LIERRE D’ALGÉRIE

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Planche botanique Lierre d'Algérie

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le Lierre d’Algérie (Hedera algeriensis Hibberd, syn. Hedera canariensis auct. non Willd. p.p.) appartient à la famille des Araliacées. Le nom Hedera est le nom latin classique du lierre. L’épithète algeriensis fait référence à l’Algérie, d’où l’espèce fut décrite. Synonymes fréquemment utilisés : Hedera canariensis var. algeriensis, Hedera helix subsp. canariensis auct. Noms vernaculaires : lierre d’Algérie, lierre des Canaries (par confusion), lierre à grandes feuilles.

Liane ligneuse sempervirente, pouvant atteindre 20 à 30 m de long. Les tiges sont robustes, munies de crampons aériens adhésifs (racines adventives). Les feuilles juvéniles (forme rampante et grimpante) sont grandes (8-20 cm), palmées à 3-5 lobes peu profonds, coriaces, luisantes, vert foncé dessus, souvent marbrées de blanc-crème ou de jaune chez les cultivars ornementaux. Les feuilles adultes (forme fertile, au sommet des arbres ou des murs) sont ovales-rhomboïdales, entières, non lobées. Les pétioles et les jeunes rameaux sont souvent rougeâtres. Les fleurs, verdâtres, sont groupées en ombelles sphériques terminales (septembre-novembre). Le fruit est une baie globuleuse, noire à maturité, de 8-10 mm.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Hedera algeriensis est originaire d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Libye) et de la façade atlantique marocaine. Son aire native couvre le Tell algérien, les montagnes de Kabylie et de l’Atlas, la Tunisie septentrionale et la Cyrénaïque libyenne. L’espèce est étroitement apparentée au lierre des Canaries (H. canariensis) et au lierre de Madère (H. maderensis).

Le lierre d’Algérie est très largement cultivé comme plante ornementale dans le monde entier, en particulier les cultivars panachés (‘Gloire de Marengo’). Il est naturalisé dans le sud de l’Europe (côte méditerranéenne française, Espagne, Italie), en Californie, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En France, il est naturalisé dans le Midi et sur la façade atlantique.

Dans son aire native, il croît dans les forêts humides de montagne (chênaies, zéenaies), les gorges ombragées, les falaises et les murs. Il préfère les milieux ombragés à semi-ombragés, les sols frais et humifères, le climat méditerranéen humide à subhumide.


Écologie et conservation

Hedera algeriensis n’est pas menacé dans son aire native, classé en « préoccupation mineure » (LC). Toutefois, les forêts humides de montagne d’Afrique du Nord, qui constituent son habitat naturel principal, sont en régression en raison de la déforestation, des incendies et du changement climatique.

Comme plante ornementale introduite, le lierre d’Algérie peut devenir invasif dans les zones au climat doux et humide, étouffant la végétation native par sa croissance vigoureuse. En Californie et en Australie, il est listé comme espèce envahissante.

Écologiquement, le lierre fournit des ressources précieuses : les fleurs tardives (octobre-novembre) constituent la dernière source de nectar et de pollen pour les abeilles, les syrphes et les guêpes avant l’hiver. Les baies, mûres en mars-avril, nourrissent les merles, les grives et les fauvettes à tête noire. Le feuillage persistant offre un abri hivernal à de nombreux oiseaux et invertébrés.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition de Hedera algeriensis est proche de celle du lierre commun, avec des variations quantitatives :

Saponines triterpéniques : les hédérasaponines sont les composés majeurs. L’hédéracoside C (hédérasaponine C) est le composé principal, accompagné de l’hédéracoside B et de l’α-hédérine (aglycone : hédéragénine). La teneur en saponines totales peut atteindre 5-8 % de la masse sèche des feuilles.

Flavonoïdes : rutine (quercétine-3-O-rutinoside), kaempférol-3-O-rutinoside, quercétine.

Acides phénoliques : acide chlorogénique, acide caféique.

Polyacétylènes : le falcarinol (panaxynol) est présent dans les tiges et les feuilles. Ce composé est responsable de la dermite de contact observée chez certains jardiniers.

Coumarines : scopolétine et aesculétine.

Autres : émétine (en traces dans les baies), stérols, tanins, caroténoïdes, huile essentielle (traces).


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité expectorante et mucolytique : l’α-hédérine, métabolite actif de l’hédéracoside C, stimule la production de surfactant pulmonaire par les pneumocytes de type II, via l’activation des récepteurs β2-adrénergiques. Elle réduit la viscosité du mucus bronchique et facilite son expulsion. C’est le mécanisme d’action principal de la plupart des sirops antitussifs à base de lierre.

Activité bronchospasmolytique : l’α-hédérine exerce une relaxation du muscle lisse bronchique, réduisant le bronchospasme, par un mécanisme β2-adrénergique indirect (augmentation de l’internalisation des récepteurs β2).

Activité anti-inflammatoire : les saponines et les flavonoïdes inhibent la COX-2, la 5-LOX et réduisent la production de TNF-α.

Activité antifongique : l’α-hédérine et les polyacétylènes montrent une activité antifongique contre Candida albicans et les dermatophytes.

Activité anticancéreuse : l’α-hédérine et l’hédéracoside C induisent l’apoptose de cellules cancéreuses in vitro (lignées de cancer du côlon, du sein, de leucémie), par activation de la voie des caspases et perméabilisation de la membrane mitochondriale.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Affections respiratoires : toux productive, bronchite aiguë et chronique, asthme bronchique. C’est l’indication majeure, validée pour les feuilles de lierre (H. helix), extrapolable à H. algeriensis.

Troubles circulatoires : cellulite, insuffisance veino-lymphatique. Les extraits de lierre sont utilisés en cosmétique et en dermocosmétique pour leur action sur la microcirculation.

Usage externe : douleurs rhumatismales, névralgies, cors et durillons (cataplasme de feuilles fraîches macérées dans du vinaigre).


Données cliniques

Les données cliniques sur le lierre concernent principalement H. helix, mais sont extrapolables à H. algeriensis en raison du profil saponosidique similaire.

Toux et bronchite : une méta-analyse (Holzinger & Chenot, 2011) portant sur 10 essais cliniques (17 463 patients) a montré que les extraits de feuilles de lierre amélioraient significativement les symptômes de toux et de bronchite aiguë en 7 jours, avec un bon profil de tolérance.

Asthme infantile : un essai contrôlé sur 52 enfants asthmatiques a montré une amélioration de la fonction respiratoire (augmentation du VEMS) après 4 semaines de traitement par un extrait standardisé de lierre.

Cellulite : des études cliniques sur des crèmes à base d’extraits de lierre ont montré une amélioration des signes de cellulite (épaisseur cutanée, aspect peau d’orange) après 12 semaines d’application, attribuée à l’action des saponines sur la microcirculation.


Recherche contemporaine

Oncologie : l’α-hédérine est étudiée comme agent anticancéreux. Des études précliniques montrent une synergie avec les chimiothérapies conventionnelles (cisplatine, doxorubicine) sur des lignées de cancer du côlon et du poumon. Les nanoformulations d’α-hédérine sont en développement pour améliorer la biodisponibilité.

Phytochimie comparative : les analyses HPLC et LC-MS comparatives entre H. algeriensis, H. helix et H. canariensis permettent de caractériser les profils saponosidiques spécifiques et d’optimiser le choix des sources végétales pour l’industrie.

Allergologie : les mécanismes de la dermite de contact au falcarinol sont étudiés au niveau immunologique (activation des cellules de Langerhans, voie Th1).

Biomatériaux : les crampons adhésifs du lierre inspirent le développement de colles biomimétiques et de surfaces adhésives réversibles.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
α-hédérine, hédéracosides Saponines triterpéniques Expectorantes, spasmolytiques bronchiques
Flavonoïdes Flavonols Antioxydants
Acides phénoliques Acides phénoliques Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Extrait sec de feuilles (standardisé en hédéracoside C) : adulte 100 à 200 mg par jour ; enfant (2-12 ans) 50 à 100 mg par jour.

Teinture-mère : 30 à 50 gouttes, 3 fois par jour dans un verre d’eau.

Sirop : selon les spécialités (Hedelix®, Prospan® — formulés à partir de H. helix, principe actif similaire).

Infusion : 3 à 5 g de feuilles séchées par tasse, infuser 10 minutes. Boire 2 à 3 tasses par jour. L’infusion est moins courante que les extraits standardisés.

Usage externe : cataplasme de feuilles fraîches, décoction concentrée (50-80 g/L) en bains ou compresses.


IX. TOXICOLOGIE

Contre-indications : hypersensibilité connue aux Araliacées. Les baies sont toxiques et ne doivent jamais être consommées.

Précautions d’emploi : les feuilles fraîches contiennent du falcarinol, un polyacétylène allergisant qui peut provoquer une dermatite de contact (phytodermatose) chez les personnes sensibilisées. Le port de gants est recommandé lors de la manipulation prolongée de lierre frais.

Grossesse et allaitement : par précaution, l’usage est déconseillé au premier trimestre en raison du potentiel émétisant des saponines. Les sirops pédiatriques à base de lierre sont toutefois largement utilisés chez l’enfant de plus de 2 ans.

Interactions : aucune interaction cliniquement significative rapportée.


Toxicologie

La toxicité des feuilles de Hedera algeriensis est faible aux doses thérapeutiques. La DL50 de l’α-hédérine chez la souris est de 600-800 mg/kg par voie orale (toxicité modérée).

Les baies sont toxiques : l’ingestion de 2-3 baies provoque des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée) ; une ingestion massive (rare) peut entraîner des troubles neurologiques (excitation, convulsions). Le centre antipoison rapporte régulièrement des appels pour ingestion de baies de lierre par les enfants, mais les cas graves sont exceptionnels.

Le falcarinol est un sensibilisant cutané de contact, responsable de dermatites professionnelles chez les jardiniers et les fleuristes. La sensibilisation croisée avec d’autres Araliacées et Apiacées (carotte, céleri) est documentée.

Les saponines, à fortes doses, sont hémolytiques in vitro. Par voie orale, elles sont faiblement résorbées et leur hémolytique est neutralisé par le cholestérol plasmatique.


X. USAGES HISTORIQUES

Le lierre d’Algérie partage les usages traditionnels des autres espèces de Hedera, en particulier du lierre commun (H. helix). En médecine populaire nord-africaine, les feuilles sont utilisées comme expectorant, antitussif et cataplasme anti-inflammatoire. Le suc des feuilles fraîches était appliqué sur les brûlures, les cors et les verrues.

Dans la tradition berbère d’Algérie, le lierre est une plante respectée, associée à des usages rituels et médicinaux. Les décoctions de feuilles servaient à traiter les affections respiratoires (toux, bronchite), les troubles digestifs et les douleurs rhumatismales. Le bois de lierre, rare et dense, servait à confectionner de petits objets rituels.

En phytothérapie européenne, les lierres sont surtout connus pour les feuilles de H. helix, officinales comme expectorant. L’utilisation de H. algeriensis spécifiquement est moins documentée, mais le profil chimique similaire justifie des usages comparables.


Statut réglementaire et pharmacopée

La Pharmacopée européenne comporte une monographie « Hederae folium » (feuilles de lierre) spécifiant Hedera helix. H. algeriensis n’est pas explicitement couvert mais le profil chimique similaire permet une utilisation équivalente par certains fabricants.

Une monographie européenne reconnaît un « usage médical bien établi » des extraits de feuilles de lierre (H. helix) dans le traitement de la toux productive associée au rhume, et un « usage traditionnel » comme expectorant.

En France, les feuilles de lierre sont inscrites sur la liste A des plantes médicinales. De nombreuses spécialités pharmaceutiques et dispositifs médicaux à base de lierre sont commercialisés (sirops, comprimés, solutions buvables).


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

LIERRE D’ALGÉRIE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Bonnier G., Layens G. — Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, Paris.
Bruneton J. — Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier Tec & Doc, 2016.
Pharmacopée européenne, 11e éd. — Monographie « Hederae folium ».
Holzinger F., Chenot J.-F. — « Systematic review of clinical trials assessing the effectiveness of ivy leaf (Hederae helicis folium) for acute upper respiratory tract infections », Evid. Based Complement. Alternat. Med., 2011, 382789.
Ackerfield J., Wen J. — « A morphometric analysis of Hedera L. (the ivy genus, Araliaceae) and its taxonomic implications », Adansonia, 2002, 24, 197-212.
Fournier P. — Le livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, Lechevalier, Paris, 1947.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Expectorant
  • ★★★☆☆ Antispasmodique bronchique
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

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