elle est inscrite à la Pharmacopée européenne.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Plante herbacée vivace de 30 à 80 cm de hauteur, à port buissonnant. La souche est un rhizome traçant émettant de nombreuses tiges dressées, quadrangulaires (caractère typique des Lamiaceae), ramifiées, pubescentes. Les feuilles sont opposées-décussées, pétiolées, ovales à cordiformes, de 3 à 8 cm de long, à marge crénelée-dentée, vert vif sur la face supérieure, plus pâle en dessous, couvertes de poils et de glandes sécrétrices d’huile essentielle visibles à la loupe. Le froissement des feuilles dégage une odeur fraîche et citronnée très caractéristique. Les fleurs sont petites (8-12 mm), disposées en verticilles axillaires de 6 à 12 fleurs à l’aisselle des feuilles supérieures. Le calice est tubuleux, bilabié, à 13 nervures, pubescent et glanduleux. La corolle est bilabiée, d’abord blanche ou blanc-jaunâtre, devenant rosée ou lilas pâle après pollinisation. Les 4 étamines sont didynames. Le fruit se compose de 4 nucules lisses enfermées dans le calice persistant. La floraison s’étend de juin à septembre. L’ensemble de la plante dégage un parfum citronné qui s’atténue avec le séchage et la floraison.


Habitat et répartition

La Mélisse officinale est originaire de l’Est méditerranéen et de l’Asie occidentale (Turquie, Iran, Caucase). Elle s’est naturalisée dans toute l’Europe méridionale et tempérée par la culture dès l’Antiquité. En France, elle est subspontanée dans le Midi, la vallée du Rhône, le Sud-Ouest et localement ailleurs, dans les haies, les décombres, les jardins abandonnés, les lisières et les bords de chemins. Elle préfère les situations abritées et chaudes, les pieds de murs et les terrains vagues ensoleillés. À l’état véritablement sauvage, elle pousse dans les forêts claires et les maquis de Méditerranée orientale. Sa culture est très répandue dans les jardins d’herbes aromatiques, les jardins de curé et les exploitations de plantes médicinales. Les principaux pays producteurs sont la France (Drôme, Ardèche), l’Allemagne, la Bulgarie, la Roumanie et l’Égypte.


Exigences écologiques

La Mélisse est une plante mésophile à tendance thermophile. Elle préfère les situations ensoleillées à mi-ombragées, les sols frais, fertiles, humifères, bien drainés, à pH neutre à légèrement alcalin (6,5-8). Elle tolère une ombre modérée mais sa teneur en huile essentielle est maximale en plein soleil. Elle est rustique (zone 5, −20 °C) grâce à son rhizome traçant qui survit même si les parties aériennes gèlent. Elle est sensible à la sécheresse prolongée (flétrissement des feuilles, réduction de la teneur en essence) et aux sols détrempés en hiver (pourriture de la souche). La Mélisse est une plante relativement gourmande en azote et en potassium, qui donne les meilleures récoltes en sol riche. Son rhizome traçant peut la rendre légèrement envahissante au jardin, mais elle est beaucoup moins agressive que la menthe.


Cycle de vie et phénologie

Vivace à rhizome traçant, la Mélisse entre en dormance hivernale. Le redémarrage végétatif intervient en mars-avril. La croissance est vigoureuse au printemps. La floraison débute en juin et se prolonge jusqu’en septembre. Les fleurs sont très mellifères, visitées massivement par les abeilles domestiques (Apis mellifera), les bourdons et les papillons. Le nom grec melissa et le nom latin apiastrum (de apis, abeille) témoignent de cette relation privilégiée. La pollinisation est entomophile. Les nucules mûrissent d’août à octobre et tombent par gravité à proximité de la plante-mère (barochorie). La multiplication végétative par expansion du rhizome est le principal mode de propagation. La plante se ressème aussi spontanément dans les jardins. En culture, les feuilles sont récoltées juste avant la floraison, lorsque la teneur en huile essentielle est maximale. Deux à trois coupes par an sont possibles. La longévité du pied est de 5 à 8 ans en culture, davantage en conditions naturelles.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La Mélisse officinale possède un profil phytochimique d’une grande richesse. L’huile essentielle (rendement faible : 0,02-0,3 % de la masse fraîche) contient principalement des monoterpènes aldéhydiques : citral (mélange de géranial et de néral, 40-70 % de l’HE), citronellal (5-15 %), et des sesquiterpènes (β-caryophyllène, germacrène D). Le citral est responsable de l’odeur citronnée caractéristique et de nombreuses propriétés biologiques. Les feuilles sont riches en acides phénoliques, notamment l’acide rosmarinique (2-5 % de la matière sèche), puissant antioxydant et anti-inflammatoire caractéristique des Lamiaceae, ainsi que l’acide caféique, l’acide chlorogénique et l’acide protocatéchique. Les flavonoïdes comprennent la lutéoline, l’apigénine, le kaempférol et la quercétine et leurs glycosides. On y trouve des triterpènes (acides ursolique et oléanolique), des tanins et des polysaccharides mucilagineux. L’acide rosmarinique est considéré comme le principal composé actif dans les préparations aqueuses (tisanes, extraits), tandis que le citral domine les propriétés de l’huile essentielle.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

La Mélisse officinale est l’une des plantes médicinales les mieux documentées de la pharmacopée européenne, avec une tradition d’usage continue depuis plus de 2 000 ans. Ses propriétés sont multiples et scientifiquement validées.

Propriétés sédatives et anxiolytiques : La Mélisse est traditionnellement prescrite pour le stress, l’anxiété légère, la nervosité et les troubles du sommeil. Des essais cliniques randomisés ont confirmé un effet anxiolytique modéré de l’extrait de mélisse, avec amélioration de l’humeur et de la capacité de concentration. L’association Mélisse-Valériane est classique en phytothérapie du sommeil.

Propriétés digestives : La Mélisse est un carminatif et antispasmodique digestif reconnu. Elle soulage les ballonnements, les flatulences, les crampes abdominales et les nausées. L’usage traditionnel de la mélisse est reconnu pour le « soulagement symptomatique des troubles digestifs légers, y compris les ballonnements et les flatulences ».

Propriétés antivirales : L’acide rosmarinique et les polyphénols de la mélisse possèdent une activité antivirale démontrée contre le virus de l’herpès simplex (HSV-1 et HSV-2). Des crèmes à base d’extrait de mélisse (Lomaherpan®) sont commercialisées en Allemagne pour le traitement des boutons de fièvre, avec une efficacité prouvée en essais cliniques.

Propriétés thyroïdiennes : L’acide rosmarinique inhibe la liaison de la TSH à son récepteur, conférant à la Mélisse un effet antithyroïdien léger. Ce mécanisme justifie l’usage traditionnel contre les palpitations d’origine thyroïdienne, mais impose aussi une prudence chez les patients hypothyroïdiens.

Propriétés cognitives : Des études récentes montrent que l’extrait de mélisse peut améliorer les fonctions cognitives (mémoire, attention) et réduire l’agitation chez les patients atteints de maladie d’Alzheimer légère à modérée, probablement par inhibition de l’acétylcholinestérase et action antioxydante.

Les formes galéniques sont nombreuses : infusion de feuilles (2-3 g pour 150 ml, 2-3 fois/jour), teinture-mère, extrait sec, huile essentielle (usage externe), hydrolat et gélules d’extrait standardisé. L’Eau de mélisse des Carmes, préparation alcoolique aromatique créée en 1611 par les Carmes déchaussés de Paris, reste commercialisée pour les troubles digestifs et nerveux.


Toxicité

La Mélisse officinale est très bien tolérée et considérée comme l’une des plantes médicinales les plus sûres. Aucune toxicité significative n’a été rapportée aux doses recommandées. L’huile essentielle pure, très concentrée, peut être irritante pour la peau et les muqueuses et ne doit pas être ingérée sans dilution. Des précautions sont recommandées chez les personnes souffrant d’hypothyroïdie (risque d’aggravation par l’effet anti-TSH) et chez celles prenant des sédatifs ou des barbituriques (risque d’additivité). L’usage pendant la grossesse est considéré comme sûr aux doses alimentaires courantes, mais les doses thérapeutiques élevées sont déconseillées par précaution. Aucune interaction médicamenteuse majeure n’est documentée.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Données cliniques limitées ; usage essentiellement traditionnel. Niveau de preuve : usage traditionnel.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acide rosmarinique Acide phénolique Sédatif, antioxydant, antiviral
Citral, citronellal, géraniol Huile essentielle Sédatifs, digestifs, antiviraux
Flavonoïdes Flavonols Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Usage traditionnel en infusion (départ à froid) ; pas de forme standardisée.


IX. TOXICOLOGIE

Toxicité non documentée ; en l’absence de données, s’abstenir de tout usage interne non encadré.


X. USAGES HISTORIQUES

La Mélisse est une herbe aromatique polyvalente en cuisine. Les feuilles fraîches, à saveur citronnée délicate, parfument les salades, les soupes froides, les sauces, les poissons, les volailles, les desserts et les boissons. Elle aromatise les thés glacés, les cocktails (mojito à la mélisse), les limonades et les sirops. Elle entre dans la composition de liqueurs traditionnelles : la Bénédictine, la Chartreuse et l’Eau de mélisse des Carmes. En confiserie, elle parfume les sorbets, les crèmes et les pâtisseries. Les feuilles se prêtent mal au séchage (perte de l’arôme citronné), d’où la préférence pour l’utilisation fraîche ou la congélation. En infusion, la tisane de mélisse est l’une des plus populaires d’Europe, appréciée pour son goût doux et citronné et ses vertus relaxantes.


Culture et entretien

La Mélisse est une plante de culture extrêmement facile, incontournable au jardin d’herbes aromatiques. Le semis se fait en mars-avril sous abri (germination lente, 2-4 semaines) ou directement en place en mai. La division de touffe au printemps ou en automne est la méthode la plus rapide. Le bouturage de tige est également aisé. La plantation se fait en sol ordinaire, frais, au soleil ou à mi-ombre, à 30-40 cm d’espacement. La plante nécessite un arrosage régulier la première année. Un apport de compost au printemps améliore la production. La taille régulière est indispensable : rabattre les tiges fleuries stimule la production de feuilles fraîches et prolonge la saison de récolte. Deux à trois coupes sont possibles entre juin et octobre. En fin de saison, rabattre à 10 cm du sol avant l’hiver. Le rhizome traçant peut être contenu par une bordure enterrée si nécessaire. La Mélisse est résistante aux maladies ; les pucerons peuvent coloniser les jeunes pousses. Les limaces apprécient les jeunes plants. La culture en pot est parfaitement possible, sur un balcon ou un rebord de fenêtre ensoleillé. Il existe des cultivars ornementaux à feuillage doré (‘Aurea’, ‘All Gold’) ou panaché (‘Variegata’).


Associations végétales

À l’état subspontané, la Mélisse s’intègre dans les friches nitrophiles thermophiles des pieds de murs et des jardins abandonnés, avec l’Ortie (Urtica dioica), le Chénopode blanc (Chenopodium album), le Lamier blanc (Lamium album) et la Ballote noire (Ballota nigra). Au jardin aromatique, elle voisine harmonieusement avec la Menthe, le Thym, le Romarin, la Sauge, la Ciboulette et le Persil. En association au potager, elle est réputée éloigner certains insectes nuisibles grâce à son parfum citronné et attirer les pollinisateurs bénéfiques.


Intérêt écologique

La Mélisse officinale est une plante mellifère exceptionnelle. Sa floraison prolongée (juin-septembre) produit un nectar abondant, très apprécié des abeilles domestiques. Les apiculteurs l’utilisent traditionnellement pour attirer les essaims : des feuilles de mélisse frottées à l’intérieur d’une ruche vide attirent les abeilles (les composés volatils de la mélisse miment en partie les phéromones de la reine). Le miel de mélisse est rare mais très fin, clair et délicat. La plante attire aussi les bourdons, les syrphes, les papillons et les abeilles solitaires. En tant que plante vivace formant des touffes denses, elle participe à la couverture du sol et offre un habitat aux invertébrés du jardin. Sa culture sans pesticide et son attractivité pour les pollinisateurs en font un allié de l’agroécologie et du jardinage naturel.


Folklore et symbolisme

La Mélisse est chargée d’une symbolique positive. Dans l’Antiquité, elle était consacrée à la déesse Artémis-Diane et associée à la guérison et à la protection. Paracelse (1493-1541) la qualifiait d’« élixir de vie » et considérait la mélisse comme capable de « renouveler complètement l’homme ». Avicenne (980-1037) la recommandait pour « rendre le cœur joyeux et renforcer les esprits vitaux ». L’Eau de mélisse des Carmes Boyer, créée en 1611, fut la première spécialité pharmaceutique de France et resta un remède populaire contre les « vapeurs », les évanouissements et les troubles nerveux jusqu’au XXe siècle. Le roi Charles V en faisait planter dans les jardins royaux. En langage des fleurs, la mélisse symbolise la sympathie, la joie de vivre et le réconfort. Dans la tradition apicole, elle est la « plante des abeilles » par excellence, et son lien avec le monde des abeilles lui confère une dimension sacrée dans de nombreuses cultures méditerranéennes.


Confusions possibles

Les feuilles de Mélisse peuvent être confondues avec celles de plusieurs Lamiaceae : l’Ortie blanche (Lamium album), qui ne dégage pas d’odeur citronnée ; la Cataire (Nepeta cataria), dont l’odeur est plus mentholée et qui a des feuilles grisâtres ; la Mélitte à feuilles de mélisse (Melittis melissophyllum), forestière, à grandes fleurs bicolores ; le Marrube blanc (Marrubium vulgare), à feuilles plus rugueuses et blanchâtres. Le critère le plus fiable est l’odeur citronnée caractéristique dégagée par le froissement des feuilles, unique à la Mélisse dans la flore européenne. Attention : la « citronnelle » tropicale (Cymbopogon citratus) est une Graminée sans rapport avec la Mélisse.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

MÉLISSE OFFICINALE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Sédatif / anxiolytique
  • ★★★☆☆ Digestif / antispasmodique
  • ★★★☆☆ Antiviral (herpès, externe)
  • ★★☆☆☆ Carminatif

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