Les articulations sont les charnières du mouvement — là où deux os se rencontrent, une mécanique d’une précision remarquable permet la marche, la préhension, la rotation, la flexion. Cartilage hyalin, liquide synovial, capsule articulaire, ligaments, tendons : chaque élément joue un rôle irremplaçable dans cette mécanique. Quand l’inflammation s’installe — qu’elle soit dégénérative (arthrose), auto-immune (polyarthrite rhumatoïde), métabolique (goutte) ou mécanique (tendinite, bursite) — la douleur envahit le quotidien, le mouvement se restreint, la qualité de vie s’effondre. Les affections articulaires touchent des centaines de millions de personnes dans le monde et représentent la première cause de handicap après 60 ans. La phytothérapie dispose d’un arsenal remarquable de plantes anti-inflammatoires, analgésiques et chondroprotectrices — harpagophyton, reine-des-prés, cassis, curcuma, saule, ortie, prêle, boswellia — dont certaines rivalisent, pour les douleurs légères à modérées, avec les anti-inflammatoires de synthèse, sans en partager les effets gastro-intestinaux. Cet article propose une lecture précise de la physiologie articulaire, des mécanismes de l’inflammation chronique, puis un tour raisonné des plantes capables de soulager, freiner et accompagner.
❧ Sommaire ❧
- I. Anatomie de l’articulation
- II. Le cartilage articulaire
- III. Mécanismes de l’inflammation articulaire
- IV. L’arthrose — dégénérescence et inflammation
- V. Polyarthrite rhumatoïde et maladies auto-immunes
- VI. La goutte — inflammation métabolique
- VII. Plantes anti-inflammatoires articulaires
- VIII. Plantes analgésiques
- IX. Plantes chondroprotectrices et reminéralisantes
- X. Drainage et dépuration articulaire
- XI. Usages externes — cataplasmes et liniments
- XII. Plantes de la goutte
- XIII. Gemmothérapie articulaire
- XIV. Formulaire de tisanes
- XV. Hygiène articulaire
- XVI. Précautions et interactions
- XVII. Synthèse en couches
- XVIII. Bibliographie
I. ANATOMIE DE L’ARTICULATION

Une articulation est la zone de jonction entre deux (ou plusieurs) pièces osseuses. Les articulations mobiles — les diarthroses ou articulations synoviales — sont les plus complexes et les plus vulnérables aux pathologies inflammatoires. Elles concernent les membres (épaule, coude, poignet, hanche, genou, cheville, doigts, orteils) et le rachis (articulations inter-apophysaires).
L’articulation synoviale comprend plusieurs éléments structurels :
Le cartilage articulaire recouvre les extrémités osseuses en regard. C’est un tissu conjonctif spécialisé, lisse, nacré, d’une épaisseur de 2 à 5 millimètres selon les articulations (plus épais au genou et à la hanche, porteurs du poids corporel). Il absorbe les chocs, répartit les pressions, permet le glissement des surfaces articulaires avec un coefficient de friction extraordinairement bas — dix fois inférieur à celui de la glace sur la glace.
La capsule articulaire, manchon fibreux qui entoure l’articulation et la ferme hermétiquement. Elle est renforcée par des ligaments (bandes fibreuses résistantes qui stabilisent l’articulation et limitent les mouvements anormaux). La face interne de la capsule est tapissée par la membrane synoviale, tissu richement vascularisé qui sécrète le liquide synovial.
Le liquide synovial est un ultrafiltrat du plasma enrichi en acide hyaluronique (qui lui confère sa viscosité caractéristique et ses propriétés lubrifiantes) et en lubricine (glycoprotéine qui réduit le frottement). Ce liquide nourrit le cartilage (qui est avasculaire — il ne possède ni vaisseaux sanguins ni nerfs), le lubrifie, absorbe les chocs, et élimine les débris métaboliques. Sa production et sa réabsorption sont un processus dynamique, stimulé par le mouvement articulaire — c’est pourquoi l’immobilité prolongée est délétère pour le cartilage.
Autour de l’articulation, les tendons (qui rattachent les muscles aux os) et les bourses séreuses (petits coussins liquidiens qui réduisent les frottements entre tendons et os) complètent l’appareil fonctionnel. Les ménisques (au genou) et les labra (à la hanche et à l’épaule) sont des fibro-cartilages qui augmentent la congruence articulaire et améliorent la répartition des contraintes.
Enfin, l’os sous-chondral — la couche osseuse immédiatement sous le cartilage — joue un rôle essentiel dans l’amortissement (sa structure trabéculaire absorbe les chocs) et dans la nutrition du cartilage (par diffusion depuis les vaisseaux sous-chondraux). Sa sclérose (épaississement anormal) est un signe précoce d’arthrose.
II. LE CARTILAGE ARTICULAIRE — UN TISSU VIVANT ET FRAGILE
Le cartilage articulaire hyalin est un tissu remarquable à plusieurs égards. Il est composé d’une matrice extracellulaire abondante (95 % du volume) et de cellules rares, les chondrocytes (5 % du volume). La matrice est essentiellement faite de collagène de type II (qui forme un réseau fibrillaire résistant à la traction) et de protéoglycanes (aggrécane surtout, énorme molécule qui retient l’eau et confère au cartilage sa résistance à la compression). L’eau représente 65 à 80 % du poids frais du cartilage — c’est cette teneur en eau, retenue par les protéoglycanes chargés négativement, qui donne au cartilage ses propriétés d’amortisseur hydraulique.
Le cartilage est un tissu avasculaire (pas de vaisseaux sanguins), nerveux (pas de fibres nerveuses — ce qui explique que la dégradation cartilagineuse elle-même soit indolore ; la douleur arthrosique vient de l’os sous-chondral, de la capsule, des ligaments et de la synoviale, qui sont innervés) et alymphatique. Sa nutrition dépend entièrement de la diffusion depuis le liquide synovial et depuis l’os sous-chondral. Cette nutrition par imbibition est stimulée par les cycles de compression-décompression que produit le mouvement — le cartilage se comporte comme une éponge qui se charge de nutriments quand on relâche la pression et se vide de ses déchets quand on la comprime.
Les chondrocytes sont les seules cellules du cartilage. Ils maintiennent l’homéostasie de la matrice en synthétisant continuellement du collagène II et des protéoglycanes (anabolisme) et en dégradant les composants usés par des enzymes (catabolisme — métalloprotéases matricielles MMP, aggrécanases ADAMTS). L’équilibre entre anabolisme et catabolisme détermine la santé du cartilage. Quand le catabolisme l’emporte — par excès d’enzymes destructrices, par défaut de synthèse, par inflammation chronique — le cartilage se dégrade : c’est l’arthrose.
Le cartilage adulte a une capacité de réparation très limitée. Contrairement à l’os (qui se régénère complètement après une fracture), le cartilage ne cicatrise quasiment pas. Une lésion cartilagineuse est en grande partie irréversible — d’où l’importance capitale de la prévention et de la protection du capital cartilagineux existant. Toute la stratégie thérapeutique de l’arthrose repose sur ce constat : on ne restaure pas le cartilage perdu, mais on peut freiner sa dégradation, réduire l’inflammation qui l’accélère, et préserver ce qui reste.
III. MÉCANISMES DE L’INFLAMMATION ARTICULAIRE
L’inflammation articulaire — qu’elle soit aiguë (entorse, crise de goutte, poussée de polyarthrite) ou chronique (arthrose évoluée, rhumatisme inflammatoire installé) — met en jeu des médiateurs chimiques précis dont la connaissance éclaire le choix des plantes.
Les prostaglandines (PGE2 principalement) sont des médiateurs lipidiques synthétisés à partir de l’acide arachidonique par les enzymes cyclo-oxygénases (COX-1 constitutive, COX-2 inductible par l’inflammation). La PGE2 est responsable de la douleur, de la vasodilatation locale (rougeur, chaleur), de l’œdème et de la sensibilisation des nocicepteurs. Les AINS (ibuprofène, diclofénac, naproxène) et l’aspirine agissent en inhibant les COX — c’est aussi le mécanisme des plantes à dérivés salicylés (saule, reine-des-prés).
Les leucotriènes (LTB4 surtout) sont synthétisés à partir du même acide arachidonique par la voie de la 5-lipoxygénase (5-LOX). Le LTB4 est un puissant chimiotactique (il recrute les neutrophiles vers le site inflammatoire) et contribue à l’inflammation articulaire chronique. L’inhibition de la 5-LOX est le mécanisme spécifique du boswellia (encens indien).
Les cytokines pro-inflammatoires — TNF-alpha, interleukine-1 bêta (IL-1β), interleukine-6 (IL-6) — sont les « chefs d’orchestre » de l’inflammation chronique articulaire. Elles stimulent la production de métalloprotéases (MMP-1, MMP-3, MMP-13) et d’aggrécanases (ADAMTS-4, ADAMTS-5) qui dégradent directement la matrice cartilagineuse. Elles activent les ostéoclastes (érosion osseuse dans la polyarthrite). Le curcuma agit principalement en inhibant le NF-κB, facteur de transcription qui contrôle l’expression de ces cytokines.
Le stress oxydatif — excès d’espèces réactives de l’oxygène (radicaux libres) par rapport aux défenses antioxydantes — contribue à la dégradation du cartilage et à l’entretien de l’inflammation. Les radicaux libres altèrent directement le collagène et les protéoglycanes, activent les voies inflammatoires (NF-κB), et inhibent la synthèse de matrice par les chondrocytes. Les plantes antioxydantes (curcuma, cassis, romarin, thé vert) agissent aussi par ce biais.
Le monoxyde d’azote (NO), produit en excès par la NO-synthase inductible (iNOS) dans les chondrocytes et les synoviocytes enflammés, inhibe la synthèse de protéoglycanes, active les MMP, et favorise l’apoptose des chondrocytes. Plusieurs plantes anti-inflammatoires (curcuma, harpagophyton, boswellia) inhibent l’iNOS.
IV. L’ARTHROSE — DÉGÉNÉRESCENCE ET INFLAMMATION
L’arthrose est la maladie articulaire la plus fréquente au monde. Elle touche environ 300 millions de personnes, avec une prévalence qui augmente fortement avec l’âge : 10 % de la population après 60 ans présente une arthrose symptomatique. Les articulations les plus touchées sont le genou (gonarthrose), la hanche (coxarthrose), les mains (articulations interphalangiennes distales — nodules d’Heberden — et trapézo-métacarpienne — rhizarthrose) et le rachis (cervicarthrose, lombarthrose).
L’arthrose a longtemps été considérée comme une simple « usure mécanique » du cartilage — un processus purement dégénératif, lié à l’âge et au surmenage articulaire. Cette vision est aujourd’hui dépassée. L’arthrose est reconnue comme une maladie inflammatoire de bas grade de l’ensemble de l’articulation (pas seulement du cartilage) : membrane synoviale, os sous-chondral, cartilage, ligaments et muscles péri-articulaires sont tous impliqués. Le terme de « whole-joint disease » est désormais utilisé.
Les facteurs de risque sont multiples : âge (le premier facteur — la capacité de synthèse des chondrocytes diminue avec le temps), surpoids (chaque kilogramme en excès se traduit par 3 à 6 kg de contrainte supplémentaire sur le genou à la marche), traumatismes articulaires anciens (entorse mal soignée, fracture articulaire, méniscectomie — le genou opéré d’un ménisque développe quasi systématiquement une arthrose à 15-20 ans), facteurs génétiques (certains polymorphismes du collagène II prédisposent), sédentarité (paradoxalement — le mouvement nourrit le cartilage), mauvais alignement (genu varum/valgum), professions à risque (manutention lourde, positions accroupies prolongées).
La douleur arthrosique est typiquement mécanique : déclenchée par le mouvement et le port de charge, soulagée par le repos, aggravée en fin de journée. Elle s’accompagne d’une raideur matinale brève (moins de 30 minutes — à la différence de la polyarthrite où la raideur dure plus d’une heure). L’évolution est lente, sur des années, avec des poussées inflammatoires (où la douleur devient plus constante, l’articulation gonfle, se réchauffe) et des périodes d’accalmie. La prise en charge vise à réduire la douleur, freiner la dégradation, maintenir la mobilité et la force musculaire, et retarder le recours à la prothèse.
La médecine conventionnelle propose le paracétamol en première intention (efficacité modeste mais bon profil de tolérance), les AINS en poussée (efficaces mais toxicité gastro-intestinale, cardiovasculaire et rénale en usage prolongé), les infiltrations de corticoïdes (effet anti-inflammatoire puissant mais transitoire, ne modifient pas l’évolution), les infiltrations d’acide hyaluronique (viscosupplémentation — résultats discutés), et enfin la chirurgie prothétique quand l’articulation est détruite. Aucun traitement médical n’a à ce jour démontré un effet « chondroprotecteur » certain chez l’homme — c’est le grand défi de la rhumatologie.
V. POLYARTHRITE RHUMATOÏDE ET MALADIES AUTO-IMMUNES
La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie auto-immune systémique qui touche environ 0,5 à 1 % de la population, avec une nette prédominance féminine (3 femmes pour 1 homme). À la différence de l’arthrose (dégénérative, mécanique), la PR est une maladie inflammatoire à médiation immunitaire : le système immunitaire attaque la membrane synoviale, provoquant une inflammation chronique destructrice (« pannus synovial ») qui érode le cartilage et l’os.
Les articulations touchées sont typiquement les petites articulations des mains et des pieds (métacarpo-phalangiennes, interphalangiennes proximales, métatarso-phalangiennes), de manière bilatérale et symétrique. La raideur matinale est prolongée (plus d’une heure). L’évolution, sans traitement, conduit à des destructions articulaires irréversibles et à des déformations caractéristiques.
Le traitement conventionnel repose sur les traitements de fond (méthotrexate en première ligne, biologiques — anti-TNF, anti-IL-6, anti-CD20 — en cas d’échec) qui ont transformé le pronostic de la maladie. La phytothérapie ne se substitue en aucun cas au traitement de fond de la PR, mais peut compléter la prise en charge : réduction de l’inflammation résiduelle, soutien de la tolérance digestive (le méthotrexate est hépatotoxique), réduction de la consommation d’AINS et de corticoïdes.
D’autres rhumatismes inflammatoires chroniques — spondylarthrite ankylosante, rhumatisme psoriasique, lupus — partagent certains mécanismes inflammatoires et peuvent bénéficier des mêmes plantes anti-inflammatoires en complément, toujours en dialogue avec le rhumatologue.
VI. LA GOUTTE — INFLAMMATION MÉTABOLIQUE
La goutte est une arthrite microcristalline causée par le dépôt de cristaux d’urate monosodique dans les articulations et les tissus périarticulaires. Elle résulte d’une hyperuricémie chronique (taux d’acide urique sanguin supérieur à 360-420 µmol/L) qui, au-delà du seuil de saturation, conduit à la cristallisation de l’urate dans les tissus.
La crise de goutte aiguë est une inflammation d’une violence caractéristique : début brutal (souvent nocturne), articulation rouge, chaude, gonflée, extrêmement douloureuse (le contact du drap est insupportable), fièvre possible. L’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil (« podagre ») est la localisation inaugurale dans 60 à 70 % des cas. Les chevilles, genoux, poignets et doigts peuvent aussi être touchés.
Les facteurs favorisants sont : alimentation riche en purines (abats, charcuterie, fruits de mer, sardines, anchois), alcool (la bière est le pire — elle apporte des purines ET inhibe l’excrétion rénale de l’acide urique), fructose (boissons sucrées), surpoids, insuffisance rénale (diminution de l’excrétion), certains médicaments (diurétiques thiazidiques, aspirine à faible dose, ciclosporine).
Le traitement de la crise repose sur la colchicine ou les AINS. Le traitement de fond vise à abaisser l’uricémie sous le seuil de cristallisation (allopurinol, fébuxostat). Les plantes interviennent en complément : diurétiques uricosuriques (qui augmentent l’excrétion rénale de l’acide urique), anti-inflammatoires articulaires, et surtout modification de l’alimentation.
VII. PLANTES ANTI-INFLAMMATOIRES ARTICULAIRES

Curcuma — Curcuma longa
Le curcuma est devenu en vingt ans l’une des plantes anti-inflammatoires les plus étudiées au monde. Le rhizome contient 2 à 5 % de curcuminoïdes (curcumine, déméthoxycurcumine, bisdéméthoxycurcumine) dont les propriétés anti-inflammatoires sont documentées par des centaines d’études in vitro, animales et cliniques. La curcumine inhibe le NF-κB (facteur de transcription maître de l’inflammation), les COX-2, la 5-LOX, les MMP, l’iNOS, et de nombreuses cytokines pro-inflammatoires. Son spectre d’action est exceptionnellement large.
Plusieurs essais cliniques randomisés ont évalué la curcumine dans l’arthrose du genou. L’étude Kuptniratsaikul et al. (2014) a comparé 1500 mg/jour d’extrait de curcuma à 1200 mg/jour d’ibuprofène pendant 4 semaines chez 367 patients arthrosiques : efficacité comparable sur la douleur et la fonction, avec moins d’effets indésirables gastro-intestinaux dans le groupe curcuma. D’autres essais (Panahi et al., 2014 ; Henrotin et al., 2019) confirment un bénéfice significatif sur la douleur et la fonction articulaire.
Le problème majeur de la curcumine est sa très faible biodisponibilité orale (absorption intestinale limitée, métabolisation hépatique rapide). Plusieurs stratégies améliorent cette biodisponibilité : association avec la pipérine du poivre noir (qui inhibe la glucuronidation hépatique — augmentation de 2000 % de la biodisponibilité dans l’étude historique de Shoba et al., 1998), formulations micellaires, liposomales, ou phytosomales (curcumine liée à la phosphatidylcholine — Meriva). Les extraits standardisés à haute biodisponibilité sont préférables à la poudre brute de curcuma en cuisine (qui contient 2-3 % de curcuminoïdes et dont la biodisponibilité est très faible).
Posologie : extraits standardisés à 95 % de curcuminoïdes, 500 à 1500 mg/jour (selon la formulation et la biodisponibilité). En cuisine : intégrer le curcuma largement (curry, golden milk), avec poivre noir et corps gras (la curcumine est liposoluble), mais sans attendre d’effet thérapeutique significatif des seules doses culinaires.
Harpagophyton — Harpagophytum procumbens (griffe du diable)
L’harpagophyton est une plante sud-africaine dont les racines tubéreuses secondaires contiennent des iridoïdes glycosidiques — principalement l’harpagoside — et des phénylpropanoïdes (actinoside, verbascosides). L’harpagoside est un anti-inflammatoire puissant qui inhibe les COX-2, l’iNOS, les MMP, et plusieurs cytokines pro-inflammatoires. Il exerce aussi un effet analgésique propre, partiellement indépendant de l’inflammation.
L’harpagophyton est l’une des plantes anti-arthrosiques les mieux validées cliniquement. Plusieurs études randomisées et méta-analyses confirment son efficacité dans l’arthrose (genou, hanche) et les lombalgies chroniques. L’étude Chrubasik et al. (2003) a montré une efficacité comparable à 12,5 mg/jour de rofécoxib (Vioxx, retiré depuis) pour des doses d’harpagophyton apportant 60 mg/jour d’harpagoside. La monographie ESCOP reconnaît l’harpagophyton dans les « douleurs articulaires dégénératives » et les « lombalgies ».
Posologie : extrait standardisé apportant 50 à 100 mg d’harpagoside par jour (généralement 2 à 3 gélules de 400-600 mg d’extrait sec). Tisane possible mais moins pratique et moins concentrée (racines en décoction : une cuillère à soupe pour 500 mL, départ à froid, décoction dix minutes, infuser dix minutes — saveur très amère). Cure de six à douze semaines minimum pour juger de l’efficacité (l’effet n’est pas immédiat — il se développe sur deux à quatre semaines).
Précautions : l’harpagophyton stimule les sécrétions gastriques (amertume) — contre-indiqué en cas d’ulcère gastroduodénal actif. Déconseillé pendant la grossesse (effet utérotonique décrit dans la médecine traditionnelle sud-africaine). Interactions possibles avec les anticoagulants (cas isolés de potentialisation rapportés — surveiller).
Boswellia — Boswellia serrata (encens indien)
La résine de boswellia (« oliban » ou « encens indien ») contient des acides boswelliques — principalement l’AKBA (acide 3-O-acétyl-11-céto-β-boswellique) — qui sont des inhibiteurs spécifiques de la 5-lipoxygénase. L’inhibition de la 5-LOX bloque la production de leucotriènes, médiateurs inflammatoires puissants impliqués dans les rhumatismes chroniques. Les acides boswelliques inhibent aussi les MMP (en particulier la MMP-3) et exercent un effet anti-apoptotique sur les chondrocytes.
Plusieurs essais cliniques confirment l’efficacité du boswellia dans l’arthrose du genou. L’étude Sengupta et al. (2008) montre une amélioration significative de la douleur et de la fonction dès 7 jours de traitement avec un extrait enrichi en AKBA (5-Loxin). La méta-analyse Yu et al. (2020) confirme un effet analgésique et fonctionnel significatif. Le boswellia est aussi étudié (avec des résultats prometteurs) dans la polyarthrite rhumatoïde et les maladies inflammatoires intestinales (Crohn).
Posologie : extrait standardisé à 30-40 % d’acides boswelliques (ou enrichi en AKBA), 300 à 500 mg trois fois par jour. Cure de huit à douze semaines. Excellente tolérance (rares troubles digestifs mineurs). Peut s’associer au curcuma et à l’harpagophyton.
Cassis (feuilles) — Ribes nigrum
Les feuilles de cassis sont un anti-inflammatoire articulaire traditionnel de la phytothérapie française, utilisé depuis des siècles dans les rhumatismes. Leurs proanthocyanidines, flavonoïdes (rutine, isoquercitrine) et acides phénoliques inhibent les COX et la 5-LOX. L’effet est qualifié de « cortisone-like » dans la tradition — terme exagéré mais qui traduit un anti-inflammatoire perceptible cliniquement. Les feuilles de cassis sont aussi diurétiques (élimination de l’acide urique — utile dans la goutte) et antioxydantes.
Tisane : deux cuillères à soupe de feuilles séchées pour 500 mL, départ à froid, frémissement, infuser quinze minutes. Boire dans la journée. Cure de deux à trois mois. Association synergique avec l’ortie et la reine-des-prés dans les douleurs articulaires chroniques.
VIII. PLANTES ANALGÉSIQUES
Au-delà de l’action anti-inflammatoire (qui réduit indirectement la douleur en réduisant l’inflammation qui la cause), certaines plantes exercent un effet analgésique plus direct, par modulation des voies de la douleur.
Saule — Salix alba, S. purpurea
L’écorce de saule est le « berceau » de l’aspirine. La salicine, glycoside phénolique présent dans l’écorce, est convertie dans l’organisme en acide salicylique — le même métabolite actif que l’aspirine (acide acétylsalicylique). L’acide salicylique inhibe les COX (principalement COX-2 à doses thérapeutiques) et réduit la production de prostaglandines. Mais l’écorce de saule contient aussi d’autres composés bioactifs (flavonoïdes, tanins, polyphénols) qui contribuent à l’effet global — l’extrait total est plus qu’une « aspirine naturelle ».
L’étude clinique de référence (Schmid et al., 2001) a montré qu’un extrait de saule apportant 240 mg de salicine par jour était significativement plus efficace que le placebo et comparable au rofécoxib dans la lombalgie chronique. La Commission E allemande et l’ESCOP reconnaissent l’écorce de saule dans les « douleurs rhumatismales » et les « lombalgies ».
Tisane : une cuillère à soupe d’écorce coupée pour 250 mL, départ à froid, décoction douce dix minutes, infuser dix minutes. Deux à trois tasses par jour. Aussi disponible en extrait standardisé (gélules apportant 120 à 240 mg de salicine par jour). Contre-indication : allergie à l’aspirine (allergie croisée). Précaution chez les patients sous anticoagulants (effet anti-agrégant plaquettaire). Le saule est mieux toléré au plan gastrique que l’aspirine (la transformation en acide salicylique se fait après absorption intestinale, épargnant la muqueuse gastrique de l’agression directe).
Reine-des-prés — Filipendula ulmaria
La reine-des-prés contient des dérivés salicylés (salicylaldéhyde, méthylsalicylate, salicine) qui lui confèrent des propriétés analgésiques et anti-inflammatoires proches de celles du saule. Son nom historique (Spiraea) a donné le mot « aspirine ». L’avantage de la reine-des-prés est qu’elle est également gastroprotectrice (ses tanins et mucilages protègent la muqueuse gastrique) — ce qui en fait un anti-inflammatoire salicylé qui ne provoque pas d’ulcère gastrique, à la différence de l’aspirine de synthèse.
Tisane : une cuillère à soupe de sommités fleuries pour 250 mL, départ à froid, frémissement très doux (ne pas bouillir — les composés volatils s’évaporent), infuser dix minutes couvert. Trois à quatre tasses par jour en poussée douloureuse. Cure sans limitation de durée (excellente tolérance à long terme). Même contre-indication que le saule : allergie à l’aspirine.
Grande camomille — Tanacetum parthenium
La grande camomille (à ne pas confondre avec la camomille romaine ou la matricaire) contient du parthénolide, sesquiterpène lactone qui inhibe le NF-κB et la libération de sérotonine. Principalement connue en prophylaxie de la migraine, elle est aussi utilisée en phytothérapie articulaire pour ses propriétés anti-inflammatoires. Quelques études in vitro montrent une inhibition des MMP et une protection chondrocytaire. Son usage articulaire est plus expérimental que celui du curcuma ou de l’harpagophyton, mais la tradition l’y inclut. Gélules de feuilles séchées ou teinture-mère.
IX. PLANTES CHONDROPROTECTRICES ET REMINÉRALISANTES
La protection du cartilage résiduel est un objectif central dans l’arthrose. Quelques substances naturelles ont montré un potentiel « chondroprotecteur » in vitro — la preuve clinique chez l’homme reste débattue mais prometteuse.
Prêle des champs — Equisetum arvense
La prêle est la plus riche source végétale de silice (jusqu’à 10 % de matière sèche). La silice est un constituant structural du tissu conjonctif — elle intervient dans la synthèse du collagène et des glycosaminoglycanes (composants des protéoglycanes cartilagineux). La supplémentation en silice biodisponible pourrait soutenir la synthèse de matrice cartilagineuse et ralentir sa dégradation. Quelques études animales montrent un effet protecteur du cartilage sous silice. Les preuves cliniques chez l’homme sont encore limitées mais la tradition d’usage est solide.
Tisane : une cuillère à soupe de tiges séchées pour 250 mL, départ à froid, décoction cinq minutes, infuser dix minutes. Deux à trois tasses par jour. Cure de trois semaines, pause une semaine. La prêle est aussi disponible en gélules de poudre (silice mieux conservée). Association classique avec l’ortie (reminéralisante) et le bambou (autre source de silice — Bambusa arundinacea, tabashir).
Ortie (feuilles) — Urtica dioica
Les feuilles d’ortie sont à la fois reminéralisantes (silice, calcium, magnésium, fer, zinc), anti-inflammatoires (inhibition des COX et de la 5-LOX — Obertreis et al., 1996) et analgésiques. Plusieurs études cliniques (dont Randall et al., 2000 — application locale de feuilles fraîches sur des articulations arthrosiques du pouce — résultats positifs ; Chrubasik et al., 1997 — extrait oral dans la gonarthrose) confirment un effet significatif sur la douleur articulaire.
Tisane : trois à quatre cuillères à soupe de feuilles fraîches (ou deux de séchées) pour 500 mL, départ à froid, frémissement, infuser dix minutes. Boire dans la journée. Cure longue (deux à trois mois). L’ortie est aussi un excellent légume sauvage (soupe, pesto, beurre d’ortie) dont la consommation régulière contribue à la reminéralisation du terrain.
Bambou (tabashir) — Bambusa arundinacea
L’exsudat des entre-nœuds du bambou (tabashir) contient jusqu’à 70 % de silice amorphe — la forme la plus biodisponible. Gélules de poudre de tabashir : 2 à 4 gélules par jour. Cure de trois mois. Association idéale avec la prêle et l’ortie pour un apport maximal en silice.
Glucosamine et chondroïtine (note)
Bien que d’origine animale (carapaces de crustacés pour la glucosamine, cartilage de poisson ou de bovin pour la chondroïtine) et non strictement « phytothérapiques », la glucosamine sulfate (1500 mg/jour) et le sulfate de chondroïtine (800-1200 mg/jour) sont souvent associés aux plantes dans les protocoles articulaires. Plusieurs grandes études (GAIT, 2006 ; études européennes avec glucosamine cristalline Rottapharm) ont donné des résultats mitigés mais les analyses en sous-groupes suggèrent un bénéfice réel chez les patients à arthrose modérée à sévère. La cure doit durer au minimum trois mois pour juger de l’efficacité.
X. DRAINAGE ET DÉPURATION ARTICULAIRE
La tradition naturopathique insiste sur l’importance du « drainage » dans les affections articulaires chroniques : favoriser l’élimination des déchets métaboliques (acide urique, acide lactique, résidus inflammatoires) par les émonctoires naturels (reins, foie, peau). Cette approche, qui relève du « terrain » plus que du symptôme, associe des plantes diurétiques, hépatiques et dépuratives.
Bouleau (feuilles) — Betula pendula
Le bouleau est un diurétique doux et un dépuratif articulaire de premier plan. La Commission E allemande le reconnaît dans les « irrigations lors de maladies rhumatismales ». Son effet est principalement un lavage rénal qui favorise l’élimination de l’acide urique et des déchets azotés. Tisane de feuilles : deux à trois cuillères à soupe pour 500 mL, départ à froid, frémissement, infuser quinze minutes. Cure de trois semaines à chaque changement de saison.
Frêne — Fraxinus excelsior
Les feuilles de frêne sont traditionnellement associées aux cures anti-rhumatismales. Elles sont diurétiques (sels de potassium), légèrement anti-inflammatoires (flavonoïdes) et légèrement laxatives. Le frêne est un draineur articulaire classique de la phytothérapie française, en association avec le bouleau et le cassis. Tisane : une cuillère à soupe de feuilles pour 250 mL, départ à froid, frémissement, infuser dix minutes. Deux à trois tasses par jour.
Pissenlit — Taraxacum officinale
La racine de pissenlit est un cholérétique et cholagogue puissant (stimulation de la sécrétion et de l’excrétion biliaire), et les feuilles sont un diurétique riche en potassium. L’association racine + feuilles fait du pissenlit un dépuratif complet (foie + reins). Dans les rhumatismes chroniques, il favorise l’élimination des déchets métaboliques. Tisane de feuilles : deux cuillères à soupe pour 250 mL, frémissement, infuser dix minutes. Décoction de racines : une cuillère à soupe pour 250 mL, décoction cinq minutes, infuser dix minutes.
XI. USAGES EXTERNES — CATAPLASMES ET LINIMENTS
L’application locale de plantes sur les articulations douloureuses est un complément précieux du traitement interne. Plusieurs formes sont possibles.
Cataplasme d’argile verte
L’argile verte (illite ou montmorillonite) est un anti-inflammatoire et un antalgique local puissant. Elle absorbe les toxines, réduit l’œdème, calme la douleur. Préparation : mélanger de l’argile verte en poudre avec de l’eau tiède jusqu’à obtenir une pâte épaisse et homogène. Appliquer en couche de 2 à 3 centimètres sur l’articulation douloureuse, recouvrir d’un linge humide. Laisser poser une à deux heures (ou toute la nuit). Rincer. Un cataplasme par jour en poussée inflammatoire, pendant cinq à dix jours. Ne jamais réutiliser l’argile (elle a absorbé les toxines).
Huile de massage anti-rhumatismale
Macérat huileux de millepertuis (base — anti-inflammatoire local) additionné d’huiles essentielles : gaulthérie couchée (90 % de salicylate de méthyle — analgésique et anti-inflammatoire puissant), eucalyptus citronné (citronnellal — anti-inflammatoire), romarin à camphre (décontracturant musculaire), menthe poivrée (effet froid analgésique immédiat). Quelques gouttes en massage sur l’articulation douloureuse, deux à trois fois par jour. Ne pas appliquer sur peau lésée. Contre-indication : allergie à l’aspirine (la gaulthérie libère de l’acide salicylique par voie transcutanée).
Cataplasme de consoude — Symphytum officinale
La racine de consoude contient de l’allantoïne (cicatrisant), des mucilages (anti-inflammatoires locaux) et des terpènes. Un essai clinique randomisé (Grube et al., 2007) a montré qu’une pommade à base de consoude était significativement supérieure au placebo dans l’arthrose du genou (réduction de la douleur de 50 % en trois semaines). Usage externe exclusivement (la consoude contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques — ne jamais ingérer). Pommade ou cataplasme de racine fraîche râpée, en application locale une à deux fois par jour.
Feuilles d’ortie fraîches (urtication)
L’application directe de feuilles d’ortie fraîches sur la peau au-dessus de l’articulation douloureuse (« urtication ») est un remède populaire très ancien dont l’efficacité a été confirmée par un essai clinique (Randall et al., 2000). Les poils urticants libèrent de l’histamine, de la sérotonine et de l’acétylcholine qui provoquent une vasodilatation locale et un effet « contre-irritant » qui soulage la douleur profonde. L’effet dure plusieurs heures. Pratique simple et gratuite quand l’ortie est accessible.
XII. PLANTES DE LA GOUTTE
La prise en charge phytothérapique de la goutte vise trois objectifs : réduire l’inflammation de la crise, favoriser l’excrétion de l’acide urique (uricosuriques), et modifier le terrain (alimentation, alcalinisation).
Cassis (feuilles) — rappel uricosurique
Les feuilles de cassis sont à la fois anti-inflammatoires et diurétiques uricosuriques (elles augmentent l’excrétion rénale de l’acide urique). Elles sont le premier choix phytothérapique dans la goutte, en tisane quotidienne de fond. Deux à trois tasses par jour en cure longue.
Bouleau et orthosiphon — diurèse uricosurique
L’augmentation de la diurèse dilue l’acide urique dans les urines et favorise son élimination. Le bouleau et l’orthosiphon sont les diurétiques de choix, associés au cassis. L’orthosiphon est spécifiquement hypouricémiant (il augmente l’excrétion d’acide urique au-delà du simple effet dilutionnel).
Cerise acide — Prunus cerasus
Plusieurs études cliniques (dont Zhang et al., 2012 — étude transversale sur 633 patients goutteux) montrent que la consommation de cerises ou d’extrait de cerise réduit significativement le risque de crise de goutte (réduction de 35 % sur 2 jours). Les anthocyanines des cerises acides inhibent la xanthine oxydase (enzyme qui produit l’acide urique) et exercent un effet anti-inflammatoire. Posologie : 200 à 300 g de cerises fraîches par jour en saison, ou 30 à 60 mL de jus concentré de cerise acide (tart cherry juice) quotidiennement hors saison.
Céleri — Apium graveolens
Les graines et la plante de céleri contiennent des phtalides (3-n-butylphtalide) à effet diurétique et hypouricémiant modéré, et des flavonoïdes anti-inflammatoires. L’usage traditionnel du céleri dans la goutte est ancien. Tisane de graines : une cuillère à café pour 250 mL, départ à froid, frémissement, infuser dix minutes. Deux tasses par jour. Le jus de céleri frais (tige et feuilles) est aussi un drainant rénal intéressant.
XIII. GEMMOTHÉRAPIE ARTICULAIRE

La gemmothérapie offre plusieurs macérats de bourgeons à tropisme articulaire remarquable.
Bourgeon de cassis — Ribes nigrum
Le bourgeon de cassis est le « remède de terrain » par excellence des affections inflammatoires et allergiques. Son action cortisone-mimétique (stimulation des corticosurrénales + effet anti-inflammatoire propre) en fait le premier gemmothérapique articulaire. Il est indiqué dans toutes les formes de rhumatismes — arthrose, polyarthrite (en complément du traitement de fond), goutte, tendinites, bursites. Posologie : 5 à 15 gouttes de macérat-mère par jour, en cure de deux à trois mois. Il potentialise l’action de tous les autres bourgeons — on le dit « adaptogène gemmothérapique ».
Bourgeon de pin — Pinus montana
Le bourgeon de pin des montagnes a un tropisme marqué pour le cartilage articulaire. Il est traditionnellement prescrit dans l’arthrose (genou, hanche, rachis) comme « reminéralisant ostéo-articulaire ». Son action est lente et profonde — cure de trois mois minimum. 5 à 15 gouttes par jour. Association classique avec le bourgeon de cassis (anti-inflammatoire) et le bourgeon de vigne (collagène).
Bourgeon de vigne — Vitis vinifera
Le bourgeon de vigne vierge est le spécifique gemmothérapique des déformations articulaires et des ostéophytes (becs de perroquet arthrosiques). Il est traditionnellement prescrit dans l’arthrose déformante des doigts (nodules d’Heberden et Bouchard), la coxarthrose et la gonarthrose. Son action est anti-inflammatoire et « désclérosante » (il freinerait la formation des excroissances osseuses). 5 à 15 gouttes par jour, cure de trois mois.
Bourgeon de bouleau — Betula pendula
Le bourgeon de bouleau est un draineur rénal et un stimulant de l’élimination de l’acide urique. Il est indiqué dans la goutte et dans les rhumatismes « métaboliques » (terrain acide, excès de déchets). 5 à 15 gouttes par jour.
Bourgeon de frêne — Fraxinus excelsior
Le bourgeon de frêne est anti-inflammatoire et uricosurique. Il est indiqué dans les rhumatismes inflammatoires et la goutte. Association fréquente avec le cassis. 5 à 15 gouttes par jour.
XIV. FORMULAIRE DE TISANES
Toutes les préparations suivantes se font en départ à froid : plantes dans l’eau froide, montée en température jusqu’au frémissement, retirer du feu, couvrir, infuser le temps indiqué, filtrer.
Tisane anti-arthrosique — anti-inflammatoire et analgésique
Composition : Reine-des-prés (sommités fleuries) 30 g — Cassis (feuilles) 25 g — Ortie (feuilles) 20 g — Saule (écorce) 15 g — Réglisse (racine) 10 g.
Préparation : Une cuillère à soupe du mélange pour 250 mL d’eau froide. Frémissement, couvrir, infuser douze minutes. Filtrer.
Posologie : Trois à quatre tasses par jour. Cure de deux à trois mois, renouvelable après une pause d’une semaine.
Indication : Arthrose douloureuse (genou, hanche, mains, rachis). Lombalgies chroniques. Douleurs articulaires d’usure.
Tisane de la poussée inflammatoire — action rapide
Composition : Saule (écorce) 30 g — Reine-des-prés (sommités) 30 g — Cassis (feuilles) 25 g — Menthe poivrée (feuilles) 15 g.
Préparation : Une cuillère à soupe du mélange pour 250 mL d’eau froide. Frémissement très doux, couvrir, infuser dix minutes. Filtrer.
Posologie : Quatre à cinq tasses par jour pendant la poussée (sept à dix jours). Peut compléter le paracétamol.
Indication : Poussée inflammatoire articulaire aiguë (genou gonflé, chaud). Crise de goutte en phase résolutive (après colchicine). Douleur arthrosique nocturne.
Tisane reminéralisante — terrain articulaire de fond
Composition : Ortie (feuilles) 30 g — Prêle (tiges) 25 g — Cassis (feuilles) 25 g — Frêne (feuilles) 20 g.
Préparation : Deux cuillères à soupe du mélange pour 500 mL d’eau froide. Frémissement, décoction très douce cinq minutes (pour la prêle), couvrir, infuser dix minutes. Filtrer.
Posologie : Boire dans la journée. Cure de trois semaines par mois, pendant trois mois.
Indication : Terrain arthrosique de fond, prévention, reminéralisation du tissu conjonctif (tendons, ligaments, cartilage).
Tisane de la goutte — uricosurique et anti-inflammatoire
Composition : Cassis (feuilles) 30 g — Orthosiphon (feuilles) 25 g — Bouleau (feuilles) 20 g — Reine-des-prés (sommités) 15 g — Céleri (graines) 10 g.
Préparation : Deux cuillères à soupe du mélange pour 500 mL d’eau froide. Frémissement, couvrir, infuser quinze minutes. Filtrer.
Posologie : Boire dans la journée. Cure de fond de deux à trois mois. Associer à la restriction en purines et en alcool.
Indication : Goutte chronique, hyperuricémie, terrain goutteux. Prévention des récidives de crise.
Tisane du drainage articulaire saisonnier
Composition : Bouleau (feuilles) 30 g — Pissenlit (racine) 25 g — Frêne (feuilles) 25 g — Reine-des-prés (sommités) 20 g.
Préparation : Deux cuillères à soupe du mélange pour 500 mL d’eau froide. Frémissement, décoction douce cinq minutes (pour la racine de pissenlit), infuser dix minutes. Filtrer.
Posologie : Boire dans la journée. Cure de trois semaines au printemps et à l’automne.
Indication : Drainage émonctoriel saisonnier chez le rhumatisant chronique. Accompagnement des cures thermales.
XV. HYGIÈNE ARTICULAIRE
Les plantes médicinales ne donnent leur pleine mesure que sur un socle d’hygiène articulaire solide. Plusieurs facteurs modifiables ont un impact considérable sur la santé des articulations.
Activité physique adaptée. C’est le premier « médicament » de l’arthrose — supérieur en efficacité aux antalgiques dans les études comparatives. Le mouvement nourrit le cartilage (cycles compression-décompression), maintient la force musculaire péri-articulaire (les muscles protègent les articulations en absorbant les chocs), préserve la mobilité, améliore la proprioception. Les activités recommandées sont celles qui mobilisent sans traumatiser : marche, natation, vélo, yoga, tai chi, gymnastique douce. Les activités à éviter sont celles qui imposent des impacts répétés sur des articulations déjà fragilisées (course sur sol dur, sauts, sports de ballon à haut niveau). L’erreur la plus fréquente est le repos excessif : l’immobilité est l’ennemi du cartilage.
Poids corporel. Chaque kilogramme de surpoids impose 3 à 6 kg de contrainte supplémentaire sur le genou à la marche. La perte de 5 kg chez un sujet arthrosique en surpoids réduit la douleur de 20 à 30 % — un effet supérieur à celui de la plupart des médicaments. L’amaigrissement modéré est le « traitement de fond » le plus puissant de la gonarthrose chez l’obèse.
Alimentation anti-inflammatoire. L’alimentation de type méditerranéen (riche en légumes, fruits, poissons gras, huile d’olive, noix, herbes aromatiques ; pauvre en viandes rouges, charcuteries, sucres raffinés, aliments ultra-transformés) est associée à une inflammation systémique plus basse et à une meilleure santé articulaire. Les oméga-3 (poissons gras, graines de lin, noix, pourpier) sont anti-inflammatoires (ils sont précurseurs des résolvines et protectines, médiateurs de résolution de l’inflammation). Les oméga-6 en excès (huiles de tournesol, de maïs, de soja ; viandes d’élevage intensif) sont pro-inflammatoires (précurseurs d’acide arachidonique). Le ratio oméga-6/oméga-3 devrait idéalement être de 2:1 à 4:1 — il est de 15:1 à 20:1 dans l’alimentation occidentale standard.
Hydratation. Le cartilage est composé à 70-80 % d’eau. La déshydratation chronique réduit la viscosité du liquide synovial et altère la nutrition du cartilage. Boire 1,5 à 2 litres d’eau par jour est un minimum, à augmenter en cas de chaleur, d’effort ou de traitement diurétique.
Gestion du stress. Le stress chronique augmente le cortisol, qui à long terme favorise la dégradation du tissu conjonctif et réduit la capacité de réparation. Il augmente aussi la perception de la douleur (sensibilisation centrale). Les techniques de relaxation (cohérence cardiaque, méditation, yoga, marche en nature) réduisent le stress et la douleur perçue.
Sommeil. La nuit est le temps de la réparation tissulaire. L’hormone de croissance (GH), sécrétée principalement pendant le sommeil profond, est nécessaire à la synthèse du collagène et à la régénération du cartilage. Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité aggrave la douleur et freine la récupération. Sept à huit heures de sommeil de qualité sont un objectif raisonnable.
Chaleur locale. L’application de chaleur sur les articulations arthrosiques (bouillotte, bain chaud, douche chaude dirigée) détend les muscles, améliore la perfusion locale, réduit la raideur et la douleur. Exception : en phase de poussée inflammatoire aiguë (articulation chaude, gonflée, rouge), le froid est préférable (glaçage 15 minutes, vasoconstriction anti-inflammatoire).
XVI. PRÉCAUTIONS ET INTERACTIONS
La phytothérapie articulaire est globalement bien tolérée en usage raisonné, mais plusieurs précautions s’imposent.
Plantes salicylées et anticoagulants. Le saule et la reine-des-prés (dérivés salicylés) ont un effet anti-agrégant plaquettaire. Ils doivent être utilisés avec prudence chez les patients sous anticoagulants oraux (AVK, AOD) ou sous antiagrégants (aspirine, clopidogrel). Signaler systématiquement au médecin. L’huile essentielle de gaulthérie (usage externe) libère aussi de l’acide salicylique par voie transcutanée — même précaution.
Allergie à l’aspirine. Contre-indication formelle du saule, de la reine-des-prés et de la gaulthérie en usage interne ou externe chez les sujets allergiques à l’aspirine. Risque de bronchospasme, d’urticaire, d’œdème.
Curcuma et voies biliaires. Le curcuma est cholérétique et cholagogue. Il est contre-indiqué en cas d’obstruction des voies biliaires (calcul biliaire enclavé). Il peut aussi potentialiser les anticoagulants (inhibition plaquettaire) et les hypoglycémiants (effet hypoglycémiant propre modéré). Interaction théorique avec la ciclosporine (augmentation des taux).
Harpagophyton et estomac. L’amertume de l’harpagophyton stimule les sécrétions gastriques. Contre-indiqué en cas d’ulcère gastroduodénal actif. Interactions possibles (théoriques) avec les anticoagulants et les antiarythmiques. Déconseillé pendant la grossesse.
Réglisse. Si présente dans les mélanges : ne pas dépasser trois semaines consécutives. Contre-indiquée dans l’hypertension, l’hypokaliémie, la grossesse. Interactions avec les diurétiques, les antihypertenseurs, les digitaliques.
Prêle et insuffisance rénale. La prêle est déconseillée en cas d’insuffisance rénale sévère (accumulation de silice et de potassium). Ne pas dépasser trois semaines de cure continue (risque théorique de carence en thiamine par la thiaminase).
Consoude — usage externe uniquement. Ne jamais ingérer la consoude (alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques). Usage externe exclusif, sur peau intacte, en cure limitée.
Limites de la phytothérapie. La phytothérapie ne guérit pas l’arthrose (rien ne la guérit à ce jour) ni ne se substitue aux traitements de fond de la polyarthrite rhumatoïde. Elle ne remplace pas le diagnostic médical devant toute mono-arthrite aiguë (qui peut être septique — urgence), devant une polyarthrite débutante (qui nécessite un traitement de fond rapide pour prévenir les destructions), devant une douleur osseuse inexpliquée (fracture pathologique, tumeur). Toute articulation chaude, gonflée, avec fièvre, impose une consultation en urgence.
XVII. SYNTHÈSE EN COUCHES
L’approche phytothérapique articulaire se structure en couches :
Couche 1 — Hygiène articulaire de base. Activité physique quotidienne adaptée (marche, natation, vélo), maintien du poids corporel, alimentation anti-inflammatoire (méditerranéenne, riche en oméga-3), hydratation suffisante, sommeil de qualité, gestion du stress.
Couche 2 — Terrain et reminéralisation. Plantes reminéralisantes en cure longue : ortie + prêle + bambou (silice, minéraux). Gemmothérapie de fond : bourgeon de cassis + bourgeon de pin + bourgeon de vigne. Drainage saisonnier : bouleau + frêne + pissenlit (trois semaines aux changements de saison). Oméga-3 (huile de lin, petits poissons gras).
Couche 3 — Anti-inflammatoires de fond (cure longue). Curcuma (extrait biodisponible, 500-1500 mg/jour de curcuminoïdes) + harpagophyton (50-100 mg harpagoside/jour) ou boswellia (900-1200 mg/jour). Cassis (feuilles en tisane ou bourgeon). Cure de deux à trois mois, réévaluation.
Couche 4 — Traitement de la poussée aiguë. Saule + reine-des-prés (analgésiques salicylés, action rapide). Cataplasme d’argile verte (local). Glaçage en poussée chaude. Repos relatif de l’articulation enflammée. Sept à dix jours. Puis retour à la couche 3.
Couche 5 — Situations spécifiques. Goutte : cassis + orthosiphon + bouleau (uricosurique) + cerise acide + restriction en purines et alcool. Polyarthrite rhumatoïde : curcuma + boswellia + oméga-3 EN COMPLÉMENT du traitement de fond (méthotrexate, biologiques). Tendinites : consoude locale + saule + prêle.
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Cet article est proposé à titre informatif et éducatif. Il ne se substitue en aucun cas à un diagnostic médical ni à un traitement prescrit par un professionnel de santé. Toute mono-arthrite aiguë fébrile, toute polyarthrite débutante, toute douleur osseuse inexpliquée, relèvent d’une consultation médicale urgente. L’usage des plantes médicinales, même traditionnelles, engage la responsabilité individuelle et doit s’inscrire dans une démarche de santé globale, en dialogue avec les soignants.