ROSIER PIMPRENELLE

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Planche botanique Rosier pimprenelle

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le Rosier pimprenelle (Rosa spinosissima L., syn. Rosa pimpinellifolia L.) appartient à la famille des Rosacées. Le nom Rosa est le nom latin classique de la rose. L’épithète spinosissima (très épineux) décrit l’abondance remarquable des aiguillons. Le synonyme pimpinellifolia fait référence à la ressemblance des folioles avec celles de la pimprenelle (Pimpinella). Noms vernaculaires : rosier pimprenelle, rosier à feuilles de pimprenelle, rosier épineux, églantier à aiguillons denses.

Arbrisseau drageonnant de 30 à 150 cm, formant des buissons denses et bas. Les tiges sont très densément couvertes d’aiguillons droits, inégaux, entremêlés de soies glanduleuses. Les feuilles sont alternes, composées imparipennées, de 5 à 11 folioles petites (5-15 mm), orbiculaires à elliptiques, simplement dentées, glabres. Les fleurs, solitaires, sont grandes (3-5 cm de diamètre), à 5 pétales blanc-crème (parfois roses), nombreuses étamines jaunes et de nombreux carpelles. Le fruit (cynorrhodon) est globuleux, de 10 à 15 mm, noir à maturité (caractère distinctif), lisse, contenant des akènes velus.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Rosa spinosissima est une espèce eurasiatique à large distribution. Elle est répartie de l’Islande à la Chine, de l’Arctique scandinave au bassin méditerranéen. En France, on la rencontre sur l’ensemble du territoire, mais elle est plus fréquente dans les régions de montagne, sur les côtes atlantiques et sur les coteaux calcaires.

Le rosier pimprenelle affectionne les milieux ouverts et ensoleillés sur substrats calcaires ou sableux bien drainés : dunes fixées, pelouses calcicoles, éboulis, rocailles, lisières, falaises littorales. Il tolère le vent, le sel et les sols pauvres. C’est une espèce pionnière, colonisant les milieux perturbés par drageonnage. On le rencontre du niveau de la mer à 2 500 m d’altitude (Alpes, Pyrénées).


Écologie et conservation

Rosa spinosissima est une espèce commune à assez commune, classée en « préoccupation mineure » (LC). Elle est toutefois en régression dans les plaines agricoles en raison de l’arrachage des haies et de la destruction des pelouses calcicoles.

Le rosier pimprenelle joue un rôle écologique important dans les écosystèmes ouverts et les dunes. Ses fleurs blanches attirent de nombreux pollinisateurs (abeilles, syrphes, coléoptères). Ses cynorrhodons noirs nourrissent les oiseaux et les petits mammifères en hiver. Les buissons épineux offrent un refuge aux oiseaux nicheurs contre les prédateurs.

L’espèce est caractéristique des dunes fixées (habitat Natura 2000 : 2130 — dunes fixées à végétation herbacée) et contribue à la stabilisation du sable par son système racinaire drageonnant.


III. PARTIES UTILISÉES

Parties aériennes (usage traditionnel).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition du rosier pimprenelle est proche de celle des autres rosiers sauvages :

Cynorrhodons : vitamine C (acide ascorbique, 500-1 500 mg/100 g sec — plus élevée que chez R. canina dans certaines populations), caroténoïdes (β-carotène, lycopène, rubixanthine), flavonoïdes (quercétine, tiliroside, catéchine), tanins condensés (proanthocyanidines), acide gallique, acide ellagique.

Sucres et acides organiques : fructose, glucose, saccharose, acide citrique, acide malique.

Lipides : les graines (akènes) contiennent 5-10 % d’une huile riche en acide linoléique (ω-6) et acide α-linolénique (ω-3), ainsi qu’en tocophérols (vitamine E) et en caroténoïdes.

Anthocyanes : les cynorrhodons noirs contiennent des cyanidine-3-glucoside et péonidine-3-glucoside, responsables de leur couleur sombre exceptionnelle dans le genre Rosa.

Pétales : huile essentielle (traces), flavonoïdes, anthocyanes, tanins, cires.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité antioxydante : les cynorrhodons de R. spinosissima présentent une capacité antioxydante (ORAC, DPPH) parmi les plus élevées des rosiers sauvages, attribuée à la vitamine C, aux anthocyanes, aux proanthocyanidines et aux caroténoïdes.

Activité anti-inflammatoire : les extraits de cynorrhodons inhibent la COX-1, la COX-2 et la 5-LOX in vitro. Un galactolipide spécifique des cynorrhodons de Rosa, le GOPO (acide galactolipidique), exerce un effet anti-inflammatoire démontré in vivo et in vitro.

Activité chondroprotectrice : les extraits de cynorrhodons de Rosa spp. protègent le cartilage articulaire contre la dégradation par les métalloprotéases (MMP-1, MMP-13) et réduisent la production de cytokines pro-inflammatoires par les chondrocytes.

Activité antimicrobienne : les extraits phénoliques montrent une activité contre Staphylococcus aureus, Escherichia coli et Helicobacter pylori.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Arthrose et douleurs articulaires : les extraits de cynorrhodons de Rosa sont reconnus en phytothérapie pour le traitement symptomatique de l’arthrose. C’est l’indication la mieux documentée cliniquement.

Prévention du scorbut : la richesse en vitamine C en fait un antiscorbutique naturel de premier choix.

Troubles digestifs : diarrhées (action astringente des tanins), colites.

Immunostimulation : la vitamine C et les polyphénols soutiennent les défenses immunitaires.

Dermocosmétique : l’huile de graines de rosier est utilisée pour ses propriétés régénérantes et anti-âge (cicatrices, vergetures, rides).


Données cliniques

Les données cliniques concernent principalement les cynorrhodons de Rosa canina, mais sont extrapolables à R. spinosissima :

Arthrose : une méta-analyse (Christensen et al., 2008) de 3 essais contrôlés randomisés (287 patients) a montré que la poudre de cynorrhodons (5 g/jour) réduisait significativement la douleur arthrosique (différence standardisée : -0,37) et la consommation d’analgésiques, avec un bon profil de tolérance.

Douleurs lombaires : un essai contrôlé (Winther et al., 2005) sur 94 patients a montré une réduction de 40 % de la douleur lombaire avec la poudre de cynorrhodons, comparée à 20 % pour le placebo.

Immunité et vitamine C : les données cliniques sur la vitamine C des cynorrhodons montrent un effet immunostimulant modeste (réduction de la durée et de la sévérité des rhumes) confirmé par des méta-analyses Cochrane.


Recherche contemporaine

Galactolipides anti-arthrosiques : le GOPO (galactolipide) des cynorrhodons est l’objet de recherches intenses pour son mécanisme d’action dans l’arthrose, qui implique l’inhibition de la chimiotaxie des neutrophiles et la protection du cartilage.

Activité anticancéreuse : des extraits de cynorrhodons de Rosa spp. montrent des effets antiprolifératifs sur des lignées de cancer du côlon et du sein, attribués aux polyphénols et aux caroténoïdes.

Conservation génétique : R. spinosissima est un parent sauvage important pour l’amélioration des rosiers cultivés, apportant des gènes de résistance au froid, aux maladies (rouille, oïdium, marssonina) et la couleur noire des fruits.

Cosmétique : l’huile de graines de rosier sauvage (incluant R. spinosissima) est étudiée pour ses propriétés régénérantes cutanées (acides gras polyinsaturés, caroténoïdes, tocophérols).


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Cynorrhodons Métabolite Constituant
Vitamine c Vitamine Antioxydant
Flavonoïdes Flavonoïde Antioxydant, anti-inflammatoire
Acide gallique Tanin gallique Astringent, antioxydant
Acide ellagique Tanin ellagique Antioxydant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Poudre de cynorrhodons : 5 à 10 g par jour (1 à 2 cuillerées à café) dans un yaourt, une compote ou un smoothie. La poudre doit être non chauffée pour préserver la vitamine C.

Infusion de cynorrhodons : 2 à 4 g de cynorrhodons séchés et écrasés par tasse, infuser 15 minutes. Boire 3 tasses par jour.

Extrait standardisé : les produits commerciaux à base de cynorrhodons de Rosa canina (LitoZin®, GOPO®) sont dosés à 5 g de poudre par jour. Les cynorrhodons de R. spinosissima peuvent être utilisés de façon similaire.

Huile de graines : application topique, 2-3 gouttes sur la peau, 2 fois par jour.

Confiture et sirop : préparations culinaires traditionnelles, sans posologie médicinale standardisée.


IX. TOXICOLOGIE

Contre-indications : allergie connue aux Rosacées. Les poils irritants à l’intérieur des cynorrhodons doivent être soigneusement éliminés (filtre fin) pour éviter l’irritation du tube digestif.

Précautions d’emploi : la vitamine C à fortes doses (> 2 g/jour) peut provoquer des troubles digestifs (diarrhée osmotique). Les patients sous anticoagulants doivent surveiller leur apport en vitamine K (présente dans les cynorrhodons). Les lithiases rénales oxaliques peuvent être aggravées par un apport excessif en vitamine C.

Interactions : la vitamine C augmente l’absorption du fer, ce qui peut poser problème chez les patients atteints d’hémochromatose. Interaction théorique avec le lithium (la vitamine C peut modifier l’excrétion rénale).


Toxicologie

Le rosier pimprenelle est une plante non toxique. La consommation de cynorrhodons est sûre depuis des millénaires. Aucun cas d’intoxication n’est rapporté.

Les poils irritants (trichomes) à l’intérieur des cynorrhodons peuvent provoquer une irritation mécanique de la gorge et du tube digestif (le « poil à gratter » des enfants est constitué de ces trichomes). La filtration soigneuse des préparations élimine ce risque.

Les études de toxicité sur les extraits standardisés de cynorrhodons montrent une excellente tolérance, sans effet indésirable significatif aux doses recommandées.


X. USAGES HISTORIQUES

Le rosier pimprenelle partage les usages traditionnels du genre Rosa. Ses cynorrhodons noirs, bien que moins charnus que ceux de l’églantier commun (Rosa canina), étaient récoltés pour préparer des confitures, des sirops et des liqueurs. En Écosse et en Scandinavie, les fruits servaient à confectionner des boissons et des conserves.

En médecine populaire, les cynorrhodons étaient utilisés comme source de vitamine C (antiscorbutique), astringent (anti-diarrhéique) et diurétique léger. Les pétales servaient à préparer des eaux de rose calmantes et des cataplasmes adoucissants pour les irritations cutanées. Les racines étaient employées comme astringent et antidiarrhéique.

En horticulture, R. spinosissima a joué un rôle important dans l’histoire de la rose cultivée, étant l’ancêtre de nombreuses variétés historiques (roses d’Écosse, « Scotch roses »).


Statut réglementaire et pharmacopée

Les cynorrhodons (Rosae pseudo-fructus) sont inscrits à la Pharmacopée européenne, la monographie couvrant Rosa canina et d’autres espèces de Rosa. R. spinosissima n’est pas explicitement mentionné mais peut être utilisé dans les mêmes conditions.

Une monographie européenne existe pour les cynorrhodons de Rosa canina, reconnaissant un « usage traditionnel » dans les douleurs articulaires et comme source de vitamine C. Les extraits de cynorrhodons sont commercialisés comme compléments alimentaires.

En France, les cynorrhodons figurent sur la liste A des plantes médicinales de la Pharmacopée française.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

ROSIER PIMPRENELLE présente un intérêt phytothérapeutique surtout traditionnel, à confirmer faute de données cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

Bonnier G., Layens G. — Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin, Paris.
Bruneton J. — Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 5e éd., Lavoisier Tec & Doc, 2016.
Christensen R. et al. — « Does the hip powder of Rosa canina (rosehip) reduce pain in osteoarthritis patients? », Osteoarthritis Cartilage, 2008, 16, 965-972.
Winther K. et al. — « A powder made from seeds and shells of a rose-hip subspecies reduces symptoms of knee and hip osteoarthritis », Scand. J. Rheumatol., 2005, 34, 302-308.
Pharmacopée européenne, 11e éd. — Monographie « Rosae pseudo-fructus ».
Fournier P. — Le livre des plantes médicinales et vénéneuses de France, Lechevalier, Paris, 1947.


PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Diurétique (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Astringent
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★☆☆☆ Digestif

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