BERBÉRINE

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BERBÉRINE — Berberis aristata DC.

Famille : Berberidaceae
Nom commun : Épine-vinette de l’Himalaya, Indian barberry, daru haldi
Drogue végétale : Écorce des racines et des tiges, bois jaune


I — Introduction

La berbérine est un alcaloïde isoquinoléique de couleur jaune intense, présent dans plusieurs familles botaniques (Berberidaceae, Ranunculaceae, Rutaceae, Papaveraceae, Menispermaceae), mais dont la source principale en phytothérapie contemporaine est Berberis aristata, l’épine-vinette de l’Himalaya. Cet arbuste épineux des contreforts himalayens est exploité depuis des millénaires en médecine ayurvédique sous le nom de daru haridra (« bois de curcuma ») en raison de la teinte jaune vif de son bois et de ses racines.

L’intérêt pharmacologique de la berbérine a connu un essor considérable depuis les années 2000, à la suite de la publication d’essais cliniques chinois démontrant une activité hypoglycémiante comparable à celle de la metformine chez des patients diabétiques de type 2. Cette découverte a propulsé la berbérine au rang d’alcaloïde végétal le plus étudié en métabologie, avec un corpus de plus de 5 000 publications indexées dans PubMed. Ses mécanismes d’action, centrés sur l’activation de l’AMPK (AMP-activated protein kinase), la modulation du microbiote intestinal et l’inhibition de la PCSK9, en font un candidat thérapeutique prometteur dans le syndrome métabolique.

La présente monographie est centrée sur Berberis aristata comme source botanique privilégiée de berbérine, tout en intégrant les données pharmacologiques et cliniques obtenues avec la berbérine purifiée, indépendamment de son origine végétale.


II — Systématique et nomenclature

Berberis aristata DC. appartient à la famille des Berberidaceae, ordre des Ranunculales.

Classification APG IV :

  • Clade : Angiospermes
  • Clade : Dicotylédones vraies (Eudicots)
  • Clade : Ranunculidées
  • Ordre : Ranunculales
  • Famille : Berberidaceae
  • Genre : Berberis L.
  • Espèce : Berberis aristata DC., 1821

Étymologie : Le nom Berberis dérive de l’arabe berberys, terme désignant le fruit de l’épine-vinette. L’épithète aristata (du latin arista, arête) fait référence aux épines acérées des feuilles. Le genre Berberis comprend environ 500 espèces, réparties dans les régions tempérées et subtropicales de l’hémisphère Nord et de l’Amérique du Sud.

Autres sources botaniques de berbérine : La berbérine est présente dans de nombreuses espèces de genres différents, dont les plus exploitées en phytothérapie sont :

  • Berberis vulgaris L. (épine-vinette commune, Europe)
  • Coptis chinensis Franch. (huanglian, Ranunculaceae, Chine) — source majeure pour la pharmacopée chinoise
  • Hydrastis canadensis L. (hydraste du Canada, Ranunculaceae)
  • Phellodendron amurense Rupr. (huangbai, Rutaceae, Chine)
  • Coscinium fenestratum (Gaertn.) Colebr. (Menispermaceae, Asie du Sud-Est)

Noms vernaculaires : Daru haldi, daru haridra (hindi, sanskrit), chitra, rasaut (hindi), tree turmeric (anglais), Indian barberry.


III — Description botanique

Berberis aristata est un arbuste épineux, sempervirent à semi-caducifolié, atteignant 2 à 3 mètres de hauteur (exceptionnellement 5 mètres). Le port est dense, buissonnant, très ramifié. Les rameaux sont anguleux, jaunâtres, armés d’épines tripartites (stipules transformées) longues de 1 à 3 cm, insérées aux nœuds. L’écorce des tiges et des racines est jaune vif à jaune orangé (couleur due à la berbérine), amère, fibreuse.

Appareil végétatif : Les feuilles sont simples, alternes, groupées en fascicules axillaires à l’aisselle des épines. Le limbe est obovale à spatulé, long de 3 à 8 cm, à marge épineuse-dentée (5 à 8 paires de dents aristées), coriace, vert foncé et glabre sur les deux faces. La nervation est réticulée, peu visible.

Appareil reproducteur : L’inflorescence est un racème (grappe) simple ou composé, pendulaire, long de 5 à 10 cm, portant 10 à 25 fleurs. Les fleurs sont petites (8-10 mm de diamètre), hexamères, actinomorphes, jaune vif. Le périanthe est constitué de 6 sépales pétaloïdes et 6 pétales, disposés en deux verticilles trimères. Les 6 étamines sont opposées aux pétales et possèdent un mécanisme de thigmonastie (mouvement réflexe au contact d’un insecte). L’ovaire est supère, uniloculaire, contenant 1 à 5 ovules basaux.

Fruit : Le fruit est une baie ovoïde, de 7 à 10 mm, bleu-noir à maturité, recouverte d’une pruine bleuâtre. La pulpe est violacée, acidulée, comestible. La graine est oblongue, brune.

Floraison : Mars à mai. Fructification : juin à septembre.


IV — Écologie, habitat et répartition

Berberis aristata est originaire des contreforts de l’Himalaya, depuis le Népal jusqu’à l’Afghanistan, entre 1 500 et 3 500 mètres d’altitude. Son aire de répartition naturelle couvre le nord de l’Inde (Himachal Pradesh, Uttarakhand, Jammu-et-Cachemire, Sikkim), le Népal, le Bhoutan et le Pakistan septentrional.

Habitat : L’espèce croît dans les forêts tempérées de chênes et de conifères (forêts à Quercus semecarpifolia, Q. leucotrichophora, Cedrus deodara, Pinus wallichiana), les lisières forestières, les clairières et les pentes rocailleuses bien drainées. Elle préfère les sols caillouteux, bien drainés, calcaires ou schisto-gréseux, en plein soleil ou en demi-ombre.

Climat : Tempéré à subtropical montagnard, avec des précipitations de 1 000 à 2 000 mm/an, des hivers froids (gel modéré) et des étés frais. L’espèce tolère le gel (-10 à -15 °C) mais est sensible à l’engorgement hydrique.

Culture : La culture de B. aristata est encore marginale ; l’essentiel de l’approvisionnement provient de la cueillette sauvage, ce qui pose des problèmes de durabilité. Des essais de domestication sont en cours en Inde (CIMAP, IHBT) avec multiplication par semis, bouturage et culture de tissus.


V — Parties utilisées et drogues végétales

La drogue traditionnelle est l’écorce des racines et des tiges, récoltée sur des arbustes âgés de 5 à 10 ans, séchée et pulvérisée. Le bois jaune (tige débitée) est également utilisé. Un extrait traditionnel appelé rasaut (ou rasanjana) est préparé en Inde par décoction concentrée et évaporation de l’écorce, donnant un extrait sec jaune-brun à très haute teneur en berbérine (40-60 %).

Standardisation : Les extraits modernes sont standardisés à leur teneur en berbérine, généralement exprimée en pourcentage de chlorhydrate de berbérine. Les teneurs courantes dans les extraits commerciaux sont de 85 à 97 % de berbérine (HCl). La Pharmacopée indienne spécifie une teneur minimale de 1,5 % de berbérine dans l’écorce de racine séchée.

En pratique phytothérapeutique contemporaine, c’est la berbérine purifiée (chlorhydrate ou sulfate de berbérine) qui est le plus souvent utilisée, sous forme de gélules ou de comprimés dosés à 500 mg.


VI — Phytochimie

La phytochimie de Berberis aristata est dominée par les alcaloïdes isoquinoléiques, avec la berbérine comme composé très largement majoritaire.

Berbérine : La berbérine (5,6-dihydro-9,10-diméthoxyisoquino[3,2-a]isoquinolinium) est un alcaloïde quaternaire de type protoberberine, de couleur jaune vif, de formule brute C20H18NO4+ (masse moléculaire : 336,36 Da sous forme de cation ; 371,81 Da sous forme de chlorhydrate). Sa structure comporte un noyau isoquinoléique fusionné portant deux groupements méthoxy et un groupement méthylènedioxy. La berbérine est fluorescente sous UV (vert jaune), ce qui facilite sa détection analytique. La teneur en berbérine dans l’écorce de racine de B. aristata est de 2 à 5 %, parmi les plus élevées toutes sources botaniques confondues.

Autres alcaloïdes :

  • Palmatine : protoberberine structurellement proche de la berbérine, teneur de 0,5-1 %, activité antimicrobienne et anti-inflammatoire propre.
  • Jatrorrhizine : alcaloïde apparenté, activité hypoglycémiante.
  • Berbamine : bis-benzylisoquinoléine, activité anti-inflammatoire et immunosuppressive.
  • Oxyberberine : dérivé oxydé de la berbérine.
  • Columbamine, épiberberine, magnoflorine : en quantités mineures.

Autres composés : tanins (catéchiques et galliques, 3-7 %), phytostérols (β-sitostérol, stigmastérol), cire, résine, amidon. Les baies contiennent des anthocyanes, des sucres et de l’acide ascorbique.

Biodisponibilité : La biodisponibilité orale de la berbérine est notoirement faible (< 5 %), en raison de son caractère de cation ammonium quaternaire limitant son absorption passive, et d'un important effet de premier passage hépatique et intestinal (glucuronidation, déméthylation). Les stratégies d'amélioration incluent la co-administration avec la pipérine (inhibiteur de la P-glycoprotéine et du CYP3A4, augmentant la biodisponibilité de 2 000 %), la formulation en nanoparticules lipidiques, et l’utilisation de la dihydroberbérine (métabolite réduit, mieux absorbé puis réoxydé en berbérine dans la paroi intestinale).


VII — Pharmacodynamie

La berbérine possède un profil pharmacologique exceptionnellement large, impliquant de multiples cibles moléculaires. Les mécanismes les plus documentés sont résumés ci-dessous.

Activation de l’AMPK : L’AMP-activated protein kinase (AMPK) est le principal effecteur moléculaire de la berbérine. L’AMPK est un senseur énergétique cellulaire ubiquitaire qui, une fois activé, stimule les voies cataboliques (oxydation des acides gras, captation du glucose, autophagie) et inhibe les voies anaboliques (lipogenèse, néoglucogenèse, synthèse protéique). La berbérine active l’AMPK de manière indirecte, en inhibant le complexe I de la chaîne respiratoire mitochondriale, ce qui augmente le ratio AMP/ATP intracellulaire. Cette activation explique une grande partie des effets métaboliques de la berbérine.

Effet hypoglycémiant : La berbérine réduit la glycémie par plusieurs mécanismes convergents : augmentation de la translocation membranaire de GLUT4 dans le muscle et le tissu adipeux (via AMPK) ; inhibition de la néoglucogenèse hépatique (via AMPK et inhibition de la glucose-6-phosphatase) ; amélioration de la sensibilité à l’insuline (via activation du récepteur à l’insuline et inhibition de PTP1B) ; potentialisation de la sécrétion d’insuline glucose-dépendante (via inhibition de l’aldose réductase et amélioration de la survie bêta-cellulaire).

Effet hypolipémiant : La berbérine réduit le LDL-cholestérol par un mécanisme original et distinct de celui des statines : elle augmente l’expression hépatique du récepteur des LDL (LDLR) en stabilisant son ARN messager (via inhibition de PCSK9, Proprotein Convertase Subtilisin/Kexin type 9). L’inhibition de PCSK9 par la berbérine a été démontrée in vitro, in vivo chez l’animal et confirmée cliniquement. La berbérine inhibe également la lipogenèse hépatique (via AMPK → inhibition de SREBP-1c et de l’acétyl-CoA carboxylase).

Modulation du microbiote intestinal : La très faible biodisponibilité de la berbérine signifie que la majeure partie de la dose ingérée séjourne dans la lumière intestinale, où elle exerce des effets directs sur le microbiote. La berbérine augmente l’abondance des bactéries productrices de butyrate (Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia spp.), réduit l’abondance des bactéries pro-inflammatoires et améliore l’intégrité de la barrière intestinale. Le microbiote intestinal convertit une partie de la berbérine en dihydroberbérine, qui est mieux absorbée, puis réoxydée en berbérine dans les entérocytes. Ce « recyclage entéro-microbien » pourrait expliquer en partie l’efficacité clinique malgré la faible biodisponibilité apparente.

Activité antimicrobienne : La berbérine possède une activité antibactérienne à large spectre, particulièrement contre les pathogènes entériques (Vibrio cholerae, E. coli entéropathogènes, Shigella, Salmonella). Le chlorhydrate de berbérine est inscrit à la pharmacopée chinoise comme antidiarrhéique. Le mécanisme implique l’inhibition de la FtsZ (protéine de division bactérienne) et l’intercalation dans l’ADN bactérien.

Activité anti-inflammatoire : La berbérine inhibe la voie NF-κB, réduit la production de TNF-α, IL-1β et IL-6, et inhibe la voie JAK/STAT dans les macrophages activés. Des effets anti-inflammatoires ont été démontrés dans les modèles de colite, d’arthrite et d’athérosclérose.


VIII — Données cliniques

Diabète de type 2 : L’essai contrôlé randomisé princeps de Yin et al. (2008) a comparé la berbérine (500 mg x 3/jour) à la metformine (500 mg x 3/jour) chez 36 patients diabétiques de type 2 nouvellement diagnostiqués pendant 3 mois. Les résultats ont montré une efficacité comparable : réduction de l’HbA1c de 2 % (berbérine) vs 1,7 % (metformine), réduction de la glycémie à jeun de 25,9 % vs 20,3 %, réduction des triglycérides de 35,9 % (berbérine, supérieur à la metformine). La méta-analyse de Lan et al. (2015), portant sur 27 essais contrôlés randomisés et 2 569 patients, a confirmé que la berbérine réduisait significativement la glycémie à jeun (-0,56 mmol/L), l’HbA1c (-0,72 %), les triglycérides (-0,48 mmol/L) et le LDL-cholestérol (-0,65 mmol/L) par rapport au placebo, avec une efficacité non inférieure à celle de la metformine et des thiazolidinediones en monothérapie.

Dyslipidémie : L’essai de Kong et al. (2004) a montré qu’une dose de 500 mg de berbérine deux fois par jour pendant 3 mois réduisait le cholestérol total de 29 %, le LDL-cholestérol de 25 % et les triglycérides de 35 % chez des patients hypercholestérolémiques. Cet effet, médié par l’augmentation de l’expression du LDLR hépatique et l’inhibition de PCSK9, est synergique avec celui des statines.

Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Des essais préliminaires suggèrent que la berbérine améliore la résistance à l’insuline, l’hyperandrogénie et les paramètres métaboliques chez les patientes atteintes de SOPK, avec une efficacité comparable à celle de la metformine.

Stéatose hépatique non alcoolique (NAFLD) : Des essais contrôlés montrent une réduction des transaminases et de la stéatose échographique sous berbérine (500 mg x 3/jour pendant 16 semaines).

Insuffisance cardiaque : Un essai chinois historique (Zeng et al., 2003) a montré une amélioration de la fraction d’éjection ventriculaire gauche chez des patients insuffisants cardiaques traités par berbérine en complément du traitement standard, attribuée aux effets inotropes positifs de l’alcaloïde.


IX — Formes galéniques et posologies

Chlorhydrate de berbérine : 500 mg, 2 à 3 fois par jour (dose totale : 1 000 à 1 500 mg/jour), pris avant ou pendant les repas. C’est la forme la plus courante et la mieux documentée cliniquement.

Berbérine + pipérine : Formulations associant 500 mg de berbérine à 5-10 mg de pipérine (Piper nigrum) pour améliorer la biodisponibilité (augmentation de l’absorption de 2 000 %). Prudence : la pipérine modifie également la pharmacocinétique d’autres médicaments co-administrés.

Dihydroberbérine (DHB) : Forme réduite de la berbérine, mieux absorbée au niveau intestinal (biodisponibilité 5 fois supérieure). Disponible en complément alimentaire à des doses de 100-200 mg par prise.

Extrait de Berberis aristata : Extrait standardisé à 85-97 % de berbérine, 500 mg, 2 à 3 fois par jour.

Forme traditionnelle (rasaut) : 1 à 3 g d’extrait sec par jour, en poudre ou en décoction (usage ayurvédique).

Durée du traitement : Les effets sur la glycémie et les lipides se manifestent pleinement après 4 à 12 semaines de traitement continu. Un usage au long cours (6-12 mois) est documenté dans les essais cliniques sans signal de toxicité.


X — Toxicologie et effets indésirables

Toxicité aiguë : La DL50 orale du chlorhydrate de berbérine chez la souris est supérieure à 25 g/kg par voie orale (toxicité orale très faible, du fait de l’absorption limitée) ; la voie intraveineuse est en revanche nettement plus toxique (DL50 IV d’environ 9 mg/kg chez la souris), ce qui indique une marge de sécurité très large pour l’usage oral.

Effets indésirables :

  • Troubles gastro-intestinaux : Constipation, diarrhée, flatulences, crampes abdominales, nausées. Ce sont les effets indésirables les plus fréquents (10-15 % des patients), généralement transitoires et dose-dépendants. La prise pendant les repas réduit l’incidence.
  • Hypoglycémie : Risque en association avec des antidiabétiques (surveillance glycémique impérative).
  • Hypotension : Effet hypotenseur modéré, potentiellement significatif chez les patients sous antihypertenseurs.
  • Ictère néonatal : La berbérine déplace la bilirubine de sa liaison à l’albumine, ce qui peut aggraver l’ictère néonatal. La berbérine est formellement contre-indiquée chez le nouveau-né et chez la femme enceinte ou allaitante.

Contre-indications : Grossesse et allaitement (risque d’ictère néonatal et de contraction utérine). Nouveau-nés et nourrissons. Hypotension sévère. Insuffisance hépatique sévère (métabolisme hépatique important).

Interactions médicamenteuses (importantes) :

  • Antidiabétiques : Potentialisation de l’effet hypoglycémiant.
  • Statines : Synergie hypolipémiante (bénéfique mais nécessitant un monitoring des CPK et des transaminases).
  • Substrats du CYP3A4, CYP2D6 : La berbérine inhibe les cytochromes CYP3A4 et CYP2D6, ce qui peut augmenter les concentrations plasmatiques de nombreux médicaments (ciclosporine, tacrolimus, anticoagulants oraux, antidépresseurs ISRS, anti-arythmiques). Cette interaction est cliniquement significative.
  • Substrats de la P-glycoprotéine : La berbérine inhibe la P-gp, augmentant l’absorption de la digoxine et d’autres substrats.
  • Macrolides, fluoroquinolones : Risque théorique d’allongement du QT (la berbérine possède des propriétés anti-arythmiques de classe III).

XI — Ethnobotanique et usages traditionnels

En médecine ayurvédique, Berberis aristata est désignée sous le nom de daru haridra (« curcuma des bois ») et figure dans les textes classiques (Charaka Samhita, Sushruta Samhita) comme remède amer, purificateur du sang et anti-inflammatoire. Le rasaut (extrait aqueux concentré de l’écorce) est traditionnellement utilisé en collyre pour les infections oculaires (ophtalmies, conjonctivites), en gargarisme pour les maux de gorge et en application locale pour les plaies infectées et les ulcères cutanés.

En médecine traditionnelle chinoise, la berbérine est le principe actif principal du huanglian (rhizome de Coptis chinensis), l’un des remèdes les plus anciens et les plus utilisés de la pharmacopée chinoise (première mention dans le Shen Nong Ben Cao Jing, environ 200 av. J.-C.). Le huanglian est prescrit pour les syndromes de « chaleur humide » (shi re) se manifestant par des diarrhées, des dysenteries, des infections urinaires et des fièvres.

En médecine amérindienne, Hydrastis canadensis (hydraste du Canada), riche en berbérine, était utilisé par les nations Cherokee et Iroquoise comme antiseptique, anti-infectieux et tonique digestif, avant de devenir l’un des phytomédicaments les plus populaires (et les plus surexploités) de la naturopathie nord-américaine.


XII — Écologie, conservation et durabilité

Berberis aristata est classée comme espèce « Vulnérable » dans la Liste rouge de l’UICN pour l’Himalaya indien et figure sur les listes de plantes médicinales menacées de l’Inde (FRLHT, CAMP). La surexploitation de l’écorce des racines par les collecteurs sauvages, combinée à la déforestation des habitats de montagne, a conduit à un déclin significatif des populations dans plusieurs régions (Himachal Pradesh, Uttarakhand, Népal).

Des mesures de conservation incluent la réglementation de la récolte sauvage, la création de réserves forestières protégeant les populations naturelles, et le développement de la culture en altitude (1 500-2 500 m), qui reste cependant lente et coûteuse en raison de la croissance modérée de l’arbuste et du long délai avant la première récolte d’écorce (5-8 ans).

Le développement de la production industrielle de chlorhydrate de berbérine par extraction à partir de Coptis chinensis cultivé en Chine ou par hémisynthèse constitue une alternative réduisant la pression sur les populations sauvages de B. aristata.


XIII — Confusions et falsifications

Confusions botaniques :

  • Berberis lycium Royle (Himalaya) : espèce très voisine, souvent substituée à B. aristata, avec une teneur en berbérine comparable.
  • Berberis vulgaris (épine-vinette européenne) : teneur en berbérine inférieure (0,5-1 %).
  • Mahonia aquifolium (syn. Berberis aquifolium) : espèce nord-américaine, riche en berbérine et en berbamine, parfois commercialisée comme « Oregon grape ».
  • Coscinium fenestratum (Asie du Sud-Est) : tige ligneuse jaune très riche en berbérine, en danger critique d’extinction.

Falsifications :

  • Dilution des extraits de berbérine par de la curcumine ou d’autres colorants jaunes (détection par HPLC et spectrofluorimétrie).
  • Sous-dosage en berbérine dans les compléments alimentaires : de nombreuses analyses indépendantes ont montré que certains produits commerciaux contiennent moins de 50 % de la dose annoncée.
  • Substitution par de la berbérine synthétique (non distinguable chimiquement de la berbérine naturelle, mais posant un problème de traçabilité et de conformité réglementaire).

XIV — Synthèse et perspectives

La berbérine, alcaloïde principal de Berberis aristata, est devenue en deux décennies l’un des composés végétaux les plus étudiés en pharmacologie métabolique. Son profil d’activité — hypoglycémiant, hypolipémiant, anti-inflammatoire, modulateur du microbiote — centré sur l’activation de l’AMPK et l’inhibition de PCSK9, en fait un candidat particulièrement pertinent pour la prise en charge intégrative du syndrome métabolique, du diabète de type 2 et de la dyslipidémie.

Les données cliniques, bien que provenant majoritairement d’études chinoises et de méthodologie perfectible, sont convergentes et soutiennent une efficacité cliniquement significative comparable à celle de la metformine sur la glycémie et supérieure sur les lipides. Le profil de sécurité est acceptable, avec des effets indésirables principalement digestifs et transitoires, mais les interactions médicamenteuses sont nombreuses et cliniquement significatives, imposant une supervision médicale.

Les défis majeurs concernent l’amélioration de la biodisponibilité (dihydroberbérine, nanoformulations, association pipérine), la conduite d’essais cliniques multicentriques de grande puissance, la durabilité de l’approvisionnement en matière première et la garantie de qualité des compléments alimentaires commercialisés.


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