MOLÈNE LYCHNITE

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Planche botanique Molène lychnite

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

La Molène lychnite (Verbascum lychnitis L.) appartient à la famille des Scrofulariacées (ou Scrophulariacées, désormais souvent rattachée aux Verbascacées dans les classifications phylogénétiques). Le nom générique Verbascum dérive probablement du latin barbascum, en allusion à la pilosité dense de nombreuses espèces. L’épithète lychnitis vient du grec lychnos (lampe), les feuilles laineuses de certaines molènes ayant servi de mèches pour les lampes à huile. Noms vernaculaires : molène lychnite, bouillon-blanc lychnite, bonhomme jaune.

Plante bisannuelle à vivace de 50 à 150 cm de hauteur. La première année, elle forme une rosette basale de feuilles oblongues-lancéolées, verdâtres sur la face supérieure, blanchâtres-tomenteuses sur la face inférieure, à marge crénelée. La seconde année, une tige dressée, anguleuse, ramifiée dans sa partie supérieure, se développe. Les feuilles caulinaires sont progressivement plus petites, sessiles, non décurrentes (ce qui distingue l’espèce du bouillon-blanc commun V. thapsus). L’inflorescence est une panicule pyramidale à rameaux étalés. Les fleurs, de 15 à 20 mm de diamètre, possèdent 5 pétales jaune pâle (parfois blancs), avec des étamines à filets couverts de poils blancs ou jaunâtres. Le fruit est une capsule ovoïde de 3-4 mm.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Verbascum lychnitis est une espèce européenne à aire subatlantique-subméditerranéenne. Elle est répartie de l’Europe occidentale (péninsule Ibérique, France, Îles Britanniques) à l’Europe orientale (Russie européenne), et du bassin méditerranéen à la Scandinavie méridionale. Elle est également présente en Asie Mineure et au Caucase. L’espèce a été introduite en Amérique du Nord où elle s’est naturalisée.

La molène lychnite affectionne les milieux ouverts, secs et ensoleillés : friches, talus, bords de routes, anciennes carrières, pelouses calcaires, éboulis stabilisés. Elle préfère les sols calcaires à neutres, bien drainés, pauvres à modérément fertiles. C’est une espèce pionnière caractéristique des communautés rudérales et des pelouses xérophiles de l’ordre des Onopordetalia. On la rencontre du niveau de la mer à 1 500 m d’altitude environ.


Écologie et conservation

Verbascum lychnitis est une espèce commune à assez commune, non menacée, classée en « préoccupation mineure » (LC) dans la plupart des pays européens. En France, elle est présente sur tout le territoire mais localement plus rare dans le Nord-Ouest et en région méditerranéenne, où d’autres espèces du genre la remplacent.

Sur le plan écologique, la molène lychnite est une espèce pionnière des milieux perturbés, jouant un rôle important dans la recolonisation des terrains dégradés (carrières, remblais, friches industrielles). Ses grandes fleurs jaunes attirent de nombreux pollinisateurs, notamment les abeilles, les bourdons et les syrphes. Le nectar est particulièrement abondant.

La plante constitue le support de ponte et la plante-hôte de plusieurs espèces de lépidoptères, dont la cucullie du bouillon-blanc (Cucullia verbasci), dont les chenilles, spectaculairement colorées de jaune et de noir, se nourrissent des feuilles et des fleurs. Les capsules fructifères alimentent des oiseaux granivores en hiver.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le profil phytochimique de Verbascum lychnitis est représentatif du genre Verbascum :

Iridoïdes : l’aucubine (aucuboside) est le composé iridoïdique majeur, accompagné de catalpol, d’harpagide et d’harpagoside. Ces composés sont responsables d’une partie importante de l’activité biologique.

Saponines : des saponines triterpéniques à génine oléanane et ursane sont présentes, notamment le verbascosaponine et ses dérivés. Elles contribuent aux propriétés expectorantes.

Mucilages : les polysaccharides mucilagineux (galactomannanes, arabinogalactanes) représentent 3 à 5 % de la masse sèche des fleurs, conférant les propriétés émollientes et adoucissantes.

Flavonoïdes : apigénine, lutéoline, hespéridine, quercétine et leurs glycosides.

Phényléthanoïdes : le verbascoside (actéoside) est un composé majeur et bioactif, commun à tout le genre Verbascum.

Autres composés : des stérols (β-sitostérol, stigmastérol), des acides phénoliques (caféique, férulique), des caroténoïdes (responsables de la couleur jaune des fleurs) et des traces d’huile essentielle.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité expectorante et antitussive : les saponines triterpéniques stimulent la sécrétion de mucus par les cellules caliciformes bronchiques, facilitant l’expulsion des sécrétions. Les mucilages forment un film protecteur sur la muqueuse pharyngée, réduisant l’irritation et le réflexe de toux.

Activité anti-inflammatoire : le verbascoside est un puissant inhibiteur de la 5-lipoxygénase et de la cyclooxygénase-2, réduisant la production de leucotriènes et de prostaglandines. L’aucubine, après hydrolyse, libère un aglycone qui inhibe la voie NF-κB.

Activité antimicrobienne : les extraits montrent une activité contre Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae, Klebsiella pneumoniae et le virus de l’influenza A, justifiant l’emploi traditionnel contre les infections respiratoires.

Activité analgésique : le verbascoside et les iridoïdes possèdent des propriétés analgésiques démontrées dans les tests de la plaque chaude et du writhing test chez la souris.

Activité antioxydante : le verbascoside est l’un des antioxydants naturels les plus puissants, avec une capacité de piégeage radicalaire supérieure à celle de l’acide ascorbique et du trolox dans les tests in vitro.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Les indications de la molène lychnite rejoignent celles du genre Verbascum :

Affections respiratoires : toux sèche irritative, trachéite, bronchite aiguë et chronique, laryngite, enrouement. C’est l’indication historique majeure, bien documentée par l’usage traditionnel et les données pharmacologiques.

Affections ORL : otalgies (huile de molène en instillation auriculaire), pharyngite, sinusite.

Troubles digestifs : gastrite, colite, en raison de l’action émolliente des mucilages et anti-inflammatoire du verbascoside.

Usage externe : hémorroïdes, engelures, gerçures, inflammations cutanées, brûlures superficielles.

Troubles du sommeil : l’infusion de fleurs possède des propriétés légèrement sédatives, traditionnellement utilisées contre l’insomnie légère.


Données cliniques

Les données cliniques spécifiques à Verbascum lychnitis sont très limitées. La plupart des études cliniques portent sur le genre Verbascum globalement ou sur V. thapsus.

Un essai clinique contrôlé randomisé portant sur l’huile de molène (Verbascum thapsus) en instillation auriculaire a montré une efficacité comparable à celle de gouttes auriculaires anesthésiantes (anaurine) dans le traitement de la douleur de l’otite moyenne aiguë chez l’enfant (Sarrell et al., 2001).

Le verbascoside, composé commun à toutes les molènes, a fait l’objet de plusieurs études cliniques dans l’inflammation articulaire, la cicatrisation et la protection cutanée, avec des résultats encourageants.

L’usage traditionnel est reconnu pour Verbascum thapsus, V. densiflorum et V. phlomoides, et les données peuvent être raisonnablement extrapolées à V. lychnitis compte tenu du profil phytochimique similaire.


Recherche contemporaine

La recherche contemporaine sur le genre Verbascum est active et concerne plusieurs domaines :

Verbascoside et cancer : le verbascoside (actéoside) est intensément étudié en oncologie pour ses propriétés antiprolifératives sur de multiples lignées tumorales (glioblastome, mélanome, cancer du côlon). Il agit par induction de l’apoptose, inhibition de l’angiogenèse et modulation du cycle cellulaire.

Neuroprotection : le verbascoside protège les neurones contre le stress oxydatif et l’excitotoxicité glutamatergique dans des modèles de maladie d’Alzheimer et de Parkinson. Des études précliniques suggèrent un effet mémoire-enhancer chez le rongeur âgé.

Dermocosmétique : les propriétés anti-oxydantes et anti-UV du verbascoside sont exploitées dans des formulations cosmétiques anti-âge et photoprotectrices.

Activité antivirale : des extraits de Verbascum spp. montrent une activité contre les virus HSV-1, HSV-2 et l’influenza A, attribuée aux saponines et au verbascoside.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Mucilages Polysaccharides Émollients, antitussifs
Saponosides Saponines Expectorants
Verbascoside, aucubine Iridoïdes / phénylpropanoïdes Anti-inflammatoires
Flavonoïdes Flavonols Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Infusion de fleurs : 1,5 à 2 g de fleurs séchées par tasse (250 ml), infuser 10 à 15 minutes. Filtrer soigneusement à travers un linge fin pour éliminer les poils staminaux irritants. Boire 3 à 4 tasses par jour.

Infusion de feuilles : 3 à 5 g de feuilles séchées par tasse, infuser 15 minutes. Boire 2 à 3 tasses par jour.

Huile de molène : remplir un flacon de fleurs fraîches, couvrir d’huile d’olive vierge, laisser macérer 3 à 4 semaines au soleil en agitant quotidiennement, filtrer. Instiller 2 à 3 gouttes tièdes dans l’oreille douloureuse, 2 à 3 fois par jour (en l’absence de perforation tympanique).

Teinture-mère : 30 à 50 gouttes, 3 fois par jour dans un verre d’eau.

Cataplasme : feuilles fraîches légèrement chauffées, appliquées sur les zones douloureuses ou inflammées.


IX. TOXICOLOGIE

Contre-indications : aucune contre-indication formelle n’est rapportée pour les fleurs et les feuilles aux doses recommandées. Par prudence, l’usage en instillation auriculaire est contre-indiqué en cas de perforation du tympan ou d’otite suppurée (risque de surinfection).

Précautions d’emploi : les poils des étamines et des feuilles peuvent provoquer une irritation mécanique de la gorge et du tube digestif. Il est impératif de filtrer soigneusement toutes les préparations à travers un filtre fin (papier filtre ou linge serré). L’usage prolongé de saponines à fortes doses peut provoquer une irritation gastro-intestinale.

Interactions médicamenteuses : les mucilages peuvent retarder l’absorption de médicaments pris simultanément. Il est recommandé d’espacer la prise de 1 à 2 heures. Aucune interaction cliniquement significative n’a été rapportée.


Toxicologie

La toxicité de Verbascum lychnitis est très faible. Les molènes en général sont considérées comme des plantes sûres, utilisées depuis des millénaires sans signalement de toxicité significative. La DL50 des extraits aqueux chez le rongeur est très élevée (> 10 g/kg par voie orale).

Les saponines, à très fortes doses (très supérieures aux doses thérapeutiques), peuvent provoquer une hémolyse in vitro et une irritation de la muqueuse digestive. Cet effet est neutralisé par les mucilages abondants qui protègent les muqueuses.

Les graines de molènes contiennent des saponines en concentration plus élevée et ont été traditionnellement utilisées comme ichtyotoxique (poison pour les poissons) dans certaines régions. Elles ne doivent pas être consommées. Aucun cas d’intoxication humaine grave n’est répertorié dans la littérature toxicologique moderne.


X. USAGES HISTORIQUES

Les molènes sont parmi les plantes médicinales les plus anciennement documentées. Dioscoride utilisait déjà les molènes contre les affections respiratoires. La molène lychnite partage la plupart des usages traditionnels du bouillon-blanc (V. thapsus), bien qu’elle soit moins fréquemment citée dans les herbiers classiques.

En médecine populaire, les fleurs et les feuilles étaient employées comme béchiques, expectorantes, émollientes et adoucissantes dans les toux sèches, les bronchites et les enrouements. L’huile de molène, préparée par macération des fleurs fraîches dans l’huile d’olive au soleil pendant plusieurs semaines, était un remède réputé contre les otalgies (douleurs d’oreille), les engelures et les hémorroïdes.

Les feuilles séchées servaient de mèche pour les lampes (d’où le nom lychnitis) et étaient parfois fumées comme succédané du tabac pour soulager l’asthme. La tige florale, trempée dans du suif, constituait une torche artisanale, ce qui valut aux molènes le nom de « cierge de Notre-Dame » ou « herbe de Saint-Fiacre ».


Statut réglementaire et pharmacopée

Verbascum lychnitis ne dispose pas de monographie individuelle dans la Pharmacopée européenne ni dans la Pharmacopée française. Toutefois, les fleurs de molène (Verbasci flos) font l’objet d’une monographie de la Pharmacopée européenne (Ph. Eur.) qui couvre V. thapsus, V. densiflorum et V. phlomoides.

Une monographie européenne couvre les fleurs de molène, reconnaissant un « usage traditionnel bien établi » dans le traitement symptomatique du rhume et de la toux. V. lychnitis n’est pas explicitement inclus dans cette monographie.

En France, les fleurs de molène (espèces officinales) sont inscrites à la Pharmacopée française et à la liste A des plantes médicinales. Elles entrent dans la composition des « espèces pectorales » (tisane des quatre fleurs). La vente libre est autorisée.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

MOLÈNE LYCHNITE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Bonnier G., Layens G. — Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, Paris.
Bruneton J. — Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier Tec & Doc, 2016.
Sarrell E.M. et al. — « Naturopathic treatment for ear pain in children », Pediatrics, 2001, 111(5), e574-e579.
Alipieva K. et al. — « Verbascoside — A review of its occurrence, (bio)synthesis and pharmacological significance », Biotechnol. Adv., 2014, 32(6), 1065-1076.
Tatli I.I., Akdemir Z.S. — « Chemical constituents of Verbascum L. species », FABAD J. Pharm. Sci., 2004, 29, 93-107.
Pharmacopée européenne, 11e éd. — Monographie « Verbasci flos ».


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Émollient / pectoral (usage traditionnel)
  • ★★★☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Antitussif
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

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