ANDROGRAPHIS

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Planche botanique Andrographis

Andrographis — Andrographis paniculata (Burm.f.) Wall. ex Nees

L’andrographis, surnommée « roi des amers » en médecine traditionnelle indienne ou kalmegh en hindi, est l’une des plantes médicinales les plus importantes de la pharmacopée asiatique. Utilisée depuis des millénaires dans les systèmes médicaux ayurvédique, unani et chinois, elle a fait l’objet d’une attention scientifique considérable au cours des dernières décennies, en particulier pour ses propriétés antivirales et immunostimulantes dans le cadre des infections des voies respiratoires supérieures. Son principal composé actif, l’andrographolide, un diterpène labdane d’une remarquable activité biologique, a été largement étudié et constitue aujourd’hui l’un des phytocomposés les plus documentés de la littérature pharmacologique mondiale.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Andrographis paniculata (Burm.f.) Nees appartient à la famille des Acanthaceae, vaste famille pantropicale comprenant environ 4 000 espèces réparties en quelque 250 genres. Le genre Andrographis compte une quarantaine d’espèces, principalement distribuées en Asie tropicale.

Classification systématique :

  • Règne : Plantae
  • Sous-règne : Tracheobionta
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Magnoliopsida
  • Sous-classe : Asteridae
  • Ordre : Lamiales
  • Famille : Acanthaceae
  • Sous-famille : Acanthoideae
  • Tribu : Andrographideae
  • Genre : Andrographis
  • Espèce : Andrographis paniculata (Burm.f.) Wall. ex Nees

Le basionyme est Justicia paniculata Burm.f., publié en 1768 dans la Flora Indica. La combinaison actuelle a été établie par Christian Gottfried Daniel Nees von Esenbeck en 1832. Le nom générique Andrographis dérive du grec andr- (homme) et graphis (stylet, pinceau), en référence à la forme des anthères. L’épithète paniculata fait référence à l’inflorescence en panicule.

Synonymes nomenclaturaux principaux : Justicia paniculata Burm.f., Justicia latebrosa Russ., Andrographis subspathulata C.B.Clarke.

Noms vernaculaires : kalmegh, kirata, bhunimba (hindi, sanskrit), chuanxinlian (chinois), fah talai jone (thaï), sambiloto (malais, indonésien), king of bitters (anglais), chirette verte (français).



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Andrographis paniculata est une plante herbacée annuelle ou vivace de courte durée, dressée, glabre, atteignant 30 à 100 centimètres de hauteur, occasionnellement jusqu’à 120 centimètres dans des conditions optimales.

Appareil végétatif. La tige est quadrangulaire, de couleur verte à brun-verdâtre, fortement ramifiée dans la partie supérieure, à nœuds renflés. Les rameaux sont étalés, opposés-décussés, donnant à la plante un port buissonnant caractéristique. Les feuilles sont opposées, simples, lancéolées à oblongues-lancéolées, mesurant 2 à 12 centimètres de longueur sur 1 à 3 centimètres de largeur, atténuées aux deux extrémités. Le limbe est membraneux, glabre, de couleur vert foncé sur la face supérieure, plus pâle en dessous, à marge entière ou très légèrement ondulée. La nervation est pennée, avec 4 à 6 paires de nervures secondaires. Les pétioles sont courts, de 2 à 5 millimètres, ou les feuilles sont subsessiles. Les stipules sont absentes. La saveur de toutes les parties aériennes est intensément amère, caractéristique qui a valu à la plante son surnom de « roi des amers ».

Appareil reproducteur. Les inflorescences sont des panicules terminales et axillaires, lâches, étalées, longues de 10 à 30 centimètres. Les fleurs sont petites, zygomorphes, bisexuées, disposées en racèmes. Le calice est à 5 sépales linéaires, glanduleux-pubescents, longs de 3 à 4 millimètres. La corolle est bilabiée, longue de 10 à 14 millimètres, de couleur blanche à rose pâle, avec des macules pourpres sur la lèvre inférieure servant de guides nectarifères. La lèvre supérieure est bilobée, la lèvre inférieure trilobée. Les étamines sont au nombre de 2, insérées sur le tube corollin, à anthères barbues à la base. L’ovaire est supère, biloculaire, surmonté d’un style filiforme. La floraison intervient de septembre à décembre dans l’hémisphère nord.

Le fruit est une capsule linéaire-oblongue, comprimée, longue de 1 à 2 centimètres, large de 3 à 4 millimètres, glabre ou finement pubescente, s’ouvrant par déhiscence loculicide. Elle contient 6 à 12 graines, petites, subquadrangulaires, rugueuses, de couleur brun-jaunâtre.


Écologie et répartition géographique

Andrographis paniculata est originaire d’Asie du Sud et du Sud-Est, probablement de l’Inde péninsulaire et du Sri Lanka. Son aire de distribution naturelle s’étend de l’Inde à travers le Bangladesh, le Sri Lanka, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie, la Chine méridionale (Guangdong, Guangxi, Fujian, Yunnan) et les Philippines.

La plante a été largement introduite et cultivée en Afrique tropicale, dans les Antilles et en Amérique tropicale, où elle s’est parfois naturalisée. En Inde, elle est cultivée à grande échelle dans les États du Tamil Nadu, du Karnataka, du Kerala, du Madhya Pradesh et de l’Uttar Pradesh.

L’espèce prospère en milieu tropical et subtropical humide, depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 500 mètres d’altitude. Elle préfère les habitats semi-ombragés : sous-bois clairs, lisières forestières, haies, bords de chemins, terrains vagues et jardins. Elle tolère une large gamme de sols mais préfère les sols bien drainés, fertiles, à pH légèrement acide à neutre (5,5 à 7,5). La pluviométrie optimale est de 1 000 à 3 000 millimètres par an. La plante est sensible au gel et ne supporte pas des températures inférieures à 5 °C. La germination est optimale entre 25 et 30 °C.

A. paniculata est une plante rudérale, pionnière des milieux perturbés, à croissance rapide. Son cycle de vie court (4 à 5 mois du semis à la fructification) en fait une espèce adaptée à la culture annuelle. Elle est fréquemment associée aux systèmes agroforestiers traditionnels en Asie du Sud-Est.


Écologie, conservation et culture

Andrographis paniculata est une espèce cultivée de longue date et ne présente pas de problèmes de conservation significatifs. La plante est facile à cultiver et s’adapte à une large gamme de conditions pédoclimatiques tropicales et subtropicales.

La multiplication se fait principalement par semis direct. Les graines, petites et légères, sont semées en pépinière ou directement en plein champ, à une profondeur de 0,5 à 1 centimètre, avec un espacement de 30 à 40 centimètres entre les plants et 40 à 60 centimètres entre les lignes. La germination est optimale à 25-30 °C et prend 7 à 15 jours. Le bouturage de tiges herbacées est également possible mais moins couramment utilisé.

La culture est relativement peu exigeante : un sol bien drainé, un apport modéré en matière organique et une irrigation régulière suffisent. La plante tolère un ombrage partiel (30 à 50 %) et peut être cultivée en culture intercalaire dans les systèmes agroforestiers. La récolte des parties aériennes intervient 90 à 120 jours après le semis, au stade de pleine floraison. Un rendement de 2 à 4 tonnes de matière sèche par hectare est courant dans les cultures bien conduites.

L’Inde est le premier producteur mondial, suivie par la Chine, la Thaïlande et l’Indonésie. Des programmes de sélection variétale sont en cours pour développer des cultivars à haute teneur en andrographolide et à haut rendement en biomasse.



III. PARTIES UTILISÉES

La drogue est constituée par les parties aériennes (Andrographidis herba), récoltées au stade de pleine floraison, période correspondant à la teneur maximale en andrographolide. La récolte intervient généralement 90 à 120 jours après le semis, lorsque 50 à 75 % des fleurs sont épanouies.

Les parties aériennes sont séchées rapidement à l’ombre ou dans des séchoirs à air chaud à température modérée (35 à 45 °C) pour préserver les diterpènes lactones thermosensibles. Le séchage au soleil direct est déconseillé car il dégrade significativement la teneur en andrographolide.

La drogue sèche se présente sous forme de fragments de tiges quadrangulaires, de feuilles lancéolées et de panicules florales. La couleur est vert-grisâtre à brun-verdâtre. La poudre est de couleur vert olive. La saveur est extrêmement amère, persistante, sans odeur notable.

Les feuilles seules constituent parfois une drogue distincte, plus concentrée en andrographolide (2 à 5 % dans les feuilles contre 0,5 à 2 % dans les tiges). L’ensemble de la plante, y compris les racines, est utilisé dans certaines préparations traditionnelles, notamment en médecine ayurvédique.

La Pharmacopée européenne (9e édition) comprend une monographie pour Andrographidis herba, exigeant une teneur minimale de 1,0 % d’andrographolide (C20H30O5) calculée par rapport à la drogue desséchée. La Pharmacopée chinoise exige une teneur minimale de 1,5 % en diterpènes lactones totaux.



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La phytochimie d’Andrographis paniculata est dominée par les diterpènes labdanes, mais inclut également des flavonoïdes et d’autres composés secondaires.

Diterpènes labdanes

Les diterpènes lactones de type labdane constituent la classe de composés la plus caractéristique et la plus bioactive. Plus de 30 diterpènes ont été isolés et caractérisés :

  • Andrographolide — composé majoritaire (1 à 4 % des parties aériennes sèches), diterpène bicyclique lactonique portant une fonction gamma-butyrolactone et deux groupements hydroxyles. C’est le principal marqueur phytochimique et pharmacologique de la drogue. Formule brute : C20H30O5, masse molaire : 350,45 g/mol, point de fusion : 228-230 °C.
  • Néoandrographolide — diterpène glycosylé, deuxième composé majoritaire, présentant une activité anti-inflammatoire et hépatoprotectrice.
  • 14-Désoxyandrographolide — analogue désoxygéné de l’andrographolide, moins actif mais contribuant au profil pharmacologique global.
  • 14-Désoxy-11,12-didéhydroandrographolide — dérivé insaturé aux propriétés antivirales.
  • Andrographiside — forme glycosylée de l’andrographolide.
  • Andrograpanine — diterpène présentant des propriétés anti-inflammatoires distinctes.
  • Isoandrographolide — isomère de l’andrographolide.

Flavonoïdes

Les parties aériennes contiennent divers flavones et leurs glycosides : apigénine, lutéoline, wogonine, oroxyline A, andrographidine A à F (flavones méthoxylées glycosylées spécifiques du genre). Ces flavonoïdes contribuent aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de la drogue.

Autres composés

On trouve également des xanthones (dans les racines principalement), des polysaccharides, des stérols (bêta-sitostérol, stigmastérol), des acides phénoliques (acide caféique, acide chlorogénique) et des huiles essentielles en faible quantité.



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité immunostimulante et anti-infectieuse

L’andrographolide stimule à la fois l’immunité innée et adaptative. Il augmente la prolifération des lymphocytes T et B, stimule l’activité des cellules NK (natural killer), et favorise la production d’anticorps. In vitro, il augmente la production d’interleukine-2 (IL-2) et d’interféron-gamma (IFN-γ) par les lymphocytes T activés, renforçant la réponse immunitaire cellulaire Th1.

L’activité antivirale directe a été démontrée in vitro contre de nombreux virus : virus de la grippe A (H1N1, H5N1, H9N2), virus respiratoire syncytial (VRS), virus de l’herpès simplex (HSV-1, HSV-2), virus Epstein-Barr (EBV), virus de l’hépatite B (VHB), virus de l’hépatite C (VHC), VIH-1 et SARS-CoV-2. Les mécanismes antiviraux impliquent l’inhibition de la réplication virale par blocage des protéases virales, l’interférence avec l’entrée virale dans la cellule hôte, et la stimulation des voies de défense antivirale intracellulaires.

Activité anti-inflammatoire

L’andrographolide est un puissant inhibiteur du facteur de transcription NF-kB, pivot central de la cascade inflammatoire. Il empêche la phosphorylation et la dégradation de l’IkBα, maintenant NF-kB séquestré dans le cytoplasme et bloquant ainsi la transcription des gènes pro-inflammatoires. Cette inhibition se traduit par une réduction de la production de TNF-α, d’IL-1β, d’IL-6, de prostaglandine E2 (PGE2) et de monoxyde d’azote (NO).

L’andrographolide inhibe également les enzymes COX-2 et iNOS de manière dose-dépendante, et réduit l’expression des molécules d’adhésion cellulaire (ICAM-1, VCAM-1) impliquées dans le recrutement leucocytaire. In vivo, il réduit significativement l’œdème de la patte de rat induit par la carragénine et le granulome à corps étranger chez la souris.

Activité hépatoprotectrice

L’andrographolide et le néoandrographolide exercent un effet hépatoprotecteur démontré dans de nombreux modèles expérimentaux d’hépatotoxicité induite (tétrachlorure de carbone, D-galactosamine, paracétamol, éthanol). Les mécanismes impliquent la stimulation de l’activité des enzymes de détoxification hépatiques (glutathion-S-transférase, glutathion peroxydase, superoxyde dismutase, catalase), la stabilisation des membranes hépatocytaires, et l’inhibition de la peroxydation lipidique.

Activité antipyrétique et analgésique

Des propriétés antipyrétiques ont été démontrées chez le rat et le lapin avec les extraits aqueux et hydroalcooliques, par un mécanisme impliquant l’inhibition de la synthèse des prostaglandines hypothalamiques. L’activité analgésique est modérée, principalement de type périphérique.

Activité antidiabétique

L’andrographolide améliore la sensibilité à l’insuline et réduit la glycémie dans des modèles murins de diabète de type 2, par activation de la voie AMPK (AMP-activated protein kinase) et stimulation du transporteur de glucose GLUT4.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Infections des voies respiratoires supérieures

C’est l’indication la plus robustement documentée. Une méta-analyse publiée dans PLoS One (Hu et al., 2017, 12(8) : e0181780) portant sur 33 essais cliniques randomisés (7 175 participants) a conclu que les préparations à base d’A. paniculata, seules ou en association, étaient significativement supérieures au placebo pour soulager les symptômes du rhume banal et des infections respiratoires supérieures. Les auteurs soulignent néanmoins que ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la qualité méthodologique insuffisante des études incluses et de l’hétérogénéité des résultats. pour soulager les symptômes du rhume banal et des infections respiratoires supérieures, notamment la toux, les maux de gorge, la congestion nasale et les sécrétions nasales.

L’extrait standardisé le plus étudié est le SHA-10 (Kan Jang), un extrait combiné d’A. paniculata et d’Eleutherococcus senticosus, qui a fait l’objet de plusieurs essais cliniques multicentriques en Suède, en Russie et en Amérique latine. Un extrait standardisé à 80 mg d’andrographolide par jour, administré pendant 5 jours dès les premiers symptômes, a montré une réduction significative de la sévérité et de la durée des symptômes par rapport au placebo.

Saxena et al. (2010) ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 223 patients présentant un rhume banal non compliqué, montrant qu’un extrait standardisé d’A. paniculata (KalmCold, 200 mg/jour d’extrait) réduisait significativement le score symptomatique total dès le deuxième jour de traitement.

Colite ulcéreuse

Tang et al. (2011) ont conduit un essai clinique randomisé en double aveugle chez 224 patients atteints de colite ulcéreuse légère à modérée, comparant un extrait d’A. paniculata (HMPL-004, 1 800 mg/jour, soit environ 144 à 180 mg d’andrographolide selon la standardisation à 8-10 %) à la mésalazine (4 500 mg/jour). Les résultats ont montré une réponse clinique à 8 semaines de 60 % pour HMPL-004 1 800 mg contre 40 % pour le placebo, sans que l’essai soit conçu ou puissant pour établir une non-infériorité formelle à la mésalazine. pour induire la rémission clinique à 8 semaines, avec un profil de tolérance favorable pour l’extrait végétal.

Polyarthrite rhumatoïde

Une étude pilote sur 60 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde active a montré qu’un extrait standardisé d’A. paniculata réduisait significativement le nombre d’articulations tuméfiées et douloureuses, la vitesse de sédimentation et le taux de protéine C-réactive après 14 semaines de traitement.

Fatigue et infection au VIH

Des études préliminaires ont évalué l’andrographolide chez des patients séropositifs pour le VIH, montrant une augmentation significative du taux de lymphocytes CD4+ à la dose de 10 mg/kg/jour pendant 6 semaines, mais ces résultats n’ont pas été confirmés par des essais de grande envergure.


Indications thérapeutiques retenues

  • Traitement symptomatique des infections des voies respiratoires supérieures (rhume banal, rhinopharyngite, sinusite non compliquée) : niveau de preuve A (méta-analyse Cochrane)
  • Prévention des infections respiratoires récurrentes : niveau de preuve B
  • Adjuvant dans la colite ulcéreuse légère à modérée : niveau de preuve B (un essai de bonne qualité)
  • Soutien hépatique et hépatoprotection : niveau de preuve C (données précliniques et usage traditionnel)
  • Adjuvant dans les affections rhumatismales inflammatoires : niveau de preuve C

Aucune autorité réglementaire n’a reconnu d’usage médical bien établi de l’andrographis pour les infections des voies respiratoires : les données cliniques disponibles, bien que prometteuses, sont jugées de qualité méthodologique insuffisante pour conclure. À la date de cette fiche, aucune monographie approuvée de la Commission E allemande n’a pu être vérifiée pour Andrographis paniculata.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Andrographolide Diterpène labdane Immunostimulant, anti-inflammatoire, hépatoprotecteur
Néoandrographolide, désoxyandrographolide Diterpènes labdanes Anti-inflammatoires
Lutéoline, wogonine Flavones Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Poudre de plante entière en gélules. 400 à 600 mg par prise, 3 fois par jour, soit 1 200 à 1 800 mg par jour. Usage principalement traditionnel.

Extrait sec standardisé. Standardisé à 4 à 6 % d’andrographolide ou à 30 % de diterpènes lactones totaux. Posologie usuelle : 200 à 400 mg d’extrait par jour, correspondant à 48 à 120 mg d’andrographolide. Pour le traitement aigu des infections respiratoires : commencer dès les premiers symptômes et poursuivre pendant 3 à 7 jours.

Teinture mère. Préparée à partir de plante fraîche dans de l’éthanol à 60-70 %. Posologie : 2,5 à 5 ml, 3 fois par jour.

Infusion. 3 à 6 grammes de parties aériennes sèches par tasse d’eau bouillante, infuser 10 à 15 minutes. Le goût extrêmement amer rend cette forme difficile à utiliser en pratique.

Association Kan Jang. Extrait standardisé d’A. paniculata associé à Eleutherococcus senticosus, dosé à 88,8 mg d’andrographolide par dose quotidienne. C’est la formulation la plus étudiée cliniquement.

En traitement curatif aigu, la durée d’utilisation recommandée est de 5 à 10 jours. En prévention, des cures de 2 à 3 mois avec des fenêtres thérapeutiques sont possibles.



IX. TOXICOLOGIE

Toxicité aiguë. La DL50 par voie orale chez la souris est supérieure à 10 g/kg pour l’extrait hydroalcoolique et supérieure à 15 g/kg pour l’andrographolide purifié, attestant d’une toxicité aiguë très faible.

Toxicité chronique. Les études de toxicité subchronique à 90 jours chez le rat (jusqu’à 1 g/kg/jour d’extrait) n’ont révélé aucune toxicité significative sur les paramètres hématologiques, biochimiques ou histologiques.

Fertilité et reproduction. Des études chez le rat mâle ont montré un effet antispermatogénique réversible à fortes doses (200 mg/kg/jour d’andrographolide pendant 60 jours), avec une réduction du nombre et de la motilité des spermatozoïdes. Cet effet est complètement réversible à l’arrêt du traitement. Chez la femelle, un effet anti-implantatoire a été rapporté chez le rat. Par prudence, l’utilisation est contre-indiquée pendant la grossesse.

Effets indésirables. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés dans les essais cliniques sont : fatigue et lassitude (5-7 %), céphalées (3-5 %), goût amer en bouche (2-4 %), nausées (1-3 %), diarrhée (1-2 %), éruptions cutanées allergiques (rare, inférieur à 1 %). Des cas exceptionnels de réactions anaphylactoïdes ont été rapportés après administration parentérale (formes injectables utilisées en Chine, non disponibles en Europe).

Contre-indications. Grossesse et allaitement (effet anti-implantatoire et antispermatogénique expérimental), désir de grossesse chez l’homme (par prudence), maladies auto-immunes (par extrapolation de l’activité immunostimulante), troubles hémorragiques ou traitement anticoagulant (effet antiagrégant plaquettaire in vitro).

Interactions médicamenteuses. Interactions théoriques avec les anticoagulants et antiagrégants plaquettaires (effet additif sur l’hémostase), les immunosuppresseurs (antagonisme potentiel), les antihypertenseurs (effet hypotenseur additif). L’andrographolide est un inducteur modéré du CYP1A2 et un inhibiteur faible du CYP2C9, justifiant une vigilance en cas de co-médication.



X. USAGES HISTORIQUES

L’andrographis est l’une des plantes les plus anciennes et les plus révérées des grandes traditions médicales asiatiques. En Ayurveda, sous le nom de kalmegh ou bhunimba, elle est classée dans le groupe des plantes amères (tikta rasa) et rafraîchissantes (sheeta virya). Elle est prescrite traditionnellement pour les fièvres, les infections, les troubles hépatiques et biliaires, les troubles digestifs, les affections cutanées, le diabète et comme tonique amer. Elle est un ingrédient majeur de la formulation classique Kalmeghnavaya.

En médecine traditionnelle chinoise, sous le nom de chuanxinlian (穿心莲), elle est utilisée pour éliminer la chaleur, résoudre les toxines, et traiter les infections des voies respiratoires, les diarrhées infectieuses, les infections urinaires et les affections cutanées. Elle est classée parmi les herbes qui « clarifient la chaleur et éliminent les toxines ».

En Thaïlande, le fah talai jone (ฟ้าทะลายโจร) est reconnu officiellement comme médicament traditionnel pour le rhume et les maux de gorge. Le gouvernement thaïlandais a approuvé des préparations standardisées à base d’andrographis dans sa liste nationale des médicaments essentiels.

En Indonésie, le sambiloto est l’une des plantes médicinales les plus populaires, utilisée pour le paludisme, le diabète, l’hypertension, les infections et les troubles hépatiques. Elle est inscrite dans la Pharmacopée indonésienne.

Une légende indienne populaire rapporte que l’andrographis aurait été la plante qui arrêta l’épidémie de grippe espagnole en Inde en 1919, bien que cette attribution soit historiquement difficile à vérifier.


Risques de confusion

Le risque de confusion botanique est limité en raison des caractéristiques morphologiques distinctives de la plante (tige quadrangulaire, feuilles lancéolées opposées, amertume intense). Cependant, quelques confusions peuvent survenir au niveau commercial :

Andrographis lineata Nees et Andrographis echioides (L.) Nees, espèces voisines, sont parfois collectées en mélange avec A. paniculata dans les récoltes en milieu naturel. Elles se distinguent par des feuilles plus étroites (pour A. lineata) ou plus larges et velues (pour A. echioides), et par des teneurs en andrographolide nettement inférieures.

Swertia chirata Buch.-Ham. ex Wall. (Gentianaceae), autre plante extrêmement amère de la pharmacopée indienne (chirata ou kiratatikta), peut être confondue commercialement avec l’andrographis en raison de la similitude des noms sanskrits (kirata). Les deux plantes se distinguent aisément par leur morphologie (la swertie est une Gentianacée à fleurs tétramères).

L’analyse par HPLC du profil en diterpènes labdanes, et en particulier la quantification de l’andrographolide, constitue la méthode de référence pour confirmer l’identité et la qualité de la drogue.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Andrographis paniculata est l’une des plantes médicinales les plus solidement documentées pour le traitement des infections des voies respiratoires supérieures, avec un niveau de preuve clinique équivalent ou supérieur à celui de nombreuses plantes inscrites aux pharmacopées européennes. Son principal composé actif, l’andrographolide, est un modulateur pharmacologique polyvalent agissant sur des cibles moléculaires clés de l’inflammation et de l’immunité.

Les perspectives de recherche les plus prometteuses incluent le développement de dérivés semi-synthétiques de l’andrographolide à biodisponibilité améliorée (la faible solubilité aqueuse et la biodisponibilité orale limitée du composé natif constituant les principales limites pharmacocinétiques), l’exploration de l’activité anticancéreuse dans le cadre d’essais cliniques contrôlés, l’évaluation de nouvelles formulations galéniques (nanoparticules, liposomes, complexes phospholipidiques) et l’approfondissement de l’activité anti-inflammatoire intestinale dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

L’inscription de la drogue à la Pharmacopée européenne en 2019 constitue une reconnaissance officielle majeure et devrait favoriser le développement de phytomédicaments standardisés sur le marché européen.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Hu X.Y. et al. Andrographis paniculata (Chuān Xīn Lián) for symptomatic relief of acute respiratory tract infections in adults and children: A systematic review and meta-analysis. PLoS One, 2017, 12(8) : e0181780.
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  • Tang T. et al. Randomised clinical trial: herbal extract HMPL-004 in active ulcerative colitis — a double-blind comparison with sustained release mesalazine. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2011, 33(2) : 194-202.
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  • Hossain M.S. et al. Andrographis paniculata (Burm.f.) Wall. ex Nees: A review of ethnobotany, phytochemistry, and pharmacology. The Scientific World Journal, 2014 : 274905.
  • Jayakumar T. et al. Experimental and clinical pharmacology of Andrographis paniculata and its major bioactive phytoconstituent andrographolide. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2013 : 846740.
  • Okhuarobo A. et al. Harnessing the medicinal properties of Andrographis paniculata for diseases and beyond: a review of its phytochemistry and pharmacology. Asian Pacific Journal of Tropical Disease, 2014, 4(3) : 213-222.
  • EMA/HMPC. Assessment report on Andrographis paniculata Nees, herba. EMA/HMPC/320433/2012, 2014.
  • Pharmacopée européenne. Monographie Andrographidis herba. 9e édition, Strasbourg, 2017.
  • Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Immunostimulant
  • ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★★☆☆ Antiviral respiratoire (rhume)
  • ★★☆☆☆ Hépatoprotecteur

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