
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Le rosier des champs, Rosa arvensis Huds., appartient à la famille des Rosaceae, sous-famille des Rosoideae. C’est un arbuste sarmenteux à feuilles caduques, à longues tiges rampantes ou grimpantes de 50 à 200 cm, vert glauque, armées d’aiguillons courbés épars. Les feuilles sont alternes, composées imparipennées à 5-7 folioles ovales, dentées, glabres, vert mat. Les stipules sont étroites et adhérentes au pétiole. Les fleurs sont solitaires ou en petits corymbes de 2-5, blanches, simples (5 pétales), de 3 à 5 cm de diamètre, faiblement parfumées. Les styles sont soudés en une colonne saillante (caractère diagnostique distinctif). La floraison a lieu de juin à juillet. Le fruit (cynorrhodon) est petit, ovoïde, rouge à maturité (septembre-octobre), glabre, contenant des akènes hérissés de poils irritants. Le système racinaire est vigoureux, drageonnant. L’espèce est diploïde (2n = 14). Rosa arvensis est le parent de la célèbre Rose d’York blanche et de nombreux hybrides horticoles de la section Synstylae.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Rosa arvensis est une espèce européenne océanique à subcontinentale, répartie de la Grande-Bretagne à la Turquie. En France, elle est commune dans la majeure partie du territoire, plus rare en haute montagne et en Méditerranée sèche. Elle colonise les sous-bois clairs, les lisières, les haies, les coupes forestières et les talus ombragés, sur sols frais, humifères, neutres à acides, argileux à limono-argileux. L’espèce est sciaphile à semi-héliophile, ce qui la distingue des autres rosiers sauvages généralement héliophiles. Elle appartient aux communautés des ourlets forestiers et des manteaux arbustifs.
III. PARTIES UTILISÉES
Parties aériennes (usage traditionnel).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Les cynorrhodons de Rosa arvensis contiennent de la vitamine C (acide ascorbique, 300-1700 mg/100 g MF selon l’espèce et la maturité), ce qui en fait l’un des fruits européens les plus riches en cette vitamine. Des caroténoïdes (β-carotène, lycopène, lutéine) confèrent la couleur rouge-orangée. Des polyphénols sont abondants : proanthocyanidines (tanins condensés, 2-5 % MS), flavonoïdes (quercétine, catéchine, rutine), acides phénoliques (acide gallique, acide ellagique). Les pectines sont abondantes. Des acides gras essentiels sont présents dans les graines (acide linoléique, acide linolénique). Des acides organiques (citrique, malique) et des sucres (glucose, fructose) complètent le profil. Les galactolipides (GOPO, galactolipide à base d’acide gras insaturé) ont été identifiés comme composés anti-inflammatoires spécifiques des cynorrhodons.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
La vitamine C est un cofacteur essentiel de la synthèse du collagène, un antioxydant hydrosoluble majeur et un stimulant de l’immunité (activation des lymphocytes T et des cellules NK). Les galactolipides (GOPO) exercent des effets anti-inflammatoires par inhibition de la chimiotaxie des neutrophiles et de la production de cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α) ; ils inhibent aussi la COX-1 et la COX-2. Les caroténoïdes piègent les radicaux libres et l’oxygène singulet. Les proanthocyanidines stabilisent le collagène, inhibent les métalloprotéinases et exercent un effet astringent sur les muqueuses. Les pectines lient les acides biliaires et favorisent le transit. L’acide ellagique possède des propriétés anticancéreuses (inhibition de l’angiogenèse et de la prolifération tumorale in vitro).
Propriétés thérapeutiques documentées
(1) Effet anti-arthrosique : des essais cliniques randomisés sur les cynorrhodons (poudre standardisée, 5 g/jour) montrent une réduction significative de la douleur et de la raideur articulaire dans l’arthrose du genou et de la hanche. (2) Effet antioxydant : la vitamine C et les polyphénols augmentent la capacité antioxydante plasmatique. (3) Effet immunostimulant : la vitamine C stimule les défenses immunitaires. (4) Effet astringent : les tanins réduisent les diarrhées légères. (5) Effet hypolipémiant : les pectines et polyphénols réduisent le cholestérol dans des études préliminaires.
Indications en phytothérapie clinique
Les cynorrhodons (de Rosa canina et espèces apparentées dont R. arvensis) sont inscrits dans les pharmacopées européenne et française comme drogue riche en vitamine C. Indications : prévention et traitement d’appoint des infections hivernales (rhume, grippe), fatigue et convalescence (apport en vitamine C), arthrose (poudre standardisée de cynorrhodons, 5 g/jour), diarrhée légère (infusion de cynorrhodons séchés). L’usage traditionnel des cynorrhodons est reconnu comme source de vitamine C et comme anti-inflammatoire articulaire.
VI. DONNÉES CLINIQUES
La recherche sur les cynorrhodons est active, principalement sur l’arthrose. Des essais cliniques danois (poudre de cynorrhodons LitoZin®/Hyben Vital®) montrent une réduction significative de la douleur arthrosique et une diminution de la consommation d’AINS. L’identification des galactolipides (GOPO) comme composés anti-inflammatoires responsables de l’effet anti-arthrosique a ouvert de nouvelles perspectives. Des études montrent aussi des effets bénéfiques des cynorrhodons sur le syndrome métabolique (réduction du cholestérol, de la glycémie, de la pression artérielle). Des travaux de génomique clarifient les relations phylogénétiques entre les rosiers européens.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Vitamine c | Vitamine | Antioxydant |
| Β-carotène | Métabolite | Constituant |
| Lycopène | Métabolite | Constituant |
| Lutéine | Métabolite | Constituant |
| Flavonoïdes | Flavonoïde | Antioxydant, anti-inflammatoire |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Infusion de cynorrhodons : 2 à 5 g de fruits séchés et concassés pour 250 mL d’eau (départ à froid), infuser 10-15 min, filtrer soigneusement ; 2 à 3 tasses/jour. Poudre de cynorrhodons (gélules) : 2,5 à 5 g/jour (indication arthrose). Confiture de cynorrhodons : usage alimentaire. Sirop de cynorrhodons : 2 à 4 cuillères à soupe/jour. Teinture-mère (fruits frais, 1:5, éthanol 45 %) : 30 à 50 gouttes, 3 fois/jour. La filtration de l’infusion doit éliminer les poils irritants des akènes.
IX. TOXICOLOGIE
Les cynorrhodons sont très bien tolérés. Aucune contre-indication majeure. Les poils des akènes, non filtrés, peuvent irriter le tractus gastro-intestinal (filtrer soigneusement). Des doses élevées de vitamine C (> 1 g/jour) peuvent provoquer des troubles gastro-intestinaux et favoriser les lithiases oxaliques chez les sujets prédisposés. Allergie aux Rosacées : rare mais possible.
Interactions médicamenteuses
La vitamine C à forte dose peut augmenter l’absorption du fer (utile en cas de carence, mais précaution en cas d’hémochromatose). Elle peut interférer avec certaines analyses biologiques (glycémie capillaire, tests de sang occulte dans les selles). Les tanins réduisent l’absorption du fer médicamenteux (espacer de 2 h). Aucune interaction pharmacocinétique significative via les CYP450 n’est documentée.
Toxicologie
Les cynorrhodons ne présentent aucune toxicité. La plante ne contient ni alcaloïdes, ni glycosides cardiotoxiques, ni composés cyanogénétiques. Les poils des akènes sont mécaniquement irritants mais non toxiques. La DL50 des extraits n’a pas été déterminée en raison de la très faible toxicité.
X. USAGES HISTORIQUES
Les cynorrhodons des rosiers sauvages sont utilisés depuis l’Antiquité. L’usage ne distinguait généralement pas les espèces de Rosa. Les cynorrhodons, riches en vitamine C, servaient à préparer des confitures, gelées et sirops fortifiants, particulièrement en période de disette. Le « gratte-cul » (poil à gratter des akènes) était un jeu d’enfant et un vermifuge populaire rudimentaire. L’infusion de cynorrhodons (tisane d’églantier) était un tonique hivernal. Les pétales de rosiers sauvages entraient dans les préparations de médecine populaire comme astringent doux et adoucissant. L’eau de rose, produite à partir d’espèces cultivées, avait des usages cosmétiques et médicinaux. Rosa arvensis spécifiquement n’a pas fait l’objet d’usages distincts des autres rosiers sauvages.
Conservation et culture
Rosa arvensis est commune et non menacée (LC). Très utilisée comme porte-greffe en roseraie et comme composante des haies champêtres. La multiplication se fait par semis (stratification froide 3-4 mois) ou par bouturage de rameaux ligneux. L’arbuste convient aux haies naturelles, aux lisières et aux jardins forestiers. Les cynorrhodons sont récoltés en octobre-novembre, après les premières gelées (meilleur goût). Le séchage s’effectue après ouverture et élimination des akènes et de leurs poils.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
ROSIER DES CHAMPS présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e éd. Paris : Lavoisier Tec & Doc ; 2016.
Christensen R. et al. Does the hip powder of Rosa canina reduce pain in osteoarthritis? Osteoarthritis and Cartilage. 2008;16(9):965-972.
Winther K. et al. A powder made from seeds and shells of a rose-hip subspecies reduces symptoms of knee and hip osteoarthritis. Scandinavian Journal of Rheumatology. 2005;34(4):302-308.
Tison J.-M., de Foucault B. Flora Gallica. Mèze : Biotope ; 2014.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★☆☆☆ Astringent (usage traditionnel)
- ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
- ★★☆☆☆ Tonique
- ★★☆☆☆ Antioxydant