MOLÈNE BLATTAIRE

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Planche botanique Molène blattaire

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

La Molène blattaire (Verbascum blattaria L.) appartient à la famille des Scrofulariacées (ou Verbascacées dans les classifications phylogénétiques). Le nom Verbascum provient probablement du latin barbascum (barbu), en allusion à la pilosité de nombreuses molènes. L’épithète blattaria vient du latin blatta (cafard, blatte), la plante ayant la réputation de repousser les blattes. Synonymes : Verbascum blattaria var. albiflorum (à fleurs blanches). Noms vernaculaires : molène blattaire, herbe aux mites, bouillon-mite.

Plante bisannuelle de 40 à 120 cm de hauteur. La première année, elle forme une rosette basale de feuilles oblongues, crénelées, glabres et luisantes (contrairement aux autres molènes laineuses). La tige florale de la seconde année est dressée, simple ou peu ramifiée, glanduleuse-pubescente dans sa partie supérieure. Les feuilles caulinaires sont alternes, sessiles, semi-embrassantes, oblongues à ovales, irrégulièrement dentées. L’inflorescence est une grappe terminale allongée et lâche. Les fleurs, solitaires à l’aisselle de bractées, possèdent un calice glanduleux à 5 lobes et une corolle jaune vif (ou blanche dans la variété albiflorum), de 20 à 30 mm de diamètre, à 5 pétales. Les 5 étamines portent des filets couverts de poils violets glanduleux. Le fruit est une capsule globuleuse de 6-8 mm.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Verbascum blattaria est une espèce d’origine eurasiatique. Son aire native couvre l’Europe méridionale et centrale, l’Asie Mineure, le Caucase et l’Iran. En Europe, elle est présente de la péninsule Ibérique à la Roumanie, et du bassin méditerranéen à l’Europe centrale. Elle a été introduite et naturalisée en Amérique du Nord, en Australie et en Amérique du Sud.

En France, la molène blattaire est présente sur presque tout le territoire, mais elle est plus fréquente dans la moitié sud. Elle affectionne les milieux ouverts et perturbés : bords de routes, friches, terrains vagues, décombres, cultures, berges de rivières, gravières. Elle préfère les sols calcaires à neutres, secs à frais, bien drainés. C’est une espèce rudérale et adventice, caractéristique des communautés nitrophiles des Sisymbrietalia. On la rencontre du niveau de la mer à environ 1 000 m d’altitude.


Écologie et conservation

Verbascum blattaria est une espèce commune à assez commune, non menacée, classée en « préoccupation mineure » (LC). En Amérique du Nord, où elle a été introduite, elle est parfois considérée comme une espèce envahissante des milieux perturbés.

La molène blattaire joue un rôle écologique intéressant en tant que plante pionnière des milieux dégradés. Ses grandes fleurs jaunes à étamines violettes attirent une faune pollinisatrice diversifiée, notamment les abeilles solitaires, les syrphes et les coléoptères floricoles. La floraison prolongée (juin à septembre) fournit des ressources tardives aux pollinisateurs.

Contrairement aux molènes laineuses, la surface glabre de V. blattaria offre moins de niches pour les invertébrés, mais la plante reste un support d’oviposition pour la cucullie du bouillon-blanc (Cucullia verbasci) et d’autres lépidoptères spécialisés.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le profil chimique de Verbascum blattaria s’inscrit dans celui du genre Verbascum, avec quelques particularités :

Iridoïdes : l’aucubine, le catalpol, le 6-O-catalpol et l’harpagide constituent les iridoïdes majeurs.

Phényléthanoïdes glycosylés : le verbascoside (actéoside) est le composé majeur, accompagné d’isoverbascoside, de forsythoside B et de leucosceptoside A.

Saponines triterpéniques : des saponines à génine oléanane, dont le verbascosaponine, sont présentes, principalement dans les racines et les graines.

Flavonoïdes : apigénine, lutéoline, chrysoériol et leurs glycosides.

Composés spécifiques : des néolignanes (blattarialignanes) ont été isolés des parties aériennes, constituant un trait chimique distinctif de cette espèce au sein du genre.

Autres : mucilages (en moindre quantité que chez les molènes laineuses), stérols, caroténoïdes, acides phénoliques.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité anti-inflammatoire : le verbascoside, composé majeur, est un puissant inhibiteur de la 5-LOX, de la COX-2 et du NF-κB. Les néolignanes spécifiques de V. blattaria montrent également une activité anti-inflammatoire in vitro, avec des CI50 de l’ordre de 10-30 µM.

Activité antioxydante : les extraits de parties aériennes présentent une activité antioxydante élevée dans les tests DPPH, ABTS et ORAC, corrélée à la teneur en verbascoside et en flavonoïdes.

Activité antimicrobienne : les extraits méthanoliques montrent une activité contre Staphylococcus aureus, Bacillus cereus et Candida albicans. Les néolignanes contribuent significativement à cette activité.

Activité cytotoxique : des études in vitro ont révélé une cytotoxicité modérée des extraits sur des lignées de carcinome hépatocellulaire (HepG2) et de cancer du sein (MCF-7), attribuée aux saponines et au verbascoside.

Activité analgésique : le verbascoside et l’aucubine exercent un effet analgésique dans les modèles murins de douleur, comparable à celui de l’ibuprofène à doses équivalentes.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Les indications de la molène blattaire sont similaires à celles des autres espèces de Verbascum :

Affections respiratoires : toux sèche, bronchite, laryngite, trachéite. L’action béchique et émolliente est toutefois moindre que celle du bouillon-blanc en raison d’une teneur plus faible en mucilages.

Affections ORL : otalgies (huile de molène), pharyngite.

États inflammatoires : rhumatismes, inflammations articulaires et tendineuses.

Usage externe : plaies superficielles, irritations cutanées, hémorroïdes.

Insectifuge : bien que non confirmé scientifiquement, l’usage traditionnel comme répulsif d’insectes persiste dans certaines régions.


Données cliniques

Aucune étude clinique spécifique à Verbascum blattaria n’est disponible. Les données cliniques du genre Verbascum sont principalement issues d’études sur V. thapsus et V. densiflorum, dont les résultats peuvent être raisonnablement extrapolés à V. blattaria compte tenu du profil chimique similaire.

Le verbascoside, composé partagé par toutes les espèces du genre, dispose d’un corpus clinique croissant dans l’inflammation articulaire, la protection cutanée et la cicatrisation. Les résultats des essais cliniques sont encourageants, avec un bon profil de tolérance.

L’inscription de V. blattaria dans la monographie européenne sur les fleurs de molène n’est pas explicite, les espèces couvertes étant V. thapsus, V. densiflorum et V. phlomoides.


Recherche contemporaine

Néolignanes bioactifs : les blattarialignanes, composés spécifiques de V. blattaria, font l’objet de recherches pour leurs activités anti-inflammatoire, antimicrobienne et cytotoxique. Leur structure originale en fait des candidats pour la pharmacochimie.

Verbascoside et neuroprotection : le verbascoside, commun à toutes les molènes, est étudié pour ses propriétés neuroprotectrices dans des modèles de maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson). Il protège les neurones contre le stress oxydatif et l’inflammation microgliale.

Écologie chimique : les composés glandulaires de V. blattaria (sécrétions des trichomes glanduleux de la tige et du calice) sont étudiés pour leur rôle dans la défense contre les herbivores et les pathogènes.

Phytochimie comparative : les analyses métabolomiques comparatives entre espèces de Verbascum permettent de mieux comprendre la chimiotaxonomie du genre et d’identifier de nouveaux composés bioactifs.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Mucilages Polysaccharides Émollients, antitussifs
Saponosides Saponines Expectorants
Verbascoside, aucubine Iridoïdes / phénylpropanoïdes Anti-inflammatoires
Flavonoïdes Flavonols Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Infusion de fleurs : 1,5 à 2 g de fleurs séchées par tasse (250 ml), infuser 10-15 minutes, filtrer soigneusement. Boire 3 tasses par jour.

Infusion de feuilles : 3 à 5 g par tasse, infuser 15 minutes. Boire 2 à 3 tasses par jour.

Huile de molène : macération de fleurs fraîches dans l’huile d’olive (3-4 semaines au soleil). Instillation auriculaire : 2-3 gouttes tièdes.

Teinture-mère : 30 à 50 gouttes, 3 fois par jour.

Usage externe : décoction concentrée (50 g/L) en compresses ou bains locaux.


IX. TOXICOLOGIE

Contre-indications : aucune contre-indication formelle rapportée aux doses thérapeutiques. L’instillation auriculaire est contre-indiquée en cas de perforation tympanique.

Précautions : contrairement aux molènes laineuses, la molène blattaire est glabre, ce qui réduit le risque d’irritation par les poils staminaux. Il est néanmoins recommandé de filtrer les préparations. Les graines, riches en saponines, ne doivent pas être consommées (potentiel ichtyotoxique).

Interactions médicamenteuses : aucune interaction connue. Les mucilages, moins abondants que chez les autres molènes, présentent un risque réduit de retard d’absorption médicamenteuse.

Grossesse et allaitement : par précaution, l’usage est déconseillé en l’absence de données de sécurité.


Toxicologie

La molène blattaire présente un profil de sécurité similaire à celui des autres espèces du genre Verbascum. La toxicité est considérée comme très faible pour les parties aériennes aux doses thérapeutiques.

Les saponines triterpéniques des graines, à forte dose, présentent une toxicité pour les organismes aquatiques (ichtyotoxicité) et un potentiel hémolytique in vitro. Cet usage traditionnel comme « poison de pêche » est bien documenté pour plusieurs espèces de Verbascum.

Les néolignanes spécifiques de V. blattaria n’ont pas fait l’objet d’études de toxicité dédiées, mais les néolignanes en général présentent un profil de sécurité favorable aux doses pharmacologiques.

Aucun cas d’intoxication humaine par Verbascum blattaria n’est rapporté dans la littérature.


X. USAGES HISTORIQUES

La molène blattaire se distingue des autres molènes par sa glabrescence et par sa réputation d’insectifuge. Pline l’Ancien rapportait que la plante chassait les insectes nuisibles, d’où son nom latin et ses noms vernaculaires (herbe aux mites, herbe aux cafards). Cette propriété insectifuge n’a toutefois pas été confirmée par la science moderne.

En médecine populaire, la molène blattaire partageait les usages des autres molènes, bien qu’elle fût moins fréquemment utilisée en raison de son moindre développement et de l’absence de pilosité laineuse. Les fleurs étaient employées comme béchiques et émollientes contre la toux et les affections respiratoires. L’huile de macération des fleurs servait, comme pour les autres espèces du genre, à traiter les otalgies.

En jardinage ornemental, la molène blattaire est cultivée comme plante décorative de parterres et de jardins sauvages, appréciée pour sa floraison prolongée et la beauté de ses fleurs à étamines violettes.


Statut réglementaire et pharmacopée

Verbascum blattaria n’est pas explicitement inclus dans la monographie « Verbasci flos » de la Pharmacopée européenne, qui couvre V. thapsus, V. densiflorum et V. phlomoides. Il n’est pas non plus mentionné dans la monographie communautaire européenne.

En France, la molène blattaire n’est pas spécifiquement inscrite sur la liste des plantes médicinales de la Pharmacopée française. Elle peut néanmoins être utilisée en phytothérapie sous la responsabilité du praticien.

Aucune restriction réglementaire particulière ne s’applique à la vente ou à l’utilisation de cette espèce en tant que plante pour tisane ou complément alimentaire.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

MOLÈNE BLATTAIRE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Bonnier G., Layens G. — Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, Paris.
Bruneton J. — Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier Tec & Doc, 2016.
Tatli I.I., Akdemir Z.S. — « Chemical constituents of Verbascum L. species », FABAD J. Pharm. Sci., 2004, 29, 93-107.
Alipieva K. et al. — « Verbascoside — A review of its occurrence, (bio)synthesis and pharmacological significance », Biotechnol. Adv., 2014, 32(6), 1065-1076.
Çalis I. et al. — « Neolignan glycosides from Verbascum blattaria », J. Nat. Prod., 2001, 64, 961-964.
Fournier P. — Le livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, Lechevalier, Paris, 1947.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Émollient / pectoral (usage traditionnel)
  • ★★★☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Antitussif
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

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