JUJUBIER

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Planche botanique Jujubier

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le Jujubier (Ziziphus jujuba Mill., syn. Ziziphus vulgaris Lam.) appartient à la famille des Rhamnaceae. C’est un arbre ou un grand arbuste caduc, épineux, pouvant atteindre 5 à 12 m de hauteur. Le tronc est tortueux, à écorce grise, crevassée et écailleuse. Les branches sont flexueuses, en zigzag, armées d’épines stipulaires caractéristiques : l’une droite, l’autre recourbée en crochet. Les rameaux de l’année sont grêles, retombants, portant des feuilles alternes, ovales-elliptiques, de 2 à 7 cm de long, à 3 nervures principales partant de la base, finement crénelées sur les bords, luisantes sur la face supérieure. Les fleurs sont petites (5 mm), jaune-verdâtre, pentamères, groupées en cymes axillaires pauciflores. Les sépales sont triangulaires, les pétales spatulés, concaves. L’ovaire est semi-infère, à 2 loges. Le fruit, la jujube, est une drupe ovoïde à ellipsoïde, de 2 à 3 cm de long, d’abord verte puis jaune, devenant rouge-brun à maturité, à chair sucrée et farineuse entourant un noyau osseux biloculaire. La floraison a lieu de juin à août. Le système racinaire est puissant, traçant, drageonnant abondamment, ce qui rend le Jujubier parfois envahissant.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Le Jujubier est originaire de Chine, où il est cultivé depuis plus de 4 000 ans. Il a été introduit très anciennement dans tout le bassin méditerranéen, probablement à l’époque romaine, et s’y est naturalisé au point de faire partie intégrante du paysage. Son aire de culture actuelle couvre la Chine (premier producteur mondial avec plus de 5 millions de tonnes annuelles), l’Inde, l’Iran, la Turquie, l’Asie centrale, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), le sud de l’Europe (Espagne, Portugal, sud de la France, Italie, Grèce, Balkans) et le sud des États-Unis. En France, il est naturalisé dans les régions méditerranéennes : Provence, Languedoc, Roussillon, Corse, et localement dans le sud-ouest (Lot-et-Garonne). Il se rencontre dans les haies, les friches, les garrigues, les vergers abandonnés et les jardins, du niveau de la mer jusqu’à environ 500 m d’altitude. Le Jujubier est remarquablement adapté à la chaleur et à la sécheresse : il tolère des températures estivales supérieures à 40 °C et des précipitations annuelles aussi faibles que 200 mm. Il résiste également au froid hivernal jusqu’à -15 °C environ.


Écologie et cycle de vie

Le Jujubier est un arbre à longue durée de vie, pouvant vivre plusieurs siècles. Son débourrement est tardif, souvent en mai, ce qui le protège des gelées printanières. La floraison, de juin à août, est abondante et s’étale sur plusieurs semaines, attirant de nombreux pollinisateurs (abeilles, mouches, guêpes). La pollinisation est entomogame, le Jujubier étant une excellente plante mellifère, produisant un miel clair et parfumé. Les fruits mûrissent de septembre à novembre. Ils sont d’abord verts, puis virent au jaune, à l’orange et enfin au rouge-brun foncé à pleine maturité. La dispersion est assurée par les oiseaux et les mammifères (zoochorie) qui consomment les fruits et rejettent les noyaux. Le Jujubier drageonne vigoureusement par ses racines traçantes, formant parfois des fourrés impénétrables. Cette capacité de multiplication végétative en fait une espèce pionnière efficace dans les milieux dégradés, mais aussi une espèce potentiellement envahissante dans certains contextes. L’arbre fixe l’azote atmosphérique grâce à une association symbiotique avec des bactéries du sol, ce qui lui permet de coloniser des sols très pauvres. Il est résistant à la salinité modérée et tolère les sols calcaires.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La jujube est un fruit remarquablement riche en composés bioactifs. La chair contient 20 à 30 % de sucres (glucose, fructose, saccharose, rhamnose), 0,5 à 1,5 % de protéines, 0,2 à 0,5 % de lipides et 3 à 5 % de fibres alimentaires. La teneur en vitamine C est exceptionnelle dans le fruit frais (200 à 500 mg/100 g, soit 5 à 10 fois plus que l’orange), mais diminue fortement au séchage. Les triterpènes pentacycliques, dont l’acide bétulinique, l’acide oléanolique, l’acide ursolique et l’acide alphitolique, sont présents dans la peau et la chair. Les flavonoïdes incluent la quercétine, le kaempférol, la rutine et la catéchine. Les polysaccharides représentent 5 à 8 % du poids sec. Les graines contiennent des saponines triterpéniques (jujubosides A, B, C), des flavonoïdes (spinosine, 6 »’-feruloylspinosine), des alcaloïdes cyclopeptidiques (sanjoinines), des acides gras (dont l’acide oléique et l’acide linoléique) et des stérols. L’écorce et les feuilles contiennent des tanins, des flavonoïdes et des mucilages.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Les études pharmacologiques modernes confirment de nombreuses propriétés médicinales du Jujubier. Les fruits possèdent des activités antioxydantes puissantes, attribuées à leur richesse en vitamine C, en flavonoïdes et en triterpènes. Des effets hépatoprotecteurs ont été démontrés in vivo, les extraits de jujube protégeant le foie contre les dommages toxiques. Les graines (Suan Zao Ren) contiennent des saponines triterpéniques (dont les jujubosides A et B) et des flavonoïdes (dont la spinosine) qui exercent des effets sédatifs, anxiolytiques et hypnotiques démontrés dans de nombreux modèles expérimentaux et plusieurs essais cliniques. Le mécanisme d’action implique une modulation du système GABAergique. Des propriétés immunomodulatrices ont été mises en évidence, les polysaccharides des jujubes stimulant l’activité des macrophages et des lymphocytes. Des activités anti-inflammatoires, anticancéreuses (induction de l’apoptose dans des lignées cellulaires tumorales) et hypoglycémiantes ont également été rapportées. L’extrait de fruit possède des propriétés gastroprotectrices et favorise la cicatrisation des ulcères gastriques dans les modèles animaux. Le fruit est nutritif, tonique et reconstituant.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Données cliniques limitées ; usage essentiellement traditionnel. Niveau de preuve : usage traditionnel.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Sucres Métabolite Constituant
Protéines Métabolite Constituant
Lipides Métabolite Constituant
Fibres alimentaires Métabolite Constituant
Vitamine c Vitamine Antioxydant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Le Jujubier s’utilise sous de nombreuses formes. Les jujubes séchées se consomment telles quelles ou en décoction, à raison de 10 à 30 g par jour dans 500 ml d’eau (faire bouillir 20 minutes). Les graines de jujube (Suan Zao Ren), en poudre ou en décoction, se prennent à raison de 10 à 20 g par jour pour l’insomnie et l’anxiété, de préférence le soir. L’extrait sec de graines se prend en gélules, généralement standardisé en jujubosides et spinosine, à raison de 200 à 600 mg par jour. La pâte de jujube, préparation traditionnelle, se prépare en faisant cuire longuement les fruits dénoyautés avec du sucre et de la gomme arabique, puis en séchant la pâte obtenue. Les jujubes confites et les jujubes cristallisées sont des confiseries traditionnelles méditerranéennes. Le miel de jujubier, récolté au Yémen et en Afrique du Nord, est l’un des miels les plus chers du monde, prisé pour ses propriétés thérapeutiques. En MTC, les jujubes séchées entrent dans de nombreuses formules classiques : décoction des quatre gentilshommes (Si Jun Zi Tang), décoction de jujube aigre (Suan Zao Ren Tang).


IX. TOXICOLOGIE

Les jujubes sont généralement considérées comme sûres aux doses alimentaires et thérapeutiques traditionnelles. Les précautions principales concernent les personnes diabétiques, la teneur élevée en sucres des fruits (surtout séchés) pouvant affecter la glycémie. Les graines de jujube, en raison de leur effet sédatif, ne doivent pas être associées à des médicaments sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques (benzodiazépines, barbituriques, antihistaminiques sédatifs) sans avis médical, en raison d’un risque de potentialisation. La consommation excessive de jujubes séchées peut provoquer des ballonnements et des troubles digestifs en raison de leur richesse en fibres et en sucres. L’utilisation chez la femme enceinte est traditionnellement admise en MTC (les jujubes sont considérées comme un aliment tonique sans danger), mais une prudence raisonnable s’impose pour les extraits concentrés de graines. Les personnes allergiques aux Rhamnacées doivent exercer une vigilance. Le drageonnement vigoureux du Jujubier peut poser des problèmes dans les jardins si la plante n’est pas maîtrisée : les drageons percent les pelouses, les allées et même les fondations superficielles. Les épines acérées nécessitent des précautions lors de la manipulation et de la taille.


X. USAGES HISTORIQUES

Le Jujubier est l’une des plantes les plus anciennement cultivées en Chine, où il fait partie des cinq fruits sacrés avec la pêche, l’abricot, la prune et le marron. Dans la médecine traditionnelle chinoise (MTC), la jujube (Da Zao) est considérée comme un tonique majeur du Qi et du sang, prescrite dans de nombreuses formules pour harmoniser les autres ingrédients. Les graines (Suan Zao Ren) sont un remède classique de l’insomnie et de l’anxiété. Dans la médecine arabe traditionnelle (Unani), les fruits sont utilisés comme pectoraux, émollients et fébrifuges. En France et dans le bassin méditerranéen, les jujubes étaient autrefois vendues chez les apothicaires comme l’un des quatre « fruits pectoraux » (avec les dattes, les figues et les raisins secs), employés en décoction pour calmer la toux et les irritations de la gorge. La « pâte de jujube », confiserie médicinale, était un remède populaire contre le rhume et les maux de gorge. Le bois du Jujubier, dur et rouge, est utilisé en ébénisterie, en marqueterie et pour la fabrication de pipes et d’objets tournés. Les haies de Jujubier servaient de clôtures défensives impénétrables grâce à leurs épines acérées.


Culture et multiplication

Le Jujubier se multiplie par semis, greffage, bouturage de racines ou prélèvement de drageons. Le semis se fait après stratification des noyaux au froid (3-4 mois à 4 °C), puis semis au printemps. La germination est lente (1 à 3 mois). Les plants issus de semis sont variables et utilisés comme porte-greffes. Le greffage (en écusson, en fente ou en couronne) est la méthode de prédilection pour multiplier les variétés sélectionnées ; il se pratique en août-septembre sur des porte-greffes issus de semis ou de drageons. Le prélèvement de drageons enracinés est la méthode la plus simple et la plus courante dans les régions méditerranéennes. Le Jujubier se plante en automne ou au printemps, dans un sol bien drainé, en situation chaude et abritée. Il tolère les sols pauvres, calcaires, sablonneux et même salins. L’espacement entre les arbres est de 4 à 6 m en verger. L’arrosage est utile les premières années mais l’arbre se passe d’irrigation une fois établi. La taille consiste à supprimer le bois mort, les drageons indésirables et à aérer la ramure. Les variétés chinoises sélectionnées (‘Li’, ‘Lang’, ‘Shanxi Li’) produisent des fruits beaucoup plus gros (jusqu’à 5 cm) que les formes sauvages méditerranéennes.


Récolte et conservation

Les jujubes se récoltent de septembre à novembre, selon les variétés et les régions. Le stade de récolte dépend de l’usage prévu : les fruits récoltés au stade jaune-vert sont consommés frais (croquants et légèrement acidulés), tandis que les fruits laissés sur l’arbre jusqu’au stade rouge-brun sont destinés au séchage (plus sucrés et farineux). La récolte s’effectue manuellement par cueillette ou par gaulage sur des bâches étendues sous l’arbre. Les fruits frais se conservent quelques jours à température ambiante et 2 à 4 semaines au réfrigérateur. Le séchage au soleil ou au déshydrateur (50-60 °C pendant 24 à 48 heures) est la méthode de conservation traditionnelle : les jujubes séchées se conservent un an et plus dans un récipient hermétique, à l’abri de l’humidité. En Chine, les jujubes sont également confites, fumées, transformées en pâte, en sirop, en vinaigre et en vin de jujube. Les graines (noyaux) se récoltent après dénoyautage des fruits mûrs, se lavent, se sèchent et se conservent au sec dans des sachets en papier. Le miel de jujubier se récolte en été, après la floraison, dans les régions productrices (Yémen, Maroc, Pakistan).


Aspects réglementaires

La jujube (Ziziphus jujuba) est un fruit comestible dont la commercialisation est libre dans l’Union européenne, aussi bien sous forme fraîche que séchée. Les graines de jujube (Semen Ziziphi Spinosae) sont inscrites à la Pharmacopée chinoise et figurent dans plusieurs monographies de la pharmacopée européenne en tant que drogue végétale traditionnelle. Les compléments alimentaires à base d’extrait de jujube ou de graines de jujube sont commercialisés en Europe sous la réglementation des compléments alimentaires (directive 2002/46/CE). Les allégations de santé associées aux produits à base de jujube doivent être conformes au règlement (CE) n° 1924/2006. Le Jujubier n’est soumis à aucune restriction CITES ni à aucune mesure de protection particulière. Cependant, dans certaines régions où il est naturalisé et potentiellement envahissant (Australie, certaines îles du Pacifique), sa plantation peut être réglementée. Le miel de jujubier fait l’objet d’appellations d’origine dans certains pays (Yémen, Maroc). En France, la culture du Jujubier n’est soumise à aucune restriction et les plants sont disponibles dans les pépinières spécialisées en fruitiers méditerranéens et en arbres rares.


Associations et synergies

En phytothérapie, le Jujubier s’associe à de nombreuses plantes selon les indications. Pour l’insomnie et l’anxiété, les graines de jujube se combinent avec la Valériane (Valeriana officinalis), la Passiflore (Passiflora incarnata), le Houblon (Humulus lupulus) et la Mélisse (Melissa officinalis). En MTC, la formule classique Suan Zao Ren Tang associe les graines de jujube au Ligusticum, à l’Anémarhéna, au Poria et à la Réglisse. Pour les affections respiratoires, les jujubes séchées se combinent avec le Miel, le Thym (Thymus vulgaris), la Guimauve (Althaea officinalis) et la Réglisse (Glycyrrhiza glabra). Comme tonique général, la jujube s’associe au Ginseng (Panax ginseng), à l’Astragale (Astragalus membranaceus) et à la Réglisse dans les formules de MTC. Au verger, le Jujubier cohabite bien avec l’Olivier, le Figuier, l’Amandier et la Vigne, formant des associations fruitières méditerranéennes traditionnelles. Sa floraison estivale tardive en fait un relais mellifère utile après la floraison des fruitiers printaniers.


Anecdotes et faits remarquables

Le Jujubier est mentionné dans le Coran (sourate Al-Waqi’a, verset 28) sous le nom de sidra, l’arbre du Lotus céleste (Sidrat al-Muntaha) situé au septième ciel, ce qui lui confère un statut sacré dans l’Islam. Le miel de jujubier du Yémen (miel de sidr) est l’un des miels les plus chers du monde, pouvant atteindre 200 euros le kilogramme, en raison de ses propriétés thérapeutiques présumées et de sa rareté. En Chine, la jujube est un symbole de fertilité et de prospérité, offerte lors des mariages. L’expression chinoise « les trois jujubes rouges » (san ke zao) est associée au souhait d’avoir rapidement un enfant. Le Jujubier est cité dans Homère (Odyssée, chant IX) : le pays des Lotophages, dont les habitants mangent le fruit du lotus et tombent dans l’oubli, pourrait se référer au Jujubier (ou à une espèce voisine, Ziziphus lotus). La « pâte de jujube », vendue dans les pharmacies françaises jusqu’au milieu du XXe siècle, était une confiserie médicinale emblématique de la pharmacie d’autrefois. Le bois du Jujubier, très dur et de couleur rouge, était surnommé « bois d’ébène rouge » et utilisé pour fabriquer des instruments de musique en Chine.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le Jujubier est un arbre fruitier et médicinal d’une richesse exceptionnelle, dont le potentiel est encore largement sous-exploité en Occident. Les études pharmacologiques récentes confirment les vertus attribuées par les médecines traditionnelles chinoise, arabe et méditerranéenne, notamment les propriétés sédatives des graines, les activités antioxydantes et hépatoprotectrices des fruits, et les effets immunomodulateurs des polysaccharides. Le développement de la culture du Jujubier en Europe méditerranéenne représente une opportunité pour l’arboriculture durable : l’arbre est adapté au changement climatique (tolérance à la chaleur, à la sécheresse et aux sols pauvres), productif avec peu d’intrants et offre des fruits de haute valeur nutritionnelle. L’introduction de variétés chinoises à gros fruits, la mise en place de filières de transformation (jujubes séchées, confites, pâtes, extraits) et la promotion du miel de jujubier pourraient contribuer à la diversification des productions fruitières méditerranéennes. La recherche sur les graines de jujube comme alternative naturelle aux somnifères est particulièrement prometteuse dans un contexte de surconsommation de benzodiazépines.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Sédatif
  • ★★☆☆☆ Fébrifuge
  • ★★☆☆☆ Tonique

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