CAMELINE CULTIVÉE

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Planche botanique Cameline cultivée

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

La Cameline cultivée, Camelina sativa (L.) Crantz, appartient à la famille des Brassicaceae (Crucifères), genre Camelina Crantz. Ce petit genre comprend environ six espèces originaires d’Europe et d’Asie centrale. C. sativa est l’espèce la plus connue, anciennement cultivée comme plante oléagineuse. Les noms vernaculaires incluent Cameline cultivée, Lin bâtard, Sésame d’Allemagne et « Gold of pleasure » en anglais. Sur le plan de la classification APG IV, les Brassicaceae appartiennent à l’ordre des Brassicales, clade des Rosidae. Le genre Camelina se rattache à la tribu des Camelineae, proche d’Arabidopsis, plante modèle de la génétique végétale. La synonymie inclut Myagrum sativum L. et Alyssum sativum (L.) Scop. L’espèce est amphidiploïde (2n = 40), résultat probable d’une hybridation ancienne entre deux espèces diploïdes. La domestication remonte au Néolithique, dans les régions pontiques et caucasiennes, faisant de la cameline l’une des plus anciennes plantes oléagineuses d’Europe. L’aire de distribution actuelle, à la fois sauvage et cultivée, couvre l’Eurasie tempérée, avec une expansion récente en Amérique du Nord comme culture industrielle.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Plante annuelle herbacée, thérophyte, haute de 30 à 100 cm, à tige dressée, simple ou peu ramifiée dans la partie supérieure, glabre à glabrescente dans la partie haute, hispide à la base avec des poils simples et bifurqués. Les feuilles basales sont oblancéolées, les caulinaires sont sessiles, lancéolées, embrassantes à base sagittée (auriculée), longues de 2 à 8 cm, à bord entier ou faiblement denté, glabrescentes. Les fleurs sont petites, en grappes terminales allongées, à 4 pétales jaune pâle de 4 à 6 mm, 6 étamines tétradynames et un pistil allongé. Le fruit est une silicule obovale-piriforme, de 6 à 9 mm de long, gonflée, à paroi épaisse et dure, contenant 8 à 16 graines. Les graines sont petites (1 à 2 mm), oblongues, brun orangé, finement réticulées, riches en huile. La floraison a lieu de mai à juillet. L’espèce se comporte comme messicole dans les cultures de lin et de céréales, et comme adventice des jachères et terrains remaniés sur sols légers et bien drainés.


ÉCOLOGIE ET HABITAT

Camelina sativa est une espèce anthropophyte, associée aux cultures de lin et de céréales depuis le Néolithique. À l’état subspontané ou adventice, elle se rencontre dans les cultures, les jachères, les terrains vagues et les bords de routes sur sols légers, sablonneux à limoneux, bien drainés. L’espèce est adaptée aux climats tempérés frais à continentaux et tolère bien la sécheresse printanière grâce à un cycle court (85 à 100 jours). Elle résiste au gel modéré, permettant des semis d’automne dans les régions à hivers doux. L’aire de distribution originelle couvre l’Eurasie steppique, de l’Europe orientale à l’Asie centrale. En France, l’espèce est rare à l’état spontané, signalée comme messicole en régression dans plusieurs régions. La culture moderne s’étend en Amérique du Nord (Montana, Saskatchewan), en Europe du Nord (Finlande, Suède) et en Europe de l’Est. La pollinisation est autogame à partiellement allogame (insectes). La plante est peu exigeante en azote et en pesticides, ce qui en fait une culture adaptée à l’agriculture biologique.


III. PARTIES UTILISÉES

La partie principale d’intérêt est la graine, source d’une huile végétale de haute qualité nutritionnelle. L’huile de cameline, obtenue par pression à froid des graines, est la forme d’utilisation majeure, tant alimentaire que cosmétique et thérapeutique. Le tourteau résiduel après pression est riche en protéines et en fibres, utilisé en alimentation animale. Les parties aériennes n’ont pas d’usage médicinal documenté. L’huile se distingue par sa couleur jaune doré, son odeur herbacée caractéristique et sa richesse exceptionnelle en acides gras polyinsaturés oméga-3, notamment l’acide α-linolénique (ALA).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

A. Profil lipidique de l’huile

L’huile de cameline présente un profil remarquable : acide α-linolénique (ALA, C18:3 ω-3) 30 à 40 %, acide linoléique (LA, C18:2 ω-6) 15 à 25 %, acide oléique (C18:1 ω-9) 12 à 20 %, acide gondoïque (C20:1) 12 à 16 %, acide érucique (C22:1) 2 à 4 %. Le ratio ω-6/ω-3 est d’environ 0,5 à 0,7, ce qui est exceptionnellement favorable comparé aux huiles courantes.

B. Tocophérols et antioxydants

L’huile contient des tocophérols (vitamine E) en quantité significative : principalement le γ-tocophérol (700 à 900 mg/kg d’huile) et le α-tocophérol. Cette teneur élevée en tocophérols confère à l’huile une stabilité oxydative supérieure à celle de l’huile de lin malgré une teneur comparable en ALA.

C. Phytostérols

Les phytostérols présents incluent le β-sitostérol, le campestérol et le brassicastérol (ce dernier caractéristique des Brassicaceae). Les phytostérols contribuent à l’effet hypocholestérolémiant de l’huile.

D. Glucosinolates et composés soufrés

Les graines contiennent des glucosinolates caractéristiques des Brassicaceae, principalement la glucocameline et la glucoarabine. Ces composés sont hydrolysés par la myrosinase en isothiocyanates bioactifs lors du broyage des graines. Le tourteau non traité contient des teneurs en glucosinolates limitant son usage en alimentation animale à certaines espèces.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

L’intérêt pharmacologique de la cameline repose principalement sur le profil lipidique exceptionnel de son huile. L’acide α-linolénique (ALA) est le précurseur métabolique des acides gras oméga-3 à longue chaîne (EPA, DHA) via les voies de désaturation et d’élongation. L’ALA exerce des effets anti-inflammatoires par compétition avec l’acide arachidonique pour les cyclo-oxygénases et les lipo-oxygénases, réduisant la production de prostaglandines et leucotriènes pro-inflammatoires de la série 2. L’ALA contribue à la réduction des triglycérides plasmatiques et à l’amélioration du profil lipidique cardiovasculaire. Les tocophérols exercent un effet antioxydant liposoluble en protégeant les membranes cellulaires contre la peroxydation lipidique. Les phytostérols inhibent l’absorption intestinale du cholestérol par compétition au niveau des micelles biliaires. Les isothiocyanates dérivés des glucosinolates possèdent des activités anticancéreuses documentées (induction des enzymes de phase II de détoxification, induction de l’apoptose). L’ensemble confère à l’huile de cameline un profil de complément nutritionnel cardiovasculaire et anti-inflammatoire bien soutenu par les données expérimentales.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Plusieurs essais cliniques ont évalué l’huile de cameline chez l’homme. L’étude de Karvonen et al. (2002) en Finlande a montré qu’une supplémentation de 30 ml/jour d’huile de cameline pendant 6 semaines réduisait significativement le cholestérol total et le LDL-cholestérol chez des sujets hypercholestérolémiques. L’étude de Schwab et al. (2006) a confirmé ces résultats et a montré une réduction des triglycérides et une augmentation de l’ALA et de l’EPA plasmatiques. L’étude de Manninen et al. (2019) a évalué l’impact de l’huile de cameline sur les marqueurs de l’inflammation chez des sujets à risque cardiovasculaire, montrant une réduction de la protéine C-réactive (CRP). L’EFSA a évalué la sécurité de l’huile de cameline comme nouvel aliment et a émis un avis favorable pour la consommation humaine. L’huile de cameline est autorisée à la vente dans l’Union européenne comme huile alimentaire. Ces données cliniques, bien que limitées en nombre, soutiennent l’intérêt de l’huile comme source végétale d’oméga-3 et comme aliment fonctionnel cardiovasculaire.


TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe chimique Action principale
Acide α-linolénique (ALA) Acide gras oméga-3 Anti-inflammatoire, cardioprotecteur
Acide linoléique Acide gras oméga-6 Acide gras essentiel
γ-Tocophérol Vitamine E Antioxydant liposoluble
β-Sitostérol Phytostérol Hypocholestérolémiant
Glucocameline Glucosinolate Précurseur d’isothiocyanates bioactifs
Acide gondoïque Acide gras monoinsaturé C20:1 Lipide structurel

VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acide α-linolénique Métabolite Constituant
Acide linoléique Métabolite Constituant
Acide oléique Métabolite Constituant
Acide gondoïque Métabolite Constituant
Acide érucique Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Huile vierge pressée à froid : 1 à 2 cuillères à soupe (10 à 20 ml) par jour, en assaisonnement des salades et crudités. Ne pas chauffer (point de fumée bas, oxydation des oméga-3). Conservation au réfrigérateur après ouverture.
  • Capsules d’huile : 1000 à 2000 mg par jour en complément alimentaire, pour les personnes n’appréciant pas le goût.
  • Usage cosmétique : huile appliquée pure ou en mélange sur la peau et les cheveux comme émollient et anti-âge, riche en oméga-3 et vitamine E.
  • Tourteau (alimentation animale) : source de protéines et fibres pour volailles et porcs, dans les limites de teneurs en glucosinolates.

IX. TOXICOLOGIE

L’huile de cameline est considérée comme sûre pour la consommation humaine. L’EFSA a évalué favorablement sa sécurité alimentaire. Les teneurs en acide érucique (2 à 4 %) sont nettement inférieures au seuil réglementaire européen, ce qui distingue la cameline du colza à haute teneur en érucique. Les glucosinolates des graines et du tourteau peuvent provoquer des troubles thyroïdiens (goitrigènes) chez les animaux nourris exclusivement avec du tourteau de cameline non traité, limitant son incorporation dans les rations alimentaires. Chez l’homme, la consommation d’huile pressée (débarrassée des glucosinolates par la pression et la filtration) ne pose pas de problème thyroïdien. Aucun effet indésirable significatif n’a été rapporté dans les essais cliniques publiés. L’oxydation rapide des oméga-3 à haute température ou lors d’un stockage prolongé produit des composés d’oxydation (peroxydes, aldéhydes) potentiellement nocifs, d’où l’importance de la conservation au frais et de l’absence de cuisson.


X. USAGES HISTORIQUES

La cameline est l’une des plus anciennes plantes oléagineuses d’Europe, cultivée depuis le Néolithique (5000-3000 av. J.-C.) dans les régions pontiques et caucasiennes. Des graines de cameline ont été retrouvées dans des sites archéologiques de l’Âge du Bronze en Scandinavie, en Allemagne et en Europe de l’Est. La plante constituait une source majeure d’huile alimentaire et d’huile d’éclairage dans le nord de l’Europe avant l’arrivée du colza et du tournesol. En France, elle était cultivée comme compagne du lin (d’où le nom « lin bâtard »), les deux cultures étant récoltées ensemble. L’huile servait à l’alimentation, à l’éclairage des lampes, au graissage du cuir et à la fabrication de savons. La culture a décliné à partir du XIXe siècle avec l’essor du colza et des huiles coloniales (arachide, palme). Depuis les années 1990, la cameline connaît une renaissance remarquable grâce à l’intérêt pour les sources végétales d’oméga-3, la culture biologique et les biocarburants durables. Son potentiel agronomique (rusticité, faible besoin en intrants, résistance à la sécheresse) en fait un candidat idéal pour l’agriculture durable.


STATUT DE CONSERVATION ET PROTECTION

À l’état sauvage ou subspontané, Camelina sativa est considérée comme une archéophyte messicole en régression dans toute l’Europe occidentale en raison de l’intensification agricole (herbicides, tri des semences). L’espèce peut figurer sur des listes rouges régionales de plantes messicoles menacées en France et dans d’autres pays européens. Les programmes de conservation des messicoles (jachères fleuries, bandes enherbées, cultures de conservation) peuvent bénéficier à l’espèce. Paradoxalement, alors que la forme sauvage régresse, la culture intentionnelle de cameline est en pleine expansion mondiale pour la production d’huile alimentaire, de biocarburants et de compléments alimentaires. Cette dualité illustre le décalage entre le statut de conservation de la forme sauvage et le dynamisme de la forme cultivée.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

La Cameline cultivée est une plante oléagineuse remarquable dont l’huile présente l’un des profils en acides gras les plus favorables du règne végétal, avec une teneur exceptionnelle en acide α-linolénique (oméga-3), un ratio ω-6/ω-3 optimal et une bonne stabilité oxydative grâce aux tocophérols. Les essais cliniques, bien que peu nombreux, confirment un effet hypocholestérolémiant et anti-inflammatoire chez l’homme. L’ancienneté de la domestication (Néolithique), la rusticité agronomique et l’intérêt nutritionnel convergent pour faire de la cameline une culture d’avenir pour l’alimentation durable et la nutraceutique. La recherche future devrait approfondir les effets cardiovasculaires à long terme et explorer le potentiel des glucosinolates spécifiques de l’espèce en chimioprévention.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Zubr J., 1997. Oil-seed crop: Camelina sativa. Industrial Crops and Products, 6(2), 113-119.
  • Karvonen H.M. et al., 2002. Effect of Camelina sativa oil on serum lipoproteins. European Journal of Clinical Nutrition, 56(4), 352-357.
  • Schwab U.S. et al., 2006. Camelina sativa oil affects plasma fatty acid composition and serum cholesterol. British Journal of Nutrition, 95(6), 1168-1174.
  • Manninen S. et al., 2019. Camelina sativa oil and fatty fish alter inflammatory mediators. Prostaglandins, Leukotrienes and Essential Fatty Acids, 142, 1-8.
  • Berti M. et al., 2016. Camelina uses, genetics, genomics, production. Industrial Crops and Products, 94, 690-710.
  • Plants of the World Online — Royal Botanic Gardens, Kew : Camelina sativa.
  • Tela Botanica — eFlore : Fiche Camelina sativa.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Antioxydant

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