Le Prince du Lac

Silice

Molécule · Phytochimie

La silice n’est pas une molécule que la plante construit, comme la plupart des composés de ce menu : c’est une matière minérale à base de silicium, que la plante puise dans le sol et dépose dans ses tissus. Certaines familles en accumulent beaucoup, notamment les prêles et les graminées. Sur ce site, elle est citée dans 63 fiches de plantes, dont une majorité de graminées (Poacées) et de Cypéracées, la famille des laîches et des scirpes.

I. Du silicium du sol à la silice des tissus

Le silicium tient dans les plantes une place que l’on soupçonne rarement. Une revue de référence rappelle qu’il y est présent en quantités comparables à celles du calcium, du magnésium ou du phosphore, et que chez les graminées il dépasse souvent tous les autres éléments minéraux. La plante l’absorbe par ses racines, dissous dans l’eau du sol sous forme d’acide silicique, grâce à des protéines de transport spécialisées. Elle le fait ensuite précipiter sous forme de silice solide, à l’intérieur des cellules ou entre elles.

Ces dépôts de silice s’appellent des phytolithes, littéralement des « pierres de plante ». Leur forme et leur taille varient d’une plante à l’autre, si bien que les botanistes s’en servent pour identifier des végétaux, et que les archéologues et les spécialistes du climat les utilisent pour reconstituer la flore, l’agriculture et le climat du passé.

II. Son rôle dans la plante

Hormis chez les diatomées, des algues microscopiques, et chez les prêles, le silicium n’est pas considéré comme indispensable à la vie des plantes. Il leur rend pourtant de grands services. Les plantes que l’on en prive, en culture comme sur les sols qui en manquent, sont plus fragiles dans leur structure, poussent et se reproduisent moins bien, supportent moins les métaux toxiques et deviennent des proies plus faciles pour les maladies comme pour les herbivores, des insectes jusqu’aux mammifères. Déposée dans les tissus, la silice agit notamment comme une barrière mécanique contre les agressions.

III. La prêle et l’ortie

La prêle des champs illustre bien ce rôle. Une équipe a cultivé des prêles avec ou sans silicium. Privées de silicium, elles n’ont déposé aucune silice ; elles ont poussé normalement pendant dix semaines, puis ont succombé à une infection par un champignon. Nourries de silicium, elles en ont déposé dans tous leurs tissus, et surtout à la surface des feuilles et dans les sillons de la tige, en couche continue, souvent double. Les chercheurs y voient une défense en deux temps : la plante fabrique d’abord une substance appelée callose, et cette callose provoque ensuite le dépôt de silice, qui forme une barrière physique.

Chez l’ortie, la silice se trouve à un endroit précis : la pointe des poils urticants. Ces poils fonctionnent comme de minuscules seringues, et c’est la minéralisation de leur paroi qui leur donne leurs propriétés mécaniques. Dans l’ensemble des espèces étudiées, la base et le corps de ces poils sont surtout chargées de calcaire ; chez les Urticacées, leur extrémité est chargée de silice. Nous n’avons pas pu lire, en revanche, de mesure fiable de la teneur en silice des feuilles d’ortie ; nous n’en donnons donc aucune.

IV. Ce que l’on sait chez l’être humain

La prêle des champs est employée depuis longtemps en médecine traditionnelle, notamment pour les os, et l’herboristerie l’associe, avec l’ortie, au soin des cheveux et des ongles. La recherche commence à explorer les mêmes pistes. Dans une grande étude portant sur 2 847 personnes de la cohorte de Framingham, les hommes et les femmes non ménopausées qui consommaient le plus de silicium avaient une densité osseuse de la hanche plus élevée, jusqu’à 10 % d’écart entre ceux qui en consommaient plus de 40 mg par jour et ceux qui en consommaient moins de 14 mg. Ce lien n’a pas été retrouvé après la ménopause, et une telle étude montre une association, non une relation de cause à effet. Au laboratoire, un extrait de prêle a freiné la formation des cellules humaines qui détruisent l’os, ce que les auteurs jugent cohérent avec un effet bénéfique dans les troubles où l’os est détruit trop vite.

La forme du silicium compte beaucoup. Une étude a comparé son absorption à partir de différents aliments : les deux tiers environ passent dans l’organisme à partir d’une bière sans alcool, près de la moitié à partir de haricots verts, mais 4 % seulement à partir de bananes et 1 % à partir de silice en particules. Les formes dissoutes sont bien absorbées ; les formes solides le sont d’autant moins que la silice est polymérisée, c’est-à-dire assemblée en réseau. Une petite étude menée sur douze hommes en bonne santé a montré qu’un litre de tisane de prêle, contenant environ 200 mg de silicium, multipliait par près de dix le taux de silicium dans le sang, sans accumulation au fil de trois jours.

Pour les cheveux et les ongles, le seul essai que nous ayons trouvé porte sur une forme de silicium fabriquée par l’industrie. Cinquante femmes ont pris 10 mg de silicium par jour ou un placebo pendant vingt semaines ; dans le groupe traité, la peau est devenue moins rugueuse, et les participantes ont jugé leurs cheveux et leurs ongles moins cassants qu’au début de l’essai. Nous n’avons pas trouvé d’essai mené avec la prêle ou l’ortie elles-mêmes. Cette absence tient au financement de la recherche : on ne brevette pas une plante, et personne n’a intérêt à payer un essai dont il ne pourrait pas tirer profit.

V. Précautions

La principale précaution tient à la cueillette. La prêle des champs ressemble beaucoup à la prêle des marais, qui contient un alcaloïde potentiellement toxique, la palustrine ; les deux espèces sont communes, partagent les mêmes milieux et sont souvent confondues. Une analyse de 34 produits à base de prêle vendus en pharmacie, en droguerie, en supermarché et sur internet en a trouvé 26 contenant, à des teneurs très variables, des alcaloïdes de la prêle des marais, et ces alcaloïdes passent en bonne partie dans la tisane. Il faut donc bien reconnaître l’espèce que l’on récolte soi-même. Comme toutes les tisanes de ce site, celle de prêle se prépare en partant d’eau froide, jamais en versant de l’eau bouillante sur la plante. Dans l’étude sur les douze volontaires, une tisane très concentrée, à environ 750 mg de silicium par litre, a donné de la diarrhée à quatre volontaires. Une personne qui envisage un complément de silicium doit en parler à son médecin.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 63 fiches qui citent silice sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Aspléniacées — Cétérach officinal, Scolopendre.

Boraginacées — Pulmonaire officinale.

Caryophyllacées — Céraiste tomenteux, Sabline des champs, Sagine couchée, Sagine nodulaire, Spergulaire rouge.

Cypéracées — Choin noirâtre, Laîche des bois, Laîche des marais, Laîche dioïque, Laîche faux-souchet, Laîche glauque, Laîche hérissée, Laîche paniculée, Laîche pendante, Laîche vulgaire, Linaigrette vaginée, Rhynchospore blanc, Scirpe des lacs, Scirpe des marais, Scirpe maritime.

Equisétacées — Grande prêle, Prêle des champs, Prêle d’hiver.

Lamiacées — Galéopsis tétrahit, Lamier jaune.

Plantaginacées — Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain moyen, Plantain noirâtre.

Poacées — Agrostide commune, Agrostide stolonifère, Bambou géant, Brize intermédiaire, Brize mineure, Brome dressé, Brome mou, Brome stérile, Canche cespiteuse, Canche flexueuse, Chiendent maritime, Chiendent rampant, Dactyle aggloméré, Houlque laineuse, Mélique ciliée, Molinie bleue, Orge des rats, Pâturin annuel, Pâturin des prés, Ray-grass d’italie, Roseau commun, Stipe pennée, Vulpin des champs, Vulpin des prés.

Ptéridacées — Capillaire de montpellier.

Rosacées — Aigremoine eupatoire.

Rubiacées — Gaillet blanc, Gaillet gratteron.

Urticacées — Grande ortie.

Sources

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  • Guerriero G., Law C., Stokes I., Moore K.L., Exley C., « Rough and tough. How does silicic acid protect horsetail from fungal infection? », Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, 2018, 47, 45-52. PMID 29544807.
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  • Barel A., Calomme M., Timchenko A., De Paepe K. et coll., « Effect of oral intake of choline-stabilized orthosilicic acid on skin, nails and hair in women with photodamaged skin », Archives of Dermatological Research, 2005, 297(4), 147-153. PMID 16205932.
  • Nowak M., Tipke I., Bücker L., Franke K. et coll., « Biomarker-Based Determination of Equiseti herba Contamination by Equisetum palustre Using HPLC-MS/MS », Planta Medica, 2022, 88(6), 447-454. PMID 34293807.
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