
Griffe de chat — Uncaria tomentosa (Willd. ex Schult.) DC.
La griffe de chat, connue sous le nom vernaculaire espagnol uña de gato, est une liane ligneuse majeure de la pharmacopée traditionnelle amazonienne. Utilisée depuis des siècles par les peuples autochtones du Pérou, notamment les Asháninka, elle a suscité un intérêt scientifique considérable à partir des années 1970 en raison de ses propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires remarquables. Sa richesse en alcaloïdes oxindoliques pentacycliques et tétracycliques en fait une plante médicinale de premier plan dans l’arsenal phytothérapeutique contemporain. La présente monographie propose une synthèse exhaustive des connaissances botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques relatives à cette espèce fascinante, en intégrant les données les plus récentes de la littérature scientifique internationale.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Uncaria tomentosa (Willd. ex Schult.) DC. appartient à la famille des Rubiaceae, l’une des plus vastes familles d’Angiospermes avec environ 13 000 espèces réparties en plus de 600 genres. Le genre Uncaria comprend une trentaine d’espèces distribuées dans les régions tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud.
Classification systématique complète :
- Règne : Plantae
- Sous-règne : Tracheobionta
- Division : Magnoliophyta
- Classe : Magnoliopsida
- Sous-classe : Asteridae
- Ordre : Gentianales
- Famille : Rubiaceae
- Sous-famille : Cinchonoideae
- Tribu : Naucleeae
- Genre : Uncaria
- Espèce : Uncaria tomentosa (Willd. ex Schult.) DC.
Le basionyme de l’espèce est Nauclea tomentosa Willd. ex Schult., publié en 1819. La combinaison actuelle a été établie par Augustin Pyramus de Candolle en 1830 dans son Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis. Le nom générique Uncaria dérive du latin uncus (crochet), en référence aux épines recourbées caractéristiques du genre, tandis que l’épithète tomentosa fait allusion à la pilosité tomenteuse des jeunes rameaux et de la face inférieure des feuilles.
Synonymes nomenclaturaux : Nauclea tomentosa Willd. ex Schult., Ourouparia tomentosa (Willd. ex Schult.) K.Schum., Uncaria tomentosa var. dioica Bremek.
Il convient de distinguer rigoureusement Uncaria tomentosa de Uncaria guianensis (Aubl.) J.F.Gmel., seconde espèce sud-américaine du genre, parfois commercialisée sous le même nom vernaculaire mais présentant un profil phytochimique et pharmacologique sensiblement différent. Uncaria guianensis se distingue morphologiquement par ses inflorescences en capitules solitaires (contre des capitules groupés chez U. tomentosa) et chimiquement par une prédominance d’alcaloïdes oxindoliques tétracycliques.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Uncaria tomentosa est une liane ligneuse pouvant atteindre 20 à 30 mètres de longueur, grimpant dans la canopée des forêts tropicales humides grâce à des crochets ligneux caractéristiques. Le diamètre du tronc principal peut atteindre 10 à 20 centimètres chez les spécimens âgés.
Appareil végétatif. La tige est cylindrique, de couleur brun-rougeâtre, recouverte d’une écorce épaisse, fibreuse et profondément crevassée chez les sujets âgés. L’écorce interne est de couleur rouge-orangée, exsudant un latex brun-rougeâtre à la coupe. Les jeunes rameaux sont densément tomenteux, couverts de poils simples et doux. Les feuilles sont opposées, simples, entières, de forme ovale à elliptique, mesurant 7 à 17 centimètres de longueur sur 4 à 12 centimètres de largeur. Le limbe est coriace, à base arrondie ou légèrement cordée, à sommet acuminé, à marge entière. La face supérieure est glabre à subglabre, d’un vert foncé luisant, tandis que la face inférieure est densément tomenteuse, de couleur gris-verdâtre. La nervation est pennée, avec 5 à 9 paires de nervures secondaires saillantes sur la face inférieure. Les pétioles mesurent 1 à 3 centimètres. Les stipules sont interpétiolaires, foliacées, ovales, persistantes, mesurant environ 1 centimètre.
Les crochets (épines axillaires recourbées) sont des pédoncules d’inflorescences modifiés, disposés par paires à l’aisselle des feuilles, fortement recourbés vers le bas, longs de 1 à 2 centimètres, ligneux et robustes. Ce sont eux qui permettent à la liane de s’accrocher aux arbres supports et qui ont inspiré le nom vernaculaire de « griffe de chat ».
Appareil reproducteur. Les inflorescences sont des capitules globuleux de 1 à 2 centimètres de diamètre, groupés par 2 à 5 en cymes axillaires. Chaque capitule porte de nombreuses fleurs sessiles. Les fleurs sont hermaphrodites, actinomorphes, pentamères. Le calice est tubulaire, à 5 lobes courts. La corolle est tubulaire, infundibuliforme, longue de 8 à 12 millimètres, de couleur blanc-jaunâtre à jaune pâle, à 5 lobes étalés. Les étamines sont au nombre de 5, insérées sur le tube corollin, à filets courts et anthères exsertes. L’ovaire est infère, biloculaire, surmonté d’un style filiforme à stigmate capité exsert. La floraison intervient principalement entre mai et août dans l’hémisphère sud.
Le fruit est une capsule bivalve, oblongue, de 5 à 8 millimètres de longueur, contenant de nombreuses graines ailées, fusiformes, de très petite taille (environ 2 millimètres), facilitant la dissémination anémochore.
Écologie et répartition géographique
Uncaria tomentosa est originaire des forêts tropicales humides d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Son aire de répartition naturelle s’étend du sud du Mexique (Chiapas, Oaxaca) à travers l’Amérique centrale (Guatemala, Belize, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama) jusqu’en Amérique du Sud (Colombie, Venezuela, Équateur, Pérou, Bolivie, Brésil — Amazonie occidentale et méridionale, Guyanes, Trinidad).
La plante prospère dans les forêts tropicales humides de basse et moyenne altitude, entre 0 et 800 mètres, exceptionnellement jusqu’à 1 200 mètres. Elle affectionne les milieux perturbés et les lisières forestières, les bords de rivières, les clairières et les forêts secondaires, où la luminosité est suffisante pour permettre la croissance de ses longues tiges volubiles. Elle tolère une pluviométrie annuelle de 1 500 à 4 000 millimètres et des températures moyennes de 22 à 28 °C. Les sols préférentiels sont des sols forestiers profonds, bien drainés, à forte teneur en matière organique, de pH acide à neutre (4,5 à 7,0).
La liane est une espèce héliophile à semi-sciaphile : les plantules se développent à l’ombre du sous-bois, mais la croissance vigoureuse nécessite un accès à la lumière de la canopée. Elle joue un rôle écologique important dans la dynamique forestière en contribuant à la structure verticale de la forêt et en fournissant habitat et nourriture à divers organismes. Les fleurs sont pollinisées par des insectes, notamment des abeilles et des papillons, tandis que les graines ailées sont dispersées par le vent.
La surexploitation commerciale dans certaines régions du Pérou a conduit les autorités à réglementer la récolte. Le Pérou a classé Uncaria tomentosa parmi les espèces nécessitant un plan de gestion durable. Des programmes de culture ont été mis en place, mais la croissance lente de la liane (plusieurs années avant la première récolte d’écorce) reste un frein à la domestication complète de l’espèce.
Écologie, conservation et culture
L’exploitation commerciale intensive d’Uncaria tomentosa à partir des années 1990 a exercé une pression significative sur les populations naturelles, en particulier dans les départements péruviens de Junín, Pasco, Ucayali et Loreto. La récolte de l’écorce, lorsqu’elle est effectuée de manière destructrice (abattage de la liane entière plutôt que prélèvement partiel), peut entraîner la mort de la plante et la raréfaction locale de l’espèce.
Des pratiques de récolte durable ont été développées, consistant à ne prélever qu’un tiers de l’écorce sur les lianes matures (diamètre supérieur à 8 cm), en laissant suffisamment d’écorce pour la régénération. La liane est capable de régénérer son écorce en 3 à 5 ans après un prélèvement partiel.
La culture d’Uncaria tomentosa est techniquement possible mais économiquement contraignante. La multiplication se fait par semis (germination en 2 à 4 semaines à 25-30 °C) ou par bouturage de tiges semi-ligneuses. La croissance est relativement lente : il faut 5 à 8 ans avant de pouvoir réaliser une première récolte d’écorce de qualité. Des essais de culture en agroforesterie, associant la liane à des arbres tuteurs, ont donné des résultats encourageants en Amazonie péruvienne et colombienne.
L’espèce n’est pas actuellement inscrite sur les listes CITES, mais elle figure sur les listes nationales péruviennes d’espèces nécessitant un plan de gestion. Des programmes de certification de récolte durable ont été mis en place par plusieurs ONG et organisations de commerce équitable.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue principale est constituée par l’écorce de tige (Uncariae tomentosae cortex), récoltée sur des lianes âgées d’au moins 5 à 8 ans. L’écorce est prélevée par incision longitudinale et décollage, puis séchée à l’ombre ou dans des séchoirs à basse température (inférieure à 40 °C) pour préserver l’intégrité des alcaloïdes thermolabiles.
L’écorce sèche se présente sous forme de fragments plats ou enroulés, de 2 à 5 millimètres d’épaisseur, de couleur brun-rougeâtre à l’extérieur, rouge-orangée à l’intérieur. La surface externe est rugueuse, souvent couverte de lichens. La cassure est fibreuse et feuilletée. La poudre est de couleur brun-rougeâtre. La saveur est amère et légèrement astringente.
L’écorce de racine est également utilisée traditionnellement, avec des teneurs en alcaloïdes généralement supérieures à celles de l’écorce de tige, mais sa récolte est plus destructrice pour la plante et moins durable écologiquement. Son utilisation est donc progressivement découragée au profit de l’écorce de tige.
Les feuilles sont parfois utilisées en médecine traditionnelle sous forme de décoction, bien qu’elles soient moins riches en alcaloïdes que l’écorce. Des études récentes ont toutefois montré une teneur intéressante en composés phénoliques et flavonoïdes dans les feuilles.
Critères de qualité de la drogue végétale : la Pharmacopée européenne ne dispose pas encore de monographie spécifique pour Uncaria tomentosa. Les standards de qualité sont généralement définis par les fabricants et les organismes de contrôle, avec des exigences portant sur la teneur minimale en alcaloïdes oxindoliques totaux (généralement supérieure ou égale à 1,5 % en masse sèche), l’absence de contamination par U. guianensis, et les critères microbiologiques et de métaux lourds habituels.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La phytochimie d’Uncaria tomentosa est d’une grande richesse et d’une complexité remarquable. Plus de 50 composés bioactifs ont été isolés et caractérisés à ce jour, appartenant à plusieurs classes chimiques distinctes.
Alcaloïdes oxindoliques
Les alcaloïdes oxindoliques constituent la classe de composés la plus caractéristique et la plus étudiée. On distingue deux groupes structuraux :
Alcaloïdes oxindoliques pentacycliques (POA) — considérés comme les principaux responsables de l’activité immunomodulatrice :
- Isoptéropodine (isomère A) — alcaloïde majoritaire dans les chimiotypes de qualité
- Ptéropodine (isomère B)
- Isomitraphylline (isomère C)
- Mitraphylline (isomère D) — propriétés anti-prolifératives démontrées
- Uncarine F (isomère E)
- Spéciophylline (isomère F)
Alcaloïdes oxindoliques tétracycliques (TOA) — considérés comme antagonistes des POA sur le plan immunologique :
- Rhynchophylline
- Isorhynchophylline
- Corynoxéine
- Isocorynoxéine
Le rapport POA/TOA est un critère de qualité fondamental. Les extraits standardisés de qualité supérieure présentent un rapport POA/TOA élevé (supérieur à 1), car les TOA exercent un effet antagoniste sur l’activité immunostimulante des POA. Certains chimiotypes naturels présentent une prédominance de TOA, ce qui réduit considérablement leur intérêt thérapeutique en immunomodulation. La teneur totale en alcaloïdes oxindoliques varie de 0,5 à 3 % selon la partie de la plante, l’âge, la saison de récolte et le chimiotype.
Alcaloïdes indoliques
Plusieurs alcaloïdes indoliques ont également été isolés : akuammigine, hirsutine, hirsutéine, dihydrocorynanthéine. Ces composés présentent des propriétés vasodilatatrices et hypotensives documentées.
Glycosides d’acide quinovique
Les glycosides d’acide quinovique sont des triterpènes caractéristiques du genre Uncaria. Au moins sept dérivés glycosylés de l’acide quinovique ont été isolés de l’écorce. Ces composés possèdent des propriétés anti-inflammatoires et antivirales notables.
Procyanidines et composés phénoliques
L’écorce contient des proanthocyanidines (procyanidines de type B), des catéchines (épicatéchine, catéchine), des acides phénoliques et des flavonoïdes. Un extrait aqueux déalcaloïdé, riche en proanthocyanidines, a démontré des propriétés antioxydantes et réparatrices de l’ADN remarquables.
Autres composés
On trouve également des stérols (bêta-sitostérol, stigmastérol, campestérol), des acides triterpéniques (acide ursolique, acide oléanolique), des polyhydroxylés et des hétérosides divers.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Immunomodulation
L’activité immunomodulatrice constitue la propriété pharmacologique la plus documentée et la plus remarquable d’Uncaria tomentosa. Les alcaloïdes oxindoliques pentacycliques, en particulier l’isoptéropodine et la ptéropodine, stimulent la phagocytose par les macrophages et les granulocytes. Des études in vitro ont démontré une augmentation de 30 à 50 % de l’activité phagocytaire des macrophages péritonéaux murins à des concentrations de l’ordre du micromolaire. La mitraphylline induit l’apoptose de certaines lignées cellulaires tumorales tout en épargnant les cellules saines.
Les extraits standardisés augmentent la production d’interleukine-1 (IL-1) et d’interleukine-6 (IL-6) par les monocytes humains, favorisent la prolifération lymphocytaire T et B, et modulent l’expression des récepteurs de surface des cellules immunitaires. Paradoxalement, à doses élevées ou dans des contextes inflammatoires chroniques, les mêmes extraits exercent un effet anti-inflammatoire en inhibant la production de TNF-alpha et en réduisant l’expression de NF-kB, ce qui justifie le terme d’immunomodulateur plutôt que d’immunostimulant.
Activité anti-inflammatoire
Les glycosides d’acide quinovique inhibent de manière dose-dépendante l’œdème de la patte de rat induit par la carragénine, avec une puissance comparable à celle de l’indométacine. Le mécanisme implique l’inhibition de la cyclo-oxygénase-2 (COX-2) et de la 5-lipoxygénase (5-LOX), réduisant la synthèse des prostaglandines et des leucotriènes pro-inflammatoires. La mitraphylline inhibe la production de monoxyde d’azote (NO) par les macrophages activés, en réprimant l’expression de la NO synthase inductible (iNOS).
Activité antioxydante et réparation de l’ADN
Les extraits aqueux riches en proanthocyanidines présentent une capacité antioxydante significative, mesurée par les tests ORAC et DPPH. Plus remarquablement, des études ont montré que ces extraits favorisent la réparation de l’ADN endommagé par les radiations ultraviolettes ou par des agents chimiques mutagènes, en stimulant les mécanismes de réparation par excision de nucléotides (NER). Cette propriété, unique dans le règne végétal à ce niveau d’efficacité, a fait l’objet de brevets.
Activité antivirale
Des propriétés antivirales ont été documentées in vitro contre le virus de l’herpès simplex de type 1 (HSV-1), le virus de la dengue et le virus de la stomatite vésiculaire. Les glycosides d’acide quinovique et les alcaloïdes oxindoliques contribuent synergiquement à cette activité.
Activité antiproliférative
Plusieurs études ont démontré une activité antiproliférative in vitro contre diverses lignées cellulaires tumorales humaines (sein, côlon, poumon, leucémie). La mitraphylline et l’uncarine F induisent l’apoptose via l’activation des caspases 3 et 9, la libération du cytochrome c mitochondrial et l’arrêt du cycle cellulaire en phase G2/M.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Arthrose et affections rhumatismales
Un essai clinique randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, conduit par Piscoya et al. (2001) sur 45 patients atteints de gonarthrose, a montré qu’un traitement de 4 semaines par un extrait lyophilisé d’Uncaria guianensis (espèce voisine) à 100 mg par jour réduisait significativement la douleur à l’activité par rapport au placebo. Un essai ultérieur avec U. tomentosa (Mur et al., 2002) sur 40 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde traités par sulfasalazine ou hydroxychloroquine a montré qu’un extrait standardisé (60 mg/jour pendant 24 semaines) réduisait significativement le nombre d’articulations douloureuses et tuméfiées par rapport au placebo.
Immunostimulation
Lamm et al. (2001) ont conduit un essai contrôlé montrant qu’un extrait aqueux standardisé (C-Med-100, 350 mg/jour pendant 2 mois) augmentait significativement le nombre de leucocytes chez des volontaires sains ayant préalablement reçu une vaccination antipneumococcique. Sheng et al. (2000) ont montré une amélioration des paramètres de réparation de l’ADN chez des volontaires sains recevant le même extrait.
Infections virales
Quelques études pilotes non contrôlées ont suggéré un bénéfice clinique chez des patients séropositifs pour le VIH (amélioration du rapport CD4/CD8) et chez des patients atteints de zona, mais ces résultats préliminaires nécessitent confirmation par des essais de grande envergure.
Limites des données cliniques
Malgré des résultats prometteurs, les données cliniques restent limitées en quantité et en qualité méthodologique. La plupart des essais portent sur de petits effectifs, avec des durées de suivi courtes. L’hétérogénéité des préparations utilisées (extraits aqueux, hydroalcooliques, standardisés sur les POA ou non) rend les comparaisons difficiles. Des essais de phase III multicentriques sont nécessaires pour confirmer les indications thérapeutiques.
Indications thérapeutiques retenues
En l’état actuel des connaissances, les indications suivantes peuvent être retenues avec différents niveaux de preuve :
- Adjuvant dans les affections rhumatismales inflammatoires (polyarthrite rhumatoïde, arthrose) : niveau de preuve B (essais cliniques contrôlés de petite taille)
- Soutien de l’immunité en prévention des infections récurrentes : niveau de preuve B
- Adjuvant en oncologie (réduction des effets secondaires de la chimiothérapie, soutien immunitaire) : niveau de preuve C (études pilotes, données précliniques)
- Infections virales chroniques (herpès récurrent) : niveau de preuve C
Aucune monographie officielle n’a encore été publiée pour Uncaria tomentosa. L’usage est essentiellement reconnu comme traditionnel en Europe et encadré par les réglementations nationales sur les compléments alimentaires.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Mitraphylline, ptéropodine | Alcaloïdes oxindoliques pentacycliques (POA) | Immunomodulateurs, anti-inflammatoires |
| Rhynchophylline, isorhynchophylline | Alcaloïdes oxindoliques tétracycliques (TOA) | Action sur le SNC et vasculaire |
| Acides quinoviques (glycosides) | Triterpènes | Anti-inflammatoires |
| Proanthocyanidines | Polyphénols | Antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Décoction traditionnelle. 10 à 30 grammes d’écorce pour 1 litre d’eau, portés à ébullition pendant 15 à 30 minutes. Boire 1 à 3 tasses par jour. C’est la forme la plus ancienne, utilisée par les peuples amazoniens.
Poudre d’écorce en gélules. 300 à 500 mg par gélule, 2 à 3 fois par jour, soit 600 à 1 500 mg par jour de poudre totale.
Extrait sec standardisé. Standardisé à 3 à 5 % d’alcaloïdes oxindoliques totaux, ou enrichi en POA. Posologie usuelle : 20 à 60 mg par jour d’extrait standardisé (équivalent à 300-1 000 mg de drogue sèche selon le ratio d’extraction). Les extraits les plus étudiés cliniquement sont standardisés sur la fraction POA avec un ratio POA/TOA supérieur à 1.
Teinture mère. Préparée à partir d’écorce fraîche ou sèche dans de l’éthanol à 45-60 %. Posologie usuelle : 2 à 5 ml, 2 à 3 fois par jour.
Extrait fluide. 1 à 3 ml par jour en 2 à 3 prises.
La durée de traitement recommandée est généralement de 4 à 12 semaines, avec possibilité de cures renouvelées après une fenêtre thérapeutique de 2 à 4 semaines. L’effet immunomodulateur se manifeste progressivement sur plusieurs semaines de traitement continu.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité aiguë. La DL50 par voie orale chez le rat est supérieure à 8 g/kg de poids corporel pour l’extrait hydroalcoolique, ce qui témoigne d’une très faible toxicité aiguë. Aucune mortalité n’a été observée chez le rat à des doses allant jusqu’à 5 g/kg pendant 28 jours.
Toxicité chronique. Les études de toxicité subchronique (90 jours) chez le rat n’ont pas révélé d’altération significative des paramètres hématologiques, biochimiques, histologiques hépatiques ou rénaux à des doses allant jusqu’à 1 g/kg/jour.
Génotoxicité. Le test d’Ames et les tests de micronoyaux se sont révélés négatifs pour les extraits standardisés, confirmant l’absence de potentiel mutagène. Paradoxalement, certains extraits riches en proanthocyanidines ont montré des propriétés antimutagènes.
Effets indésirables rapportés. Les effets indésirables sont rares et généralement bénins : troubles gastro-intestinaux (nausées, diarrhée, douleurs abdominales) chez 1 à 3 % des patients dans les essais cliniques, céphalées occasionnelles, sensations vertigineuses. De rares cas de réactions allergiques cutanées ont été signalés.
Contre-indications. L’utilisation est déconseillée chez la femme enceinte (effet utérotonique potentiel rapporté dans la médecine traditionnelle) et allaitante, chez l’enfant de moins de 12 ans (absence de données), et chez les patients sous traitement immunosuppresseur (risque d’interférence avec l’immunomodulation). Une prudence est recommandée chez les patients présentant des maladies auto-immunes en raison de l’activité immunomodulatrice.
Interactions médicamenteuses. Interactions potentielles avec les anticoagulants (effet antiagrégant plaquettaire rapporté in vitro), les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus), les inhibiteurs de protéase du VIH (inhibition possible du CYP3A4). La prudence est recommandée en cas de co-administration avec des médicaments à marge thérapeutique étroite métabolisés par le CYP3A4.
X. USAGES HISTORIQUES
La griffe de chat occupe une place centrale dans la pharmacopée des peuples autochtones d’Amazonie, en particulier chez les Asháninka (Campa) du Pérou central, qui la considèrent comme une plante sacrée et une « panacée de la forêt ». Ils l’utilisent traditionnellement depuis plus de 2 000 ans pour traiter une vaste gamme d’affections.
Usages traditionnels asháninka : décoction d’écorce pour les inflammations articulaires, les troubles digestifs (gastrite, ulcère, dysenterie), les infections urinaires, la cicatrisation des plaies, la récupération post-partum, et comme tonique général de l’organisme. L’écorce de racine était réservée aux affections les plus graves, notamment les tumeurs et les infections profondes.
Les Cashibo et les Shipibo-Conibo utilisent la décoction d’écorce comme contraceptif féminin (à doses élevées et prolongées) et comme agent anti-inflammatoire. Les Yanesha emploient les feuilles en cataplasme sur les plaies infectées et les abcès.
La plante a été « découverte » par la science occidentale grâce aux travaux du naturaliste autrichien Oscar Schuler-Egg dans les années 1920, puis réellement popularisée à partir des années 1970 par les recherches du Dr Klaus Keplinger, chercheur autrichien qui a breveté des procédés d’extraction des alcaloïdes oxindoliques. Les premières études pharmacologiques approfondies ont été publiées dans les années 1980 et 1990, entraînant un engouement commercial considérable qui a parfois menacé les populations sauvages.
Au Pérou, Uncaria tomentosa est reconnue officiellement comme plante médicinale depuis 1995 et fait l’objet d’une réglementation spécifique pour assurer la durabilité de sa récolte.
Risques de confusion
Le principal risque de confusion concerne Uncaria guianensis (Aubl.) J.F.Gmel., espèce sympatrique fréquemment commercialisée sous le même nom vernaculaire de « griffe de chat ». Cette espèce se distingue par ses inflorescences en capitules solitaires (versus groupés), ses crochets plus petits et plus fins, et surtout un profil alcaloïdique dominé par les TOA (tétracycliques), ce qui lui confère des propriétés pharmacologiques différentes et potentiellement antagonistes de celles recherchées pour l’immunomodulation.
D’autres espèces du genre Uncaria d’origine asiatique, notamment Uncaria rhynchophylla (Miq.) Miq. ex Havil. (gou teng en médecine traditionnelle chinoise) et Uncaria sinensis (Oliv.) Havil., ne doivent pas être confondues avec l’espèce sud-américaine. Bien qu’elles partagent certains alcaloïdes (rhynchophylline), leur profil phytochimique global et leurs indications thérapeutiques diffèrent sensiblement.
L’analyse chromatographique (HPLC, CCM) du profil alcaloïdique constitue la méthode de référence pour l’identification certaine de la drogue végétale et la distinction entre les espèces.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Uncaria tomentosa est une plante médicinale majeure dont le potentiel thérapeutique est soutenu par une base préclinique solide et des données cliniques préliminaires encourageantes. Ses propriétés immunomodulatrices, anti-inflammatoires, antioxydantes et réparatrices de l’ADN en font un candidat de choix pour le développement de phytomédicaments dans les domaines de la rhumatologie, de l’immunologie et de l’oncologie complémentaire.
Les défis actuels incluent la standardisation des préparations (ratio POA/TOA, identification chimiotypique), la conduite d’essais cliniques de grande envergure répondant aux standards méthodologiques actuels, la mise en place de filières de production durables respectant les écosystèmes amazoniens et les droits des communautés autochtones, et l’inscription de la drogue dans les pharmacopées officielles.
Les perspectives de recherche les plus prometteuses concernent l’exploration des mécanismes de réparation de l’ADN induits par les proanthocyanidines, le développement de combinaisons synergiques avec d’autres immunomodulateurs végétaux, et l’étude de l’activité anti-tumorale des alcaloïdes oxindoliques isolés dans le cadre d’essais cliniques contrôlés.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Heitzman M.E. et al. Ethnobotany, phytochemistry and pharmacology of Uncaria (Rubiaceae). Phytochemistry, 2005, 66(1) : 5-29.
- Keplinger K. et al. Uncaria tomentosa (Willd.) DC. — Ethnomedicinal use and new pharmacological, toxicological and botanical results. Journal of Ethnopharmacology, 1999, 64(1) : 23-34.
- Sandoval M. et al. Cat’s claw inhibits TNF-alpha production and scavenges free radicals: role in cytoprotection. Free Radical Biology and Medicine, 2000, 29(1) : 71-78.
- Mur E. et al. Randomized double blind trial of an extract from the pentacyclic alkaloid-chemotype of Uncaria tomentosa for the treatment of rheumatoid arthritis. Journal of Rheumatology, 2002, 29(4) : 678-681.
- Piscoya J. et al. Efficacy and safety of freeze-dried cat’s claw in osteoarthritis of the knee. Inflammation Research, 2001, 50(9) : 442-448.
- Sheng Y. et al. Enhanced DNA repair, immune function and reduced toxicity of C-Med-100, a novel aqueous extract from Uncaria tomentosa. Journal of Ethnopharmacology, 2000, 69(2) : 115-126.
- Lamm S. et al. Persistent response to pneumococcal vaccine in individuals supplemented with a novel water-soluble extract of Uncaria tomentosa, C-Med-100. Phytomedicine, 2001, 8(4) : 267-274.
- Laus G. Advances in chemistry and bioactivity of the genus Uncaria. Phytotherapy Research, 2004, 18(4) : 259-274.
- Pilarski R. et al. Antiproliferative activity of various Uncaria tomentosa preparations on HL-60 promyelocytic leukemia cells. Pharmacological Reports, 2007, 59(5) : 565-572.
- Reis S.R.I.N. et al. Immunomodulating and antiviral activities of Uncaria tomentosa on human monocytes infected with Dengue Virus-2. International Immunopharmacology, 2008, 8(3) : 468-476.
- Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.
- WHO. WHO monographs on selected medicinal plants. Volume 4, Genève, 2009.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Immunomodulateur
- ★★★☆☆ Anti-inflammatoire (articulaire)
- ★★☆☆☆ Antioxydant