
Desmodium adscendens (Sw.) DC.
Famille (classification morphologique traditionnelle) : Fabaceae (Leguminosae).
Desmodium adscendens est une plante herbacée rampante pantropicale de la famille des Fabacées, dont les parties aériennes constituent l’un des hépatoprotecteurs végétaux les plus utilisés en Afrique de l’Ouest et, depuis les années 1970, dans la phytothérapie européenne francophone. Son introduction dans la pharmacopée occidentale est intimement liée aux travaux du couple de médecins français Pierre et Anne-Marie Tubéry, qui observèrent au Cameroun dans les années 1960 l’utilisation traditionnelle de la plante dans le traitement des hépatites virales et entreprirent les premières investigations pharmacologiques et cliniques.
Le profil phytochimique du desmodium est dominé par des saponines triterpéniques (soyasaponines), des alcaloïdes indoliques (tryptamine et dérivés), des flavonoïdes et des polyphénols. Les données expérimentales soutiennent des activités hépatoprotectrices, antispasmodiques (bronchiques et intestinales), anti-inflammatoires et antiallergiques, tandis que les données cliniques, bien que prometteuses, restent limitées en termes de niveau de preuve.
Cette monographie propose une synthèse des connaissances botaniques, phytochimiques et pharmacologiques de Desmodium adscendens, en distinguant les données solidement établies des usages empiriques en attente de validation.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Desmodium adscendens (Sw.) DC. appartient à la famille des Fabaceae, sous-famille des Papilionoideae, tribu des Desmodieae.
Classification APG IV :
- Clade : Angiospermes
- Clade : Dicotylédones vraies (Eudicots)
- Clade : Rosidées
- Ordre : Fabales
- Famille : Fabaceae
- Sous-famille : Papilionoideae
- Tribu : Desmodieae
- Genre : Desmodium Desv.
- Espèce : Desmodium adscendens (Sw.) DC., 1825
Basionyme : Hedysarum adscendens Sw. (1788). Le genre Desmodium, établi par Desvaux en 1813, comprend environ 300 espèces pantropicales. Le nom dérive du grec desmos (lien, chaîne), en référence aux articles du lomento (fruit articulé) qui se séparent et s’accrochent aux pelages et aux vêtements. L’épithète adscendens (ascendant) décrit le port ascendant des tiges.
Synonymes : Desmodium procumbens auct. non (Mill.) Hitchc., Meibomia adscendens (Sw.) Kuntze.
Noms vernaculaires : Dua ogyamma (Akan, Ghana), agyamma (Twi), amor seco (Amérique latine), strong back (Jamaïque), desmodium (français).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Desmodium adscendens est une plante herbacée vivace, rampante à ascendante, de 30 à 60 cm de hauteur (parfois jusqu’à 1 m lorsqu’elle s’appuie sur un support). Les tiges sont grêles, cylindriques, vertes à brun-vert, pubescentes (poils apprimés), enracinées aux nœuds inférieurs, ascendantes aux extrémités.
Appareil végétatif : Les feuilles sont alternes, composées trifoliées. Les folioles sont obovales à elliptiques, longues de 1 à 4 cm, entières, à apex obtus ou émarginé, à base cunéiforme. La foliole terminale est plus grande que les deux folioles latérales. La face supérieure est vert foncé, glabre ou faiblement pubescente ; la face inférieure est plus pâle, pubescente. Les stipules sont lancéolées, membraneuses, persistantes.
Appareil reproducteur : L’inflorescence est un racème axillaire ou terminal, lâche, de 5 à 15 cm, portant de petites fleurs papilionacées de 4 à 6 mm. La corolle est violacée à rose-lilas, avec un étendard arrondi, des ailes oblongues et une carène obtuse. Le calice est campanulé, à 5 dents lancéolées. L’androcée est diadelphe (9+1). L’ovaire est supère, uniloculaire, pluriovulé.
Fruit : Le fruit est un lomento (gousse articulée), légèrement falciforme, long de 1 à 3 cm, constitué de 2 à 5 articles (segments) subquadrangulaires, de 3-4 mm chacun, pubescents, se détachant individuellement à maturité et s’accrochant aux pelages et aux vêtements par leurs poils crochus (dissémination épizoochore). Chaque article contient une graine unique, réniforme, brune, de 2 mm.
Floraison : Variable selon les latitudes ; quasi-continue en zone tropicale humide.
Écologie, habitat et répartition
Desmodium adscendens est une espèce pantropicale, présente en Afrique tropicale (de la Sénégambie à l’Éthiopie et au Mozambique), en Amérique tropicale (du Mexique au Brésil et aux Antilles), en Asie du Sud-Est et en Océanie. Son centre d’origine est débattu (Afrique ou Amérique tropicale).
Habitat : L’espèce est ubiquiste dans les milieux tropicaux humides et subhumides, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Elle affectionne les sols humides et fertiles, les berges de cours d’eau, les jachères, les bords de chemins, les plantations ombragées (cacao, palmier à huile, banane) et les sous-bois forestiers clairs. Elle tolère une gamme large de sols (sableux à argileux, acides à neutres) et de régimes hydriques (500 à 3 000 mm de précipitations annuelles).
Comportement : Le desmodium est une plante pionnière, colonisatrice des milieux perturbés, fixatrice d’azote (nodosités à Bradyrhizobium). Il est utilisé en agroécologie tropicale comme plante de couverture et comme bande enherbée dans la technique « push-pull » de lutte intégrée contre les foreurs de tige du maïs en Afrique de l’Est (ICIPE).
Récolte et culture : L’approvisionnement provient majoritairement de la cueillette sauvage en Afrique de l’Ouest (Ghana, Cameroun, Côte d’Ivoire). Des essais de mise en culture ont été réalisés au Cameroun, en Côte d’Ivoire et en France (serre). La multiplication se fait par semis ou par bouturage de tiges. La récolte des parties aériennes (tiges feuillées coupées au-dessus du collet) s’effectue à la floraison. Le séchage s’effectue à l’ombre, à température modérée (< 50 °C) pour préserver les composés actifs.
Écologie, conservation et durabilité
Desmodium adscendens n’est pas une espèce menacée. Sa distribution pantropicale, son caractère de plante pionnière et rudérale, et sa capacité de colonisation des milieux perturbés en font une espèce abondante et résiliente. Elle n’est pas inscrite sur les listes rouges de l’UICN ni sur les annexes CITES.
Cependant, l’augmentation de la demande du marché des compléments alimentaires pourrait exercer une pression sur les populations locales dans les zones de cueillette sauvage intensive (Ghana, Cameroun). Le développement de la culture, techniquement simple (plante à croissance rapide, fixatrice d’azote, peu exigeante en intrants), est recommandé pour garantir un approvisionnement durable et de qualité contrôlée.
L’intérêt agroécologique du desmodium est considérable : plante de couverture fixatrice d’azote, elle est utilisée dans les systèmes « push-pull » de lutte intégrée contre les ravageurs du maïs en Afrique de l’Est, où elle repousse les foreurs de tige (Chilo partellus) et les mauvaises herbes parasites (Striga hermonthica) tout en améliorant la fertilité des sols.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue végétale est constituée par les parties aériennes (tiges feuillées) récoltées au stade de la floraison et séchées. Les feuilles et les tiges jeunes sont les parties les plus riches en composés bioactifs.
Caractères de la drogue : Les tiges séchées sont verdâtres à brun-vert, grêles, pubescentes. Les feuilles séchées sont vert olive à vert-brun, cassantes. L’odeur est faiblement herbacée. La saveur est légèrement amère et astringente.
Standardisation : Il n’existe pas de monographie officielle dans les grandes pharmacopées internationales (Ph. Eur., USP, ChP). Des monographies de référence ont été publiées par la Pharmacopée française (Cahier n° 3, plantes de la pharmacopée française, 2012) et par l’AFRETH (Association Française pour la Recherche Thérapeutique). Les extraits commerciaux sont parfois standardisés à leur teneur en flavonoïdes totaux (1-3 %) ou en soyasaponines, mais la standardisation reste peu homogène d’un fabricant à l’autre.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La composition chimique de Desmodium adscendens a été étudiée principalement par les équipes françaises (Laboratoire de pharmacognosie de Toulouse) et ghanéennes (CPMR, Centre for Plant Medicine Research). Elle comprend des saponines triterpéniques, des alcaloïdes indoliques, des flavonoïdes et des polyphénols.
Saponines triterpéniques (soyasaponines) : Les saponines constituent la fraction la plus caractéristique. Ce sont des glycosides triterpéniques de type oléanane, principalement la soyasaponine I (soyasaponine Bb), la soyasaponine III et la déhydrosoyasaponine I. L’aglycone principal est le soyasapogénol B (olean-12-ène-3β,22β,24-triol). La teneur totale en saponines dans les parties aériennes sèches est de l’ordre de 1 à 3 %. La déhydrosoyasaponine I est un activateur spécifique des canaux potassiques BK (Big K+, maxi-K), ce qui confère une base moléculaire à l’activité spasmolytique de la plante.
Alcaloïdes indoliques : Les parties aériennes contiennent des dérivés de la tryptamine, notamment la N,N-diméthyltryptamine (DMT) et la 5-méthoxy-N,N-diméthyltryptamine (5-MeO-DMT), ainsi que leurs précurseurs. Ces composés sont présents en quantités traces et leur contribution pharmacologique aux doses thérapeutiques de la plante entière est probablement marginale.
Flavonoïdes (1-3 %) : Les principaux flavonoïdes identifiés sont la vitexine, l’isovitexine (apigénine-6-C-glucoside et 8-C-glucoside), la 2 »-O-xylosylvitexine, l’orientine et l’isoorientine. Ces C-glycosylflavones sont des antioxydants puissants et contribuent à l’activité anti-inflammatoire et hépatoprotectrice de la plante.
Autres composés :
- Acides phénoliques : acide caféique, acide chlorogénique
- Tanins : tanins condensés (proanthocyanidines), 2-5 %
- Polysaccharides : galactomannanes et arabinogalactanes
- Stérols : β-sitostérol, stigmastérol
- Acides aminés libres
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité hépatoprotectrice : L’activité hépatoprotectrice est la propriété la plus documentée de D. adscendens. Les études expérimentales chez l’animal ont montré que les extraits aqueux et hydroéthanoliques des parties aériennes protègent le foie contre les lésions induites par divers hépatotoxiques : tétrachlorure de carbone (CCl4), D-galactosamine, paracétamol (surdosage), alcool éthylique et phalloïdine (toxine d’Amanita phalloides). La protection se manifeste par une réduction significative de l’élévation des transaminases sériques (ALAT, ASAT), une réduction de la nécrose hépatocytaire et une préservation de l’architecture hépatique à l’histologie. Les mécanismes impliqués sont multiples : activité antioxydante (piégeage des radicaux libres, inhibition de la peroxydation lipidique), stabilisation des membranes hépatocytaires (réduction de la fuite enzymatique), stimulation de la régénération hépatocytaire et inhibition de l’apoptose via la voie mitochondriale (augmentation du ratio Bcl-2/Bax).
Activité antispasmodique : Les soyasaponines, et en particulier la déhydrosoyasaponine I, sont des activateurs sélectifs des canaux potassiques BK (canaux potassiques calcium-dépendants à grande conductance). L’ouverture de ces canaux provoque une hyperpolarisation membranaire des cellules musculaires lisses, entraînant leur relaxation. Cet effet a été démontré sur le muscle lisse bronchique (bronchodilatation), intestinal (effet antispasmodique) et utérin. La puissance de la déhydrosoyasaponine I comme activateur des canaux BK est remarquable (EC50 de l’ordre du nanomolaire), ce qui en fait l’un des plus puissants ouvreurs de canaux potassiques d’origine naturelle connus.
Activité anti-inflammatoire : Les flavonoïdes (vitexine, isovitexine) et les saponines inhibent la voie NF-κB, réduisent la production de TNF-α, IL-1β, IL-6 et NO dans les macrophages activés, et exercent une activité anti-COX-2 sélective.
Activité antiallergique : Des études in vitro et in vivo ont montré que les extraits de D. adscendens inhibent la dégranulation des mastocytes, réduisent la libération d’histamine et de leucotriènes, et atténuent les réactions anaphylactiques chez le cobaye. Cette activité antiallergique est cohérente avec l’usage traditionnel dans l’asthme allergique en Afrique de l’Ouest.
Activité immunomodulatrice : Les polysaccharides stimulent la phagocytose macrophagique et la production d’interféron-γ, tandis que les saponines modulent la balance Th1/Th2 en faveur d’un profil Th1 (anti-infectieux).
VI. DONNÉES CLINIQUES
Hépatites virales : Les observations cliniques des Drs Tubéry au Cameroun (1970-1990), publiées sous forme de rapports et de communications à des congrès, rapportent une amélioration spectaculaire des ictères hépatiques (hépatites virales A et B) sous traitement par décoction de desmodium : normalisation des transaminases et de la bilirubine en 1 à 4 semaines, avec une résolution clinique (disparition de l’ictère, reprise de l’appétit, normalisation de l’état général) plus rapide que sous traitement symptomatique seul. Ces observations, bien que remarquables, ne correspondent pas à des essais contrôlés randomisés et doivent être considérées comme des données préliminaires de niveau de preuve faible.
Hépatites médicamenteuses et toxiques : Des séries de cas rapportées en France décrivent l’utilisation du desmodium pour atténuer l’hépatotoxicité de chimiothérapies anticancéreuses (en particulier les protocoles à base de cyclophosphamide, doxorubicine, cisplatine) et pour faciliter la récupération hépatique après intoxication aux champignons hépatotoxiques (Amanita phalloides). Ces données, bien qu’encourageantes, restent anecdotiques.
Protection hépatique en chimiothérapie : Quelques études observationnelles françaises suggèrent que l’administration concomitante de desmodium (décoction ou extrait sec) pendant les cures de chimiothérapie réduit l’incidence et la sévérité de la cytolyse hépatique chimio-induite. Cependant, aucun essai contrôlé randomisé n’a été publié dans cette indication.
Asthme : Des données cliniques préliminaires en provenance du Ghana (Centre for Plant Medicine Research, Mampong) rapportent une amélioration des symptômes asthmatiques sous traitement par extrait de D. adscendens, en cohérence avec l’activité bronchospasmolytique démontrée expérimentalement. Le niveau de preuve reste cependant insuffisant.
Évaluation globale : Le desmodium est l’un des hépatoprotecteurs végétaux les plus prometteurs, avec un rationnel pharmacologique solide (données expérimentales convaincantes) et des observations cliniques encourageantes, mais il souffre d’un déficit majeur d’essais cliniques contrôlés randomisés de bonne qualité méthodologique. La conduite de tels essais, en particulier dans le contexte de la chimioprotection hépatique en oncologie, constitue une priorité de recherche.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Soyasaponines I-III | Saponines triterpéniques | Hépatoprotectrices |
| Déhydrosoyasaponine I | Saponine triterpénique | Action sur les canaux potassiques (bronches) |
| Tryptamines (alcaloïdes indoliques) | Alcaloïdes | Constituants caractéristiques |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Décoction (forme traditionnelle) : 10 à 15 g de parties aériennes séchées dans 1 litre d’eau, porter à ébullition puis laisser frémir 15 minutes. Boire le litre dans la journée, en 3 à 4 prises, avant les repas. C’est la forme d’administration utilisée par les Drs Tubéry et par la médecine traditionnelle africaine.
Extrait sec : 400 à 800 mg d’extrait sec par jour, en gélules, répartis en 2 à 3 prises avant les repas. Les extraits sont standardisés à 2-5 % de flavonoïdes ou titrés en soyasaponines.
Extrait fluide / teinture : 2 à 5 mL d’extrait fluide (1:1, éthanol 25-45 %), 3 fois par jour.
Ampoules buvables : 10 à 20 mL d’extrait aqueux concentré par jour (forme commerciale fréquente en France).
Protocole en chimiothérapie (empirique) : Commencer la décoction 2 à 3 jours avant le début de la cure, poursuivre pendant la cure et 5 à 7 jours après. Ce protocole empirique, utilisé par certains phytothérapeutes français en pratique courante, n’a pas été validé par des essais cliniques.
Durée du traitement : En cas d’hépatite aiguë, le traitement est poursuivi jusqu’à normalisation des transaminases (typiquement 2 à 6 semaines). En chimioprotection, le traitement accompagne chaque cure de chimiothérapie.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité aiguë : La DL50 orale de l’extrait aqueux chez la souris est supérieure à 2 000 mg/kg, indiquant une toxicité aiguë très faible. Les études de toxicité subchronique (90 jours) chez le rat n’ont pas montré de toxicité organique significative.
Effets indésirables : Le desmodium est remarquablement bien toléré. Les effets indésirables rapportés sont rares et bénins :
- Troubles digestifs : Nausées, diarrhée légère (rares).
- Réactions allergiques : Exceptionnelles (allergie croisée possible avec d’autres Fabacées).
- Effet laxatif : Modéré, lié aux tanins et aux saponines.
Alcaloïdes indoliques : La présence de DMT et de 5-MeO-DMT dans les parties aériennes a suscité des questions quant à la sécurité d’emploi. Cependant, les quantités présentes dans les extraits thérapeutiques sont des traces, très largement inférieures aux doses psychoactives, et ces composés sont de surcroît rapidement dégradés par les MAO (monoamine oxydases) lors de l’absorption orale. Aucun effet psychotrope n’a jamais été rapporté aux doses thérapeutiques du desmodium.
Contre-indications : Aucune contre-indication formelle documentée. Par prudence : grossesse et allaitement (données insuffisantes). Allergie connue aux Fabacées.
Interactions médicamenteuses : Aucune interaction cliniquement significative n’a été documentée. Théoriquement, l’activité antioxydante et hépatoprotectrice pourrait interférer avec les mécanismes d’action de certaines chimiothérapies générant des radicaux libres (cyclophosphamide, doxorubicine) — sujet de débat non résolu. La prudence et la concertation avec l’oncologue sont recommandées en contexte de chimiothérapie.
X. USAGES HISTORIQUES
En Afrique de l’Ouest, Desmodium adscendens est l’une des plantes médicinales les plus utilisées, en particulier chez les peuples Akan du Ghana et du Cameroun. Le nom Twi dua ogyamma signifie « plante qui empêche la maladie de jaunir » — référence directe à l’usage dans les ictères. Les guérisseurs traditionnels prescrivent la décoction des parties aériennes pour :
- Les ictères et hépatites (indication principale)
- L’asthme et les bronchospasmes
- Les diarrhées et les crampes abdominales
- L’épilepsie et les convulsions
- Les douleurs musculaires et articulaires
- Les allergies cutanées et le prurit
En Amérique latine (Brésil, Pérou, Jamaïque), la plante est connue sous le nom d’amor seco (amour sec, en référence aux lomentes qui s’accrochent) ou de strong back (Jamaïque). Elle y est utilisée pour les douleurs dorsales, les rhumatismes, l’asthme et comme tonique général.
L’introduction du desmodium en France remonte aux années 1970-1980, à la suite des travaux des Drs Pierre et Anne-Marie Tubéry, qui rapportèrent du Cameroun les observations cliniques sur l’efficacité de la plante dans les hépatites et entreprirent de la faire connaître à la communauté médicale et phytothérapeutique française. Le desmodium est depuis devenu l’un des hépatoprotecteurs les plus populaires de la phytothérapie francophone.
Confusions et falsifications
Confusions botaniques :
- Desmodium gangeticum (DC.) DC. : espèce asiatique utilisée en Ayurvéda (shalparni), de composition chimique et de profil d’activité différents (riche en ptérocarpanes et en N,N-diméthyltryptamine).
- Desmodium triflorum (L.) DC. : petite espèce pantropicale rampante, parfois confondue mais à feuilles beaucoup plus petites.
- Desmodium styracifolium (Osbeck) Merr. : espèce chinoise (guangjinqiancao) utilisée pour les calculs urinaires, de composition chimique distincte.
- Autres espèces du genre Desmodium (environ 300 espèces) : la confusion est possible dans les régions tropicales où coexistent de nombreuses espèces.
Falsifications :
- Substitution par d’autres espèces de Desmodium moins actives ou de composition différente.
- Mélange avec des parties lignifiées (tiges âgées, racines) pauvres en composés actifs.
- Contamination par d’autres plantes récoltées en même temps (herbe indifférenciée).
- Sous-dosage des extraits secs commerciaux.
Le contrôle qualité repose sur l’identification botanique (macroscopie, microscopie), le profil HPLC des flavonoïdes C-glycosylés (vitexine, isovitexine comme marqueurs d’identité), le dosage des soyasaponines et la recherche de contaminants (pesticides, métaux lourds, micro-organismes).
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Desmodium adscendens est un hépatoprotecteur végétal dont le rationnel pharmacologique est solidement étayé par des données expérimentales convaincantes — protection contre une large gamme d’hépatotoxiques, mécanismes multiples (antioxydant, stabilisation membranaire, anti-apoptotique) — et par des observations cliniques prometteuses dans les hépatites virales et médicamenteuses. L’activité spasmolytique bronchique et intestinale, médiée par l’activation des canaux potassiques BK par les soyasaponines, constitue un mécanisme d’action original et puissant.
Le déficit majeur réside dans l’absence d’essais cliniques contrôlés randomisés de bonne qualité méthodologique, qui limite la possibilité de recommandations fondées sur les preuves. La conduite de tels essais est une priorité, en particulier dans les indications suivantes :
- Chimioprotection hépatique en oncologie (en accompagnement de la chimiothérapie)
- Hépatites virales aiguës (en complément du traitement standard)
- Asthme allergique (en association avec le traitement de fond)
En l’état actuel des connaissances, le desmodium peut être raisonnablement recommandé comme adjuvant hépatoprotecteur en cas d’agression hépatique documentée (cytolyse), sous surveillance biologique des transaminases, en complément du traitement étiologique. Son excellente tolérance clinique et l’absence de toxicité significative en font un outil phytothérapeutique de première ligne dans les hépatoprotections, sous réserve des incertitudes concernant l’interaction potentielle avec les chimiothérapies pro-oxydantes.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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- François C, Jonville-Bera AP, Autret-Leca E. Desmodium adscendens : revue de son utilisation traditionnelle et de ses données pharmacologiques. Therapie. 2009;64(1):1-7.
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- N’gouemo P, Baldy-Moulinier M, Nguemby-Bina C. Effects of an ethanolic extract of Desmodium adscendens on central nervous system in rodents. J Ethnopharmacol. 1996;52(2):77-83.
- Tubéry P. Le Desmodium adscendens. Un hépatoprotecteur tropical à l’épreuve de la clinique française. Phytothérapie. 2003;1:21-25.
- Zirihi GN, Kra AKM, Guédé-Guina F. Évaluation de l’activité antifongique de Microglossa pyrifolia (Lam.) O. Kuntze et de Desmodium adscendens (Sw.) DC. Phytothérapie. 2003;1:9-14.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★☆☆ Hépatoprotecteur
- ★★☆☆☆ Antispasmodique bronchique
- ★★☆☆☆ Anti-allergique