
L’astragale, Astragalus membranaceus (Fisch.) Bunge, est l’une des plantes les plus prescrites en médecine traditionnelle chinoise, où elle est connue sous le nom de huáng qí (黄芪), littéralement « chef jaune », en référence à la couleur de sa racine et à sa position de premier rang parmi les toniques du Qi. Utilisée depuis plus de deux mille ans pour renforcer les défenses immunitaires, tonifier l’énergie vitale et favoriser la cicatrisation, elle a suscité un intérêt scientifique majeur au cours des dernières décennies, notamment pour ses propriétés immunomodulatrices et ses effets sur les télomères.
La découverte de l’astragaloside IV, saponine triterpénique aux propriétés cardioprotectrices remarquables, et du cycloastragenol, activateur de la télomérase, a propulsé A. membranaceus au centre de recherches ambitieuses en immunologie, cardiologie et biologie du vieillissement. Plus de 5 000 publications référencées sur PubMed témoignent de la vitalité de ce champ de recherche. Toutefois, la transposition clinique des promesses précliniques reste un défi majeur, que cette monographie se propose d’examiner avec rigueur.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Astragalus membranaceus (Fisch.) Bunge appartient à la famille des Fabaceae (Légumineuses), sous-famille des Papilionoideae, tribu des Galegeae, ordre des Fabales (APG IV). Le genre Astragalus L. est l’un des plus diversifiés du règne végétal, comptant plus de 2 500 espèces réparties dans les régions tempérées de l’hémisphère nord. L’espèce officinale a été décrite par Fischer von Waldheim sous le binôme Phaca membranacea, puis transférée dans le genre Astragalus par Alexander von Bunge en 1868.
Deux variétés sont reconnues et utilisées en thérapeutique : A. membranaceus var. membranaceus et A. membranaceus var. mongholicus (Bunge) P.K. Hsiao. Cette dernière, originaire de Mongolie intérieure, est la variété la plus cultivée pour la production de la drogue médicinale. Le synonyme Astragalus propinquus Schischkin est encore fréquemment rencontré dans les publications russes.
Le nom Astragalus dérive du grec astragalos (vertèbre, osselet), probablement en référence à la forme noueuse des racines de certaines espèces. L’épithète membranaceus, du latin membranaceus (membraneux), décrit la texture des gousses. Les noms vernaculaires incluent : astragale membraneux (français), huáng qí (黄芪, chinois), hwanggi (황기, coréen), milk vetch (anglais), Tragant (allemand).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
A. Port général

Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887
Astragalus membranaceus est une plante herbacée vivace de 50 à 150 cm de hauteur, à port dressé, buissonnant. Les tiges, nombreuses, sont anguleuses, striées longitudinalement, pubescentes, ramifiées dans la partie supérieure. L’aspect général évoque celui d’une vesce robuste, avec un feuillage léger et un port aéré.
B. Appareil végétatif
Le système racinaire est constitué d’une racine pivotante longue, cylindrique, peu ramifiée, de 30 à 90 cm de longueur et de 1 à 3,5 cm de diamètre. La racine est la partie officinale. L’épiderme est brun-jaune, marqué de fines rides longitudinales. La section révèle un parenchyme jaune pâle, fibreux, légèrement sucré, à odeur faible caractéristique. La présence de nodosités racinaires fixatrices d’azote, caractéristique des Fabaceae, témoigne de la symbiose avec les bactéries du genre Mesorhizobium.
Les feuilles sont alternes, imparipennées, de 6 à 12 cm de longueur, composées de 12 à 18 paires de folioles plus une foliole terminale. Les folioles sont elliptiques à oblongues, de 7 à 20 mm de longueur et de 3 à 8 mm de largeur, à apex arrondi ou rétus, à marge entière, pubescentes sur les deux faces (poils apprimés). Les stipules sont lancéolées, membraneuses, de 5 à 10 mm.
C. Appareil reproducteur
Les inflorescences sont des grappes axillaires de 5 à 10 cm, portant 10 à 25 fleurs papilionacées. Les fleurs, de 12 à 18 mm de longueur, présentent la morphologie typique des Papilionoideae : calice tubuleux à 5 dents ; corolle jaune pâle à jaune vif, composée d’un étendard dressé, de deux ailes et d’une carène. Les 10 étamines sont diadelphes (9 + 1). L’ovaire supère, uniloculaire, contient plusieurs ovules.
Le fruit est une gousse pendante, semi-elliptique, gonflée, de 2 à 3 cm de longueur, à paroi membraneuse et translucide (d’où l’épithète spécifique), contenant 3 à 8 graines réniformes, brun-noir, de 3 à 4 mm. La gousse est partiellement biloculaire, avec une cloison incomplète d’origine suturale.
D. Phénologie
La reprise végétative se produit en avril-mai. La floraison s’échelonne de juin à août selon les régions. La fructification a lieu d’août à octobre. Les parties aériennes sénescent à l’automne, la racine persistant et s’épaississant d’année en année. La récolte des racines s’effectue sur des plantes de 4 à 7 ans, à l’automne, lorsque la concentration en principes actifs est maximale.
E. Habitat naturel
A. membranaceus croît dans les prairies, les steppes arbustives, les lisières forestières et les berges de cours d’eau, entre 800 et 2 000 m d’altitude. L’espèce est héliophile, préférant les sites bien exposés et les sols légers, bien drainés, sableux à limono-sableux, à pH neutre à légèrement alcalin (6,5-8,0). Elle tolère des conditions de sécheresse modérée grâce à son système racinaire profond et bénéficie de la symbiose rhizobienne pour l’alimentation azotée.
F. Distribution géographique
L’aire naturelle couvre le nord et le nord-est de la Chine (Mongolie intérieure, Shanxi, Hebei, Heilongjiang, Jilin), la Mongolie, la Corée et la Sibérie méridionale (Transbaïkalie, Bouriatie). La culture commerciale est principalement réalisée en Chine (provinces du Shanxi, du Gansu, de la Mongolie intérieure et du Heilongjiang), qui fournit plus de 95 % de la production mondiale. Des essais de culture sont menés en Europe (Allemagne, Pologne) et en Amérique du Nord.
G. Associations végétales
Dans les steppes du nord de la Chine, A. membranaceus s’associe aux communautés végétales dominées par Stipa baicalensis, Leymus chinensis, Artemisia frigida, Potentilla bifurca et Caragana microphylla. En lisière forestière, on le rencontre au voisinage de Betula platyphylla, Larix gmelinii et Quercus mongolica. La plante est nitrophile, bénéficiant de sa capacité à fixer l’azote atmosphérique.
III. PARTIES UTILISÉES
La racine (Astragali radix) constitue la drogue officinale, inscrite à la Pharmacopée européenne (monographie 01/2017:1822) et à la Pharmacopée chinoise. La récolte s’effectue à l’automne (septembre-octobre) sur des plantes de 4 à 7 ans. Les racines sont lavées, débarrassées de la radicelle terminale et du collet, puis coupées en tranches obliques et séchées au soleil ou à l’étuve (50-60 °C).
La drogue sèche se présente sous forme de tranches obliques de 1 à 3 cm de largeur, jaune pâle, à surface fibreuse, légèrement sucrée et faiblement aromatique. En médecine traditionnelle chinoise, la racine est parfois préparée au miel (zhi huáng qí, astragale grillé au miel), ce qui renforce ses propriétés tonifiantes selon la théorie traditionnelle et modifie la biodisponibilité de certains composés.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La racine d’Astragalus membranaceus contient un phytocomplexe riche, dominé par trois classes de métabolites bioactifs : les saponines triterpéniques, les polysaccharides et les flavonoïdes.
Saponines triterpéniques (astragalosides) — Plus de 40 saponines à aglycone cycloartane ont été isolées. L’astragaloside IV (= astramembrannoside A) est le composé le plus étudié et le principal marqueur phytochimique. Sa teneur dans la racine sèche est de 0,02 à 0,08 %. D’autres astragalosides (I, II, III, V, VI, VII) sont présents à des teneurs moindres. Le cycloastragenol, aglycone obtenu par hydrolyse de l’astragaloside IV, est un activateur de la télomérase qui a donné naissance à un complément commercialisé sous le nom de TA-65.
Polysaccharides (APS = Astragalus polysaccharides) — Les polysaccharides représentent 15 à 25 % de la masse sèche de la racine. Ce sont principalement des glucanes et des hétéropolysaccharides (contenant glucose, arabinose, galactose, rhamnose et acide glucuronique) de masse moléculaire comprise entre 10 et 200 kDa. Les APS sont les principaux responsables de l’activité immunostimulante.
Flavonoïdes — La racine contient 0,5 à 2 % de flavonoïdes, principalement des isoflavones et des ptérocarpanes : formononétine, calycosine, calycosine-7-O-β-D-glucoside, ononine et 3-hydroxy-9,10-diméthoxyptérocarpane. La calycosine et la formononétine possèdent une activité phytoestrogénique faible.
Parmi les autres métabolites, on trouve : des acides aminés (γ-aminobutyric acid, L-canavanine), des bétaïnes, des traces de sélénium et de zinc organiquement liés, et des stérols (β-sitostérol, daucostérol).
La Pharmacopée européenne exige une teneur minimale de 0,04 % en astragaloside IV dans la racine sèche. Le dosage est réalisé par HPLC-ELSD (détection évaporative à diffusion de lumière) en raison de l’absence de chromophore UV sur la molécule.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Immunomodulation — Les polysaccharides d’astragale (APS) activent les macrophages via les récepteurs TLR4 et dectin-1, induisant la production de cytokines pro-inflammatoires (IL-1β, IL-6, TNF-α, IL-12) et la polarisation des macrophages vers le phénotype M1. Ils stimulent la prolifération et la différenciation des lymphocytes T, augmentant le rapport CD4+/CD8+ et la production d’interféron-γ. Les APS activent également les cellules dendritiques, améliorant la présentation antigénique. Parallèlement, l’astragaloside IV exerce un effet anti-inflammatoire en inhibant la voie NF-κB et en réduisant l’expression de l’iNOS et de la COX-2. Cette dualité confère à la plante un profil immunomodulateur plutôt que simplement immunostimulant.
Cardioprotection — L’astragaloside IV protège le myocarde contre l’ischémie-reperfusion via plusieurs mécanismes : activation de la voie PI3K/Akt/GSK-3β, inhibition de l’ouverture du pore de transition de perméabilité mitochondriale (mPTP), réduction de la production de ROS, et stimulation de la production de NO par la eNOS. Il réduit la fibrose myocardique en inhibant la voie TGF-β1/Smad et diminue l’hypertrophie cardiaque en modulant la calcineurine/NFAT.
Activité sur les télomères — Le cycloastragenol active la sous-unité catalytique de la télomérase (hTERT) dans les cellules immunitaires humaines, principalement les lymphocytes T CD8+. Ce mécanisme, médié par la voie de signalisation ERK, permet l’allongement des télomères raccourcis dans les cellules immunitaires vieillissantes, restaurant partiellement leur capacité proliférative. Ces observations ont suscité un intérêt considérable en biologie du vieillissement, bien que les implications cliniques restent débattues.
Néphroprotection — L’astragaloside IV réduit la protéinurie et la glomérulosclérose dans les modèles animaux de néphropathie diabétique en inhibant la voie TRPC6/calcineurine et en restaurant l’expression de la néphrine podocytaire. Les APS améliorent la fibrose tubulo-interstitielle en inhibant la transition épithélio-mésenchymateuse.
Activité antitumorale — Les APS potentialisent l’activité des cellules NK et des lymphocytes T cytotoxiques. L’astragaloside IV inhibe la prolifération de lignées tumorales (hépatocarcinome, cancer du poumon) via l’arrêt du cycle cellulaire en phase G0/G1 et l’induction de l’apoptose par la voie mitochondriale. Ces effets sont observés principalement in vitro et dans des modèles animaux.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Immunostimulation et infections respiratoires — Une méta-analyse de Liu et al. (2016, Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine) portant sur 14 essais randomisés (n = 1 285) a conclu que l’ajout de préparations à base d’astragale au traitement conventionnel réduisait significativement l’incidence des infections respiratoires récidivantes chez l’enfant (RR = 0,36 ; IC 95 % : 0,28 à 0,47).
Insuffisance cardiaque — Une méta-analyse de Fu et al. (2011, Chin J Integr Med) portant sur 62 essais randomisés (n = 5 117) a montré que l’injection d’astragaloside IV en complément du traitement conventionnel améliorait significativement la fraction d’éjection ventriculaire gauche (+5,43 % ; IC 95 % : 4,32 à 6,54 %) et réduisait les taux de BNP chez les patients insuffisants cardiaques. Ces résultats, bien qu’encourageants, reposent principalement sur des études chinoises dont la qualité méthodologique est variable.
Néphropathie diabétique — Zhang et al. (2014, J Ethnopharmacol) ont conduit une méta-analyse de 25 essais (n = 1 804) montrant une réduction significative de la protéinurie et de la créatininémie chez les patients diabétiques recevant des préparations à base d’astragale en complément du traitement conventionnel.
Activité sur les télomères — L’essai clinique de Harley et al. (2011, Rejuvenation Research), ouvert et non contrôlé, a montré que le cycloastragenol (TA-65, 250 unités/jour, 12 mois) augmentait significativement la longueur médiane des télomères dans les lymphocytes et les granulocytes de sujets séropositifs pour le CMV. Ces résultats prometteurs nécessitent confirmation par des essais contrôlés.
Limites — La majorité des essais cliniques proviennent de la littérature chinoise et souffrent de biais méthodologiques (randomisation inadéquate, absence de double aveugle, données de sécurité insuffisantes). Des essais multicentriques de qualité sont nécessaires pour confirmer les promesses des données précliniques.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Astragaloside IV | Saponine cycloartane | Immunomodulateur, cardioprotecteur |
| Cycloastragénol | Triterpène | Activité sur la télomérase (préclinique) |
| Polysaccharides (APS) | Polysaccharides | Immunostimulants |
| Formononétine, calycosine | Isoflavones | Antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Extrait sec standardisé — 250 à 500 mg par jour, en 2 à 3 prises. Standardisation à 0,5-1 % d’astragaloside IV ou à 40-50 % de polysaccharides (selon la cible thérapeutique). Rapport d’extraction : 5-10:1.
Poudre de racine — 4 à 12 g par jour, en gélules de 500 mg, répartis en 2 à 3 prises. Forme traditionnelle, conservant l’ensemble du phytocomplexe.
Décoction traditionnelle — 9 à 30 g de racine sèche par litre d’eau, décoction de 30 à 45 minutes. Les posologies élevées (jusqu’à 60 g/jour) sont utilisées en médecine chinoise hospitalière pour les pathologies graves. La décoction est la forme la plus utilisée dans les essais cliniques chinois.
Teinture mère (1:5) — 3 à 5 mL par jour, en 2 à 3 prises. Extraction dans l’éthanol à 30-45 %.
Extrait fluide (1:1) — 2 à 4 mL par jour.
Racine en tranches — Les tranches de racine sèche sont mâchées directement ou ajoutées aux soupes et aux ragoûts dans la cuisine traditionnelle chinoise.
La cure est de 8 à 12 semaines, renouvelable. En médecine traditionnelle chinoise, l’astragale est souvent prescrit en association avec d’autres plantes toniques dans des formules composées.
IX. TOXICOLOGIE
La toxicité de A. membranaceus est très faible. La DL50 orale chez la souris est supérieure à 40 g/kg pour la décoction et à 10 g/kg pour l’extrait sec, plaçant la plante dans la catégorie des substances pratiquement non toxiques. Les études de toxicité subchronique (90 jours) et chronique (6 mois) chez le rat n’ont révélé aucune anomalie significative.
Effets indésirables — Très rares : distension abdominale, diarrhée légère (doses élevées de polysaccharides), sensation de chaleur. Aucun effet indésirable grave n’a été rapporté dans les essais cliniques.
Interactions médicamenteuses — L’astragale potentialise les effets des immunostimulants et peut théoriquement contrecarrer l’action des immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus, corticothérapie). L’astragaloside IV inhibe la glycoprotéine P (P-gp), ce qui peut augmenter la biodisponibilité orale de substrats de la P-gp (digoxine, fexofénadine). Les isoflavones (formononétine) possèdent une activité phytoestrogénique faible, imposant la prudence en cas de cancer hormono-dépendant.
Contre-indications — Maladies auto-immunes actives (lupus, polyarthrite rhumatoïde en poussée, sclérose en plaques), traitement immunosuppresseur post-greffe, cancers hormono-dépendants (prudence). Grossesse et allaitement : données insuffisantes, usage déconseillé par précaution. En médecine chinoise, l’astragale est déconseillé en cas de « plénitude de chaleur » (fièvre aiguë, inflammation active).
Il convient de ne pas confondre A. membranaceus avec les espèces productrices de gomme adragante (A. gummifer, A. microcephalus) ni avec les espèces accumulatrices de sélénium (A. bisulcatus), potentiellement toxiques.
X. USAGES HISTORIQUES
En Chine, la racine d’astragale est un ingrédient courant de la cuisine tonique (yào shàn, 药膳, « aliment-médicament »). Elle est ajoutée aux bouillons de poulet, de porc ou d’agneau, particulièrement pendant la période postnatale (tradition du zuò yuè zi, confinement postpartum d’un mois) et pendant l’hiver. Les tranches de racine sont retirées avant consommation, ayant cédé leurs principes actifs au bouillon. Le huáng qí jī tāng (黄芪鸡汤, soupe de poulet à l’astragale) est un classique de la diététique chinoise.
En médecine traditionnelle chinoise, huáng qí est le premier tonique du Qi protecteur (wèi qì), prescrit depuis le Shennong Bencao Jing. Il entre dans la composition de formules célèbres : le Yu Ping Feng San (Poudre de Paravent de Jade), associant astragale, Atractylodes macrocephala et Saposhnikovia divaricata, utilisée en prévention des infections respiratoires ; le Bu Zhong Yi Qi Tang (Décoction pour Tonifier le Centre), créée par Li Dongyuan au XIIIe siècle.
En Mongolie, la racine est utilisée en décoction comme tonique général et galactogène (stimulant la production de lait maternel). Les bergers nomades l’ajoutent au thé au beurre de yak.
Intérêt écologique
En tant que légumineuse fixatrice d’azote, A. membranaceus joue un rôle important dans l’enrichissement des sols pauvres des steppes et des prairies sèches d’Asie centrale. La symbiose racinaire avec Mesorhizobium spp. fixe 50 à 100 kg d’azote atmosphérique par hectare et par an, améliorant la fertilité du sol et bénéficiant aux espèces végétales voisines.
Le système racinaire profond et pivotant stabilise les sols fragiles des steppes et contribue à la lutte contre l’érosion éolienne, problème majeur dans le nord de la Chine et en Mongolie. L’espèce présente un intérêt potentiel pour la revégétalisation des terres dégradées dans les régions semi-arides.
Les fleurs jaunes nectarifères sont visitées par de nombreux pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons), contribuant au maintien de la biodiversité entomologique dans des milieux souvent appauvris. Les graines sont consommées par des rongeurs et des oiseaux granivores.
Les populations sauvages sont en déclin dans certaines régions de Chine du fait de la surexploitation commerciale et de la conversion des steppes en terres agricoles. L’espèce figure sur la liste des plantes médicinales protégées dans plusieurs provinces chinoises. Le développement de la culture commerciale contribue à réduire la pression de récolte sur les populations naturelles.
Confusions et adultérations
Le genre Astragalus, avec ses 2 500 espèces, offre un potentiel de confusion considérable. Plusieurs points de vigilance s’imposent :
— Astragalus mongholicus Bunge (= A. membranaceus var. mongholicus) n’est pas une espèce différente mais une variété de l’espèce officinale, pharmacologiquement équivalente et acceptée par les pharmacopées.
— Espèces productrices de gomme adragante (A. gummifer, A. microcephalus, A. tragacanthus) : ces espèces méditerranéennes et moyen-orientales produisent une gomme exsudative (E413) utilisée comme additif alimentaire, sans rapport avec les propriétés médicinales de A. membranaceus.
— Espèces accumulatrices de sélénium (A. bisulcatus, A. praelongus) : ces espèces nord-américaines accumulent le sélénium à des concentrations toxiques dans leurs tissus. Le risque de confusion est négligeable en pratique, les aires de répartition étant distinctes.
— Astragalus complanatus (sha yuan zi) : les graines de cette espèce sont utilisées en médecine chinoise comme tonique rénal, mais ne doivent pas être confondues avec la racine d’A. membranaceus.
L’identification de la drogue repose sur les caractères macroscopiques (couleur jaune, texture fibreuse, saveur sucrée), microscopiques (fibres libériennes épaisses, grains d’amidon simples) et chromatographiques (profil en astragalosides par HPLC-ELSD). Le barcoding ADN (marqueurs ITS2, psbA-trnH) est recommandé en cas de doute.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Astragalus membranaceus est une plante immunomodulatrice et cardioprotectrice de premier plan, dont le phytocomplexe associe trois classes de métabolites bioactifs complémentaires : les astragalosides (cardioprotection, anti-inflammation), les polysaccharides (immunostimulation) et les isoflavones (activité antioxydante, phytoestrogénique faible).
L’astragaloside IV et le cycloastragenol se distinguent par des mécanismes d’action innovants — activation de la télomérase, protection mitochondriale, inhibition de la fibrose — qui ouvrent des perspectives thérapeutiques en cardiologie, en néphrologie et en biologie du vieillissement. Toutefois, la biodisponibilité orale limitée de l’astragaloside IV (< 8 %) constitue un défi pharmacocinétique majeur.
Les données cliniques, abondantes dans la littérature chinoise, confirment l’efficacité en tant qu’adjuvant immunostimulant et cardioprotecteur. La qualité méthodologique variable des essais disponibles impose la réalisation d’études multicentriques, randomisées et en double aveugle, conformes aux standards internationaux. L’excellent profil de sécurité de la plante, confirmé par des millénaires d’usage et par les études toxicologiques modernes, autorise un usage prolongé aux posologies recommandées.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Immunomodulateur
- ★★★☆☆ Adaptogène
- ★★★☆☆ Tonique général
- ★★☆☆☆ Cardioprotecteur