
La schisandra, Schisandra chinensis (Turcz.) Baill., est une liane ligneuse des forêts boréales d’Asie orientale dont les baies rouge vif sont utilisées depuis plus de deux millénaires en médecine traditionnelle chinoise sous le nom de wǔ wèi zi (五味子), littéralement « fruit aux cinq saveurs ». Cette dénomination poétique reflète la complexité gustative du fruit — acide, amer, sucré, salé et piquant — et, selon la théorie des cinq éléments, son action sur les cinq organes pleins (foie, cœur, rate, poumon, rein). La schisandra constitue, avec le ginseng et l’éleuthérocoque, le trio classique des adaptogènes de la pharmacopée sino-russe.
L’intérêt scientifique occidental pour S. chinensis s’est développé à la suite des travaux de Volicer et al. dans les années 1960, puis des études soviétiques menées par Brekhman et Lupandin. Les recherches contemporaines ont mis en évidence un phytocomplexe dominé par les lignanes dibenzocyclooctadiéniques — les schisandrines — dotés de propriétés hépatoprotectrices, neuroprotectrices et antioxydantes remarquables. Plus de 2 500 publications sur PubMed attestent de l’ampleur des travaux consacrés à cette espèce.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Schisandra chinensis (Turcz.) Baill. appartient à la famille des Schisandraceae, ordre des Austrobaileyales, dans le clade des angiospermes basales (classification APG IV). Cette position phylogénétique est remarquable : les Austrobaileyales, comprenant également les Illiciaceae (badianiers), se situent parmi les lignées les plus anciennes des plantes à fleurs, à la base de l’arbre phylogénétique des angiospermes.
Le genre Schisandra Michx. comprend environ 25 espèces réparties en Asie orientale et en Amérique du Nord (une seule espèce, S. glabra). L’espèce a été décrite initialement par Turczaninov sous le binôme Kadsura chinensis Turcz. (1837), puis transférée dans le genre Schisandra par Baillon (1868). Le synonyme Schisandra chinensis var. typica est parfois rencontré.
Le nom Schisandra vient du grec schizein (fendre) et andros (homme, ici étamine), en référence aux anthères à déhiscence longitudinale. L’épithète chinensis indique l’origine géographique. Les noms vernaculaires sont : schisandre ou schizandre de Chine (français), wǔ wèi zi (五味子, chinois), omija (오미자, coréen), gomishi (五味子, japonais), magnolia-vine (anglais), limonnik (лимонник, russe, en référence à l’odeur citronnée des feuilles froissées).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
A. Port général
Schisandra chinensis est une liane ligneuse volubile, dextrogyre, pouvant atteindre 8 à 15 m de longueur. Les tiges, grêles (0,5 à 2 cm de diamètre), s’enroulent autour des supports disponibles (troncs d’arbres, rochers, treillis). L’écorce est brun rougeâtre, lenticellée, à décollement en lambeaux sur les tiges âgées. La plante est caducifoliée, formant des rideaux de feuillage vert tendre dans les canopées basses des forêts mixtes.
B. Appareil végétatif
Le système racinaire est constitué de rhizomes traçants, émettant des tiges adventives et permettant une propagation végétative efficace. Les racines fasciculées sont fines, fibreuses, brun clair.
Les feuilles sont alternes, simples, elliptiques à obovales, de 5 à 11 cm de longueur et de 3 à 7 cm de largeur. Le limbe est membraneux, à marge finement denticulée, glabre sur la face adaxiale, à pilosité éparse sur les nervures abaxiales. Le pétiole, de 1 à 3 cm, est souvent rosâtre à rougeâtre. Lorsqu’elles sont froissées, les feuilles dégagent une odeur citronnée caractéristique due à la présence de citral et de sesquiterpènes volatils, d’où le nom russe limonnik (liana-citron).
C. Appareil reproducteur
L’espèce est monoïque, les fleurs mâles et femelles étant portées séparément sur le même individu (parfois fonctionnellement dioïque selon les populations). Les fleurs, solitaires ou par 2-3, naissent à l’aisselle des feuilles, pendantes, de 1 à 2 cm de diamètre. Les tépales (5 à 12), pétaloïdes, sont blanc crème à rosé, charnus, dégageant un parfum suave. Les fleurs mâles portent 5 étamines soudées en un androcée columnaire. Les fleurs femelles possèdent un réceptacle allongé portant de nombreux carpelles libres disposés en spirale.
La fructification est spectaculaire : le réceptacle s’allonge considérablement après la fécondation, formant une grappe pendante de 5 à 10 cm de longueur, portant 20 à 40 baies subglobuleuses de 5 à 8 mm de diamètre, rouge vif à maturité. Chaque baie contient 1 à 2 graines réniformes, brun-jaune, lisses et brillantes. La dissémination est ornithochore.
D. Phénologie
Le débourrement a lieu en avril-mai. La floraison se produit en mai-juin. Les fruits mûrissent de septembre à octobre, formant des grappes rouges très décoratives qui persistent sur la liane après la chute des feuilles. La plante entre en dormance hivernale complète, résistant à des températures de -35 °C et au-delà.
E. Habitat naturel
S. chinensis est une espèce des forêts mixtes tempérées à boréales, occupant les lisières, les clairières et les rives de cours d’eau. Elle croît depuis le niveau de la mer jusqu’à 1 500 m d’altitude, préférant les sols profonds, humifères, bien drainés mais à bonne rétention hydrique. L’espèce est héliophile à semi-sciaphile, produisant davantage de fruits en situation lumineuse. Elle requiert un climat à hivers froids (vernalisation nécessaire) et étés chauds et humides.
F. Distribution géographique
L’aire naturelle s’étend du nord-est de la Chine (Heilongjiang, Jilin, Liaoning, Hebei) à la Corée, au Japon (Hokkaidō, nord de Honshū), à l’extrême-orient russe (Primorié, Sakhaline, Kouriles) et à la Mongolie orientale. L’espèce est cultivée en Chine (principales provinces productrices : Liaoning, Heilongjiang), en Corée du Sud et, plus récemment, en Europe orientale (Pologne, Russie européenne) et en Amérique du Nord (programmes expérimentaux).
G. Associations végétales
Dans son biotope naturel, S. chinensis s’associe aux forêts dominées par Pinus koraiensis, Abies nephrolepis, Quercus mongolica, Betula platyphylla et Tilia amurensis. La liane grimpe fréquemment sur Ulmus japonica et Acer mono. Le cortège floristique associé inclut Eleutherococcus senticosus, Actinidia kolomikta, Vitis amurensis et Aralia elata.
III. PARTIES UTILISÉES
Le fruit (baie) constitue la drogue officinale, inscrite à la Pharmacopée européenne (monographie 01/2017:2428) sous le nom Schisandrae chinensis fructus. Les fruits sont récoltés à maturité (septembre-octobre), lorsqu’ils présentent une couleur rouge vif et une consistance charnue. Le séchage est réalisé au soleil ou à l’étuve à basse température (40-60 °C). Le fruit sec est rougeâtre, ridé, de saveur caractéristique (acide dominante, avec une amertume et un arrière-goût piquant).
Les graines, riches en lignanes et en huile grasse, sont parfois utilisées séparément en médecine traditionnelle chinoise. L’huile de graines de schisandre, obtenue par pression à froid, concentre les lignanes lipophiles.
Les tiges et les feuilles font l’objet de recherches phytochimiques mais ne sont pas couramment utilisées en thérapeutique.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Le fruit de Schisandra chinensis contient un phytocomplexe dominé par les lignanes dibenzocyclooctadiéniques, classe de métabolites secondaires quasi exclusivement retrouvée dans le genre Schisandra. Plus de 40 lignanes ont été isolés et caractérisés.
Les lignanes majeurs sont :
— Schisandrine (= schizandrine, wuweizisu A) : lignane majoritaire, représentant 0,3 à 1,5 % de la masse sèche du fruit. Elle constitue le marqueur phytochimique principal.
— Schisandrine B (= gomisine N) : présente à 0,1 à 0,5 %, elle est le principal agent hépatoprotecteur.
— Schisandrine C (= wuweizisu C) : 0,05 à 0,2 %, puissant antioxydant.
— Schisandriol A (= schisandrol A, wuweizichun A) et schisandriol B (= gomisine A) : lignanes hydroxylés.
— Déoxyschisandrine (= schisandrine A, wuweizi ester A) : lignane esterifié.
— Gomisines A, B, C, G, J, N : série de lignanes dibenzocyclooctadiéniques diversement substitués.
— Schisanthérine A à E : lignanes à substituant angéloyloxybenzoyle.
Les autres classes de métabolites comprennent : des acides organiques (acide citrique en grande quantité, acide malique, acide tartrique — responsables de la saveur acide dominante) ; des huiles essentielles (1,5-2,5 % dans le fruit frais, contenant du citral, du β-chamigrène, du β-élémène, de l’α-ylangène) ; des polysaccharides ; de la vitamine C (50 à 100 mg/100 g de fruit frais) ; des vitamines E et B ; et des minéraux (fer, manganèse, zinc).
La Pharmacopée européenne exige une teneur minimale de 0,40 % en schisandrine dans le fruit sec. Le dosage est réalisé par HPLC-UV (détection à 254 nm). Le profil chromatographique complet des lignanes permet de distinguer S. chinensis (riche en schisandrine et déoxyschisandrine) de S. sphenanthera (riche en schisanthérine A et anwulignan).
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Les lignanes dibenzocyclooctadiéniques de la schisandre exercent des activités pharmacologiques remarquables, principalement hépatoprotectrices, neuroprotectrices et adaptogènes.
Hépatoprotection — La schisandrine B protège les hépatocytes contre les dommages induits par divers toxiques (tétrachlorure de carbone, paracétamol, D-galactosamine). Le mécanisme implique l’activation de la voie Nrf2/ARE, induisant l’expression d’enzymes de phase II de la détoxification (glutathion S-transférase, NAD(P)H quinone oxydoréductase, UDP-glucuronosyltransférase). La schisandrine B augmente les taux intracellulaires de glutathion (GSH) et réduit la peroxydation lipidique membranaire. Elle inhibe également l’activité de la CYP2E1, enzyme impliquée dans l’activation métabolique de nombreux hépatotoxiques.
Activité antioxydante — La schisandrine C est l’un des antioxydants les plus puissants parmi les lignanes naturels. Elle piège directement les radicaux hydroxyle (OH•) et peroxyle (ROO•), inhibe la xanthine oxydase et active la superoxyde dismutase (SOD) mitochondriale. L’activité antioxydante est synergique entre les différents lignanes du phytocomplexe.
Neuroprotection et cognition — La schisandrine et la schisandrine B traversent la barrière hémato-encéphalique et exercent des effets neuroprotecteurs via l’inhibition de la voie apoptotique mitochondriale et la réduction de l’excitotoxicité glutamatergique (modulation des récepteurs NMDA). Elles augmentent la libération d’acétylcholine dans l’hippocampe et inhibent l’acétylcholinestérase de manière modérée, améliorant les performances mnésiques chez l’animal. La schisandrine B réduit l’accumulation de peptide β-amyloïde dans des modèles murins de maladie d’Alzheimer.
Effet adaptogène — Les lignanes de la schisandre modulent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien en réduisant la surexpression de cortisol induite par le stress chronique. Ils stabilisent l’expression des récepteurs aux glucocorticoïdes hippocampiques, maintenant la sensibilité du rétrocontrôle négatif. La production de monoxyde d’azote (NO) est régulée : réduction en cas de surproduction inflammatoire (inhibition de l’iNOS), stimulation en cas de déficit endothélial (activation de la eNOS).
Activité anti-inflammatoire — Les lignanes inhibent la voie NF-κB en empêchant la phosphorylation et la dégradation de l’IκBα. Ils réduisent l’expression de la COX-2 et de la PGE2, et inhibent la production d’IL-1β, d’IL-6 et de TNF-α dans les macrophages activés.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Hépatoprotection — Plusieurs essais cliniques chinois ont évalué des préparations à base de schisandrine B chez des patients atteints d’hépatites chroniques. Liu et al. (1982) ont montré une normalisation des transaminases (ASAT, ALAT) chez 72 % des patients (n = 189) recevant un extrait de schisandre pendant 3 mois. Ces études, bien que méthodologiquement limitées (absence de double aveugle), ont conduit à l’autorisation en Chine de la bicyclol (4,4′-diméthoxybiphényl-2-carboxylate), un dérivé synthétique de la schisandrine C, comme hépatoprotecteur.
Performance physique et mentale — Panossian et Wikman (2008, Phytomedicine) ont conduit un essai randomisé en double aveugle chez 40 athlètes féminines. L’extrait standardisé de schisandre (180 mg/jour, 12 jours) a significativement augmenté la concentration salivaire de cortisol et de NO après l’effort, suggérant une modulation de la réponse au stress physique. L’évaluation cognitive a montré une amélioration de l’attention et de la vitesse de réaction.
Fatigue et stress — Aslanyan et al. (2010, Phytomedicine) ont évalué une combinaison adaptogène contenant S. chinensis, R. rosea et E. senticosus (ADAPT-232) chez 40 femmes souffrant de fatigue liée au stress. Une amélioration significative de l’attention, de la vitesse cognitive et de la qualité de vie a été observée après 2 semaines.
Ménopause — Park et Kim (2016, Climacteric) ont conduit un essai randomisé en double aveugle chez 36 femmes ménopausées. L’extrait de S. chinensis (1 000 mg/jour, 12 semaines) a réduit significativement les bouffées de chaleur, la transpiration et les palpitations, avec une amélioration du score de Kupperman.
Limites — Les essais cliniques de bonne qualité méthodologique (randomisés, en double aveugle, contre placebo) restent peu nombreux. Les effectifs sont faibles (n < 50 dans la plupart des études). La standardisation variable des préparations limite la comparabilité des résultats.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Schisandrine, schisandrine B/C | Lignanes dibenzocyclooctadiéniques | Hépatoprotecteurs, adaptogènes |
| Gomisines | Lignanes | Hépatoprotecteurs, anti-inflammatoires |
| Acides organiques | Acides organiques | Antioxydants |
| Vitamines C et E | Vitamines | Antioxydantes |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Extrait sec standardisé — 200 à 500 mg par jour, en 2 prises. Standardisation à 2-9 % de schisandrine (selon les fabricants). Rapport d’extraction : 5-10:1.
Poudre de fruit sec — 1,5 à 6 g par jour, en gélules de 500 mg, répartis en 2 à 3 prises.
Teinture mère (1:5) — 2 à 4 mL par jour, en 2 prises. Extraction dans l’éthanol à 40-50 %.
Décoction traditionnelle — 3 à 9 g de fruits secs dans 500 mL d’eau, décoction de 15 minutes. Répartir en 2 à 3 prises. Mode de préparation usuel en médecine chinoise.
Jus de baies — Le jus frais ou pasteurisé (50 à 100 mL/jour) est consommé en Corée (omija-cha, thé d’omija) et en Russie comme boisson tonique.
Infusion de fruits — 2 à 4 g de fruits secs écrasés dans 250 mL d’eau bouillante, infusion de 15 minutes. Usage traditionnel russe et coréen.
Les prises sont recommandées le matin et en début d’après-midi. Cure de 4 à 12 semaines, renouvelable après une pause de 2 semaines.
IX. TOXICOLOGIE
La toxicité de S. chinensis est très faible. La DL50 orale chez la souris est supérieure à 3 g/kg pour l’extrait hydroalcoolique. Les études de toxicité subchronique (90 jours) n’ont révélé aucune anomalie significative chez le rat à des doses allant jusqu’à 1,5 g/kg/jour.
Effets indésirables — Rares et bénins : brûlures d’estomac (saveur très acide du fruit), éruptions cutanées occasionnelles, agitation (doses élevées). Quelques cas d’élévation paradoxale des transaminases ont été rapportés avec des doses très élevées, effet attribué à l’induction des CYP hépatiques par les lignanes.
Interactions médicamenteuses — La schisandrine et la schisandrine B sont des inhibiteurs modérés du CYP3A4 et des inducteurs du CYP1A2. Ces propriétés peuvent modifier la pharmacocinétique de substrats du CYP3A4 (ciclosporine, tacrolimus, inhibiteurs de protéase, statines). Un cas d’augmentation des taux sériques de tacrolimus a été rapporté chez un patient transplanté consommant un complément à base de schisandre. L’association avec les substrats du CYP3A4 à marge thérapeutique étroite est déconseillée.
Contre-indications — Grossesse (activité utérotonique rapportée chez l’animal), allaitement (données insuffisantes), épilepsie (risque théorique lié à la modulation GABAergique), ulcère gastrique actif (acidité du fruit).
X. USAGES HISTORIQUES
En Corée, la schisandre est profondément ancrée dans la culture alimentaire. Le omija-cha (오미자차), thé glacé de baies de schisandre, est une boisson estivale très populaire, préparée par macération des fruits secs dans l’eau froide pendant 12 à 24 heures. La couleur rose vif, la saveur complexe aigre-sucrée et l’arôme floral en font une boisson distinctive. Le omija-hwachae est un punch de fruits à la schisandre servi lors des fêtes. Les baies entrent également dans la fabrication de liqueurs, de confitures et de pâtisseries.
En Chine, wǔ wèi zi est classé dans la pharmacopée traditionnelle comme astringent du Poumon et du Rein, producteur de liquides organiques et calmant de l’Esprit (shen). Il est prescrit pour la toux chronique, les sueurs nocturnes, les diarrhées chroniques, les pertes séminales et les palpitations. Il entre dans la composition de formules classiques dont le Sheng Mai San (Poudre pour Engendrer le Pouls), associant Panax ginseng, Ophiopogon japonicus et S. chinensis.
En Russie, les chasseurs et pêcheurs du Primorié utilisent traditionnellement les baies séchées comme tonique de survie lors des longues expéditions en taïga. Le limonnik est consommé en tisane, en compote et en confiture. L’Armée rouge l’a inclus dans les rations de survie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Intérêt écologique
Schisandra chinensis joue un rôle écologique significatif dans les écosystèmes forestiers de la taïga mixte. En tant que liane, elle contribue à la structuration verticale du sous-bois et crée des habitats pour une faune diversifiée. Ses fruits rouge vif, persistant sur la plante en automne et en début d’hiver, constituent une ressource alimentaire importante pour de nombreuses espèces d’oiseaux frugivores et de mammifères, qui assurent en retour la dissémination des graines.
La liane participe à la connectivité de la canopée basse, permettant le déplacement arboricole de petits mammifères et de reptiles. Son feuillage dense fournit un ombrage au sol forestier, contribuant au maintien de l’humidité et à la régulation thermique du microhabitat.
Les populations naturelles de S. chinensis sont stables dans la majeure partie de l’aire de répartition, l’espèce bénéficiant d’une bonne capacité de régénération végétative par rhizomes. Cependant, la surexploitation des peuplements sauvages pour la récolte des fruits, combinée à la déforestation, a entraîné des déclins locaux en Chine du nord-est. Des programmes de culture sont développés pour réduire la pression sur les populations naturelles.
Confusions et adultérations
La principale confusion concerne l’espèce Schisandra sphenanthera Rehder & E.H. Wilson, appelée nán wǔ wèi zi (南五味子, « schisandre du Sud ») en chinois. Cette espèce méridionale est fréquemment substituée à S. chinensis sur les marchés asiatiques. Les deux espèces diffèrent par leur profil en lignanes : S. sphenanthera contient principalement de la schisanthérine A et de l’anwulignan, tandis que S. chinensis est riche en schisandrine et déoxyschisandrine. Bien que les deux espèces possèdent des propriétés hépatoprotectrices, elles ne sont pas interchangeables sur le plan pharmacologique.
La distinction botanique repose sur les caractères floraux (anthères de S. sphenanthera en forme de coin, d’où le nom) et sur la taille des fruits (plus petits chez S. sphenanthera). Le contrôle analytique par HPLC permet une différenciation fiable grâce aux profils en lignanes distinctifs.
Aucune espèce toxique ne ressemble suffisamment à S. chinensis pour constituer un risque de confusion en cueillette. Toutefois, les grappes de baies rouges peuvent superficiellement évoquer celles de certaines espèces d’Actaea (Ranunculaceae), toxiques, bien que la morphologie globale de la plante soit très différente.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Schisandra chinensis est une plante adaptogène majeure dont l’originalité réside dans son profil phytochimique dominé par les lignanes dibenzocyclooctadiéniques, classe de métabolites quasi exclusive au genre Schisandra. La schisandrine B apparaît comme le principe actif le plus remarquable, avec des propriétés hépatoprotectrices puissantes médiées par l’activation de la voie Nrf2/ARE et l’augmentation du glutathion intracellulaire.
Les propriétés adaptogènes, neuroprotectrices et antioxydantes du phytocomplexe sont bien documentées sur le plan préclinique. Les données cliniques, bien que prometteuses, restent insuffisantes en termes de qualité méthodologique et de puissance statistique. L’indication la mieux étayée est l’hépatoprotection, qui a conduit au développement d’un dérivé synthétique (bicyclol) en Chine.
Les enjeux pharmacognosiques incluent la standardisation des extraits (dosage de la schisandrine par HPLC), la distinction fiable entre S. chinensis et S. sphenanthera, et la vigilance quant aux interactions médicamenteuses liées à l’inhibition du CYP3A4. La position phylogénétique basale de la famille des Schisandraceae confère un intérêt évolutif supplémentaire à l’étude de la biosynthèse des lignanes chez cette espèce.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
Aslanyan G, Amroyan E, Gabrielyan E, Nylander M, Wikman G, Panossian A. Double-blind, placebo-controlled, randomised study of single dose effects of ADAPT-232 on cognitive functions. Phytomedicine. 2010;17(7):494-499.
Hancke JL, Burgos RA, Ahumada F. Schisandra chinensis (Turcz.) Baill. Fitoterapia. 1999;70(5):451-471.
Ikeya Y, Taguchi H, Yosioka I, Kobayashi H. The constituents of Schisandra chinensis Baill. I. Isolation and structure determination of five new lignans. Chemical and Pharmaceutical Bulletin. 1979;27(6):1383-1394.
Lu Y, Chen DF. Analysis of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera. Journal of Chromatography A. 2009;1216(11):1980-1990.
Panossian A, Wikman G. Pharmacology of Schisandra chinensis Bail.: an overview of Russian research and uses in medicine. Journal of Ethnopharmacology. 2008;118(2):183-212.
Park JY, Kim KH. A randomized, double-blind, placebo-controlled trial of Schisandra chinensis for menopausal symptoms. Climacteric. 2016;19(6):574-580.
Pharmacopée européenne, 10e édition. Monographie « Schisandrae chinensis fructus » (01/2017:2428). Strasbourg : Conseil de l’Europe, 2020.
Szopa A, Ekiert R, Ekiert H. Current knowledge of Schisandra chinensis (Turcz.) Baill. (Chinese magnolia vine) as a medicinal plant species: a review on the bioactive components, pharmacological properties, analytical and biotechnological studies. Phytochemistry Reviews. 2017;16(2):195-218.
Xue Y, Li X, Du G, Feng K. Research progress of Schisandra chinensis lignans: pharmacology and pharmacokinetics. Drug Design, Development and Therapy. 2019;13:4279-4295.
Zhu PL, Peng JM, Rajanikanth V, Korthout HAAJ, Haasnoot W. Authentication of Schisandra chinensis and Schisandra sphenanthera based on chemical markers. Phytochemical Analysis. 2016;27(3-4):168-175.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Hépatoprotecteur
- ★★★☆☆ Adaptogène
- ★★★☆☆ Antioxydant
- ★★☆☆☆ Tonique général