
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Le gouet d’Italie (Arum italicum Mill.) appartient à la famille des Araceae. Le genre Arum comprend environ 30 espèces. Le nombre chromosomique est 2n = 56 ou 84 (triploïde). Le nom Arum est le nom latin classique. L’épithète italicum fait référence à l’Italie, d’où l’espèce fut décrite. Noms vernaculaires : gouet d’Italie, arum d’Italie, pied-de-veau d’Italie. En anglais : Italian lords-and-ladies, Italian arum. L’espèce se distingue d’A. maculatum par ses feuilles à nervures blanches et son appendice jaune. La sous-espèce la plus répandue en France est A. italicum subsp. italicum.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Plante herbacée vivace géophyte de 20 à 60 cm. Tubercule souterrain ovoïde, charnu, blanc, de 3 à 6 cm. Feuilles basales, longuement pétiolées, limbe sagitté-hasté, de 15 à 35 cm, vert foncé luisant à nervures blanches ou crème très apparentes (veinure marbrée caractéristique), apparaissant à l’automne (octobre-novembre) et persistant tout l’hiver et le printemps (phénologie inversée par rapport à A. maculatum dont les feuilles sont printanières). Spathe de 15 à 40 cm, vert pâle jaunâtre, parfois lavée de pourpre, plus grande que chez A. maculatum. Spadice à appendice jaune (contre violet-pourpre chez A. maculatum), émettant une odeur fétide moins intense que chez A. maculatum. Fleurs unisexuées, disposées comme chez A. maculatum (femelles à la base, poils stériles, mâles au-dessus, appendice terminal). Fruit : baies rouge orangé vif, groupées en épi dense, très décoratives, persistant de juillet à novembre sur la hampe nue. Floraison : avril à mai.
Origine géographique et répartition
Espèce méditerranéenne à atlantique. Répartie dans tout le bassin méditerranéen, la façade atlantique de l’Europe (de l’Angleterre au Portugal), et l’Asie Mineure. En France, commune dans le sud (Méditerranée, sud-ouest) et l’ouest (façade atlantique, Val de Loire). Présente aussi dans le centre et le Bassin parisien. Rare dans le nord-est et absente des montagnes élevées. Altitude : 0 à 800 m. L’espèce est en expansion vers le nord (Angleterre, Belgique), possiblement favorisée par le réchauffement climatique et les plantations horticoles. Très largement cultivée comme plante ornementale de sous-bois.
Écologie et habitat
Haies, lisières forestières, sous-bois thermophiles, pieds de murs, jardins, parcs, friches, berges ombragées. Le gouet d’Italie est semi-sciaphile à sciaphile, thermophile, lié aux milieux frais à modérément secs. Les sols sont riches, argileux à limoneux, neutres à calcaires, humifères. L’espèce appartient aux communautés des Prunetalia (haies), des Populetalia (forêts riveraines) et des Quercion ilicis (chênaies vertes). La phénologie hivernale des feuilles (verdure en hiver, repos en été) est une adaptation au climat méditerranéen (évitement de la sécheresse estivale). Le mécanisme de pollinisation par piège à mouches est identique à celui d’A. maculatum. La dispersion est ornithochore (merles, grives). Les baies rouge orangé sont très voyantes et attractives pour les oiseaux mais toxiques pour l’homme.
III. PARTIES UTILISÉES
Parties aériennes (usage traditionnel).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La composition chimique est très similaire à celle d’A. maculatum. Toutes les parties contiennent des raphides d’oxalate de calcium (cristaux en aiguilles). Le tubercule contient de l’amidon (25-35 %), des saponines, des lectines, des mucilages. Les feuilles contiennent des flavonoïdes : quercétine, kaempférol. Des acides phénoliques. Le spadice contient des amines volatiles fécaloïdes (indole, p-crésol). Les baies contiennent des anthocyanes (pélargonidine, cyanidine), des saponines et des oxalates. Des alcaloïdes isoquinoléiques en traces ont été rapportés chez A. italicum, mais leur présence est controversée. La thermogenèse de l’appendice implique l’oxydase alternative (AOX). Les concentrations en substances toxiques (oxalates, saponines) sont comparables à celles d’A. maculatum.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Comme pour A. maculatum, les propriétés pharmacologiques sont dominées par la toxicité. Les raphides d’oxalate sont irritantes mécaniques. Les saponines sont hémolytiques. Les lectines sont agglutinantes et inflammatoires. Les flavonoïdes sont antioxydants. Des études récentes montrent que les lectines d’Arum possèdent des propriétés anticancéreuses in vitro (inhibition de la prolifération de cellules tumorales du côlon et du sein) et immunomodulatrices (stimulation des lymphocytes T). L’amidon du tubercule, après purification, est un excipient pharmaceutique potentiel. L’huile essentielle du spadice (composés volatils fécaloïdes) n’a pas d’intérêt thérapeutique. L’acide oxalique est néphrotoxique à forte dose (risque de cristallisation rénale).
Utilisations médicinales traditionnelles
Les usages sont identiques à ceux d’A. maculatum. En médecine populaire méditerranéenne, le tubercule cuit servait d’aliment de famine (après cuisson prolongée et lavages multiples). En Italie, le tubercule séché et réduit en poudre servait d’amidon pour l’empesage du linge. En médecine populaire grecque, le tubercule écrasé en cataplasme était appliqué sur les furoncles, les engelures et les douleurs rhumatismales. En médecine populaire turque, la plante était utilisée comme hémostatique. L’usage interne est dangereux et abandonné. En homéopathie, Arum italicum est prescrit pour les irritations des muqueuses nasales et buccales. La plante n’a jamais figuré dans les pharmacopées officielles modernes.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Les recherches portent sur la thermogenèse (régulation de l’oxydase alternative AOX par l’acide salicylique, rôle écologique dans la volatilisation des attractifs olfactifs pour les pollinisateurs), les lectines d’Araceae (propriétés anticancéreuses et immunomodulatrices, développement de bioinsecticides), la biogéographie (expansion vers le nord en lien avec le réchauffement climatique, analyse de la dispersion par les oiseaux frugivores), et la phénologie hivernale (adaptation au climat méditerranéen, photosynthèse hivernale dans les feuilles persistantes). Des études de toxicologie analysent la composition et la toxicité comparée des baies d’A. italicum et d’A. maculatum en contexte d’intoxication pédiatrique.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Raphides d’oxalate de calcium | Sel | Présence à signaler (calculs) |
| Amidon | Polysaccharide | Réserve glucidique |
| Saponines | Saponine | Constituant tensioactif |
| Lectines | Métabolite | Constituant |
| Flavonoïdes | Flavonoïde | Antioxydant, anti-inflammatoire |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
L’USAGE INTERNE EST DANGEREUX ET DÉCONSEILLÉ. Le tubercule cru provoque une irritation intense des muqueuses. À titre historique : cataplasme de tubercule cuit comme révulsif. Amidon extrait du tubercule (après lavages répétés) comme excipient. Homéopathie : teinture-mère en dilutions (5 CH et plus). L’intérêt principal de A. italicum est ornemental (feuillage hivernal décoratif, baies rouge orangé) et écologique (dispersion par les oiseaux, pollinisation par piège à mouches).
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité identique à celle d’A. maculatum. L’ingestion provoque une irritation intense des muqueuses buccales (brûlure, œdème, hypersalivation), des vomissements et des diarrhées. Les baies rouge orangé sont une cause fréquente d’intoxication accidentelle chez les enfants (la couleur vive est très attractive). Les centres antipoison rapportent régulièrement des cas. La toxicité est due aux raphides d’oxalate de calcium, aux saponines et aux lectines. La cuisson et les lavages réduisent mais n’éliminent pas complètement la toxicité. Le contact cutané avec le suc frais provoque une dermite. Aucun cas mortel n’est rapporté (la douleur buccale immédiate limite l’ingestion). Contre-indications absolues : tout usage interne non supervisé.
X. USAGES HISTORIQUES
Le gouet d’Italie partage l’essentiel du folklore du genre Arum avec A. maculatum. En horticulture, A. italicum est nettement plus cultivé que A. maculatum, apprécié pour son feuillage marbré hivernal (cultivar ‘Marmoratum’ ou ‘Pictum’). Il est très utilisé en fleuristerie pour ses épis de baies rouge orangé spectaculaires. En Italie, le nom populaire gigaro chiaro (gigaro clair) le distingue du gigaro scuro (A. maculatum). En archéobotanique, des restes d’amidon de tubercule d’Arum ont été identifiés sur des outils de broyage néolithiques dans le sud de la France, attestant de la consommation de ce féculent de famine depuis la préhistoire. La thermogenèse du spadice, phénomène remarquable de production de chaleur chez un végétal, continue de fasciner les biologistes depuis les observations pionnières de Lamarck au XVIIIe siècle.
Statut réglementaire et conservation
Arum italicum n’est pas menacé (UICN : LC). Espèce commune dans le sud et l’ouest de la France, en expansion. Non protégée. Répertoriée comme toxique dans les bases de données des centres antipoison. Ne figure dans aucune pharmacopée moderne. Largement cultivée comme plante ornementale. Considérée comme potentiellement envahissante dans certaines régions (Australie, Nouvelle-Zélande, nord-ouest des États-Unis), où elle est classée comme mauvaise herbe invasive.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Aucune monographie officielle. L’identification repose sur les caractères distinctifs par rapport à A. maculatum : feuilles à nervures blanches (contre taches pourpres ou limbe uni chez A. maculatum), appendice du spadice jaune (contre violet-pourpre), feuilles apparaissant en automne (contre printemps), spathe plus grande, baies orange-rouge (contre rouge vif). L’examen microscopique du tubercule est identique : parenchyme amylifère, raphides d’oxalate abondantes. Les deux espèces coexistent dans certaines régions (ouest de la France, Bassin parisien) et des intermédiaires morphologiques rendent parfois la distinction délicate.
Conclusion et perspectives
Arum italicum, le gouet aux nervures d’argent, partage avec A. maculatum une biologie fascinante (thermogenèse, piège à mouches) et une toxicité bien caractérisée. Son feuillage hivernal marbré et ses épis de baies orange en font une plante ornementale majeure. Si l’usage médicinal est justement abandonné, les lectines de la famille des Araceae constituent une piste de recherche en oncologie et en immunologie. L’expansion géographique de l’espèce, favorisée par le réchauffement climatique et la dispersion ornithochore, en fait un indicateur biogéographique intéressant pour le suivi des changements environnementaux en Europe.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Plants of the World Online, Kew : Arum italicum.
- Tela Botanica / eFlore : Arum italicum.
- Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Mèze : Biotope ; 2014.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Hémostatique (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Antioxydant