CAPILLAIRE DES MURAILLES

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Planche botanique Capillaire des murailles

I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le Capillaire des murailles, Asplenium trichomanes L., est une fougère de la famille des Aspleniaceae, genre Asplenium L. Ce genre cosmopolite, avec environ 700 espèces, est l’un des plus diversifiés parmi les Ptéridophytes. A. trichomanes présente un complexe polyploïde remarquable comprenant au moins quatre sous-espèces cytologiquement distinctes : subsp. trichomanes (diploïde, calcifuge), subsp. quadrivalens (tétraploïde, calcicole), subsp. pachyrachis (tétraploïde, thermophile) et subsp. inexpectans (diploïde, récemment décrite). Les noms vernaculaires incluent Capillaire des murailles, Doradille chevelue, Polytric des boutiquiers et Fausse capillaire. L’espèce est distribuée dans l’ensemble de l’hémisphère nord tempéré et dans les montagnes tropicales, faisant d’elle l’une des fougères les plus cosmopolites. La classification PPG I (Pteridophyte Phylogeny Group, 2016) place les Aspleniaceae dans l’ordre des Polypodiales, sous-classe des Polypodiidae. Le nom trichomanes dérive du grec thrix (cheveu) et manos (fin, clairsemé), faisant référence au rachis filiforme et sombre évoquant un cheveu.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Fougère vivace en touffe dense, hémicryptophyte, à rhizome court, dressé ou ascendant, couvert d’écailles lancéolées brun foncé. Les frondes sont persistantes à semi-persistantes, longues de 5 à 30 cm, à pétiole court (1 à 5 cm) et rachis filiforme, rigide, de couleur brun foncé à noir brillant, glabre et luisant — caractère distinctif majeur. Les pennes (pinnules) sont au nombre de 15 à 40 paires, alternes à subopposées, ovales à oblongues, de 3 à 8 mm de long et 2 à 5 mm de large, à bord crénelé, de couleur vert foncé, articulées sur le rachis et caduques à maturité (les rachis noirs persistent alors longtemps sur les rochers). Les sores sont linéaires, disposés obliquement sur la face inférieure des pennes, recouverts d’une indusie membraneuse linéaire s’ouvrant vers la nervure médiane. Les spores sont brun clair, réniformes, à périne plissée. La sporulation s’étend de juin à septembre. L’espèce colonise les fissures de rochers, les vieux murs, les joints de maçonnerie, les grottes et les falaises ombragées, dans des conditions de lumière faible à modérée et d’humidité atmosphérique suffisante. La sous-espèce quadrivalens préfère les substrats calcaires tandis que la sous-espèce trichomanes est strictement silicicole.


ÉCOLOGIE ET HABITAT

Asplenium trichomanes est l’une des fougères les plus cosmopolites et les plus écologiquement plastiques. L’espèce colonise les fissures de rochers, les joints de vieux murs, les crevasses de falaises, les grottes, les puits et les ruines, du niveau de la mer jusqu’à plus de 2500 m d’altitude. La sous-espèce quadrivalens (tétraploïde) est calcicole et constitue la forme la plus répandue en France, présente sur les calcaires, les mortiers anciens et les substrats basiques. La sous-espèce trichomanes (diploïde) est strictement silicicole, limitée aux rochers granitiques, gneissiques et schisteux. L’espèce est sciaphile à hémi-sciaphile, nécessitant une humidité atmosphérique suffisante mais tolérant des périodes de sécheresse grâce à la capacité de ses frondes à se déshydrater et à reprendre vie après réhydratation (tolérance à la dessiccation partielle). Le Capillaire des murailles est une espèce chasmophyte typique, s’enracinant dans des quantités infimes de substrat accumulé dans les fissures. Il constitue un bio-indicateur de la qualité des vieux murs et du patrimoine bâti. Sa répartition mondiale s’étend de l’Europe à l’Asie tempérée, l’Afrique du Nord, l’Amérique du Nord et les montagnes tropicales.


III. PARTIES UTILISÉES

Les frondes (feuilles) constituent la partie traditionnellement utilisée en phytothérapie. Elles sont récoltées en été, au moment de la pleine maturité, et séchées rapidement à l’ombre pour conserver leur couleur verte et leurs principes actifs. La drogue sèche présente une odeur faiblement aromatique et une saveur légèrement astringente et mucilagineuse. Le rhizome a parfois été utilisé mais de manière marginale. La plante entière, incluant rachis et pennes, est la forme la plus courante dans les tisanes traditionnelles. La qualité de la drogue se reconnaît à la persistance de la couleur verte des pennes sur les rachis noirs, indiquant un séchage bien conduit. Les capillaires (genre Asplenium et genre Adiantum) étaient regroupés dans la pharmacopée ancienne sous le nom collectif d’« herbes capillaires », comprenant cinq espèces principales dont A. trichomanes et le Capillaire de Montpellier (Adiantum capillus-veneris).


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

A. Flavonoïdes

Les frondes de Asplenium trichomanes contiennent des flavonoïdes caractéristiques des Aspleniaceae : kaempférol-3-O-glucoside, kaempférol-3-O-rutinoside, quercétine-3-O-glucoside et isoquercitrine. La sulfurétine, un aurone rare, a également été identifiée dans certaines populations. Le profil flavonoïdique sert de marqueur chimiotaxonomique pour distinguer les sous-espèces.

B. Acides phénoliques et tanins

Les frondes renferment des acides hydroxycinnamiques (acide caféique, acide p-coumarique, acide chlorogénique) et des proanthocyanidines (tanins condensés). L’acide shikimique, intermédiaire de la voie des phénylpropanoïdes, est présent en quantité notable comme chez de nombreuses fougères.

C. Triterpènes

Des triterpènes de type hopane et fernane ont été isolés des parties aériennes : hopane-triol, fernène et filicène. Ces composés terpéniques sont caractéristiques des Ptéridophytes et participent à la protection contre les pathogènes et les herbivores.

D. Mucilages et polysaccharides

Les frondes contiennent des mucilages et des galactomannanes qui expliquent la texture émolliente de la tisane et l’usage traditionnel pectoral. Ces polysaccharides forment un gel hydraté au contact de l’eau chaude, adoucissant les muqueuses respiratoires irritées.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

L’activité pharmacologique du Capillaire des murailles repose principalement sur ses propriétés béchiques, émollientes et expectorantes douces, documentées dans la tradition européenne des « tisanes pectorales ». Les mucilages exercent un effet de couverture sur les muqueuses respiratoires enflammées, réduisant l’irritation mécanique et chimique déclenchant le réflexe de toux. Les flavonoïdes (kaempférol, quercétine) contribuent à un effet anti-inflammatoire léger par inhibition de la lipooxygénase et de la phospholipase A2. Les acides phénoliques apportent une activité antioxydante complémentaire. Les tanins condensés exercent un effet astringent doux sur les muqueuses, réduisant les sécrétions excessives. Les triterpènes hopanoïdes possèdent une activité antimicrobienne modérée documentée in vitro. L’ensemble constitue un profil de plante pectorale douce et démulcente, sans effet pharmacologique puissant mais avec une innocuité remarquable permettant un usage chez l’enfant et le sujet fragile. L’action diurétique légère, attribuée aux flavonoïdes et aux sels de potassium, complète le tableau traditionnel.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Il n’existe pas d’essai clinique moderne portant sur Asplenium trichomanes isolément. L’espèce ne fait l’objet d’aucune monographie individuelle dans les pharmacopées européennes actuelles, la Commission E ou l’ESCOP. Historiquement, les « espèces capillaires » (cinq fougères dont A. trichomanes et Adiantum capillus-veneris) figuraient dans la Pharmacopée française comme composant de la tisane pectorale « des quatre fleurs pectorales » et des « espèces béchiques ». L’usage traditionnel comme béchique, émollient respiratoire et diurétique doux est reconnu dans les flores médicinales de référence (Fournier, Lieutaghi, Bruneton par mention historique). La pharmacopée traditionnelle turque et iranienne utilise A. trichomanes pour les calculs rénaux et les infections urinaires, et des études ethnopharmacologiques récentes ont validé une activité antioxydante et antimicrobienne in vitro des extraits. L’extrait méthanolique a montré une activité inhibitrice sur Staphylococcus aureus et Escherichia coli dans une étude de Valizadeh et al. (2011). Ces résultats préliminaires soutiennent la plausibilité des usages traditionnels sans constituer une preuve clinique.


TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe chimique Action principale
Kaempférol-3-O-glucoside Flavonol glycoside Anti-inflammatoire, antioxydant
Acide chlorogénique Acide phénolique Antioxydant
Mucilages (galactomannanes) Polysaccharides Émollient, béchique
Proanthocyanidines Tanins condensés Astringent
Hopane-triol Triterpène hopanoïde Antimicrobien
Acide shikimique Acide cyclohexène-carboxylique Précurseur phénolique

VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Flavonoïdes Flavonoïde Antioxydant, anti-inflammatoire
Kaempférol-3-o-glucoside Métabolite Constituant
Kaempférol-3-o-rutinoside Métabolite Constituant
Isoquercitrine Métabolite Constituant
Sulfurétine Métabolite Constituant

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Infusion de frondes : 5 à 10 g de frondes sèches par litre d’eau (départ à froid), infuser 10 à 15 minutes à couvert. 3 à 4 tasses par jour, édulcorées au miel. Usage pectoral et diurétique traditionnel.
  • Sirop de capillaire : préparation traditionnelle consistant à faire macérer les frondes dans un sirop de sucre chaud, parfois aromatisé à la fleur d’oranger. Le « sirop de capillaire » était un classique de l’officine jusqu’au XIXe siècle.
  • Décoction légère : 5 g de frondes par tasse, ébullition douce 3 minutes puis infusion 10 minutes. Pour les affections urinaires.
  • Espèces pectorales composées : en mélange avec d’autres plantes béchiques (mauve, guimauve, bouillon-blanc, tussilage, violette).
  • Teinture-mère : plante fraîche 1:10 dans éthanol 45°. Usage homéopathique et phytothérapique traditionnel.

IX. TOXICOLOGIE

Le Capillaire des murailles est considéré comme une plante de très bonne innocuité. Aucun effet toxique n’a été rapporté aux doses d’usage traditionnel. Les fougères du genre Asplenium ne contiennent pas les phloroglucinols toxiques caractéristiques de la Fougère mâle (Dryopteris filix-mas) qui provoquent des troubles visuels et hépatiques. L’absence d’alcaloïdes toxiques, de glycosides cardiotoniques et de composés cyanogéniques confirme le profil de sécurité. Toutefois, comme pour toute plante sauvage, la cueillette doit veiller à l’identification correcte (confusion possible avec Asplenium viride, non toxique mais différent, ou avec des fougères à morphologie similaire). Les personnes allergiques aux fougères ou aux spores de Ptéridophytes doivent user de prudence. La consommation de très grandes quantités de tisane pourrait théoriquement induire une irritation gastrique liée aux tanins. L’usage chez la femme enceinte n’est pas documenté et la prudence s’impose par principe. L’enzyme thiaminase, présente chez certaines fougères (Pteridium), n’a pas été signalée chez Asplenium trichomanes.


X. USAGES HISTORIQUES

Le Capillaire des murailles est employé depuis l’Antiquité gréco-romaine. Dioscoride décrit le Trichomanes comme remède pectoral et emménagogue. Galien le recommande en infusion pour les affections des voies respiratoires et comme diurétique. Au Moyen Âge, la plante entre dans les « espèces capillaires » officinales, un mélange de cinq fougères pectorales décrit dans la plupart des pharmacopées européennes. Le célèbre « sirop de capillaire », préparé à partir de Adiantum capillus-veneris mais aussi d’Asplenium trichomanes, fut l’un des sirops les plus populaires de l’officine parisienne du XVIIe au XIXe siècle, consommé pur ou dilué dans l’eau comme boisson rafraîchissante. Matthiole (1554) décrit le Capillaire des murailles comme pectoral, hépatique et lithontriptique (capable de dissoudre les calculs). En médecine populaire française, la tisane de capillaire était donnée aux enfants enrhumés et aux vieillards tousseurs. En Turquie et en Iran, la plante est utilisée traditionnellement contre les calculs rénaux, les infections urinaires et les douleurs abdominales. Le nom « polytric des boutiquiers » indique que la plante était couramment vendue dans les herboristeries urbaines.


STATUT DE CONSERVATION ET PROTECTION

Asplenium trichomanes sensu lato est une espèce commune et non menacée à l’échelle mondiale, classée LC (Préoccupation mineure) dans la plupart des évaluations. L’espèce est abondante en France et ne bénéficie d’aucune protection réglementaire nationale. Cependant, les sous-espèces cytologiques méritent une attention différenciée : la subsp. trichomanes (diploïde silicicole) est moins commune dans les régions calcaires et peut être localement rare. La subsp. pachyrachis est rare et localisée dans le sud de la France. La destruction des vieux murs et des ruines lors de rénovations ou démolitions constitue une menace locale pour les populations rupicoles anthropiques. La qualité de l’air (pollution atmosphérique, notamment le SO2) peut affecter les populations urbaines de fougères épiphytes et chasmophytes. Les changements climatiques, en modifiant les régimes de précipitations et d’humidité, pourraient affecter les populations des stations les plus sèches. La cueillette raisonnable pour usage médicinal ne constitue pas une menace significative étant donné l’abondance de l’espèce.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le Capillaire des murailles est une fougère pectorale classique de la tradition phytothérapique européenne, dont l’usage remonte à l’Antiquité et s’est perpétué jusqu’au XIXe siècle à travers le célèbre sirop de capillaire et les espèces pectorales officinales. Sa phytochimie, dominée par les flavonoïdes, les acides phénoliques, les mucilages et les triterpènes hopanoïdes, soutient un profil d’émollient respiratoire doux et de diurétique léger. L’innocuité remarquable de la plante, confirmée par des siècles d’usage populaire et l’absence de composés toxiques, en fait une drogue de choix pour les tisanes pectorales familiales, bien qu’elle soit tombée en désuétude dans la phytothérapie moderne au profit de plantes mieux étudiées cliniquement. L’intérêt botanique et écologique de l’espèce, notamment son complexe polyploïde et sa capacité à coloniser les milieux anthropiques, dépasse largement son usage médicinal. La recherche moderne en ethnopharmacologie redécouvre les fougères médicinales, et A. trichomanes pourrait bénéficier de cette tendance avec des études de validation pharmacologique de ses usages traditionnels.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  • Valizadeh H. et al., 2011. Antimicrobial and antioxidant activities of Asplenium trichomanes subsp. quadrivalens extracts. Pharmaceutical Sciences, 17(2), 87-94.
  • Lovis J.D., 1977. Evolutionary patterns and processes in ferns. Advances in Botanical Research, 4, 229-415.
  • PPG I, 2016. A community-derived classification for extant lycophytes and ferns. Journal of Systematics and Evolution, 54(6), 563-603.
  • Fournier P.V., 1947. Le Livre des Plantes Médicinales et Vénéneuses de France, tome I : Fougères. Lechevalier, Paris.
  • Lieutaghi P., 2004. Le Livre des Bonnes Herbes. Actes Sud.
  • Plants of the World Online — Royal Botanic Gardens, Kew : Asplenium trichomanes.
  • Tela Botanica — eFlore : Fiche Asplenium trichomanes.
  • Rickard M., 2000. The Plantfinder’s Guide to Garden Ferns. Timber Press.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Diurétique (usage traditionnel)
  • ★★☆☆☆ Astringent
  • ★★☆☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

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