Le Prince du Lac

Acide bétulinique

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Acide bétulinique
Acide bétulinique — C30H48O3, 456,71 g/mol

L’acide bétulinique est un triterpène, c’est-à-dire une molécule bâtie sur trente atomes de carbone. Son nom rappelle le bouleau, Betula, dont on l’isole habituellement, mais une revue de 2018 rappelle qu’il est présent dans bien d’autres plantes et dans des organes variés, tantôt libre, tantôt lié à des sucres. Il a une proche parente, la bétuline, très abondante dans l’écorce blanche du bouleau, que cette page traite avec lui. Sur ce site, il est cité dans 10 fiches de plantes, surtout chez les Bétulacées, comme le bouleau verruqueux, le bouleau pubescent, le bouleau nain, l’aulne blanc ou le charme-houblon, mais aussi chez le gui, la brunelle, le jujubier, l’orme champêtre et la centaurée scabieuse.

I. Sa formule

Sa formule brute est C30H48O3, pour une masse molaire de 456,71 g/mol. Son nom savant, acide 3β-hydroxy-lup-20(29)-èn-28-oïque, décrit sa structure. Son squelette, dit « lupane », assemble cinq cycles : quatre cycles de six atomes de carbone et un cycle de cinq. Il porte trois repères : un groupe hydroxyle (–OH) en position 3, une fonction acide (–COOH) en position 28, et une petite ramification à double liaison, le groupe isopropényle, accrochée au cycle de cinq atomes. Il a exactement la même formule brute que l’acide oléanolique et l’acide ursolique, mais ses atomes sont disposés autrement : ce sont des isomères.

La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’il fait dans la plante

Chez le bouleau, ces triterpènes se concentrent dans l’écorce. Une étude de 2012 menée sur le bouleau blanc d’Asie, Betula platyphylla, a mesuré la bétuline dans les différents organes de l’arbre : elle se trouve surtout dans l’écorce, très peu dans la peau des racines et dans les feuilles. Un arbre d’un an sait déjà la fabriquer, sa teneur augmente avec l’âge et elle varie selon la saison. Les chercheurs ont suivi en parallèle l’activité d’un gène appelé LUS, qui commande l’une des enzymes de fabrication des triterpènes : elle suit l’accumulation de ces molécules selon l’âge de l’arbre. Une revue de 2024 rappelle que l’on obtient l’acide bétulinique par oxydation de la bétuline, c’est-à-dire en transformant son groupe –CH2OH en fonction acide. Les travaux consultés pour cette page ne précisent pas le rôle exact de ces molécules pour l’arbre.

III. La bétuline, sa sœur de l’écorce de bouleau

La bétuline (C30H50O2) ne diffère de l’acide bétulinique que par un détail : là où l’acide porte sa fonction –COOH, elle porte un simple groupe alcool, –CH2OH. Elle est très abondante : une revue de 2019 indique que le liège de l’écorce de bouleau en contient environ 22 %, et que l’industrie du bois d’Europe du Nord pourrait en fournir des centaines de milliers de tonnes par an. L’extrait sec d’écorce de bouleau, riche en bétuline, est d’ailleurs à l’origine d’un médicament autorisé en Europe centrale en 2016 pour accélérer la cicatrisation, dont il est question plus bas.

IV. Ce que l’on sait chez l’être humain

L’acide bétulinique isolé a fait l’objet d’un très grand nombre d’études en laboratoire. Une revue de 2018 lui prête des effets antiviraux et antitumoraux, ainsi que des effets sur la glycémie, les graisses du sang et l’inflammation. Une revue de 2024 consacrée au cancer résume les travaux sur cellules et chez l’animal : l’acide bétulinique et la bétuline déclenchent la mort programmée des cellules cancéreuses, en épargnant davantage les cellules saines ; les auteurs concluent qu’il reste à établir quelle dose serait efficace chez l’être humain. Un obstacle freine le passage à la clinique : d’après une revue de 2018, la molécule se dissout très mal dans l’eau et disparaît vite de l’organisme, ce qui pousse les chercheurs à l’enfermer dans des nanoparticules. Un dérivé fabriqué à partir de l’acide bétulinique, le bévirimat, a été testé contre le virus du sida : en 2007, dans un essai sur 24 adultes infectés, une prise unique a été bien tolérée et a fait baisser la charge virale en fonction de la dose.

Les principaux essais humains portent sur la bétuline, appliquée sur la peau sous forme d’un gel fait de 10 % d’extrait sec d’écorce de bouleau et de 90 % d’huile de tournesol. En 2017, deux essais de phase III sur 219 adultes chez qui l’on avait prélevé de la peau pour une greffe ont comparé, sur chaque patient, une moitié de la plaie traitée par ce gel et l’autre moitié soignée de façon classique : la moitié traitée s’est refermée en moyenne un peu plus vite, 15,3 jours contre 16,5. En 2023, l’essai EASE a porté sur 223 patients atteints d’épidermolyse bulleuse, une maladie héréditaire où la peau se couvre de bulles au moindre frottement. Une plaie choisie s’est entièrement refermée en 45 jours chez 41,3 % des patients traités, contre 28,9 % avec un gel sans principe actif. Tout n’a pas réussi : en 2015, le même gel n’a pas fait mieux que la vaseline contre les kératoses actiniques, des lésions de la peau dues au soleil. Aucun des essais humains retrouvés pour cette page ne porte sur l’acide bétulinique pris par la bouche.

V. Précautions

Dans les essais sur la peau, le gel à la bétuline a été bien toléré. L’essai EASE a relevé des effets indésirables aussi fréquents avec le gel qu’avec le gel sans principe actif, surtout légers ou modérés, et les essais sur les plaies de prélèvement signalent des effets légers, principalement à l’endroit de l’application. Pour l’acide bétulinique isolé pris par la bouche, les données humaines manquent : ce que l’on sait vient du laboratoire et de l’animal. Une personne qui envisage un complément de cette molécule doit en parler à son médecin, en particulier si elle suit un traitement.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 10 fiches qui citent la Acide bétulinique sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Astéracées — Centaurée scabieuse.

Bétulacées — Aulne blanc, Bouleau nain, Bouleau pubescent, Bouleau verruqueux, Charme-houblon.

Lamiacées — Brunelle commune.

Rhamnacées — Jujubier.

Santalacées — Gui commun.

Ulmacées — Orme champêtre.

Sources

  • Wikidata, entrée Q384111 « acide bétulinique » (formule brute, SMILES, identifiant PubChem 64971), et PubChem, fiches CID 64971 « Betulinic Acid » et CID 72326 « bétuline » (C30H50O2) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Ríos J.L., Máñez S., « New Pharmacological Opportunities for Betulinic Acid », Planta Medica, 2018, 84(1), 8-19. PMID 29202513.
  • Yin J., Ren C.L., Zhan Y.G., Li C.X., Xiao J.L. et coll., « Distribution and expression characteristics of triterpenoids and OSC genes in white birch (Betula platyphylla suk.) », Molecular Biology Reports, 2012, 39(3), 2321-2328. PMID 21647548.
  • Nemli E., Saricaoglu B., Kirkin C., Ozkan G., Capanoglu E. et coll., « Chemopreventive and Chemotherapeutic Potential of Betulin and Betulinic Acid: Mechanistic Insights From In Vitro, In Vivo and Clinical Studies », Food Science & Nutrition, 2024, 12(12), 10059-10069. PMID 39723067.
  • Scheffler A., « The Wound Healing Properties of Betulin from Birch Bark from Bench to Bedside », Planta Medica, 2019, 85(7), 524-527. PMID 30856673.
  • Saneja A., Arora D., Kumar R., Dubey R.D., Panda A.K. et coll., « Therapeutic applications of betulinic acid nanoformulations », Annals of the New York Academy of Sciences, 2018, 1421(1), 5-18. PMID 29377164.
  • Smith P.F., Ogundele A., Forrest A., Wilton J., Salzwedel K. et coll., « Phase I and II study of the safety, virologic effect, and pharmacokinetics/pharmacodynamics of single-dose 3-o-(3′,3′-dimethylsuccinyl)betulinic acid (bevirimat) against human immunodeficiency virus infection », Antimicrobial Agents and Chemotherapy, 2007, 51(10), 3574-3581. PMID 17638699.
  • Barret J.P., Podmelle F., Lipový B., Rennekampff H.O., Schumann H. et coll., « Accelerated re-epithelialization of partial-thickness skin wounds by a topical betulin gel: Results of a randomized phase III clinical trials program », Burns, 2017, 43(6), 1284-1294. PMID 28400148.
  • Kern J.S., Sprecher E., Fernandez M.F., Schauer F., Bodemer C. et coll., « Efficacy and safety of Oleogel-S10 (birch triterpenes) for epidermolysis bullosa: results from the phase III randomized double-blind phase of the EASE study », British Journal of Dermatology, 2023, 188(1), 12-21. PMID 36689495.
  • Pflugfelder A., Andonov E., Weide B., Dirschka T., Schempp C. et coll., « Lack of activity of betulin-based Oleogel-S10 in the treatment of actinic keratoses: a randomized, multicentre, placebo-controlled double-blind phase II trial », British Journal of Dermatology, 2015, 172(4), 926-932. PMID 25124939.
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