
Le ginkgo, Ginkgo biloba L., est un arbre d’une longévité extraordinaire, seul représentant vivant d’un ordre botanique apparu au Permien, il y a plus de 270 millions d’années. Qualifié de « fossile vivant » par Charles Darwin, il a traversé les extinctions de masse sans modification morphologique majeure, constituant un témoignage unique de la flore mésozoïque. Son usage thérapeutique, documenté depuis la dynastie Song (environ 10e-11e siècle après J.-C., soit plus de mille ans), notamment pour les amandes (bai guo) dans le traitement de l’asthme et de la toux, a connu un essor considérable en Occident à partir des années 1960, lorsque les laboratoires allemands ont développé les premiers extraits standardisés.
Aujourd’hui, Ginkgo biloba figure parmi les plantes médicinales les plus prescrites au monde, notamment en Europe, où l’extrait standardisé EGb 761 a fait l’objet de plus de 600 études cliniques. Ses propriétés vasorégulatrices, neuroprotectrices et antioxydantes en font un remède de premier plan dans la prise en charge des insuffisances circulatoires cérébrales et périphériques. Cependant, la complexité de son phytocomplexe et les débats entourant son efficacité dans la prévention des démences imposent une analyse critique rigoureuse de la littérature scientifique.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Ginkgo biloba L. est l’unique espèce vivante de la famille des Ginkgoaceae, de l’ordre des Ginkgoales, de la classe des Ginkgoopsida, dans l’embranchement des Spermatophytes. Cette position taxonomique isolée, sans aucun parent vivant proche, confère au ginkgo un statut exceptionnel en botanique systématique. Il constitue à lui seul une division entière (Ginkgophyta) dans certaines classifications.
Le genre Ginkgo a compté jusqu’à une dizaine d’espèces au Crétacé, réparties dans tout l’hémisphère nord. Le registre fossile atteste de la présence du genre en Europe, en Amérique du Nord et en Asie dès le Jurassique. La contraction progressive de l’aire de répartition au Tertiaire a conduit à la survie d’une seule espèce, cantonnée à quelques vallées du sud-est de la Chine.
Le nom générique Ginkgo dérive du japonais gin-kyō (銀杏), signifiant « abricot d’argent », en référence à l’aspect du faux-fruit. L’épithète biloba, du latin bi- (deux) et lobus (lobe), décrit la morphologie bilobée caractéristique de la feuille. Linné a décrit l’espèce en 1771 dans le Mantissa Plantarum. Les noms vernaculaires incluent : arbre aux quarante écus (français, en référence au prix payé par le botaniste Pétigny en 1788 pour les premiers exemplaires introduits en France), maidenhair tree (anglais), Fächerblattbaum (allemand), yínxìng (银杏, chinois mandarin).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
A. Port général
Ginkgo biloba est un arbre dioïque de grande taille, pouvant atteindre 30 à 40 m de hauteur et un diamètre de tronc dépassant 3 m chez les sujets âgés. La silhouette est d’abord conique-pyramidale chez les jeunes sujets, puis s’élargit avec l’âge pour devenir largement étalée, parfois irrégulière. Le tronc est droit, colonnaire, couvert d’une écorce gris-brun, profondément crevassée longitudinalement. La longévité est exceptionnelle : des spécimens millénaires existent en Chine et au Japon, certains estimés à plus de 3 000 ans.
B. Appareil végétatif
Le système racinaire est puissant, profond, ancrant solidement l’arbre. Des racines traçantes se développent chez les sujets âgés. Certains vieux arbres produisent des excroissances ligneuses pendantes depuis les branches basses, appelées chi-chi (乳) au Japon, qui, au contact du sol, peuvent s’enraciner et former de nouveaux troncs.
Les rameaux sont de deux types : les auxiblastes (rameaux longs), à croissance rapide, portant des feuilles alternes et espacées ; et les brachyblastes (rameaux courts), à croissance très lente (quelques millimètres par an), portant des bouquets de 3 à 5 feuilles à leur sommet. Cette dimorphie caulinaire est un caractère primitif partagé avec les conifères du genre Larix.
Les feuilles sont uniques dans le règne végétal actuel : flabelliformes (en forme d’éventail), de 5 à 10 cm de largeur, à limbe cunéiforme, généralement bilobé (d’où l’épithète spécifique), à marge ondulée ou lobulée. La nervation est dichotomique ouverte, sans réticulation — un caractère archaïque absent chez les angiospermes. Le pétiole, long de 4 à 10 cm, est grêle et souple. Les feuilles, caduques, virent au jaune d’or lumineux en automne avant de tomber de manière synchrone.
C. Appareil reproducteur
Ginkgo biloba est une espèce dioïque : les organes mâles et femelles sont portés par des individus distincts. Les structures mâles sont des chatons (microsporangiophores) de 2 à 3 cm, pendants, portés par les brachyblastes, composés d’un axe souple portant de nombreux microsporophylles biloculaires. Le pollen, anémophile, est libéré en mars-avril.
Les structures femelles consistent en un pédoncule portant 2 (rarement 1 ou 3) ovules nus, terminaux, sans enveloppe carpellaire — confirmant la nature « gymnospermique » de la plante. La fécondation est zoïdogame : le grain de pollen germe dans la chambre pollinique et produit deux spermatozoïdes flagellés (antérozoïdes), caractère primitif partagé avec les cycadales, découvert par Hirase en 1896. La fécondation effective intervient en septembre-octobre, plusieurs mois après la pollinisation.
Le « fruit » (techniquement un ovule fécondé entouré d’un tégument charnu) mesure 2 à 3 cm de diamètre. Le sarcotesta externe, charnu et jaunâtre à maturité, dégage une odeur nauséabonde d’acide butyrique. Il contient de l’acide ginkgolique, irritant cutané. Le sclérotesta interne, dur et lisse, renferme l’amande (gametophyte femelle et embryon), comestible après cuisson.
D. Phénologie
Le débourrement a lieu en avril dans les régions tempérées. La pollinisation se produit en avril-mai, avant le plein développement des feuilles. Les ovules mûrissent de septembre à novembre. La coloration automnale, d’un jaune d’or spectaculaire, apparaît en octobre-novembre, suivie d’une chute foliaire rapide et quasi simultanée. L’arbre entre en dormance hivernale complète, avec une résistance au froid remarquable (jusqu’à -35 °C pour les cultivars les plus rustiques).
E. Habitat naturel
L’habitat naturel résiduel de Ginkgo biloba se limite à quelques vallées montagneuses du sud-est de la Chine, dans les provinces du Zhejiang (mont Tianmu), du Guizhou et du Chongqing. Ces stations, situées entre 500 et 1 100 m d’altitude, correspondent à des forêts mixtes à feuilles caduques sur sols profonds, bien drainés, à pH neutre à légèrement acide. L’espèce tolère une large gamme de précipitations (600 à 1 500 mm/an) et de températures.
F. Distribution géographique
L’aire naturelle relictuelle est aujourd’hui très restreinte. Certains auteurs (Tang et al., 2012) estiment que les seules populations véritablement sauvages subsistent dans la réserve du mont Tianmu (Zhejiang). La plupart des populations chinoises considérées comme « naturelles » seraient en réalité d’origine anthropique, liées à la plantation autour des temples bouddhistes et taoïstes depuis plus de mille ans.
En culture ornementale et médicinale, G. biloba est aujourd’hui planté dans toutes les régions tempérées du globe. Des plantations de production de feuilles existent en France (Sud-Ouest : Dordogne, Lot-et-Garonne), en Chine (Jiangsu, Shandong), aux États-Unis (Caroline du Sud) et au Japon. La production mondiale de feuilles sèches dépasse 15 000 tonnes par an.
G. Associations végétales
Dans ses stations naturelles du Zhejiang, Ginkgo biloba cohabite avec Liquidambar formosana, Cunninghamia lanceolata, Castanopsis sclerophylla, Torreya grandis et diverses espèces de Quercus. Le sous-bois comprend Lindera aggregata, Eurya japonica et des fougères. En contexte cultivé, l’arbre s’adapte à une grande diversité de compagnonnages et se montre remarquablement résistant à la pollution atmosphérique urbaine.
III. PARTIES UTILISÉES
La feuille (Ginkgo folium) constitue la drogue officinale inscrite à la Pharmacopée européenne (monographie 01/2017:1828). Les feuilles sont récoltées en été (juin-août), lorsque leur teneur en flavonoïdes et en terpènes est maximale, sur des arbres de plantation âgés de 3 à 5 ans. Le séchage est réalisé à basse température (40-50 °C) pour préserver les principes actifs.
L’amande (bai guo, 白果) est utilisée en médecine traditionnelle chinoise et dans la gastronomie asiatique. Elle est consommée cuite (grillée, bouillie ou incorporée dans des plats), jamais crue en raison de sa toxicité (présence de 4′-O-méthylpyridoxine, antagoniste de la vitamine B6).
Le sarcotesta (pulpe du faux-fruit) n’est pas utilisé en thérapeutique en raison de sa teneur en acides ginkgoliques allergisants et irritants. Il est éliminé lors de la récolte des amandes.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La phytochimie de la feuille de Ginkgo biloba est dominée par deux groupes de métabolites secondaires : les flavonoïdes et les terpéno-lactones.
Flavonoïdes — La feuille sèche contient environ 0,5 à 2 % de glycosides de flavonol (quercétine, kaempférol, isorhamnétine), en fonction de la saison et du stade végétatif. L’extrait standardisé EGb 761 concentre ces composés à 24 % de glycosides de flavonol par un procédé d’extraction au 35-67:1. : quercétine, kaempférol et isorhamnétine. Les glycosides principaux sont le quercétine-3-O-rutinoside (rutine), le kaempférol-3-O-rutinoside et de nombreux coumaroyl- et acétyl-glycosides. Des biflavones spécifiques du ginkgo sont également présentes : ginkgétine, isoginkgétine, bilobétine, sciadopitysine et amentoflavone. Ces biflavones, dimères de flavones reliés par une liaison C-C ou C-O-C, sont des marqueurs chimiotaxonomiques de l’espèce.
Terpéno-lactones — Ce groupe, exclusif au genre Ginkgo, comprend :
— Les ginkgolides A, B, C, J et M : diterpènes à squelette cage tri-lactonique unique (6 cycles en fusionnant un squelette abietane et un tert-butyl). Le ginkgolide B est le plus étudié pharmacologiquement. Leur teneur dans la feuille sèche est de 0,06 à 0,24 %.
— Le bilobalide : sesquiterpène trilactonique de structure apparentée, dérivé biosynthétiquement d’un précurseur diterpénique par perte de carbones. Sa teneur est de 0,1 à 0,3 % dans la feuille sèche.
Autres composés — Les acides ginkgoliques (alkylphénols à longue chaîne) sont des composés allergènes et cytotoxiques, indésirables dans les préparations thérapeutiques. L’extrait standardisé EGb 761 est spécifiquement purifié pour réduire leur teneur à moins de 5 ppm. D’autres constituants incluent des proanthocyanidines, des acides organiques (acide shikimique, acide 6-hydroxykynurénique), des stérols (sitostérol) et des polyprénols.
L’extrait standardisé EGb 761 (Schwabe) est défini par un ratio d’extraction de 35-67:1 (feuille sèche : extrait) avec un solvant acétone 60 %. Il est standardisé à 24 % de glycosides de flavonol (exprimés en quercétine, kaempférol et isorhamnétine) et 6 % de terpéno-lactones (3,1 % ginkgolides + 2,9 % bilobalide), avec un maximum de 5 ppm d’acides ginkgoliques.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
L’activité pharmacologique de l’extrait de ginkgo repose sur la synergie entre flavonoïdes et terpéno-lactones, chaque groupe contribuant à des mécanismes distincts.
Antagonisme du PAF (Platelet-Activating Factor) — Le ginkgolide B est un antagoniste compétitif puissant du récepteur au PAF (récepteur PAFR). Le PAF, médiateur phospholipidique, joue un rôle clé dans l’agrégation plaquettaire, l’inflammation, le bronchospasme et l’augmentation de la perméabilité vasculaire. Le ginkgolide B se lie au site de fixation du PAF sur son récepteur avec une IC50 de l’ordre du micromolaire, inhibant la cascade de signalisation en aval (activation de la PLC, mobilisation calcique, activation de la PKC).
Activité antioxydante — Les flavonoïdes glycosylés exercent une puissante activité de piégeage des radicaux libres (O2•⁻, OH•, ROO•). La quercétine inhibe la xanthine oxydase et la lipoxygénase, réduisant la production endogène de ROS. Le bilobalide protège les membranes mitochondriales de la peroxydation lipidique et préserve l’intégrité de la chaîne respiratoire. L’effet antioxydant global est synergique entre les deux classes de composés.
Vasorégulation — L’extrait de ginkgo stimule la production de monoxyde d’azote (NO) par la eNOS endothéliale et inhibe la phosphodiestérase, augmentant les taux intracellulaires de GMPc. Il en résulte une relaxation des cellules musculaires lisses vasculaires et une amélioration du flux sanguin, particulièrement dans la microcirculation cérébrale et périphérique. Les flavonoïdes stabilisent également la paroi des capillaires, réduisant leur perméabilité.
Neuroprotection — Le bilobalide réduit l’excitotoxicité glutamatergique en modulant l’expression des récepteurs NMDA. Il protège les neurones hippocampiques de l’ischémie en maintenant le potentiel de membrane mitochondrial. Les ginkgolides inhibent l’apoptose neuronale induite par le stress oxydatif via la voie Bcl-2/Bax. L’extrait total augmente l’expression du BDNF et stimule la neurogenèse dans le gyrus denté de l’hippocampe chez l’animal.
Modulation des neurotransmetteurs — L’extrait de ginkgo inhibe la recapture de la sérotonine, de la noradrénaline et de la dopamine de manière modérée. Il augmente la densité des récepteurs muscariniques M1 dans l’hippocampe et inhibe la MAO-A et la MAO-B, contribuant à ses effets sur la cognition et l’humeur.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Insuffisance circulatoire cérébrale et déclin cognitif — L’essai GuidAge (Vellas et al., 2012, Lancet Neurol), randomisé en double aveugle sur 2 854 sujets âgés de plus de 70 ans, n’a pas démontré de réduction significative du risque de développer une maladie d’Alzheimer après 5 ans de traitement par EGb 761 (120 mg deux fois par jour). En revanche, une méta-analyse de Tan et al. (2015, J Alzheimers Dis) portant sur 2 561 patients souffrant de démences diagnostiquées a conclu à un bénéfice significatif de l’EGb 761 (240 mg/jour) sur les fonctions cognitives (ADAS-Cog : -2,86 points ; IC 95 % : -3,18 à -2,54) et les activités de la vie quotidienne, en traitement adjuvant.
Artériopathie oblitérante des membres inférieurs (claudication intermittente) — La méta-analyse Cochrane de Nicolaï et al. (2013, 14 essais, 739 participants) n’a pas mis en évidence de bénéfice cliniquement significatif du ginkgo sur la distance de marche dans l’AOMI (effet de 3,57 kcal, IC 95 % : -0,10 à 7,23 ; P = 0,06, non significatif ; équivalent à +64,5 m sur tapis plat, IC -1,8 à 130,7 m). Les auteurs concluent à l’absence de preuve d’un bénéfice cliniquement pertinent. Des méta-analyses plus anciennes (Pittler & Ernst, 2000 ; 8 essais) avaient montré une différence significative de +34 m (IC 26-43 m) pour la distance sans douleur, mais avec un biais de publication reconnu.
Acouphènes — Les résultats sont contradictoires. La revue systématique de von Boetticher (2011, Neuropsychiatr Dis Treat) a conclu à l’efficacité de l’EGb 761 dans le traitement des acouphènes, sur la base de trois essais contrôlés randomisés dont les patients présentaient des acouphènes comme plainte principale, complétés par cinq essais en population avec déficit cognitif lié à l’âge. Les données restent insuffisantes pour les préparations non standardisées. Toutefois, des études ouvertes et des données pragmatiques suggèrent un bénéfice chez certains sous-groupes (acouphènes récents d’origine vasculaire).
Vertige et troubles vestibulaires — L’EGb 761 a montré une efficacité comparable à celle de la bétahistine dans le traitement du vertige d’origine vasculaire (Sokolova et al., 2014, Int J Otolaryngol).
Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) — Des données préliminaires (Evans, 2013, Cochrane) suggèrent un ralentissement de la progression de la DMLA sèche, mais les preuves demeurent insuffisantes.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Ginkgolides A, B, C | Terpéno-lactones | Antagonistes du PAF, antithrombotiques |
| Bilobalide | Sesquiterpène-lactone | Neuroprotecteur |
| Quercétine, kaempférol | Flavonols | Antioxydants, vasculoprotecteurs |
| Amentoflavone, ginkgétine | Biflavones | Antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Extrait standardisé EGb 761 — Posologie usuelle : 120 à 240 mg par jour, en 2 à 3 prises, au moment des repas. C’est la forme de référence, standardisée à 24 % de glycosides de flavonol et 6 % de terpéno-lactones. Durée recommandée : 8 à 12 semaines minimum avant d’évaluer l’efficacité.
Extrait sec standardisé (autres marques) — De nombreux extraits génériques existent, mais leur standardisation varie. Il est essentiel de vérifier la conformité au ratio 24/6 et la teneur en acides ginkgoliques (< 5 ppm).
Teinture mère (1:5) — 3 à 5 mL par jour dans un peu d’eau. Extraction hydroalcoolique (éthanol 45 %). Forme peu utilisée en clinique mais disponible en officine.
Infusion de feuilles sèches — 1 à 2 cuillères à café (2-4 g) de feuilles sèches par tasse de 250 mL, infusion de 10 minutes. Bien que traditionnelle, cette forme ne permet pas un contrôle précis de la teneur en terpéno-lactones et peut contenir des acides ginkgoliques en quantité excessive. Son usage est déconseillé par l’EMA.
Gélules de poudre de feuilles — 500 à 1 000 mg par jour en 2 prises. Forme moins bien caractérisée que l’extrait standardisé.
IX. TOXICOLOGIE
La toxicité de l’extrait standardisé EGb 761 est très faible : la DL50 orale chez le rat est supérieure à 7,73 g/kg. Les études de toxicité chronique (2 ans) chez le rat et la souris ont révélé une augmentation de l’incidence des adénocarcinomes hépatocellulaires et thyroïdiens chez la souris à très haute dose (2 000 mg/kg/jour), mais ces résultats, obtenus avec des doses sans rapport avec l’usage humain, n’ont pas conduit à modifier les recommandations d’emploi.
Effets indésirables — Troubles gastro-intestinaux légers (nausées, diarrhée), céphalées, vertiges. De rares cas d’hémorragies intracrâniennes et de saignements spontanés ont été rapportés, bien que le lien causal soit discuté.
Interactions médicamenteuses — L’association avec les anticoagulants (warfarine, héparine) et les antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel) nécessite une surveillance accrue en raison du risque hémorragique additif. Des données in vitro suggèrent une induction des CYP3A4 et CYP2C9, mais l’étude clinique de cocktail de Zadoyan et al. (2012) n’a pas mis en évidence d’effet cliniquement significatif de l’EGb 761 sur les CYP aux doses thérapeutiques. La prudence reste de mise en cas d’association avec des substrats à index thérapeutique étroit (ciclosporine, warfarine), davantage pour leur effet pharmacodynamique (anticoagulation) que pharmacocinétique. L’association avec les ISRS est à surveiller (cas rapportés de syndrome sérotoninergique).
Contre-indications — Grossesse (effet anti-PAF : risque théorique de saignement), allaitement, chirurgie programmée (arrêter 10 jours avant), épilepsie (risque théorique de réduction du seuil convulsif par la 4′-O-méthylpyridoxine présente dans les graines, mais absente des extraits foliaires standardisés).
Les acides ginkgoliques, puissants allergènes de contact, provoquent des dermatites sévères au contact du sarcotesta du faux-fruit. Cette toxicité concerne surtout les récolteurs d’amandes et les jardiniers manipulant les fruits tombés.
X. USAGES HISTORIQUES
En Chine et au Japon, les amandes de ginkgo (bai guo, 白果 ; ginnan, 銀杏 en japonais) sont un ingrédient culinaire apprécié. Elles sont consommées grillées, bouillies ou incorporées dans des plats salés (ragoûts, soupes, chawan-mushi japonais). Leur saveur est douce, légèrement amère, avec une texture farineuse. La consommation est limitée à quelques unités par repas en raison de la présence de 4′-O-méthylpyridoxine (ginkgotoxine), un antagoniste de la vitamine B6 qui peut provoquer des convulsions en cas d’ingestion excessive (plus de 40 à 50 amandes chez l’adulte, moins chez l’enfant).
En médecine traditionnelle chinoise, les amandes sont utilisées depuis le Bencao Gangmu de Li Shizhen (1578) pour traiter l’asthme, la toux productive et les leucorrhées. Les feuilles, en revanche, n’ont été intégrées à la pharmacopée chinoise que tardivement (XXe siècle), leur usage médicinal étant principalement une innovation occidentale.
Le ginkgo occupe une place symbolique majeure dans les cultures d’Asie orientale. Arbre sacré planté auprès des temples bouddhistes et confucéens, il symbolise la longévité, la résilience et l’espoir. Le ginkgo survivant d’Hiroshima — un arbre situé à 1 130 mètres de l’hypocentre de l’explosion atomique du 6 août 1945, qui a reverdi au printemps 1946 — est devenu un symbole universel de résistance et de renouveau. La feuille de ginkgo est l’emblème officiel de la ville de Tokyo.
Intérêt écologique
Ginkgo biloba présente un intérêt écologique à la fois patrimonial et fonctionnel. En tant que dernier représentant d’un lignage de 270 millions d’années, il constitue un conservatoire génétique irremplaçable. La diversité génétique des populations naturelles chinoises, étudiée par microsatellites (Gong et al., 2008), révèle une variabilité étonnamment faible, témoignant d’un goulot d’étranglement génétique ancien.
En milieu urbain, le ginkgo est l’un des arbres les plus résistants à la pollution atmosphérique, aux sols compactés et au stress hydrique. Sa résistance aux agents pathogènes est remarquable : il ne connaît pratiquement aucune maladie fongique ou virale grave, une particularité attribuée à la richesse de son arsenal phytochimique défensif (ginkgolides, biflavones). Cette robustesse en fait un allié précieux pour le végétalisation des espaces urbains, contribuant à l’amélioration de la qualité de l’air et au confort thermique.
La conservation in situ des populations naturelles relictuelles constitue un enjeu prioritaire. Les stations du mont Tianmu bénéficient du statut de réserve naturelle nationale en Chine. Des programmes de conservation génétique ex situ sont menés dans plusieurs jardins botaniques à travers le monde, notamment au Royal Botanic Gardens de Kew et au Jardin botanique de Wuhan.
Confusions et adultérations
La feuille de Ginkgo biloba, avec sa forme flabelliforme unique et sa nervation dichotomique, est pratiquement impossible à confondre avec toute autre espèce végétale actuelle. La silhouette bilobée caractéristique constitue un critère diagnostique immédiat.
Cependant, des confusions peuvent survenir au niveau des produits commerciaux :
— Des adultérations d’extraits de ginkgo par ajout de rutine et de quercétine synthétiques ont été documentées (Wohlmuth et al., 2014, Phytomedicine). Ces adultérations permettent d’atteindre frauduleusement le seuil de 24 % de flavonoïdes sans utiliser les quantités requises de feuilles. La détection repose sur le profil HPLC complet : un extrait authentique présente un spectre complexe de glycosides de flavonol, tandis qu’un extrait adultéré montre des pics disproportionnés de rutine et de quercétine aglycone.
— La confusion entre extraits de feuilles et extraits d’amandes peut avoir des conséquences toxicologiques, les amandes contenant la ginkgotoxine (4′-O-méthylpyridoxine) absente des feuilles.
— Sur le plan botanique, certains fossiles de Baiera et Sphenobaiera (Ginkgoales éteintes) peuvent être confondus avec Ginkgo en paléobotanique, mais cette question ne concerne pas l’usage pharmacognosique.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Ginkgo biloba est une espèce exceptionnelle à tout point de vue : fossile vivant unique en son genre, arbre d’une longévité remarquable, source de métabolites secondaires exclusifs (ginkgolides, bilobalide, biflavones) et plante médicinale dont l’usage clinique repose sur un solide corpus de données pharmacologiques et cliniques.
L’efficacité de l’extrait standardisé EGb 761 est la mieux documentée pour l’insuffisance circulatoire cérébrale symptomatique et les démences diagnostiquées (en traitement adjuvant). En revanche, son rôle en prévention primaire des démences n’est pas établi. Les mécanismes d’action — antagonisme du PAF, activité antioxydante, vasorégulation NO-dépendante, neuroprotection — sont bien caractérisés et cohérents avec les effets cliniques observés.
La qualité de la matière première et la standardisation des extraits sont des enjeux cruciaux. Les acides ginkgoliques, composés indésirables toxiques et allergènes, doivent être éliminés par le procédé d’extraction. La prolifération d’extraits non standardisés et potentiellement adultérés sur le marché des compléments alimentaires constitue un risque pour le consommateur et nuit à la crédibilité scientifique de la plante. Seuls les extraits conformes aux spécifications de la Pharmacopée européenne offrent les garanties de qualité, d’efficacité et de sécurité nécessaires à un usage rationnel.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Vasculoprotecteur cérébral et périphérique
- ★★★☆☆ Antioxydant
- ★★★☆☆ Nootrope / mémoire
- ★★☆☆☆ Anti-agrégant plaquettaire