
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Le Lolium multiflorum Lam. (syn. Lolium italicum A. Braun), communément appelé ray-grass d’Italie, ivraie multiflore ou italian ryegrass, est une graminée de la famille des Poaceae. Le genre Lolium, comprenant environ 8 espèces, regroupe des graminées de grande importance agronomique et fourragère. Le nom générique Lolium est le nom latin classique de l’ivraie, plante déjà mentionnée dans la parabole biblique du bon grain et de l’ivraie. L’épithète multiflorum fait référence au nombre élevé de fleurs par épillet, caractère distinctif par rapport au ray-grass anglais (L. perenne). Le ray-grass d’Italie est l’une des graminées fourragères les plus cultivées dans le monde, pièce maîtresse des systèmes prairiaux temporaires.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Le ray-grass d’Italie est une graminée annuelle à bisannuelle, parfois pérenne de courte durée, haute de 30 à 100 cm. Les chaumes sont dressés, lisses, cylindriques, à nœuds glabres, formant des touffes lâches. Les feuilles sont linéaires, planes, larges de 4 à 8 mm, longues de 10 à 25 cm, vert vif, brillantes sur la face inférieure, scabres sur la face supérieure. La préfoliation est enroulée (et non pliée, contrairement au ray-grass anglais), caractère fondamental pour la distinction des deux espèces au stade végétatif. La ligule est membraneuse, courte (1-2 mm), tronquée. Les oreillettes sont bien développées, embrassantes. L’inflorescence est un épi distique, souvent allongé et légèrement arqué, long de 15 à 30 cm. Les épillets sont solitaires, alternes, disposés de profil contre le rachis. Chaque épillet, long de 10 à 25 mm, contient 5 à 15 fleurs (contre 4 à 10 chez L. perenne). La glume inférieure est absente (sauf sur l’épillet terminal), la glume supérieure est linéaire-lancéolée, 5 à 7 nervures, plus courte que l’épillet. La lemme est oblongue, à 5 nervures, généralement aristée, l’arête atteignant 5 à 8 mm. Le caryopse est oblong, sillonné sur la face ventrale.
Habitat naturel et répartition géographique
Le ray-grass d’Italie est originaire du bassin méditerranéen, probablement d’Italie du Nord et du sud de l’Europe, où il pousse spontanément dans les prairies, les friches, les bords de routes et les cultures. Il a été domestiqué dès le début du XIXe siècle en Lombardie pour la production fourragère, d’où son nom de « ray-grass d’Italie ». Aujourd’hui, il est cultivé et naturalisé sur tous les continents, dans les régions à climat tempéré et méditerranéen. En France, il est omniprésent comme plante cultivée dans les prairies temporaires et se rencontre fréquemment en subspontané le long des routes, dans les friches, les cultures et les décombres. À l’état sauvage, il est présent dans tout le pourtour méditerranéen. Il se rencontre du niveau de la mer jusqu’à environ 1 500 m d’altitude. Il préfère les sols fertiles, frais, limono-argileux, mais s’adapte à une large gamme de substrats.
Cycle de vie et phénologie
Le ray-grass d’Italie est principalement annuel ou bisannuel, mais certains cultivars se comportent comme des vivaces de courte durée (2-3 ans). Le semis s’effectue au printemps (mars-avril) ou à l’automne (août-septembre). La germination est rapide (5 à 7 jours en conditions favorables). La préfoliation enroulée caractéristique apparaît dès le stade 2-3 feuilles. Le tallage est vigoureux, chaque plante pouvant produire 10 à 30 talles. La montaison intervient au printemps suivant pour les semis d’automne, ou dans l’année pour les semis de printemps. La floraison se déroule de mai à juillet, la pollinisation étant anémophile. La fructification se poursuit de juin à août. Après la première coupe, la repousse est rapide et vigoureuse, permettant 3 à 5 coupes par an en conditions favorables. Le cycle annuel s’achève par la mort de la plante après la fructification, mais les cultivars bisannuels et pérennes peuvent persister une ou deux saisons supplémentaires. Les graines tombées au sol assurent un réensemencement naturel (auto-ressemis).
III. PARTIES UTILISÉES
Parties aériennes (usage traditionnel).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Le ray-grass d’Italie est une graminée à haute valeur nutritive. Ses parties aériennes contiennent 12 à 20 % de protéines brutes (sur matière sèche, selon le stade et la fertilisation), 20 à 30 % de cellulose brute, 15 à 25 % de glucides solubles (essentiellement des fructanes et du saccharose), 2 à 4 % de lipides, et 8 à 12 % de cendres minérales. La digestibilité de la matière organique est élevée (70-80 %), supérieure à celle de la plupart des graminées prairiales. Les feuilles sont riches en acides gras insaturés, notamment l’acide alpha-linolénique (oméga-3), ce qui confère au lait et à la viande d’animaux nourris au ray-grass un profil lipidique favorable. La plante contient des flavonoïdes, des acides phénoliques et de la silice. Certaines variétés peuvent accumuler des alcaloïdes endophytiques produits par le champignon symbiote Epichloë, qui confèrent une résistance aux ravageurs mais peuvent être toxiques pour le bétail.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Le ray-grass d’Italie ne possède pas de propriétés médicinales reconnues. Comme la plupart des graminées fourragères, il n’a jamais été utilisé en phytothérapie traditionnelle. Son pollen constitue cependant l’un des allergènes les plus importants en Europe. Le genre Lolium produit un pollen abondant de mai à juillet, responsable d’une part significative des pollinoses (rhume des foins) en zones tempérées. Les protéines allergènes Lol p 1, Lol p 2 et Lol p 5, identifiées dans le pollen du genre Lolium, sont parmi les mieux caractérisées de tous les allergènes de graminées. Les extraits de pollen de Lolium sont largement utilisés en allergologie pour le diagnostic et l’immunothérapie (désensibilisation) des allergies aux graminées. Par ailleurs, les fructanes du ray-grass présentent un intérêt comme prébiotiques potentiels, favorisant le développement de bactéries bénéfiques dans le tube digestif des ruminants.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Données cliniques limitées ; usage essentiellement traditionnel. Niveau de preuve : usage traditionnel.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Protéines brutes | Métabolite | Constituant |
| Cellulose brute | Fibre | Constituant structural |
| Glucides solubles | Métabolite | Constituant |
| Fructanes | Polysaccharide | Prébiotique |
| Saccharose | Métabolite | Constituant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Le ray-grass d’Italie est récolté et transformé selon quatre modalités principales. Le pâturage direct permet aux animaux de consommer l’herbe sur pied, mode d’exploitation le plus simple et le moins coûteux. L’affouragement en vert consiste à faucher l’herbe et à la distribuer fraîche à l’auge, technique courante en élevage laitier intensif. Le foin, obtenu par fauchage et séchage au champ, se pratique principalement sur la première coupe de printemps. L’ensilage, méthode de conservation par fermentation anaérobie, est la forme de transformation la plus répandue : l’herbe est fauchée, pré-fanée, récoltée par ensileuse puis tassée dans un silo horizontal ou un boudin plastique. L’enrubannage (balles rondes enveloppées de film plastique) est une variante de l’ensilage adaptée aux petites exploitations. La qualité de l’ensilage de ray-grass d’Italie est excellente en raison de sa forte teneur en sucres solubles, qui favorisent une bonne fermentation lactique.
Aspects écologiques et environnementaux
Le ray-grass d’Italie joue un rôle environnemental ambigu. Comme culture de couverture semée après les céréales (CIPAN), il piège efficacement les nitrates résiduels dans le sol, limitant la lixiviation vers les nappes phréatiques. Son enracinement dense améliore la structure du sol et lutte contre l’érosion. Cependant, la culture intensive du ray-grass d’Italie, avec des fertilisations azotées élevées, contribue aux émissions de protoxyde d’azote (gaz à effet de serre) et au lessivage de nitrates en cas de surfertilisation. La monoculture de ray-grass réduit la diversité floristique des prairies par rapport aux prairies permanentes naturelles. Son pollen abondant constitue un facteur aggravant de pollinoses. En revanche, les prairies de ray-grass d’Italie, même temporaires, fournissent un habitat et des ressources alimentaires pour l’avifaune prairiale et les invertébrés. L’utilisation de cultivars endophytiques (porteurs du champignon Epichloë) soulève des questions écotoxicologiques liées aux alcaloïdes produits.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité non documentée ; en l’absence de données, s’abstenir de tout usage interne non encadré.
X. USAGES HISTORIQUES
L’usage du ray-grass d’Italie est presque exclusivement agronomique. Domestiqué en Lombardie dans les années 1810-1820, il fut rapidement adopté dans toute l’Europe comme fourrage de haute qualité. Son introduction en France date des années 1830-1840, période de modernisation agricole. Il devint en quelques décennies la graminée fourragère de référence pour les prairies temporaires, supplantant les mélanges traditionnels de graminées et de légumineuses. Dans les régions d’élevage laitier (Normandie, Bretagne, Pays de Loire), il constitue la base de l’alimentation des vaches laitières en vert et en ensilage. En Italie du Nord, la tradition de culture du ray-grass est liée à la production du lait pour les fromages Grana Padano et Parmigiano-Reggiano. En Nouvelle-Zélande et en Australie, le ray-grass d’Italie est un pilier de l’élevage ovin et bovin extensif. Les graines de ray-grass étaient autrefois triées soigneusement pour les séparer de celles de l’ivraie enivrante (Lolium temulentum), espèce toxique qui contaminait les récoltes céréalières.
Culture et exigences agronomiques
Le ray-grass d’Italie est une culture fourragère à cycle court, très productive. Le semis se fait à la volée ou en lignes espacées de 15-20 cm, à raison de 30 à 40 kg/ha, sur un sol bien préparé, à 1-2 cm de profondeur. Le semis d’automne (août-septembre) est privilégié pour une exploitation au printemps suivant. Le semis de printemps (mars-avril) permet une exploitation dans l’année. La levée est rapide (5-7 jours) et la couverture du sol est atteinte en 4-6 semaines. La fertilisation azotée est déterminante pour la productivité : 150 à 300 kg N/ha/an en conditions intensives, fractionnés après chaque coupe. La première coupe intervient au stade épiaison (mai), les coupes suivantes toutes les 4 à 6 semaines. Le rendement annuel peut atteindre 10 à 15 tonnes de matière sèche par hectare. Les principaux types variétaux sont les diploïdes et les tétraploïdes, ces derniers offrant des feuilles plus larges, plus tendres et plus riches en glucides solubles. Les variétés alternatives (épiant la première année) et non alternatives (nécessitant une vernalisation) conviennent à des dates de semis différentes.
Statut de conservation et réglementation
Le ray-grass d’Italie est une espèce cultivée dont les populations sauvages ne sont pas menacées. Il ne figure sur aucune liste rouge ni aucune liste de protection. Sa commercialisation est réglementée par la législation européenne sur les semences fourragères : inscription au catalogue officiel des variétés, certification des lots de semences, normes de pureté et de germination. Plus de 300 variétés sont inscrites au catalogue commun européen. En France, la commercialisation des semences est contrôlée par le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants). Aucune restriction ne concerne sa culture ou son utilisation. Dans certains pays hors de son aire d’origine (Australie, Nouvelle-Zélande), le ray-grass d’Italie est localement considéré comme une adventice envahissante dans les milieux naturels, mais il ne fait pas l’objet de mesures de contrôle spécifiques en Europe.
Anecdotes et curiosités historiques
L’histoire du ray-grass d’Italie est intimement liée à la révolution agricole du XIXe siècle. Sa domestication en Lombardie constitue l’un des derniers exemples de domestication d’une espèce fourragère majeure dans l’histoire de l’agriculture. Le comte Carlo Lastri et l’agronome Giovanni Targioni Tozzetti furent parmi les premiers à promouvoir sa culture en Toscane. L’Anglais George Sinclair, jardinier du duc de Bedford, l’introduisit en Grande-Bretagne vers 1820 après un voyage en Italie. La distinction entre ray-grass d’Italie et ray-grass anglais fit l’objet de débats botaniques animés au XIXe siècle, certains auteurs ne reconnaissant qu’une seule espèce polymorphe. La parabole biblique de l’ivraie et du bon grain (Matthieu 13, 24-30) fait référence à l’ivraie enivrante (Lolium temulentum), espèce voisine dont les graines, contaminées par un champignon endophyte toxique, provoquaient des intoxications graves lorsqu’elles se mélangeaient au blé.
Confusions possibles
Le ray-grass d’Italie est le plus souvent confondu avec le ray-grass anglais (Lolium perenne), dont il se distingue par trois critères fondamentaux : la préfoliation enroulée (pliée chez L. perenne), les lemmes aristées (mutiques chez L. perenne) et les épillets à 5-15 fleurs (4-10 chez L. perenne). La Lolium temulentum (ivraie enivrante), adventice des cultures céréalières devenue rare, possède une glume supérieure plus longue que l’épillet et des lemmes fortement aristées. Le Festuca pratensis (fétuque des prés), avec lequel le ray-grass d’Italie peut s’hybrider naturellement (hybrides × Festulolium), possède une panicule ramifiée et non un épi distique. Le Brachypodium sylvaticum (brachypode des bois) a un épi à épillets pédonculés et un habitat forestier. L’Elymus repens (chiendent rampant) possède des rhizomes traçants et deux glumes par épillet. L’examen de la préfoliation et de la glume inférieure absente reste le critère le plus fiable.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Le ray-grass d’Italie est une graminée fourragère de premier plan, dont l’importance agronomique et économique ne cesse de croître dans un contexte de demande alimentaire mondiale croissante. Les enjeux de recherche actuels concernent la sélection de variétés à haute teneur en glucides solubles (pour améliorer l’efficacité de conversion alimentaire et réduire les émissions de méthane par les ruminants), la résistance aux maladies (rouilles, helminthosporiose) et l’adaptation au changement climatique (tolérance à la sécheresse, à la chaleur). Les hybrides intergénériques Festulolium, combinant la productivité du ray-grass et la pérennité de la fétuque, représentent une voie d’avenir prometteuse. Les questions environnementales — réduction de la fertilisation azotée, diversification des mélanges prairiaux, gestion des endophytes — orientent la recherche vers des systèmes fourragers plus durables. Le ray-grass d’Italie restera sans doute la clé de voûte des prairies temporaires européennes pour les décennies à venir.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Plants of the World Online, Kew : Lolium multiflorum.
- Tela Botanica / eFlore : Lolium multiflorum.
- Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Mèze : Biotope ; 2014.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Digestif (usage traditionnel)