CYNOGlOSSE DE CRÈTE

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Cynoglossum creticum Mill.

Famille : Boraginaceae.

Noms vernaculaires : cynoglosse de Crète, cynoglosse bleu, langue-de-chien de Crète.

Le cynoglosse de Crète est une Boraginacée bisannuelle méditerranéenne, à feuilles velues grisâtres et à fleurs bleu veiné de violet, fréquentant les friches, les bords de route et les terrains vagues du Midi de la France. Plus méridionale que le cynoglosse officinal (C. officinale), elle s’en distingue par ses fleurs bleues à nervures plus foncées (et non rouge brun) et par son habitat nettement méditerranéen.

Le genre Cynoglossum est remarquable pour ses fruits à nucules épineuses, véritables « grattoirs végétaux » s’accrochant aux vêtements et aux pelages des animaux pour assurer la dissémination. La plante contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques caractéristiques des Boraginacées, qui la rendent toxique et interdisent tout usage médicinal ou alimentaire.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

  • Règne : Plantae
  • Division : Magnoliophyta
  • Classe : Magnoliopsida
  • Ordre : Boraginales
  • Famille : Boraginaceae
  • Genre : Cynoglossum L.
  • Espèce : Cynoglossum creticum Mill.
  • Noms vernaculaires : cynoglosse de Crète, langue-de-chien de Crète.

Étymologie : Cynoglossum dérive du grec kuôn (κύων, chien) et glôssa (γλῶσσα, langue), formant « langue de chien » — allusion à la forme et à la texture des feuilles, velues et allongées comme une langue de chien. Creticum (de Crète) indique une provenance méditerranéenne orientale.

Le genre Cynoglossum comprend environ 75 espèces dans les régions tempérées et subtropicales. En France, deux espèces principales sont présentes : C. officinale (eurasiatique tempéré, fleurs brun rougeâtre) et C. creticum (méditerranéen, fleurs bleues veinées).


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Le cynoglosse de Crète est l’une des Boraginacées les plus « tactiles » de la flore française : toute la plante est couverte d’une pilosité dense, molle, grisâtre, qui lui confère un aspect velouté et cendré, évoquant une étouffe de feutre. Cette pilosité est constituée de poils longs (1-3 mm), mous, non rigides, souvent recourbés, donnant une texture douce au toucher — très différente de la pilosité raide et piquante des vipérines (Echium) ou des buglosses (Anchusa). Ce caractère est immédiatement perceptible sur le terrain et constitue l’un des critères de reconnaissance les plus fiables.

Les nucules épineuses méritent une description détaillée : chaque méricarpe est ovale-aplati, de 5 à 7 mm, et sa surface est uniformément couverte d’épines crochues (glochidies) terminées par un crochet microscopique orienté vers l’arrière. Ces crochets s’agrippent aux poils des animaux (mammifères), aux plumes des oiseaux et aux textiles des promeneurs avec une efficacité remarquable. Le mécanisme est analogue à celui du velcro (d’ailleurs inspiré de structures végétales similaires chez les bardanes). La dissémination par épizoochorie (transport sur les animaux) est ainsi le mode principal de dispersion de l’espèce, favorisant la colonisation de nouveaux habitats rudéraux le long des axes de déplacement du bétail et des randonneurs.

Plante herbacée bisannuelle de 30 à 80 cm, densément pubescente dans toutes ses parties. La pilosité est constituée de poils longs, mous, grisâtres, donnant à la plante un aspect velouté et cendré. La première année, elle forme une rosette de feuilles basales. La deuxième année, la tige florifère s’élève, dressée, ramifiée.

Les feuilles basales sont grandes (10 à 20 cm), oblongues-lancéolées, pétiolées, densément pubescentes, molles. Les feuilles caulinaires sont alternes, sessiles ou semi-embrassantes, progressivement plus petites vers le sommet. La texture est veloutée, douce au toucher, grisâtre.

L’inflorescence est une cyme scorpioïde lâche, allongée. Les fleurs sont infundibuliformes, de 7 à 10 mm de diamètre, à corolle bleu clair veinée de violet ou de pourpre, à tube court et à 5 lobes étalés. Les fornices (écailles de gorge) sont présentes. Calice à 5 sépales velus, accrescent.

Le fruit est composé de 4 nucules aplaties, ovales, de 5 à 7 mm, couvertes d’épines crochues (glochidies) sur toute leur surface — caractère diagnostique du genre. Ces épines assurent la zoochorie (dissémination par les animaux) en s’accrochant aux poils et aux vêtements.

Floraison : avril à juin.


III. HABITAT, ÉCOLOGIE ET RÉPARTITION

Le cynoglosse de Crète fréquente les friches, les bords de route, les terrains vagues, les décombres, les cultures abandonnées et les pâturages secs de la région méditerranéenne. Il préfère les sols secs, neutres à calcaires, souvent pierreux ou sablonneux, en exposition chaude. C’est une espèce héliophile, thermophile, rudérale.

Répartition : pourtour méditerranéen, de la péninsule Ibérique à l’Asie Mineure. En France, il est présent dans le Midi (Provence, Languedoc, Corse, basse vallée du Rhône) et remonte localement dans les vallées chaudes de la Drôme, de l’Ardèche et du Rhône.


IV. PARTIES UTILISÉES

Aucune partie n’est utilisée en phytothérapie moderne. Le cynoglosse officinal (C. officinale) a eu des usages historiques (émollient, antitussif, sédatif), mais ces usages sont totalement abandonnés en raison des alcaloïdes pyrrolizidiniques. Le cynoglosse de Crète n’a jamais eu de tradition d’usage propre significative.


V. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

A. Alcaloïdes pyrrolizidiniques

Le genre Cynoglossum est l’un des genres de Boraginacées les plus riches en alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP). C. creticum contient de l’héliosupine, de la cynoglossine et d’autres esters de rétronécine. Ces composés sont hépatotoxiques, génotoxiques et potentiellement cancérogènes, comme tous les AP à structure 1,2-insaturée.

B. Polyphénols

Des flavonoïdes et des acides phénoliques (acide rosmarinique, acide chlorogénique) sont présents, ainsi que des tanins et des mucilages.

C. Allantoïne

Comme chez la consoude (Symphytum) et d’autres Boraginacées, l’allantoïne est vraisemblablement présente. Ce composé, stimulant de la prolifération cellulaire et de la cicatrisation, est paradoxalement associé à la même famille que les AP génotoxiques.


VI. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

  • Hépatotoxicité (AP) : les AP sont bioactivés en métabolites pyrroles hépatotoxiques par les cytochromes P450, provoquant une maladie veino-occlusive hépatique.
  • Génotoxicité (AP) : les métabolites réactifs forment des adduits à l’ADN, mutagènes et potentiellement cancérogènes.
  • Émollient et cicatrisant (allantoïne) : stimulation de la prolifération des fibroblastes et de la synthèse de collagène. Usage théorique uniquement, contrebalancé par les risques toxiques.

VII. DONNÉES CLINIQUES

Aucune donnée clinique spécifique à C. creticum. Les données toxicologiques du genre et de la famille s’appliquent intégralement.


VIII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe chimique Effet
Héliosupine, cynoglossine Alcaloïdes pyrrolizidiniques Hépatotoxique, génotoxique
Allantoïne Uréide Cicatrisant (théorique)
Acide rosmarinique Ester phénolique Antioxydant
Mucilages Polysaccharides Émollient

IX. FORMES GALÉNIQUES

Aucune forme galénique n’est recommandée. La présence d’AP interdit toute préparation à usage interne ou externe prolongé.


X. TOXICOLOGIE

Le cynoglosse de Crète est toxique en raison de ses alcaloïdes pyrrolizidiniques. Le genre Cynoglossum est bien connu en toxicologie vétérinaire : les intoxications de chevaux et de bovins par ingestion de cynoglosse dans les pâturages sont documentées, provoquant des hépatopathies chroniques (foie géant, cirrhose) et la mort de l’animal.

Chez l’homme, le risque est essentiellement lié à une éventuelle consommation par confusion ou à une utilisation en herboristerie non éclairée. La plante ne doit être ni consommée ni utilisée en préparation médicinale.


XI. USAGES HISTORIQUES ET ETHNOBOTANIQUE

Le cynoglosse officinal (C. officinale) était utilisé en médecine ancienne comme émollient, antitussif, sédatif léger et cicatrisant. Dioscoride le mentionne pour les ulcères, les brûlures et les toux rebelles. Ces usages ont été transférés occasionnellement au cynoglosse de Crète dans les régions méditerranéennes, sans base de différenciation claire.

Le nom « langue de chien » traverse les langues (Hundszunge en allemand, Hound’s tongue en anglais) et les siècles, montrant la constance de l’observation morphologique qui a nommé le genre.


XII. CONFUSIONS ET DISTINCTIONS

  • Cynoglossum officinale (cynoglosse officinal) : fleurs brun rougeâtre à rouge vineux (pas bleues). Habitat plus septentrional, moins strictement méditerranéen.
  • Anchusa spp. (buglosses) : fleurs bleues mais fruits sans épines crochues. Calice différent.
  • Myosotis spp. (myosotis) : beaucoup plus petits, nucules lisses (pas épineuses).
  • Borago officinalis (bourrache) : fleurs bleues étoilées à étamines en cône, aspect très différent.

Le critère le plus fiable du cynoglosse de Crète est l’association : fleurs bleues veinées de pourpre + fruits à nucules épineuses crochues + pilosité grisâtre veloutée + habitat méditerranéen rudéral.


XIII. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Cynoglossum creticum est une Boraginacée bisannuelle méditerranéenne à fleurs bleues veinées et à nucules épineuses zoochores. Son profil phytochimique est dominé par les alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques (héliosupine, cynoglossine), qui la rendent toxique et interdisent tout usage médicinal. La plante est un modèle d’étude de la zoochorie par accrochage (épizoochorie) et de la distribution méditerranéenne au sein des Boraginacées.

Son intérêt est botanique (morphologie fructifère remarquable, pilosité diagnostique), toxicologique (risque vétérinaire documenté) et biogéographique (espèce méditerranéenne vicariant le cynoglosse officinal tempéré).


XIV. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Plants of the World Online (POWO), Royal Botanic Gardens, Kew. Cynoglossum creticum Mill.
  • Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica — Flore de France. Biotope Éditions, 2014.
  • Bruneton J. Pharmacognosie — Phytochimie, Plantes médicinales. 5e éd., Lavoisier Tec & Doc, 2016.
  • Tela Botanica — Cynoglossum creticum.
  • El-Shazly A., Wink M. « Diversity of pyrrolizidine alkaloids in the Boraginaceae ». Diversity, 2014.
  • Fournier P. Le Livre des plantes médicinales et vénéneuses de France. Lechevalier, 1947-1948.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Risque toxicologique (AP, hépatotoxique)
  • ☆☆☆☆☆ Intérêt thérapeutique (aucun usage validé)

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