
La campanule étalée est une espèce gracile et discrète des pelouses sèches et des rocailles calcaires de l’est de la France et d’Europe centrale. Ses fleurs bleu-violet largement ouvertes en étoile — plus étalées que chez les autres campanules, d’où son nom — et sa tige grêle ramifiée en panicule lâche lui confèrent une élégance aérienne caractéristique. Moins connue que les grandes campanules forestières, elle n’en est pas moins une composante fidèle des pelouses calcicoles thermophiles, habitats en régression dans une grande partie de l’Europe.
Campanula patula L.

Famille : Campanulaceae.
Noms vernaculaires : campanule étalée, campanule ouverte, Wiesen-Glockenblume (allemand), spreading bellflower (anglais).
La campanule étalée est une campanule gracile des prairies de fauche et des talus herbeux de l’Europe tempérée. Moins spectaculaire que la campanule persicifoliée, elle se reconnaît à ses fleurs en entonnoir largement ouvert (d’où « étalée »), à ses pétales profondément divisés et à sa panicule lâche et ramifiée. C’est une plante de prairies naturelles riches en espèces, dont la régression dans certaines régions accompagne la disparition des prairies de fauche traditionnelles.
Sur le plan phytochimique, C. patula se distingue par la présence de composés originaux du genre, notamment le patularoside et le campanoside, deux glycosides de lutéoline spécifiques décrits pour la première fois dans cette espèce (Alhage et al., 2025). L’acide ursolique, le stigmastérol et le β-amyrine acétate complètent un profil triterpénique notable.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
- Règne : Plantae
- Division : Magnoliophyta
- Classe : Magnoliopsida
- Ordre : Asterales
- Famille : Campanulaceae
- Genre : Campanula
- Espèce : Campanula patula L.
Étymologie : patula (étalée, ouverte) décrit les lobes de la corolle qui sont largement divergents, donnant à la fleur un aspect d’étoile ou d’entonnoir très ouvert plutôt qu’une cloche fermée. C’est le caractère morphologique le plus immédiatement distinctif.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
La campanule étalée est une bisannuelle (parfois vivace) de 30 à 70 cm, grêle, dressée, ramifiée dans la partie supérieure. La tige est finement striée, glabre ou faiblement pubescente. Les feuilles basales sont obovales-spatulées, crénelées, pétiolées, souvent fanées à la floraison ; les caulinaires sont lancéolées, sessiles, à bord entier ou faiblement denté.
Les fleurs sont en entonnoir largement ouvert, de 2 à 3 cm de diamètre, à 5 lobes profondément découpés et étalés (jusqu’à la moitié de la corolle), d’un bleu-violet clair et lumineux. Elles sont disposées en panicule lâche et ramifiée, à rameaux longs et grêles, donnant à la plante un aspect aérien. Le calice a 5 dents subulées (en alêne, très fines). L’ovaire est infère ; le fruit est une capsule dressée à pores basaux.
L’espèce pousse dans les prairies de fauche, les talus herbeux, les lisières, les clairières et les bords de chemins, sur sols frais à modérément secs, neutres à faiblement acides. Altitude : 0 à 1 800 m. Sa répartition couvre l’Europe tempérée de la France à la Russie. En France, elle est présente surtout dans l’Est, le Centre, les massifs montagneux, plus rare dans l’Ouest et le Midi. C’est une espèce indicatrice de prairies naturelles riches en espèces, et sa disparition signale souvent l’intensification agricole.
III. PARTIES UTILISÉES
- Aucune partie n’a d’usage médicinal ou alimentaire documenté spécifiquement.
- Comestible par analogie avec le genre (non toxique), mais aucune tradition de cueillette.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
A. Composés originaux : patularoside et campanoside
Alhage et al. (2025) rapportent l’isolement chez C. patula de deux glycosides de lutéoline originaux : le patularoside (acétylcynaroside = lutéoline-7-O-acétylglucoside) et le campanoside (lutéoline diglycoside spécifique). Ces composés n’ont pas été décrits dans d’autres espèces du genre et constituent des marqueurs chimiotaxonomiques de C. patula.
B. Triterpènes et stérols
Le profil triterpénique est notable : acide ursolique, stigmastérol, β-amyrine acétate et urs-20(30)-en-3-β-ol. L’acide ursolique, partagé avec C. persicifolia, est un triterpène pentacyclique à activités anti-inflammatoire, antitumorale et hépatoprotectrice documentées en préclinique.
C. Flavones, acides phénoliques et coumarine
La lutéoline et ses dérivés constituent le fond flavonoïdique. L’acide chlorogénique, l’acide p-coumarique et l’acide syringique sont présents. Le diosmine (flavone glycoside à activité veinotonique) est également signalé.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
- Anti-inflammatoire : acide ursolique et lutéoline.
- Antioxydant : flavones et acides phénoliques.
- Veinotonique potentiel : diosmine (préclinique).
- Données strictement précliniques. Aucune indication thérapeutique formulable.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Aucun essai clinique, aucune monographie officielle.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Lecture pharmacognosique |
|---|---|---|
| Patularoside, campanoside | Flavones glycosylées | Composés originaux, marqueurs spécifiques de C. patula |
| Lutéoline | Flavone | Anti-inflammatoire, antioxydant dominant |
| Acide ursolique, β-amyrine acétate | Triterpènes | Anti-inflammatoire, antitumoral (préclinique) |
| Stigmastérol | Phytostérol | Protection membranaire |
| Diosmine | Flavone glycoside | Veinotonique potentiel |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
- Aucune forme galénique documentée.
- Cueillette possible (plante non protégée, non toxique) mais aucune tradition.
IX. TOXICOLOGIE
- Aucune toxicité connue.
- Enjeu de conservation : la campanule étalée est indicatrice de prairies de fauche riches en espèces. Sa régression est un signal de perte de biodiversité prairiale. Elle mérite une attention conservatoire dans les régions où les prairies naturelles disparaissent.
X. USAGES HISTORIQUES
La campanule étalée n’a laissé aucune trace significative dans les pharmacopées ni dans les traditions culinaires. C’est une plante de prairie que l’on croisait dans les paysages agricoles extensifs — un élément du « tapis fleuri » des prairies de fauche européennes, aux côtés des marguerites, des sauges, des centaurées et des trèfles. La disparition de ces prairies sous l’effet de l’intensification agricole, du sursemis et de la fertilisation azotée est l’une des grandes érosions silencieuses de la biodiversité européenne. La campanule étalée en est un témoin.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Campanula patula est une campanule gracile des prairies de fauche, à fleurs largement ouvertes en étoile bleu-violet et à panicule aérienne. Son profil phytochimique est original : patularoside et campanoside (glycosides de lutéoline spécifiques), acide ursolique, stigmastérol, β-amyrine et diosmine. Ce n’est ni une plante médicinale ni un légume sauvage traditionnel, mais c’est une indicatrice de biodiversité prairiale et une Campanulacée chimiquement plus intéressante que sa discrétion de terrain ne le laisse penser.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Alhage J, et al. Bioactive Compounds Isolated from the Species of the Campanula Genus: A Review. Molecules. 2025;30(23):4495. DOI : 10.3390/molecules30234495. PMID : 41375093.
- Plants of the World Online, Kew. Campanula patula L. : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:140701-1.
- Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Biotope, 2014.
- Bruneton J. Pharmacognosie. 5e éd., Lavoisier, 2016.
- Tela Botanica – Campanula patula : https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-13052.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Antioxydant