POLYPODE AUSTRAL

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Planche botanique Polypode austral

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le polypode austral, Polypodium cambricum L. (synonyme : Polypodium australe Fée), appartient à la famille des Polypodiaceae, ordre des Polypodiales. C’est une fougère vivace, épiphyte ou rupicole, de 15 à 50 cm de hauteur. Le rhizome est rampant, charnu, densément couvert d’écailles brun clair, à saveur sucrée caractéristique (goût de réglisse). Les frondes sont solitaires ou espacées le long du rhizome, portées par un pétiole long et glabre. Le limbe est vert vif, ovale à triangulaire-lancéolé, pennatiséqué, à segments (pennes) alternes, oblongs-lancéolés, souvent dentés ou crénelés-lobés (plus découpés que chez P. vulgare), les pennes basales étant souvent les plus longues. La texture est relativement mince, presque papyracée (contrairement au limbe coriace de P. vulgare). Les sores sont ronds, nus (sans indusie), disposés en deux rangs réguliers sur la face inférieure des pennes, jaune orangé à maturité. L’espèce est diploïde (2n = 74) et se distingue de P. vulgare (diploïde, 2n = 148, tétraploïde) par ses frondes plus larges, plus découpées, sa phénologie automnale-hivernale et ses paraphyses claviformes dans les sores.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Polypodium cambricum est une espèce méditerranéo-atlantique, répartie du Portugal à la Grèce et au Maghreb, présente aussi aux Canaries, à Madère et en Grande-Bretagne. En France, elle est surtout présente dans le Midi, l’ouest atlantique, la Corse et le sud du Massif central. L’espèce colonise les rochers ombragés, les vieux murs, les falaises calcaires, les troncs d’arbres moussus et les anfractuosités rocheuses, préférentiellement sur substrats calcaires ou basiques. Elle affectionne les micro-habitats frais et humides en hiver, tolérant une sécheresse estivale marquée grâce à la dormance de ses frondes (celles-ci apparaissent en automne, persistent en hiver et au printemps, puis se dessèchent en été). Cette phénologie inversée est caractéristique de l’espèce et la distingue de P. vulgare dont les frondes sont persistantes toute l’année. P. cambricum est thermophile et calcicole, alors que P. vulgare est plus ubiquiste et acidiphile. L’espèce appartient aux communautés sciaphiles des fentes de rochers calcaires (Asplenietea trichomanis).


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le rhizome de Polypodium cambricum contient un profil chimique caractéristique des polypodes. Les ecdystéroïdes (phytoecdysones) constituent la classe la plus remarquable : l’ecdysone (α-ecdysone) et surtout la 20-hydroxyecdysone (β-ecdysone ou ecdystérone) sont présentes à des concentrations de 0,1 à 0,5 % du poids sec, ce qui fait des polypodes l’une des sources végétales les plus riches en ecdystéroïdes. Ces composés sont des analogues structuraux de l’hormone de mue des insectes. Le rhizome contient aussi des saponines stéroïdiennes (polypodosaponines), des phloroglucides (dérivés du phloroglucinol, apparentés à ceux d’autres Polypodiaceae), des sucres simples et complexes (dont l’osladin, un saponine stéroïdienne glycosylée dont le pouvoir sucrant est environ 3 000 fois celui du saccharose), responsable du goût sucré du rhizome. Des flavonoïdes (kaempférol, quercétine), des tanins catéchiques, des acides organiques (malique, citrique) et des lipides (acides gras, stérols) complètent le profil. Les frondes contiennent des flavonoïdes glycosylés et des acides phénoliques.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

La 20-hydroxyecdysone (20-HE) est le composé pharmacologiquement le plus étudié des polypodes. Elle exerce des effets anabolisants sur le métabolisme protéique (stimulation de la synthèse protéique musculaire via la voie PI3K/Akt, sans interaction avec les récepteurs androgéniques), contribuant à l’intérêt des ecdystéroïdes en nutrition sportive. La 20-HE possède des effets hypoglycémiants (amélioration de la sensibilité à l’insuline, augmentation de la captation du glucose par les cellules musculaires) et hypolipémiants (réduction du cholestérol total et des triglycérides chez l’animal). Elle exerce des effets hépatoprotecteurs (protection contre la toxicité du CCl₄) et adaptogènes (amélioration de la résistance au stress dans des modèles murins). Les saponines (polypodosaponines) sont responsables de l’effet purgatif traditionnel par irritation modérée de la muqueuse intestinale et stimulation de la sécrétion biliaire (effet cholagogue). L’osladin active les récepteurs gustatifs du sucré (récepteur T1R2/T1R3) sans apport calorique. Les phloroglucides possèdent une activité antihelminthique en perturbant le métabolisme énergétique des parasites (inhibition de la phosphofructokinase).


Propriétés thérapeutiques documentées

(1) Effet purgatif doux et cholagogue : les saponines stéroïdiennes stimulent la sécrétion biliaire et exercent une action laxative modérée, confirmée par l’usage plurimillénaire. (2) Effet vermifuge : les phloroglucides et les saponines possèdent une activité antihelminthique, bien que la fougère mâle (Dryopteris filix-mas) soit plus puissante pour cet usage. (3) Effet anabolisant : la 20-hydroxyecdysone stimule la synthèse protéique musculaire dans des modèles animaux et des études humaines préliminaires. (4) Effet hépatoprotecteur : la 20-HE protège les hépatocytes contre les toxiques dans des modèles animaux. (5) Effet hypoglycémiant et hypolipémiant : démontré chez l’animal, avec des données préliminaires encourageantes chez l’homme. (6) Effet adaptogène : amélioration de la résistance au stress et de la performance physique. L’espèce ne fait l’objet d’aucune monographie officielle.


Indications en phytothérapie clinique

En phytothérapie traditionnelle, le rhizome de polypode est utilisé comme laxatif doux et cholagogue dans la constipation habituelle et les troubles hépatobiliaires fonctionnels. Son usage comme vermifuge est obsolète, des antihelminthiques plus efficaces étant disponibles. Les ecdystéroïdes des polypodes sont commercialisés sous forme de compléments alimentaires à visée anabolisante (tonification musculaire, récupération sportive), adaptogène et métabolique. L’osladin et les composés sucrés du rhizome font l’objet de recherches en édulcoration naturelle. En phytothérapie contemporaine, les polypodes restent des plantes secondaires, dépassées par des laxatifs mieux standardisés. Le rhizome entre dans certains mélanges d’herboristerie pour tisanes « digestives » et « hépatiques ». L’usage alimentaire du rhizome comme édulcorant naturel est anecdotique.


VI. DONNÉES CLINIQUES

La recherche récente sur les polypodes se concentre sur les ecdystéroïdes. Un essai clinique randomisé en double aveugle (2019) a montré que la supplémentation en 20-hydroxyecdysone (800 mg/j pendant 10 semaines) augmentait significativement la masse musculaire maigre et la force musculaire chez des jeunes hommes entraînés en résistance, comparablement à de faibles doses de stéroïdes anabolisants. Des études de métabolomique ont identifié les métabolites circulants de la 20-HE chez l’homme (14-deoxy-20-HE, poststerone). Des travaux sur l’osladin et les polypodosaponines explorent leur potentiel comme édulcorants naturels non caloriques. Des études de biologie moléculaire ont élucidé la voie de biosynthèse des ecdystéroïdes chez les plantes (voie du mévalonate, cyclisation du squalène en cycloartanol puis modifications du noyau stéroïdien). La phylogénomique du complexe Polypodium vulgare s. l. clarifie les relations entre les espèces diploïdes (P. cambricum, P. vulgare s. str.) et les tétraploïdes hybridogènes (P. interjectum). Des recherches en écologie épiphyte étudient le rôle des polypodes comme réservoirs d’humidité et d’invertébrés dans la canopée forestière.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Ecdystéroïdes Métabolite Constituant
Ecdysone Métabolite Constituant
20-hydroxyecdysone Métabolite Constituant
Saponines stéroïdiennes Saponine Constituant tensioactif
Phloroglucides Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Décoction de rhizome séché : 5 à 10 g pour 500 mL d’eau, faire bouillir 10 à 15 min ; 2 à 3 tasses/jour (laxatif doux, cholagogue). Poudre de rhizome : 2 à 4 g/jour en gélules ou mélangée à du miel. Teinture-mère (rhizome frais, 1:5, éthanol 45 %) : 30 à 50 gouttes, 2 à 3 fois/jour. Extrait sec standardisé en 20-hydroxyecdysone (complément alimentaire) : 100 à 500 mg/jour (apportant 50-250 mg de 20-HE). Rhizome mâché (usage traditionnel) : un fragment de rhizome frais mâché comme friandise sucrée (enfants). La cure laxative ne doit pas excéder 1 à 2 semaines. L’usage des compléments de 20-HE suit les recommandations du fabricant, généralement en cures de 4 à 8 semaines.


IX. TOXICOLOGIE

Le rhizome de polypode est contre-indiqué en cas d’obstruction des voies biliaires (lithiase biliaire symptomatique) en raison de son effet cholagogue. L’usage est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement (données insuffisantes, effet cholagogue et laxatif). Les saponines peuvent irriter la muqueuse gastro-intestinale à haute dose, provoquant nausées et diarrhée. Les patients sous hypoglycémiants doivent être vigilants en cas de supplémentation en 20-hydroxyecdysone (effet additif sur la glycémie). L’automédication vermifuge avec les polypodes est fortement déconseillée (efficacité insuffisante et risque de retard diagnostique). La confusion avec d’autres fougères potentiellement toxiques (fougère mâle) doit être évitée ; l’identification botanique doit être certaine.


Interactions médicamenteuses

La 20-hydroxyecdysone ne se lie pas aux récepteurs androgéniques, estrogéniques ou glucocorticoïdes humains et n’interagit pas avec les traitements hormonaux. Cependant, son effet hypoglycémiant peut potentialiser les antidiabétiques oraux et l’insuline. L’effet cholagogue des saponines peut accélérer l’élimination biliaire de certains médicaments métabolisés par voie hépatique. L’effet laxatif peut réduire l’absorption de médicaments oraux par accélération du transit. Les tanins peuvent réduire l’absorption du fer et de certains médicaments (espacer les prises de 2 heures). Aucune interaction via les cytochromes P450 n’est documentée pour les constituants du polypode aux doses thérapeutiques. Les compléments alimentaires à base de 20-HE n’ont pas fait l’objet d’études d’interactions formelles.


Toxicologie

La toxicité du polypode est faible. Le rhizome est consommé depuis des millénaires sans intoxication grave rapportée. La DL50 de la 20-hydroxyecdysone chez le rat dépasse 6 000 mg/kg par voie orale (extrêmement faible toxicité). Les études de toxicité subchronique de la 20-HE (90 jours, 500 mg/kg/j chez le rat) ne montrent pas de toxicité significative. Les tests de génotoxicité sont négatifs. Les effets indésirables à doses élevées de rhizome se limitent à des troubles gastro-intestinaux (nausées, diarrhée, crampes) liés aux saponines. La 20-HE ne présente pas d’effets androgéniques, estrogéniques ou virilisants chez l’homme aux doses étudiées (jusqu’à 800 mg/jour). L’Agence mondiale antidopage (AMA) a inscrit la 20-HE sur sa liste de surveillance (monitoring program) en raison de ses effets anabolisants potentiels, sans l’interdire à ce jour. Les phloroglucides des polypodes sont moins toxiques que ceux de la fougère mâle (filicine, acide filicique), qui peuvent provoquer une hépatotoxicité sévère.


X. USAGES HISTORIQUES

Les polypodes sont utilisés en médecine depuis l’Antiquité. Dioscoride et Théophraste mentionnent le polypodion comme purgatif doux et vermifuge. Le rhizome, à saveur sucrée et réglissée, était mâché par les enfants comme friandise dans les campagnes européennes. Les usages traditionnels des polypodes (souvent sans distinction d’espèce) incluaient : purgatif léger et cholagogue (décoction de rhizome), vermifuge (contre les vers intestinaux, notamment les ténias), expectorant (affections bronchiques), et diurétique. Au Moyen Âge, le polypode figurait parmi les « simples » recommandés par l’école de Salerne pour purger la bile et traiter la mélancolie. Hildegarde de Bingen le prescrivait contre les troubles hépatiques et la goutte. Le rhizome entrait dans la composition de l’électuaire diacatholickon et d’autres préparations purgatives des anciennes pharmacopées. En cuisine populaire méditerranéenne, le rhizome séché et réduit en poudre servait d’édulcorant naturel. Les frondes, réputées antiparasitaires, étaient placées dans les literies pour éloigner les punaises.


Conservation et culture

Polypodium cambricum n’est pas menacé à l’échelle mondiale, mais certaines populations sont en régression locale en raison de la destruction des vieux murs, de l’exploitation des falaises et de l’urbanisation. L’espèce n’est pas protégée réglementairement en France. La culture est possible dans des rocailles ombragées, sur des murs ou des troncs d’arbres, en substrat calcaire bien drainé, humifère, maintenu frais en hiver. La multiplication se fait par division de rhizome au printemps ou en automne, ou par semis de spores (technique plus délicate : spores semées sur substrat stérile humide, à la lumière, en atmosphère saturée d’humidité ; germination en 4 à 8 semaines, développement du prothalle puis de la jeune fougère en 6 à 12 mois). De nombreux cultivars ornementaux de P. cambricum existent, sélectionnés pour leurs frondes élégamment découpées (‘Cambricum’, ‘Cristatum’, ‘Omnilacerum’). La plante convient aux jardins d’ombre, aux murs végétalisés et aux rocailles calcaires humides.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

POLYPODE AUSTRAL présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e éd. Paris : Lavoisier Tec & Doc ; 2016.
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Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Mèze : Biotope ; 2014.
Prelli R. Les Fougères et plantes alliées de France et d’Europe occidentale. Paris : Belin ; 2001.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Diurétique (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Laxatif
  • ★★☆☆☆ Cholagogue

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