TRIBULUS

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Planche botanique TRIBULUS

Tribulus terrestris L. — Tribule terrestre

Le Tribulus terrestris L., communément appelé tribule terrestre, croix-de-Malte ou herse, est une plante herbacée rampante de la famille des Zygophyllacées, originaire des régions chaudes et tempérées de l’Ancien Monde. Utilisée depuis des millénaires dans les médecines traditionnelles indienne (Ayurveda) et chinoise, cette espèce a connu un regain d’intérêt considérable à partir des années 1990, principalement en raison de ses effets allégués sur la vigueur physique, la libido et la fertilité. Sa richesse en saponines stéroïdiennes, notamment la protodioscine, en fait un objet d’étude pharmacologique actif. La présente monographie propose une synthèse rigoureuse des connaissances botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques disponibles sur cette espèce, en distinguant les données scientifiquement établies des allégations insuffisamment étayées.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Règne : Plantae
Sous-règne : Tracheobionta
Division : Magnoliophyta
Classe : Magnoliopsida
Sous-classe : Rosidae
Ordre : Zygophyllales
Famille : Zygophyllaceae
Genre : Tribulus L.
Espèce : Tribulus terrestris L. (1753)

Le genre Tribulus comprend environ 25 espèces réparties dans les zones arides et semi-arides du globe. Tribulus terrestris est l’espèce la plus largement distribuée et la plus étudiée du genre. L’épithète spécifique terrestris (du latin « de la terre ») fait référence au port rampant de la plante. Parmi les synonymes nomenclaturaux, on relève Tribulus lanuginosus L. et Tribulus bicornutus Fisch. & C.A. Mey. Les noms vernaculaires incluent : puncture vine (anglais), Gokshura (sanskrit), Bai Ji Li (chinois), abrojo (espagnol).

La classification APG IV place la famille des Zygophyllacées dans l’ordre des Zygophyllales, au sein du clade des Fabidées (Rosidées I). Cette famille, comprenant environ 285 espèces réparties en 22 genres, se caractérise par ses feuilles composées, ses fleurs pentamères et ses fruits souvent épineux ou ailés. Le genre Tribulus se distingue par ses fruits schizocarpiques à méricarpes épineux, adaptation remarquable à la dissémination épizoochore.



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Tribulus terrestris est une plante herbacée annuelle ou vivace de courte durée, à port prostré et rampant, dont les tiges peuvent s’étendre sur 10 cm à plus de 1 mètre de longueur. L’appareil végétatif est densément pubescent, couvert de poils apprimés lui conférant un aspect soyeux et grisâtre.

Appareil racinaire : Le système racinaire est de type pivotant, relativement profond pour une plante de cette taille, pouvant atteindre 50 à 80 cm dans les sols sableux. Des racines latérales adventives se développent aux nœuds des tiges au contact du sol, assurant un ancrage supplémentaire et une capacité de multiplication végétative.

Tiges : Les tiges sont herbacées, cylindriques, ramifiées de manière dichotomique, rampantes sur le sol, vertes à rougeâtres, striées longitudinalement et couvertes d’une pubescence soyeuse apprimée. Elles présentent des entre-nœuds de 2 à 5 cm de longueur.

Feuilles : Les feuilles sont opposées, paripennées, composées de 5 à 8 paires de folioles. Les folioles sont elliptiques à oblongues, de 4 à 15 mm de long sur 2 à 6 mm de large, à base asymétrique, à sommet aigu ou mucroné, à marge entière, pubescentes sur les deux faces mais davantage sur la face inférieure. Les stipules sont lancéolées, de 2 à 5 mm, persistantes.

Fleurs : Les fleurs sont solitaires, axillaires, portées par un pédicelle de 5 à 15 mm. Elles sont actinomorphes, pentamères, de 8 à 15 mm de diamètre. Le calice comprend 5 sépales lancéolés, pubescents, de 3 à 5 mm, caducs. La corolle est formée de 5 pétales jaune vif, obovales, de 5 à 10 mm, étalés à l’anthèse. L’androcée comporte 10 étamines en deux verticilles, les 5 étamines externes plus longues et opposées aux pétales. Le gynécée est constitué d’un ovaire supère, sessile, à 5 loges pluriovulées, surmonté d’un style court et d’un stigmate capité à 5 lobes.

Fruit : Le fruit est un schizocarpe globuleux de 8 à 12 mm de diamètre, se divisant à maturité en 5 méricarpes (coques) ligneux, cunéiformes, chacun portant 2 épines robustes de 3 à 7 mm, divergentes, et souvent 2 épines plus courtes. Chaque méricarpe contient 1 à 4 graines. Ces épines, extrêmement dures et acérées, peuvent percer les pneumatiques de bicyclette et les semelles de chaussures, d’où le nom anglais de « puncture vine ».

Graines : Les graines sont ovoïdes, de 2 à 3 mm, lisses, brunâtres, à tégument dur. Leur germination est favorisée par la scarification mécanique et les températures élevées.


Écologie et répartition géographique

Tribulus terrestris présente une aire de répartition naturelle extrêmement vaste couvrant le sud de l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et méridionale, jusqu’en Australie. L’espèce a été introduite et naturalisée dans les Amériques, où elle est considérée comme invasive dans de nombreux états de l’ouest des États-Unis.

C’est une plante thermophile et xérophile, parfaitement adaptée aux environnements arides et semi-arides. Elle colonise préférentiellement les sols sableux, graveleux ou caillouteux, bien drainés et pauvres en matière organique. On la trouve depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 2 500 mètres d’altitude dans les zones montagneuses d’Asie centrale. Elle tolère des températures estivales élevées (jusqu’à 45 °C) et résiste modérément au gel dans ses formes vivaces.

L’espèce est une pionnière typique des milieux perturbés : bords de routes, terrains vagues, cultures irriguées, zones de pâturage surexploitées, talus ferroviaires. Sa stratégie écologique de type r se traduit par une croissance rapide, une floraison précoce (dès 3 à 4 semaines après la germination), une production de graines abondante et un cycle de vie court. La dissémination des méricarpes épineux par les animaux (épizoochorie) et accessoirement par les véhicules et les chaussures assure une colonisation efficace de nouveaux territoires.

Du point de vue édaphique, Tribulus terrestris tolère une gamme de pH allant de 5,5 à 8,5, avec un optimum autour de 7,0. L’espèce supporte des niveaux de salinité modérés, ce qui explique sa présence dans certaines zones littorales et dans les régions irriguées sujettes à la salinisation secondaire.


Conservation et écologie de l’espèce

Tribulus terrestris n’est pas une espèce menacée. Au contraire, elle est considérée comme une mauvaise herbe invasive dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans l’ouest des États-Unis, en Australie et dans certaines régions d’Amérique du Sud. Son classement sur la liste des espèces invasives nuisibles dans plusieurs états américains (Californie, Colorado, Arizona) témoigne de sa vigueur écologique.

L’espèce est toutefois victime de surexploitation locale dans certaines régions d’Inde et de Bulgarie où elle est récoltée massivement à l’état sauvage pour alimenter l’industrie des compléments alimentaires. La culture contrôlée, pratiquée en Inde, en Chine et en Bulgarie, représente une alternative durable à la cueillette sauvage.

La lutte biologique contre T. terrestris dans les régions où il est invasif fait appel à deux charançons (Microlarinus lareynii et Microlarinus lypriformis), importés d’Europe et lâchés aux États-Unis depuis les années 1960, avec un succès variable.



III. PARTIES UTILISÉES

Plusieurs parties de Tribulus terrestris sont utilisées en phytothérapie, selon les traditions médicales et les préparations :

Fruits (Tribuli Fructus) : C’est la partie la plus utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise (sous le nom de Bai Ji Li) et dans les compléments alimentaires occidentaux. Les fruits sont récoltés à maturité, séchés au soleil, puis les épines sont parfois éliminées par tamisage. La drogue officinale se présente sous forme de méricarpes séchés, cunéiformes, jaunâtres à brunâtres, d’odeur faible et de saveur amère. Ils concentrent les saponines stéroïdiennes furostanoliques, dont la protodioscine.

Parties aériennes (herbe) : L’ensemble des parties aériennes (tiges, feuilles, fleurs) est utilisé en Ayurveda sous le nom de Gokshura. Elles sont récoltées pendant la pleine floraison et séchées. La composition phytochimique diffère de celle des fruits, avec une proportion plus élevée de flavonoïdes et d’alcaloïdes.

Racines : Moins couramment employées, les racines sont néanmoins mentionnées dans certaines pharmacopées traditionnelles indiennes pour leurs propriétés diurétiques et lithontriptiques.

La teneur en principes actifs varie considérablement selon l’organe, le chémotype, l’origine géographique et les conditions de culture. Les populations bulgares et turques sont réputées pour leur teneur élevée en protodioscine (jusqu’à 6 % dans les fruits), tandis que les populations indiennes et chinoises présentent souvent des teneurs plus faibles (0,5 à 2 %). Cette variabilité impose une standardisation rigoureuse des extraits commercialisés.



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition chimique de Tribulus terrestris est riche et complexe, dominée par les saponines stéroïdiennes mais comprenant également des flavonoïdes, des alcaloïdes, des lignanes et des acides aminés.

Saponines stéroïdiennes : Ce sont les composés les plus caractéristiques et les plus étudiés. Elles représentent 1 à 6 % de la drogue sèche selon l’organe et l’origine. Elles se divisent en deux groupes principaux :

Les saponines furostanoliques, dont le chef de file est la protodioscine (furostanol bisdésoside), considérée comme le principal marqueur de qualité et d’activité pharmacologique. La protodioscine est un glycoside de la diosgénine portant des chaînes osidiques en positions C-3 et C-26. D’autres furostanols incluent la protogracilline, la tribulosaponine A à F et la terrestrosine A à E.

Les saponines spirostanoliques, dont la dioscine, la diosgénine (aglycone libéré par hydrolyse), la gitonine et la ruscogénine. La diosgénine est un sapogénol stéroïdien de structure proche de la progestérone, autrefois utilisé comme précurseur hémisynthétique de stéroïdes pharmaceutiques.

Flavonoïdes : Les parties aériennes contiennent des flavonols glycosylés, notamment le kaempférol, la quercétine, l’isorhamnétine et leurs hétérosides (kaempférol-3-glucoside, kaempférol-3-rutinoside, quercétine-3-rutinoside ou rutine). La teneur en flavonoïdes totaux est de l’ordre de 0,5 à 2 % dans les feuilles.

Alcaloïdes : Plusieurs alcaloïdes ont été isolés, dont la harmine (bêta-carboline), la norharmane, la tribulustérine et la perlolyrine. Leur teneur est faible (inférieure à 0,1 %) mais leur activité biologique potentielle est notable, en particulier pour la harmine, inhibiteur de la monoamine oxydase A.

Lignane amides : Des composés originaux, les terrestriamides (tribulusamides A à D), ont été identifiés dans les fruits. Ce sont des conjugués de lignane et de cinnamoyl, présentant des activités neuroprotectrices in vitro.

Autres composés : On note la présence de phytostérols (bêta-sitostérol, stigmastérol, campestérol), d’acides gras (acide linoléique, oléique, palmitique), de sucres (glucose, rhamnose), d’acides organiques (acide ascorbique, acide citrique) et de minéraux (potassium, calcium, fer, zinc).



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Les propriétés pharmacologiques de Tribulus terrestris ont fait l’objet de nombreuses études précliniques, essentiellement in vitro et sur modèles animaux. Les principales activités documentées sont les suivantes :

Activité sur la fonction sexuelle et la fertilité : Des études chez le rat et le lapin ont montré une augmentation du comportement sexuel (fréquence de montée, latence d’éjaculation réduite) après administration d’extraits de T. terrestris. L’effet serait médié non pas par une augmentation directe de la testostérone (contrairement à une croyance répandue), mais par une potentialisation de la signalisation androgénique via l’augmentation des récepteurs aux androgènes dans l’hypothalamus et une élévation modérée de la DHEA. La protodioscine est capable de stimuler la libération de monoxyde d’azote (NO) par l’endothélium des corps caverneux, favorisant la vasodilatation et l’érection. Chez le rat mâle, une amélioration des paramètres spermatiques (concentration, motilité, morphologie) a été observée, possiblement liée à un effet antioxydant protecteur des cellules germinales.

Activité diurétique et lithontriptique : L’administration d’extraits aqueux de fruits et de parties aériennes provoque une augmentation significative de la diurèse chez le rat, avec une augmentation de l’excrétion de sodium et de chlorures. Un effet préventif sur la formation de calculs d’oxalate de calcium a été démontré in vitro et in vivo, par inhibition de la nucléation cristalline et augmentation de l’excrétion de citrate urinaire.

Activité antioxydante et hépatoprotectrice : Les extraits méthanoliques et aqueux exercent un effet antioxydant dose-dépendant, mesuré par les tests DPPH, ABTS et FRAP. Sur des modèles d’hépatotoxicité induite par le tétrachlorure de carbone ou le paracétamol chez le rat, une réduction significative des marqueurs de cytolyse hépatique (ALAT, ASAT) et une protection histologique ont été observées. Ces effets sont attribués aux flavonoïdes et aux saponines.

Activité anti-inflammatoire et antinociceptive : Des études sur modèles murins (œdème à la carragénine, test de la formaline) ont mis en évidence une activité anti-inflammatoire et analgésique modérée, impliquant l’inhibition de la cyclooxygénase-2 (COX-2) et la réduction de la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-6).

Activité hypoglycémiante : Chez le rat diabétique induit par la streptozotocine, l’administration chronique d’extraits de T. terrestris entraîne une réduction de la glycémie à jeun et une amélioration de la tolérance au glucose, par des mécanismes incluant la stimulation de la sécrétion d’insuline et l’augmentation de la sensibilité périphérique à l’insuline.

Activité hypolipémiante : Une réduction du cholestérol total, du LDL-cholestérol et des triglycérides a été rapportée chez le rat hyperlipidémique, associée à une augmentation du HDL-cholestérol. La diosgénine inhibe l’absorption intestinale du cholestérol et stimule l’excrétion biliaire.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Les essais cliniques réalisés avec Tribulus terrestris présentent une grande hétérogénéité méthodologique et des résultats contradictoires. Une analyse critique s’impose :

Fonction sexuelle masculine : Plusieurs essais randomisés, en double aveugle, contrôlés par placebo, ont été conduits chez des hommes souffrant de dysfonction érectile légère à modérée. Une méta-analyse publiée en 2021 (Santos et al., Complementary Therapies in Medicine) portant sur 7 essais (611 participants) a conclu à une amélioration modeste mais statistiquement significative du score IIEF (International Index of Erectile Function) sous Tribulus par rapport au placebo. Toutefois, l’ampleur de l’effet reste cliniquement modeste et les auteurs soulignent le risque de biais élevé dans plusieurs études incluses.

Testostérone et performance sportive : Contrairement aux allégations commerciales omniprésentes, les essais cliniques de bonne qualité méthodologique n’ont pas démontré d’augmentation significative de la testostérone sérique chez l’homme sain ou chez le sportif. Une revue systématique de Qureshi et al. (2014, Journal of Dietary Supplements) portant sur 12 essais a conclu à l’absence d’effet significatif sur les niveaux de testostérone ou sur la composition corporelle et les performances physiques. Ces résultats négatifs sont cohérents et reproductibles.

Fertilité masculine : Des études ouvertes menées en Inde et en Bulgarie ont rapporté une amélioration des paramètres spermatiques (concentration, motilité progressive) chez des hommes infertiles traités par des extraits standardisés à 40-60 % de saponines pendant 60 à 90 jours. Un essai randomisé contrôlé (Sellandi et al., 2012, Ayu) portant sur 50 hommes oligoasthénozoospermiques a montré une augmentation significative de la concentration spermatique. Ces résultats sont encourageants mais nécessitent confirmation par des essais de plus grande envergure.

Fonction sexuelle féminine : Un essai randomisé mené par Akhtari et al. (2014, DARU Journal of Pharmaceutical Sciences) chez 67 femmes préménopausées présentant un trouble du désir sexuel a montré une amélioration significative du désir, de l’excitation et de la satisfaction après 4 semaines de traitement (7,5 mg/jour d’extrait sec). Cet essai, bien conçu, constitue l’une des preuves les plus solides de l’activité de la plante sur la fonction sexuelle.

Activité diurétique et calculs urinaires : Les données cliniques restent limitées à des études ouvertes et à des rapports de cas, ne permettant pas de conclusions définitives malgré des résultats préliminaires favorables.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Protodioscine Saponine stéroïdique Constituant majeur, effet sur la libido (usage traditionnel)
Diosgénine Sapogénine stéroïdique Précurseur de synthèse stéroïdienne
Terrestrosine, gitonine Saponines stéroïdiques Constituants caractéristiques

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Poudre de fruit : 3 à 6 g par jour, en deux à trois prises, traditionnellement en décoction. C’est la forme la plus ancienne, utilisée en Ayurveda et en médecine chinoise.

Extrait sec standardisé : C’est la forme la plus courante dans les compléments alimentaires modernes. Les extraits sont généralement standardisés à 40-60 % de saponines totales (exprimées en protodioscine). La posologie usuelle est de 250 à 750 mg par jour d’extrait, en deux à trois prises, au cours des repas. Les extraits titrés à 60 % de protodioscine sont considérés comme les plus actifs.

Teinture-mère (TM) : Préparée au 1/5 dans l’éthanol à 60 %, à raison de 30 à 50 gouttes, deux à trois fois par jour.

Extrait fluide : 2 à 4 ml par jour.

Décoction : 5 à 10 g de fruits concassés dans 500 ml d’eau, porter à ébullition, laisser frémir 15 minutes, filtrer. Boire en deux à trois prises dans la journée.

La durée de cure recommandée est généralement de 6 à 12 semaines, avec des périodes de pause de 2 à 4 semaines entre les cures. Les effets sur la fonction sexuelle et la fertilité nécessitent un traitement d’au moins 4 à 8 semaines pour se manifester.



IX. TOXICOLOGIE

Tribulus terrestris présente un profil de sécurité généralement favorable aux doses recommandées, mais plusieurs points de vigilance méritent attention :

Toxicité aiguë : La DL50 par voie orale chez le rat est supérieure à 5 g/kg pour les extraits standardisés, classant la plante dans la catégorie de toxicité aiguë la plus basse. Aucun cas de toxicité aiguë grave n’a été rapporté chez l’homme aux doses usuelles.

Toxicité subchronique : Les études de toxicité à doses répétées chez le rat (90 jours) n’ont pas révélé de modifications significatives des paramètres hématologiques, biochimiques ou histopathologiques à des doses allant jusqu’à 500 mg/kg/jour.

Hépatotoxicité : Quelques cas isolés d’hépatotoxicité ont été rapportés dans la littérature médicale, dont un cas de nécrose hépatocytaire chez un jeune homme sportif consommant un complément à base de Tribulus (Talasaz et al., 2010). La causalité est difficile à établir en raison de la consommation concomitante d’autres suppléments. La prudence est recommandée chez les sujets ayant des antécédents hépatiques.

Néphrotoxicité : Un cas de néphrotoxicité tubulaire a été rapporté chez un patient ayant consommé des doses élevées sur une longue durée. Bien que le lien causal ne soit pas formellement établi, une surveillance de la fonction rénale est conseillée en cas d’utilisation prolongée.

Photosensibilisation animale : Chez les ovins et les caprins, l’ingestion de T. terrestris en grandes quantités provoque un syndrome de photosensibilisation hépatogène (geeldikkop en Afrique du Sud), causé par l’accumulation de phylloérythrine due à une atteinte hépatique par les saponines. Ce phénomène n’a pas été observé chez l’homme aux doses thérapeutiques.

Interactions médicamenteuses : Théoriquement, les extraits de T. terrestris pourraient potentialiser l’effet des antihypertenseurs (par leur effet hypotenseur propre), des hypoglycémiants oraux et de l’insuline (par leur effet hypoglycémiant), ainsi que des anticoagulants. La prudence est recommandée en cas d’association.

Contre-indications : Grossesse et allaitement (absence de données de sécurité, risque théorique d’effets hormonaux), cancers hormonodépendants (sein, prostate), insuffisance hépatique ou rénale sévère, enfants et adolescents.



X. USAGES HISTORIQUES

L’utilisation thérapeutique de Tribulus terrestris est attestée dans plusieurs systèmes médicaux traditionnels depuis au moins deux millénaires :

Ayurveda (Inde) : Sous le nom de Gokshura (littéralement « sabot de vache », en référence à la forme du fruit), la plante est décrite dans les textes classiques comme Charaka Samhita et Sushruta Samhita. Elle est classée comme Mutrala (diurétique) et Vajikara (aphrodisiaque). Ses indications traditionnelles incluent les calculs urinaires (Ashmari), la dysurie, les troubles de la libido, l’infertilité masculine, les douleurs articulaires et l’asthénie générale. Elle est considérée comme balançant les trois doshas, avec une prédominance d’action sur Vata et Pitta.

Médecine traditionnelle chinoise : Le fruit, appelé Bai Ji Li ou Ci Ji Li, est répertorié dans le Shennong Bencao Jing (Classique de la matière médicale du Divin Laboureur), l’un des plus anciens traités de pharmacopée chinoise. Il est classé dans la catégorie des herbes qui « apaisent le Foie et éteignent le Vent ». Ses indications incluent les céphalées, les vertiges, les troubles visuels, les démangeaisons cutanées et la mastodynie.

Médecine unani : Connue sous le nom de Khar-e-Khasak Khurd, la plante est utilisée comme diurétique, lithontriptique et tonique général dans la tradition gréco-arabe.

Médecine populaire européenne : Dans le sud de l’Europe (Grèce, Bulgarie, Turquie), les fruits sont traditionnellement employés en décoction comme tonique et diurétique. C’est la tradition bulgare qui a initié l’intérêt moderne pour les propriétés « androgénisantes » de la plante dans les années 1970-1980.

Afrique : En médecine traditionnelle sud-africaine, la plante entière est utilisée pour traiter les infections urinaires, les troubles digestifs et les douleurs rhumatismales. Au Zimbabwe, elle est employée comme purgatif et vermifuge.


Confusions et adultérations

Le principal risque de confusion botanique concerne d’autres espèces du genre Tribulus, en particulier Tribulus cistoides L. (tribule à grandes fleurs), espèce morphologiquement proche mais à fleurs plus grandes et à composition phytochimique différente. Pedalium murex L. (Pédaliacées), appelé Bada Gokhru en hindi, est parfois utilisé en substitution ou en adultération de Gokshura dans le commerce indien ; bien que partageant certaines indications traditionnelles, ses principes actifs diffèrent significativement.

L’adultération des extraits commerciaux constitue un problème majeur. Des analyses indépendantes ont révélé que de nombreux compléments alimentaires à base de Tribulus contiennent des teneurs en protodioscine très inférieures aux teneurs annoncées sur l’étiquetage, voire des substitutions par d’autres matières premières moins coûteuses. Certains produits ont été trouvés contaminés par des stéroïdes anabolisants synthétiques non déclarés, posant un risque sanitaire majeur et constituant un dopage involontaire pour les sportifs.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Tribulus terrestris est une plante d’intérêt pharmacologique réel dont l’image a été malheureusement brouillée par des allégations commerciales excessives. Les données scientifiques actuelles permettent de dresser le bilan suivant :

Les propriétés les mieux étayées sont l’amélioration modeste de la fonction sexuelle (par un mécanisme impliquant le monoxyde d’azote plutôt qu’une augmentation de la testostérone), un effet diurétique et lithontriptique, et une activité antioxydante et anti-inflammatoire. L’allégation d’augmentation de la testostérone et d’amélioration des performances sportives n’est pas soutenue par les données cliniques de qualité. Les résultats sur la fertilité masculine sont encourageants mais préliminaires.

La protodioscine est le marqueur phytochimique principal et probablement le contributeur majeur aux effets pharmacologiques observés. La standardisation des extraits sur ce composé est essentielle pour garantir une activité reproductible. La variabilité chémotypique importante impose un contrôle qualité rigoureux des matières premières et des produits finis.

En définitive, Tribulus terrestris mérite une place raisonnée dans l’arsenal phytothérapeutique, à condition de distinguer clairement les indications étayées par la science de celles relevant du marketing, et d’utiliser des extraits de qualité contrôlée à des doses appropriées.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Akhtari E. et al. (2014). Tribulus terrestris for treatment of sexual dysfunction in women: randomized double-blind placebo-controlled study. DARU Journal of Pharmaceutical Sciences, 22(1), 40.

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Gauthaman K., Ganesan A.P. (2008). The hormonal effects of Tribulus terrestris and its role in the management of male erectile dysfunction – an evaluation using primates, rabbit and rat. Phytomedicine, 15(1-2), 44-54.

Kostova I., Dinchev D. (2005). Saponins in Tribulus terrestris – chemistry and bioactivity. Phytochemistry Reviews, 4(2-3), 111-137.

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Santos H.O. et al. (2021). Effects of Tribulus terrestris on sexual function: a systematic review and meta-analysis. Complementary Therapies in Medicine, 59, 102741.

Sellandi T.M. et al. (2012). Clinical study of Tribulus terrestris Linn. in oligozoospermia: a double blind study. Ayu, 33(3), 356-364.

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Tonique sexuel (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Diurétique
  • ★★☆☆☆ Tonique général

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