
Aloe vera — Aloe vera (L.) Burm.f.
L’aloe vera est l’une des plantes médicinales les plus anciennement connues et les plus largement utilisées au monde. Présente dans les pharmacopées de civilisations aussi éloignées que l’Égypte pharaonique, la Grèce antique, l’Inde et la Chine, elle continue de faire l’objet d’un usage thérapeutique et cosmétique considérable, soutenu par une industrie mondiale pesant plusieurs milliards de dollars. La plante fournit deux drogues pharmacologiquement distinctes : le latex (suc) jaune amer, riche en aloïne (barbaloïne), puissant laxatif stimulant, et le gel (mucilage) incolore et visqueux du parenchyme foliaire, riche en acémannane, aux propriétés cicatrisantes, hydratantes et immunomodulatrices. Cette dualité pharmacologique impose une rigueur dans la distinction des préparations et de leurs indications.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Aloe vera (L.) Burm.f. appartient à la famille des Asphodelaceae (anciennement Liliaceae sensu lato ou Aloaceae), sous-famille des Asphodeloideae. Le genre Aloe est l’un des plus vastes de cette famille, comprenant plus de 500 espèces, principalement distribuées en Afrique et à Madagascar.
Classification systématique :
- Règne : Plantae
- Sous-règne : Tracheobionta
- Division : Magnoliophyta
- Classe : Liliopsida
- Sous-classe : Liliidae
- Ordre : Asparagales
- Famille : Asphodelaceae
- Sous-famille : Asphodeloideae
- Genre : Aloe
- Espèce : Aloe vera (L.) Burm.f.
La nomenclature de cette espèce a été longtemps débattue. Le basionyme est Aloe perfoliata var. vera L. (1753). La combinaison Aloe vera (L.) Burm.f. a été publiée en 1768. Le nom Aloe barbadensis Mill. (1768) est un synonyme fréquemment utilisé dans la littérature commerciale. D’autres synonymes incluent Aloe vulgaris Lam., Aloe indica Royle et Aloe chinensis Steud.
Le nom générique Aloe dérive probablement de l’arabe alloeh ou de l’hébreu ahalim, signifiant « amer », en référence à la saveur du latex. L’épithète vera (« vrai ») distingue cette espèce des nombreuses autres aloès médicinaux.
Il convient de distinguer Aloe vera des autres espèces officinales du genre, notamment Aloe ferox Mill. (aloès du Cap), espèce sud-africaine fournissant un latex de qualité comparable, inscrite à la Pharmacopée européenne sous le nom de Aloe capensis.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Aloe vera est une plante vivace succulente, acaule ou à tige courte, atteignant 60 à 100 centimètres de hauteur, formant des rosettes basales denses.
Appareil végétatif. La tige est très courte, ligneuse, souvent enfouie dans le sol ou dressée de quelques centimètres seulement. Elle porte à son sommet une rosette de 15 à 30 feuilles charnues, disposées en spirale. Les feuilles sont sessiles, lancéolées, dressées à étalées, longues de 40 à 60 centimètres, larges de 6 à 10 centimètres à la base, épaisses de 1,5 à 3 centimètres. Elles sont de couleur vert grisâtre à vert glauque, parfois maculées de taches blanchâtres chez les jeunes plants (qui disparaissent avec l’âge dans les populations cultivées). La surface est lisse, légèrement concave sur la face supérieure, convexe sur la face inférieure. La marge porte des dents cartilagineuses triangulaires, espacées de 1 à 2 centimètres, de couleur blanchâtre à rosâtre, longues de 2 à 3 millimètres.
La coupe transversale d’une feuille révèle trois tissus distincts d’importance pharmacologique :
- L’épiderme externe (cuticule épaisse et chlorenchyme) : couche protectrice coriace.
- Les cellules péricycliques (ou canaux laticifères) : situées immédiatement sous l’épiderme, elles contiennent le latex jaune amer, riche en anthraquinones.
- Le parenchyme de réserve (mésophylle aquifère) : tissu central constitué de grandes cellules mucilaginneuses gorgées d’un gel translucide et visqueux. Ce gel constitue la majeure partie du volume foliaire (65-80 %).
La plante se multiplie abondamment par rejets (drageons) issus de la base de la rosette mère.
Appareil reproducteur. L’inflorescence est un racème simple, dense, cylindrique, long de 30 à 50 centimètres, porté par une hampe florale dressée de 60 à 100 centimètres de hauteur, partant du centre de la rosette. Les fleurs sont pendantes, tubulaires, longues de 25 à 35 millimètres, de couleur jaune vif à orangée. Le périanthe est formé de 6 tépales soudés à la base en un tube cylindrique. Les étamines sont au nombre de 6, légèrement exsertes. L’ovaire est supère, triloculaire, surmonté d’un style filiforme. La pollinisation est assurée par les oiseaux (ornithophilie) et les insectes dans les régions d’origine. Le fruit est une capsule loculicide oblongue contenant de nombreuses graines noires, ailées. La floraison est rare dans de nombreuses régions de culture.
Écologie et répartition géographique
L’origine géographique exacte d’Aloe vera fait l’objet de discussions. L’espèce est probablement originaire de la péninsule Arabique (Oman, Yémen) et de la Corne de l’Afrique (Somalie, Éthiopie, Soudan). Elle a été introduite et naturalisée très anciennement dans le bassin méditerranéen, les îles de Macaronésie (Canaries), l’Inde, l’Asie du Sud-Est, les Antilles et l’Amérique tropicale.
Aujourd’hui, Aloe vera est cultivée commercialement dans toutes les régions tropicales, subtropicales et méditerranéennes : Mexique (premier producteur mondial), République dominicaine, Venezuela, États-Unis (Texas, Floride), Costa Rica, Guatemala, Inde, Chine, Thaïlande, Australie, Afrique du Sud, Espagne (Canaries, Andalousie), Italie, Grèce.
L’espèce est remarquablement adaptée aux conditions arides et semi-arides. Son métabolisme de type CAM (Crassulacean Acid Metabolism) lui permet de fixer le CO2 nocturne en réduisant les pertes en eau par transpiration diurne. Elle tolère des températures de 10 à 45 °C (optimum 20-30 °C), une pluviométrie aussi faible que 200 millimètres par an (grâce à ses réserves hydriques foliaires) et des sols pauvres, sableux ou caillouteux, bien drainés. Elle ne supporte pas le gel prolongé (mort des tissus en dessous de -2 °C) ni l’engorgement hydrique (pourriture des racines). Le pH optimal du sol est de 6,0 à 8,0.
Aloe vera est une espèce pionnière des milieux perturbés, des falaises côtières, des pentes rocheuses et des terrains vagues dans ses régions de naturalisation. Elle est considérée comme potentiellement invasive dans certains écosystèmes insulaires tropicaux.
Écologie, conservation et culture
Aloe vera est une espèce cultivée à très grande échelle et ne présente aucun problème de conservation. En revanche, de nombreuses autres espèces du genre Aloe sont menacées d’extinction dans leur habitat naturel en raison de la destruction de leur habitat, de la surexploitation et du changement climatique. Le genre Aloe est inscrit à l’Annexe II de la CITES (à l’exception d’A. vera, qui en est exemptée en raison de son statut cultivé).
La culture d’Aloe vera est relativement simple et peu exigeante. La multiplication est presque exclusivement végétative, par séparation des rejets de la rosette mère. Les rejets sont repiqués directement en plein champ ou en pot, à un espacement de 50 à 80 centimètres. La plante nécessite peu d’irrigation (sauf en milieu très aride), pas de fertilisation intensive et très peu de traitements phytosanitaires. Les principaux problèmes sont les pourritures racinaires en sol mal drainé et les cochenilles.
La première récolte de feuilles intervient 18 à 24 mois après la plantation. Les feuilles les plus basses et les plus matures sont prélevées manuellement, 3 à 4 fois par an. Un plant mature produit 3 à 5 kilogrammes de feuilles par an. La durée de vie productive d’une plantation est de 4 à 6 ans.
La transformation industrielle du gel nécessite un processus rapide (dans les 6 heures suivant la récolte) pour préserver l’intégrité des polysaccharides et des enzymes. Le fileting (retrait de l’épiderme et du latex) est suivi d’une homogénéisation, d’une filtration et d’une stabilisation (pasteurisation à basse température, lyophilisation ou ajout de conservateurs naturels).
III. PARTIES UTILISÉES
Deux drogues pharmacologiquement distinctes sont obtenues à partir des feuilles :
Latex d’aloès (suc d’aloès)
Le latex (Aloe, Aloes) est le suc jaune-brun obtenu par incision transversale des feuilles, qui s’écoule spontanément des cellules péricycliques. Il est recueilli, concentré par évaporation et séché pour donner une masse vitreuse, brun-noir, translucide, à cassure conchoïdale, d’odeur caractéristique et de saveur intensément amère. C’est la drogue inscrite à la Pharmacopée européenne sous le nom Aloe barbadensis (de A. vera) ou Aloe capensis (de A. ferox). La Pharmacopée européenne exige une teneur minimale de 28 % d’hydroxyanthracènes totaux calculés en barbaloïne.
Gel d’aloès (mucilage)
Le gel (Aloe vera gel) est le mucilage translucide et incolore extrait du parenchyme aquifère central des feuilles, après élimination soigneuse de l’épiderme et du latex. Il est constitué à 98-99 % d’eau et contient des polysaccharides (principalement l’acémannane), des glycoprotéines, des vitamines, des minéraux et des enzymes. Le gel est utilisé frais ou stabilisé (pasteurisation, lyophilisation, ajout de conservateurs). Il n’existe pas de monographie spécifique dans la Pharmacopée européenne pour le gel, mais des normes de qualité sont définies par l’International Aloe Science Council (IASC).
La distinction entre ces deux drogues est fondamentale car elles ont des compositions chimiques et des activités pharmacologiques radicalement différentes. La contamination du gel par le latex (présence d’anthraquinones) est un problème de qualité fréquent qui peut entraîner des effets laxatifs indésirables.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Composés du latex (anthraquinones)
Le latex contient principalement des dérivés anthracéniques de type C-glycosides d’anthrone :
- Aloïne A et B (barbaloïne) — composés majoritaires, représentant 25 à 40 % de la masse sèche du latex. Ce sont des C-glucosides de l’aloé-émodol anthrone. L’aloïne A (10-glucosyl-aloé-émodol anthrone) et l’aloïne B (diastéréoisomère) constituent le principal marqueur analytique et le précurseur de la forme active laxative.
- Aloinoside A et B — rhamnosylglucosides de l’aloïne.
- Aloé-émodine (anthraquinone libre) — présente en faible quantité, métabolite actif formé par hydrolyse bactérienne colique de l’aloïne.
- Chrysophanol, aloeresine A (aloesone 2′-O-glucoside), aloésine (aloesone 8-C-glucoside).
- Chromones : aloesone, aloeresines — composés phénoliques contributifs au profil antioxydant.
Composés du gel (polysaccharides et autres)
- Acémannane (acemannan) — polysaccharide de haut poids moléculaire constitué de résidus mannose acétylés liés en bêta-(1→4), avec des ramifications de galactose et de glucose. C’est le composé bioactif majeur du gel, représentant 0,5 à 1 % de la masse sèche. Il possède des propriétés immunomodulatrices, cicatrisantes et antivirales.
- Glucomannanes et galactomannanes — polysaccharides de poids moléculaire variable.
- Pectines, hémicelluloses, glucuronanes.
- Glycoprotéines : alprogène (antiallergique), aloctin A (immunomodulateur).
- Enzymes : lipase, amylase, catalase, peroxydase, carboxypeptidase, bradykinase (anti-inflammatoire), superoxyde dismutase.
- Vitamines : A (bêta-carotène), C (acide ascorbique), E (alpha-tocophérol), B1, B2, B3, B6, B9, B12 (en traces).
- Minéraux : calcium, magnésium, zinc, chrome, sélénium, sodium, potassium, manganèse, cuivre, fer.
- Acides aminés : 20 acides aminés dont 7 essentiels.
- Acides organiques : acide salicylique, acide gamma-linolénique.
- Stérols : lupéol, cholestérol, campestérol, bêta-sitostérol.
- Saponines : substances tensioactives aux propriétés antiseptiques.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité laxative (latex)
L’aloïne, prodrogue inactive, est hydrolysée par les bêta-glucosidases de la flore bactérienne colique en aloé-émodine anthrone, la forme pharmacologiquement active. Ce métabolite agit par deux mécanismes complémentaires :
- Effet sécrétoire : stimulation de la sécrétion active d’eau et d’électrolytes (chlorure, potassium) dans la lumière colique par inhibition de l’absorption d’eau et de sodium au niveau des entérocytes. Ce mécanisme implique l’ouverture des canaux chlorure et l’inhibition de la Na+/K+-ATPase basolatérale.
- Effet moteur : stimulation de la motricité colique par augmentation de la production locale de prostaglandines (PGE2) et de monoxyde d’azote, et par stimulation directe des plexus nerveux myentériques (plexus d’Auerbach).
L’effet laxatif survient 8 à 12 heures après l’ingestion, correspondant au temps de transit jusqu’au côlon et à l’hydrolyse bactérienne.
Activité cicatrisante et anti-inflammatoire (gel)
Le gel d’Aloe vera accélère la cicatrisation cutanée par de multiples mécanismes :
- Stimulation de la prolifération des fibroblastes et de la synthèse de collagène par l’acémannane et les glycoprotéines.
- Augmentation de la néovascularisation au niveau du tissu de granulation.
- Stimulation de la migration kératinocytaire et de la ré-épithélialisation.
- Activité anti-inflammatoire par inhibition de la cyclo-oxygénase et de la thromboxane synthase par les stérols et l’acide salicylique.
- Activité antioxydante locale par les vitamines C et E, les glutathion peroxydases et la superoxyde dismutase.
- Activité antibactérienne modérée par les saponines et l’acide salicylique.
La bradykinase contenue dans le gel hydrolyse la bradykinine, médiateur de la douleur et de l’inflammation, contribuant à l’effet analgésique local.
Activité immunomodulatrice (gel)
L’acémannane est un puissant activateur des macrophages : il se lie aux récepteurs mannose des macrophages, induisant la libération d’IL-1, d’IL-6, de TNF-α et d’interféron-gamma. Il stimule également la production de monoxyde d’azote macrophagique et l’activité des cellules NK. Ces propriétés immunostimulantes ont été exploitées en médecine vétérinaire (traitement du fibrosarcome félin).
Activité antivirale (gel)
L’acémannane possède une activité antivirale démontrée in vitro contre le VIH-1, les virus de l’herpès simplex (HSV-1, HSV-2), le virus de la grippe et le virus de la rougeole. Le mécanisme implique l’inhibition de la glycosylation des protéines d’enveloppe virale et la stimulation de la réponse immune antivirale.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Brûlures et cicatrisation cutanée
Une méta-analyse (Maenthaisong et al., 2007) portant sur 4 essais cliniques contrôlés (371 patients) a conclu que l’application topique de gel d’Aloe vera accélérait significativement la cicatrisation des brûlures du premier et du second degré superficiel, avec une réduction du temps de cicatrisation d’environ 9 jours par rapport aux traitements conventionnels (vaseline, gaze argentique).
Plusieurs essais cliniques ont également montré un bénéfice dans la cicatrisation des plaies chirurgicales, des escarres et des fissures anales.
Dermatite de radiothérapie
Les résultats cliniques sont contradictoires. Certains essais ont montré un bénéfice de l’application de gel d’aloe vera pour prévenir ou traiter la dermatite induite par la radiothérapie, tandis que d’autres n’ont pas retrouvé de supériorité par rapport à une crème aqueuse neutre.
Psoriasis
Syed et al. (1996) ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 60 patients atteints de psoriasis en plaques léger à modéré, montrant qu’une crème à 0,5 % d’extrait de gel d’Aloe vera, appliquée 3 fois par jour pendant 4 semaines, induisait une guérison complète ou une amélioration significative chez 83,3 % des patients contre 6,6 % sous placebo.
Constipation (latex)
L’efficacité laxative du latex d’aloès est reconnue cliniquement et inscrite dans les pharmacopées. L’effet est dose-dépendant et survient en 8 à 12 heures. La posologie laxative est de 10 à 30 mg d’hydroxyanthracènes par jour (correspondant à 20 à 60 mg de latex). Un usage prolongé au-delà de 1 à 2 semaines est déconseillé.
Diabète de type 2
Plusieurs essais cliniques de petite taille ont suggéré un effet hypoglycémiant modéré du gel ou du latex d’Aloe vera chez des patients diabétiques de type 2, avec une réduction de la glycémie à jeun et de l’hémoglobine glyquée. Cependant, la qualité méthodologique de ces essais est insuffisante pour établir une recommandation thérapeutique.
Colite ulcéreuse
Un essai randomisé en double aveugle (Langmead et al., 2004) sur 44 patients atteints de colite ulcéreuse légère à modérée a montré qu’une prise orale de gel d’Aloe vera (100 ml, 2 fois par jour pendant 4 semaines) induisait une réponse clinique chez 47 % des patients contre 14 % sous placebo.
Indications thérapeutiques retenues
Gel (usage topique)
- Brûlures superficielles (1er et 2e degré superficiel) : niveau de preuve B
- Cicatrisation des plaies cutanées mineures : niveau de preuve B
- Psoriasis en plaques léger à modéré : niveau de preuve B (un essai)
- Hydratation et protection cutanée : usage cosmétique reconnu
Gel (usage oral)
- Colite ulcéreuse légère à modérée (adjuvant) : niveau de preuve C
- Diabète de type 2 (adjuvant) : niveau de preuve C
Latex (usage oral)
- Constipation occasionnelle (usage à court terme, maximum 1 semaine) : niveau de preuve A (usage bien établi, pharmacopées)
L’EMA reconnaît l’usage bien établi du latex d’aloès comme laxatif stimulant pour le traitement à court terme de la constipation occasionnelle.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Acémannane | Polysaccharide (gel) | Immunomodulateur, cicatrisant |
| Aloïne (barbaloïne) | Anthraquinone (latex) | Laxatif stimulant |
| Polysaccharides mucilagineux | Mucilages | Émollients, hydratants |
| Composés phénoliques | Polyphénols | Antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Gel — usage topique
Gel natif stabilisé. Application directe sur la zone à traiter, 2 à 3 fois par jour. Les gels du commerce contiennent généralement 90 à 99 % de gel d’aloe vera stabilisé. Le gel frais, prélevé directement dans la feuille, peut être appliqué immédiatement.
Crèmes et pommades. Formulations contenant 10 à 70 % de gel d’aloe vera, associé à des excipients cosmétiques ou pharmaceutiques.
Gel — usage oral
Jus de gel d’aloe vera. 50 à 100 ml de gel stabilisé, 1 à 2 fois par jour. La qualité du produit est déterminante : il doit être certifié exempt d’aloïne (teneur en anthraquinones inférieure à 10 ppm selon les normes IASC).
Extrait sec de gel. Standardisé en acémannane, 200 à 400 mg par jour.
Latex — usage oral
Extrait sec de latex (aloès en poudre). Posologie laxative : 10 à 30 mg d’hydroxyanthracènes totaux par jour, soit environ 20 à 60 mg de poudre de latex titrée à 50 % d’aloïne. À prendre le soir au coucher pour un effet le lendemain matin. Commencer par la dose la plus faible et ajuster. Ne pas dépasser 1 semaine de traitement consécutif.
IX. TOXICOLOGIE
Gel
Le gel d’Aloe vera est considéré comme très bien toléré en usage topique. Les réactions allergiques sont rares (dermatite de contact, exceptionnelle). En usage oral, le gel purifié (exempt d’aloïne) est généralement bien toléré. Des cas isolés de diarrhée, de douleurs abdominales et d’hépatotoxicité ont été rapportés avec des préparations orales. L’hépatotoxicité, bien que rare, est reconnue par LiverTox (NIH) avec plus d’une dizaine de cas publiés ; elle survient en général entre 3 et 24 semaines de prise et régresssive à l’arrêt. Le lien avec les anthraquinones résiduelles est probable mais le mécanisme exact n’est pas définitivement établi.
Latex
La toxicité du latex est liée aux anthraquinones. Les effets indésirables fréquents incluent : crampes abdominales, diarrhée, coloration brune des urines (inoffensive). L’usage prolongé (supérieur à 2 semaines) peut entraîner :
- Hypokaliémie par pertes potassiques coliques, potentiellement grave (risque d’arythmie cardiaque).
- Pseudomelanosis coli : pigmentation bénigne et réversible de la muqueuse colique.
- Dépendance laxative : le côlon devient réfractaire à la stimulation, nécessitant des doses croissantes (« côlon des laxatifs »).
- Néphrotoxicité : des cas d’insuffisance rénale ont été rapportés après usage prolongé à fortes doses.
En 2002, la FDA américaine a retiré l’approbation des laxatifs stimulants à base d’aloïne en raison du manque de données de sécurité à long terme. En Europe, l’usage reste autorisé mais strictement limité à 1-2 semaines.
L’aloé-émodine a montré un potentiel génotoxique in vitro (test d’Ames positif dans certaines conditions). Toutefois, les études in vivo n’ont pas confirmé de risque carcinogène aux doses thérapeutiques. Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a classé l’extrait de feuille entière d’Aloe vera contenant de l’aloïne dans le groupe 2B (possiblement cancérogène pour l’homme) en 2016, tandis que le gel décoloré (exempt d’aloïne) n’est pas classifiable.
Contre-indications. Latex : grossesse (risque de stimulation utérine et d’hypokaliémie), allaitement, enfants de moins de 12 ans, occlusion intestinale, maladies inflammatoires intestinales en poussée, insuffisance rénale, hypokaliémie. Gel oral : grossesse (par prudence).
Interactions médicamenteuses. Le latex potentialise l’effet des digitaliques (risque d’arythmie par hypokaliémie), des diurétiques hypokaliémiants, des corticoïdes et des antiarythmiques. Il peut réduire l’absorption de médicaments administrés concomitamment par accélération du transit.
X. USAGES HISTORIQUES
L’aloès est l’une des plantes médicinales les plus anciennement documentées. Le papyrus Ebers (environ 1550 av. J.-C.), l’un des plus anciens traités médicaux connus, mentionne déjà l’usage de l’aloès pour les affections cutanées, les infections et la constipation. La légende veut que Cléopâtre ait utilisé le gel d’aloès dans ses rituels de beauté.
Dioscoride (1er siècle apr. J.-C.) décrit en détail les usages médicinaux de l’aloès dans son De Materia Medica : laxatif, cicatrisant des plaies, traitement des affections oculaires, hémostatique. Pline l’Ancien mentionne des usages similaires. L’aloès était l’une des denrées les plus précieuses du commerce antique entre l’Arabie, l’Inde et la Méditerranée.
En Ayurveda, l’aloès (kumari, « la jeune fille ») est utilisé comme tonique amer, laxatif, emménagogue, anti-inflammatoire et cicatrisant. Il est réputé équilibrer les trois doshas (Vata, Pitta, Kapha). En médecine traditionnelle chinoise, le latex d’aloès (luhui, 芦荟) est classé parmi les purgatifs, utilisé pour « purger le feu du foie » et traiter la constipation.
En médecine traditionnelle africaine, les aloès (nombreuses espèces locales) sont utilisés pour les brûlures, les plaies, les dermatoses, les parasitoses intestinales et comme répulsif contre les insectes. À Madagascar, Aloe spp. sont employés en médecine traditionnelle et en rituels de purification.
La diffusion mondiale de l’aloe vera a été considérablement stimulée par son usage dans la médecine populaire des Caraïbes (où l’espèce fut introduite au XVIe siècle par les conquistadors espagnols) et par la popularisation de ses vertus cosmétiques et cicatrisantes aux États-Unis à partir des années 1930-1940, notamment après les travaux sur le traitement des brûlures radiologiques.
Risques de confusion
Aloe vera peut être confondu avec d’autres espèces du genre Aloe, notamment :
Aloe ferox Mill. (aloès du Cap) : espèce sud-africaine arbustive, atteignant 2 à 3 mètres de hauteur, à feuilles plus épineuses et à inflorescences ramifiées rouge-orangé. Le latex est de qualité officinale comparable. Le gel est moins abondant que chez A. vera.
Aloe arborescens Mill. (aloès arborescent) : espèce buissonnante très ramifiée, à feuilles plus étroites et plus épineuses. Largement utilisée en médecine populaire au Japon et au Brésil (protocole du Père Zago), mais moins étudiée cliniquement qu’A. vera.
Agave americana L. (agave) : plante morphologiquement similaire mais appartenant à la famille des Asparagaceae, à feuilles beaucoup plus grandes, plus rigides, terminées par une épine acérée et à marge portant de fortes épines crochues. Elle ne contient pas d’aloïne ni d’acémannane et ne possède pas les mêmes propriétés médicinales.
Des plantes succulentes ornementales du genre Haworthia ou Gasteria peuvent être confondues avec de jeunes plants d’aloès, mais elles ne présentent pas d’intérêt médicinal.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Aloe vera est une plante médicinale d’importance mondiale majeure, offrant deux drogues aux propriétés complémentaires. Le gel, riche en acémannane, constitue un agent cicatrisant, hydratant et immunomodulateur de premier plan en usage topique, tandis que le latex, riche en aloïne, est un laxatif stimulant efficace mais à usage strictement limité dans le temps.
Les défis actuels incluent la standardisation et le contrôle de qualité des préparations commerciales (beaucoup de produits sur le marché contiennent des quantités insuffisantes de principes actifs ou sont contaminés par le latex), l’approfondissement des études cliniques sur les usages oraux du gel (colite ulcéreuse, diabète, dyslipidémie), la clarification du profil de sécurité à long terme des anthraquinones, et le développement de formulations innovantes (nanoparticules d’acémannane, hydrogels biomimétiques, pansements bioactifs).
Les recherches les plus prometteuses concernent l’exploitation des propriétés immunomodulatrices de l’acémannane en immunothérapie et en adjuvant vaccinal, le développement de biomatériaux pour l’ingénierie tissulaire à partir du gel, et l’utilisation de l’aloe vera dans des systèmes de délivrance médicamenteuse innovants.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Cicatrisant cutané (gel)
- ★★★☆☆ Émollient / hydratant
- ★★★☆☆ Laxatif stimulant (latex)
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire