Le Prince du Lac

Protopine

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Protopine
Protopine — C20H19NO5, 353,37 g/mol

La protopine est un alcaloïde, c’est-à-dire une molécule végétale contenant de l’azote, qui appartient au grand groupe des alcaloïdes isoquinoléiques. On la rencontre surtout chez les Papavéracées : elle est l’alcaloïde principal de la fumeterre officinale et un constituant étudié des corydales. Sur ce site, elle est citée dans 17 fiches de plantes, qui sont toutes des Papavéracées : fumeterres, corydales, chélidoine, coquelicot et pavots.

I. Sa formule

Sa formule brute est C20H19NO5, pour une masse molaire de 353,37 g/mol. Sa structure associe deux cycles aromatiques à un grand cycle central de dix atomes, qui contient l’atome d’azote. Cet azote porte un groupe méthyle (–CH3), et le grand cycle porte aussi une fonction cétone, c’est-à-dire un atome d’oxygène lié par une double liaison à un carbone. Chacun des deux cycles aromatiques est coiffé d’un petit pont formé de deux atomes d’oxygène reliés par un carbone, que les chimistes appellent un groupe méthylènedioxy. La molécule ne possède pas de centre asymétrique.

La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’elle fait dans la plante

La protopine est une étape sur une longue chaîne de fabrication. Les Papavéracées construisent leurs alcaloïdes pas à pas, et une partie d’entre eux passe par une molécule appelée stylopine. Une enzyme ajoute alors un groupe méthyle sur l’azote de la stylopine : c’est, selon une étude conduite sur le pavot somnifère, une étape clé dans la fabrication de la protopine et d’un autre groupe d’alcaloïdes, les benzophénanthridines. Les chercheurs ont trouvé cette enzyme dans toutes les parties de la plante adulte et dans les cultures de cellules d’autres Papavéracées, mais pas dans les familles voisines qui n’accumulent pas ces alcaloïdes, ce qui s’accorde avec le fait que, sur ce site, seules des Papavéracées citent la protopine.

Un détail éclaire son rôle. Dans des cultures de cellules de pavot, l’activité de cette enzyme augmente quand on les expose à un extrait de champignon, un procédé que les biologistes utilisent pour imiter une attaque. Ce résultat suggère que la voie qui mène à la protopine fait partie des réponses que la plante met en route lorsqu’elle est agressée.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Une revue de 2021 dresse la liste des effets pharmacologiques décrits, pour l’essentiel en laboratoire : anti-inflammatoires, antiplaquettaires, antidouleur, anticonvulsivants, protecteurs du foie et des nerfs, entre autres. Une étude de 1997 en donne un exemple. Sur des plaquettes sanguines humaines, en éprouvette, la protopine freine l’agrégation provoquée par plusieurs agents, à des concentrations plus faibles que l’aspirine. Chez le rat, à 50 à 100 mg par kilo, elle réduit un œdème provoqué à la patte.

Une étude sur une autre fumeterre, Fumaria schleicheri, apporte une nuance précieuse. Chez la souris, l’extrait de la plante freine les convulsions provoquées, et la protopine isolée y contribue, mais avec une activité modérée. Les auteurs concluent que l’effet de l’extrait tient à l’association de plusieurs de ses constituants. Ce résultat plaide pour l’étude de la plante entière, telle que l’emploie la tradition.

Chez l’être humain, on sait peu de choses. Une étude a suivi le devenir de la protopine chez un volontaire qui avait pris de la fumeterre ou de la molécule pure : l’organisme la transforme en plusieurs dérivés éliminés dans les urines, de la même façon chez l’homme et chez le cheval. Les seuls essais cliniques que nous avons trouvés portent sur un sirop associant la protopine à un autre alcaloïde, la nuciférine, contre les troubles de la vessie ; l’un d’eux, contre placebo, a porté sur cent patients. Dans ce sirop, la dose quotidienne de protopine n’est que de 0,09 mg, contre 16,6 mg de nuciférine : les effets observés, une amélioration des symptômes urinaires, ne peuvent donc pas être attribués à la seule protopine.

IV. Précautions

Les résumés consultés ne rapportent pas de données de toxicité propres à la protopine chez l’être humain. Les précautions concernent donc les plantes qui la contiennent, et l’usage de la molécule isolée.

La chélidoine demande une attention particulière. Une revue clinique de 2012 a analysé seize cas européens d’atteinte du foie liés à des extraits de chélidoine, dont la responsabilité a été jugée probable ou très probable. Ces hépatites se manifestaient par une jaunisse et une forte élévation des enzymes du foie, et elles ont bien évolué malgré leur sévérité. Les auteurs soulignent que la chélidoine contient plus de vingt constituants, dont plusieurs alcaloïdes, et qu’on ignore lequel est en cause : rien ne permet d’accuser la protopine en particulier.

Comme la protopine freine en éprouvette l’agrégation des plaquettes, la prudence veut qu’une personne qui prend un anticoagulant ou un antiagrégant en parle à son médecin avant d’utiliser un extrait concentré d’une plante qui en contient.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 17 fiches qui citent la Protopine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Papavéracées — Chélidoine, Coquelicot, Corydale creuse, Corydale intermédiaire, Corydale jaune, Corydale solide, Dicentra à capuchon, Eschscholtzia ou pavot de californie, Fumeterre à petites fleurs, Fumeterre grimpante, Fumeterre officinale, Fumeterre vaillantii, Pavot argémone, Pavot à tige nue, Pavot des alpes, Pavot douteux, Pavot hybride.

Sources

  • Wikidata, entrée Q390706 « protopine » (formule brute C20H19NO5, identifiant PubChem 4970, numéro CAS 130-86-9) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Huang W., Kong L., Cao Y., Yan L., « Identification and Quantification, Metabolism and Pharmacokinetics, Pharmacological Activities, and Botanical Preparations of Protopine: A Review », Molecules, 2021, 27(1). PMID 35011447.
  • Prokopenko Y., Surzhykov I., Golovchenko O., Mishchenko V. et coll., « Fumaria officinalis: Phytochemical complexity and its medicinal significance », Fitoterapia, 2025, 186, 106780. PMID 40763876.
  • Liscombe D.K., Facchini P.J., « Molecular cloning and characterization of tetrahydroprotoberberine cis-N-methyltransferase, an enzyme involved in alkaloid biosynthesis in opium poppy », Journal of Biological Chemistry, 2007, 282(20), 14741-14751. PMID 17389594.
  • Saeed S.A., Gilani A.H., Majoo R.U., Shah B.H., « Anti-thrombotic and anti-inflammatory activities of protopine », Pharmacological Research, 1997, 36(1), 1-7. PMID 9368908.
  • Prokopenko Y., Tsyvunin V., Shtrygol’ S., Georgiyants V., « In Vivo Anticonvulsant Activity of Extracts and Protopine from the Fumaria schleicheri Herb », Scientia Pharmaceutica, 2015, 84(3), 547-554. PMID 28117320.
  • Wynne P.M., Vine J.H., Amiet R.G., « Protopine alkaloids in horse urine », Journal of Chromatography B, 2004, 811(1), 85-91. PMID 15458726.
  • Plotti F., Silvagni A., Cundari G.B., Ficarola F. et coll., « Role of Protopine and Nuciferine in the Management of Nocturia, Urgency, and Dysuria in Pre- and Postmenopausal Women: A Prospective Pilot Study », Gynecologic and Obstetric Investigation, 2023, 88(1), 47-52. PMID 36535262.
  • Chiancone F., Carrino M., Fedelini M., Fabiano M. et coll., « The role of Protopine associated with Nuciferine in controlling adverse events during hyperthermic intravesical chemotherapy instillations », Archivio Italiano di Urologia e Andrologia, 2020, 92(3). PMID 33016036.
  • Teschke R., Frenzel C., Glass X., Schulze J. et coll., « Greater Celandine hepatotoxicity: a clinical review », Annals of Hepatology, 2012, 11(6), 838-848. PMID 23109446.
PhytochimieHypericum perforatum BotaniqueQuercus robur GlossaireDactylis glomerata Jardin forêtCorylus avellana Balades botaniquesPapaver rhoeas ArticlesTilia cordata LivresMireille et Jean-Paul Nous rencontrerCichorium intybus