
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
La renouée liseron, Fallopia convolvulus (L.) Á. Löve (synonymes : Polygonum convolvulus L., Bilderdykia convolvulus (L.) Dumort.), appartient à la famille des Polygonaceae. C’est une plante herbacée annuelle volubile de 20 à 120 cm, à tige grêle, anguleuse, ramifiée, s’enroulant autour des supports dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Les feuilles sont alternes, sagittées (en forme de fer de flèche), à oreillettes basales aiguës, longues de 2 à 6 cm, à pétiole aussi long que le limbe. L’ochréa (gaine stipulaire caractéristique des Polygonacées) est membraneuse, tronquée, non ciliée. Les fleurs sont petites (3-4 mm), groupées en fascicules axillaires ou en racèmes terminaux lâches, à périanthe de 5 tépales verdâtres à marge blanchâtre, non ailés sur le fruit (caractère distinctif de F. dumetorum qui a les tépales externes ailés). Les 8 étamines sont incluses. Le fruit est un akène trigone, noir, mat, de 3 à 4 mm, entouré par le périanthe persistant. Le système racinaire est pivotant, peu profond. L’espèce est diploïde (2n = 40). La plante ressemble superficiellement au liseron des haies (Calystegia sepium), d’où son nom vernaculaire, mais s’en distingue par ses feuilles sagittées (non cordiformes) et ses petites fleurs verdâtres (non blanches en entonnoir).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Fallopia convolvulus est une espèce eurasiatique, probablement originaire d’Asie centrale, aujourd’hui subcosmopolite dans les régions tempérées. En France, elle est très commune dans toutes les régions, du niveau de la mer à 1 500 m d’altitude. Elle colonise les cultures (céréales, pommes de terre, betteraves, cultures maraîchères), les jardins, les friches, les décombres, les bords de route et les terrains vagues. L’espèce est nitrophile, messicole (adventice des cultures) et mésophile, préférant les sols meubles, moyennement fertiles à riches, neutres à légèrement acides, frais mais bien drainés. Elle est héliophile à semi-héliophile. La germination a lieu au printemps (mars-mai), la floraison de juin à octobre et la fructification d’août à novembre. La banque de graines dans le sol est persistante (viabilité de 5 à 10 ans). L’espèce est une adventice importante des cultures de printemps et d’été, pouvant provoquer la verse des céréales par son port volubile. Elle appartient aux communautés adventices du Polygono-Chenopodietalia.
III. PARTIES UTILISÉES
Parties aériennes (usage traditionnel).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La composition chimique de Fallopia convolvulus est modérément étudiée. Les parties aériennes contiennent des flavonoïdes : quercétine, kaempférol, myricétine et leurs glycosides, ainsi que des flavanones et des flavanonols. Des acides phénoliques sont présents : acide chlorogénique, acide caféique, acide gallique, acide protocatéchique. Des tanins catéchiques et galliques (2-5 % MS) confèrent une astringence. Des anthraquinones (émodine, chrysophanol) sont présentes en faible quantité, comme chez d’autres Polygonacées (genre Rumex, Rheum). Des stilbènes apparentés au resvératrol pourraient être présents par analogie avec d’autres espèces du genre Fallopia (F. japonica est une source majeure de resvératrol). Les graines contiennent de l’amidon (60-70 % MS), des protéines (10-15 %), des lipides (2-3 %) et des fibres. Des acides organiques (oxalique, malique) sont présents dans les feuilles. La plante contient des minéraux (potassium, calcium, fer) et des vitamines (C, K₁). Des oxalates de calcium sont présents, comme chez la plupart des Polygonacées.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Les données pharmacologiques spécifiques à Fallopia convolvulus sont limitées. Les flavonoïdes (quercétine, kaempférol) exercent des effets antioxydants bien caractérisés (piégeage des radicaux libres, chélation des métaux, inhibition de la peroxydation lipidique), anti-inflammatoires (inhibition de la COX-2, du NF-κB, des cytokines pro-inflammatoires) et vasoprotecteurs. Les tanins exercent un effet astringent par précipitation des protéines des muqueuses, justifiant l’usage antidiarrhéique traditionnel des Polygonacées. Les anthraquinones, si présentes en quantité suffisante, pourraient exercer un faible effet laxatif stimulant. L’acide gallique possède des propriétés antimicrobiennes (bactériostatiques) et antiprolifératives. Les oxalates n’ont pas d’effet thérapeutique et constituent un facteur antinutritionnel (chélation du calcium, contribution à la lithiase rénale oxalique). Si des stilbènes (resvératrol) étaient confirmés chez F. convolvulus, ils apporteraient des propriétés cardioprotectrices et anti-âge supplémentaires.
Propriétés thérapeutiques documentées
Les propriétés thérapeutiques de Fallopia convolvulus ne sont documentées par aucune étude clinique ni préclinique spécifique. Les seules données proviennent de la tradition et de l’extrapolation chimique : (1) Effet astringent : les tanins confèrent une activité astringente sur les muqueuses (diarrhées légères). (2) Effet diurétique léger : rapporté dans la tradition populaire, attribuable aux flavonoïdes et au potassium. (3) Effet antioxydant : les polyphénols confèrent une capacité antioxydante mesurable in vitro. L’espèce ne fait l’objet d’aucune monographie officielle et n’est mentionnée dans aucune pharmacopée.
Indications en phytothérapie clinique
La renouée liseron ne possède aucune indication reconnue en phytothérapie clinique. Elle n’est pas prescrite ni commercialisée comme plante médicinale. Ses usages traditionnels (diurétique, astringent) sont anecdotiques et n’ont pas été repris par la phytothérapie moderne. D’autres Polygonacées (renouée bistorte, renouée des oiseaux, patience) sont préférées pour les mêmes indications en raison de leur meilleure documentation et de leur disponibilité en herboristerie. L’intérêt de l’espèce est essentiellement agronomique (adventice majeure des cultures) et écologique (composante des communautés adventices).
VI. DONNÉES CLINIQUES
La recherche sur Fallopia convolvulus est principalement agronomique, centrée sur la biologie de l’adventice et son contrôle. Des études de dynamique des populations quantifient les pertes de rendement causées par l’espèce dans les cultures de céréales (5 à 15 % de perte de rendement pour des densités de 20 à 50 plantes/m²). Des travaux sur la résistance aux herbicides montrent l’apparition de populations résistantes aux auxines de synthèse (2,4-D, MCPA) dans certaines régions céréalières. Des études de génétique des populations utilisant des marqueurs moléculaires montrent une diversité génétique élevée au sein des populations adventices, reflétant un flux de graines important via les semences de céréales contaminées. Des recherches phytochimiques sur le genre Fallopia se concentrent sur F. japonica (source industrielle de resvératrol), mais quelques études explorent le potentiel polyphénolique de F. convolvulus. Des travaux d’écologie fonctionnelle montrent que la renouée liseron modifie la structure de la canopée des cultures en s’enroulant autour des tiges, provoquant la verse et modifiant le microclimat de la parcelle.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Flavonoïdes | Flavonoïde | Antioxydant, anti-inflammatoire |
| Kaempférol | Métabolite | Constituant |
| Myricétine | Métabolite | Constituant |
| Flavanonols | Métabolite | Constituant |
| Acides phénoliques | Métabolite | Constituant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Aucune posologie officielle n’existe pour Fallopia convolvulus. Les usages traditionnels rapportés correspondaient à : Infusion de parties aériennes : 2 à 4 g pour 250 mL d’eau, infuser 10 min ; 2 tasses/jour (diurétique, astringent). Farine de graines (usage alimentaire de survie) : graines décortiquées, séchées, moulues, mélangées à de la farine de céréales pour la confection de pain ou de bouillie. Ces usages sont purement historiques et ne constituent pas des recommandations thérapeutiques.
IX. TOXICOLOGIE
La teneur en acide oxalique (oxalates) impose une prudence chez les personnes souffrant de lithiase rénale oxalique, de goutte ou d’hyperoxalurie. L’usage est déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement (absence de données). Les anthraquinones, si présentes en quantité significative, contre-indiquent l’usage chez les patients atteints de maladies inflammatoires intestinales. La récolte dans les cultures traitées par des herbicides est évidemment dangereuse. Les oxalates peuvent former des cristaux irritants pour les muqueuses buccales et digestives en cas de consommation excessive de plante fraîche.
Interactions médicamenteuses
Les oxalates réduisent l’absorption du calcium alimentaire et médicamenteux par formation d’oxalate de calcium insoluble. Les tanins peuvent réduire l’absorption du fer médicamenteux, des alcaloïdes et de certains antibiotiques (espacer de 2 heures). Les anthraquinones, si présentes, pourraient accélérer le transit et réduire l’absorption de médicaments oraux. Les flavonoïdes (quercétine) sont de faibles inhibiteurs du CYP3A4 et de la P-gp in vitro, sans pertinence clinique. Le risque d’interactions est considéré comme très faible.
Toxicologie
Fallopia convolvulus n’est pas considérée comme une plante toxique, mais sa teneur en oxalates impose une modération. L’ingestion de grandes quantités de plante fraîche pourrait théoriquement provoquer une irritation gastro-intestinale (oxalates) et une hypocalcémie transitoire. Aucun cas d’intoxication humaine n’est rapporté dans la littérature. La plante est consommée par le bétail sans effet toxique notable, bien que les Polygonacées riches en oxalates puissent provoquer des troubles rénaux chez les moutons en cas de consommation massive. Les graines sont consommées par les oiseaux granivores sans dommage. La plante ne contient pas d’alcaloïdes, de glycosides cardiotoxiques ni de composés cyanogénétiques.
X. USAGES HISTORIQUES
La renouée liseron est une plante commensale de l’agriculture depuis le Néolithique, ses graines ayant été retrouvées dans des sites archéologiques datant de l’Âge du Bronze. Elle n’a pas fait l’objet d’usages médicinaux importants, son intérêt étant principalement agronomique (adventice). Cependant, quelques sources ethnobotaniques mentionnent des usages populaires limités. Les graines, riches en amidon, ont été utilisées en alimentation de survie dans certaines régions d’Europe du Nord et de Russie, moulues en farine grossière. En médecine populaire russe et scandinave, l’infusion de parties aériennes était occasionnellement utilisée comme diurétique léger et astringent. Les Polygonacées en général (renouées, rumex, sarrasin) ont une longue histoire d’utilisation alimentaire et médicinale. La renouée liseron, moins spectaculaire que la renouée du Japon ou la renouée bistorte, est restée marginale dans les usages traditionnels. Son nom de « black bindweed » en anglais souligne sa nature de mauvaise herbe volubile.
Conservation et culture
Fallopia convolvulus ne présente aucun enjeu de conservation. C’est une adventice très commune, en expansion dans les agrosystèmes, classée « Préoccupation mineure » (LC). Elle n’est pas cultivée volontairement et fait l’objet de stratégies de lutte chimique et mécanique dans les cultures. La gestion repose sur le labour (enfouissement des graines), les faux-semis, les herbicides de pré- et post-levée (produits auxiniques, sulfonylurées), le désherbage mécanique (binage, herse étrille) et les rotations culturales. La banque de graines dans le sol étant persistante (5-10 ans), une vigilance continue est nécessaire. La plante est un hôte alternatif pour certains ravageurs des cultures (pucerons, nématodes) et des maladies fongiques (rouilles). La récolte des graines pour l’alimentation humaine est historiquement documentée mais n’est plus pratiquée.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
RENOUÉE LISERON présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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Oerke E.C. Crop losses to pests. Journal of Agricultural Science. 2006;144(1):31-43.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Diurétique (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Astringent
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
- ★★☆☆☆ Laxatif