
Bacopa — Bacopa monnieri (L.) Wettst.
Le bacopa, connu sous le nom de brahmi dans la tradition ayurvédique, est l’une des plantes nootropiques les plus anciennes et les plus étudiées de la pharmacopée mondiale. Utilisé depuis plus de 3 000 ans en Inde pour améliorer la mémoire, l’apprentissage et les fonctions intellectuelles, il fait l’objet d’un intérêt scientifique croissant depuis les années 1960. Ses principes actifs, les bacosides, sont des saponines triterpéniques dont les propriétés neuroprotectrices, pro-cognitives et adaptogènes sont soutenues par un corpus préclinique considérable et des données cliniques de plus en plus robustes. La présente monographie propose une synthèse exhaustive des connaissances relatives à cette plante remarquable, à l’interface entre tradition millénaire et neurosciences modernes.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Bacopa monnieri (L.) Wettst. appartient à la famille des Plantaginaceae (anciennement Scrophulariaceae sensu lato), reclassification issue des travaux de phylogénie moléculaire (APG III/IV). Le genre Bacopa comprend une centaine d’espèces distribuées principalement dans les régions tropicales et subtropicales des deux hémisphères.
Classification systématique :
- Règne : Plantae
- Sous-règne : Tracheobionta
- Division : Magnoliophyta
- Classe : Magnoliopsida
- Sous-classe : Asteridae
- Ordre : Lamiales
- Famille : Plantaginaceae
- Genre : Bacopa
- Espèce : Bacopa monnieri (L.) Wettst.
Le basionyme est Lysimachia monnieri L. (1756). La combinaison actuelle a été établie par Heinrich Wettstein en 1891. Le nom générique Bacopa dérive d’un mot amérindien (probablement guyanais) désignant une plante aquatique. L’épithète monnieri honore le botaniste français Louis Guillaume Le Monnier (1717-1799).
Synonymes nomenclaturaux : Herpestis monniera (L.) Kunth, Bramia monnieri (L.) Pennell, Gratiola monnieri L., Moniera cuneifolia Michx.
Noms vernaculaires : brahmi (sanskrit, hindi — attention : ce nom est aussi donné à Centella asiatica dans certaines régions, ce qui constitue une source de confusion majeure), jalanimba (sanskrit), water hyssop (anglais), bacopa ou hysope d’eau (français).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Bacopa monnieri est une petite plante herbacée vivace, succulente, rampante ou semi-aquatique, atteignant 10 à 30 centimètres de hauteur.
Appareil végétatif. Les tiges sont couchées ou ascendantes, charnues, succulentes, glanduleuses-pubescentes ou glabrescentes, vertes, fortement ramifiées, s’enracinant aux nœuds au contact du sol (stolonifères). Les entre-nœuds sont courts. Les feuilles sont opposées, simples, sessiles ou subsessiles, obovales à spatulées, longues de 0,8 à 2,5 centimètres, larges de 3 à 8 millimètres, charnues, succulentes, entières, à sommet arrondi ou légèrement émarginé, à base atténuée, glabres, de couleur vert clair, ponctuées de glandes translucides (poches sécrétrices). La nervation est peu visible, pennée, à 1 à 3 paires de nervures latérales. La saveur est légèrement amère.
Appareil reproducteur. Les fleurs sont solitaires, axillaires, portées par des pédicelles grêles aussi longs ou plus longs que les feuilles. Elles sont petites (6 à 8 millimètres de diamètre), pentamères, actinomorphes ou légèrement zygomorphes. Le calice est à 5 sépales inégaux (le sépale supérieur plus grand, ovale, les deux latéraux linéaires et plus petits). La corolle est campanulée, à 5 lobes, de couleur blanche, bleu pâle ou violet pâle, avec des nervures violettes. Les étamines sont au nombre de 4 (didynames), insérées sur le tube corollin. L’ovaire est supère, biloculaire, surmonté d’un style court terminé par un stigmate bilobé. La floraison est quasi continue sous les tropiques, avec un pic pendant la saison humide.
Le fruit est une capsule ovoïde, petite (3 à 4 millimètres), glabre, s’ouvrant par déhiscence septicide et loculicide. Les graines sont très nombreuses, extrêmement petites (0,3 à 0,5 millimètre), oblongues, de couleur brun clair, à surface réticulée.
Écologie et répartition géographique
Bacopa monnieri est une espèce cosmopolite tropicale et subtropicale, présente sur tous les continents entre les latitudes 35° N et 35° S. Elle est probablement originaire d’Asie du Sud (Inde) et s’est dispersée naturellement ou par introduction humaine à travers le monde tropical.
Son aire de répartition comprend l’Inde, le Sri Lanka, le Népal, le Bangladesh, le Pakistan, la Chine méridionale, l’Asie du Sud-Est, l’Australie tropicale, l’Afrique tropicale et subtropicale, Madagascar, les Amériques tropicales (des États du sud des États-Unis au Brésil et à l’Argentine) et certaines îles océaniennes.
L’espèce est strictement hygrophile (liée aux milieux humides). Elle colonise les berges de rivières, les marécages, les rizières, les bords de mares et d’étangs, les fossés, les zones humides saisonnières et les substrats vaseux temporairement inondés. Elle tolère une immersion complète de courte durée et peut même se développer comme plante aquatique flottante. Elle préfère les sols humides, limoneux à argileux, riches en matière organique, légèrement acides à neutres (pH 5,0 à 7,0). Elle prospère en plein soleil ou en semi-ombre, à des températures de 20 à 40 °C.
La plante se reproduit facilement par voie végétative (fragments de tiges s’enracinant aux nœuds) et par voie sexuée (graines). Cette capacité de multiplication rapide, combinée à sa tolérance aux conditions variables des zones humides, en fait une espèce pionnière efficace et parfois envahissante hors de son aire naturelle.
Écologie, conservation et culture
Bacopa monnieri est une espèce largement distribuée et abondante dans ses habitats humides naturels. Elle n’est pas considérée comme menacée à l’échelle mondiale. Cependant, la pression de collecte croissante pour l’industrie des compléments alimentaires, combinée à la dégradation des zones humides (drainage, urbanisation, pollution), peut affecter localement les populations sauvages en Inde.
La culture de Bacopa monnieri est techniquement simple et de plus en plus pratiquée en Inde pour répondre à la demande commerciale. La multiplication se fait principalement par bouturage de tiges (enracinement rapide en 7 à 10 jours dans un substrat humide). Le semis est possible mais moins utilisé en raison de la petite taille des graines et de la germination irrégulière.
La culture nécessite un sol constamment humide (idéalement inondé de quelques centimètres), riche en matière organique, en plein soleil. Elle peut être intégrée dans les systèmes rizicoles comme culture intercalaire ou de rotation. Le rendement en biomasse sèche est de 2 à 5 tonnes par hectare en culture intensive. La récolte s’effectue 3 à 4 mois après la plantation, avec la possibilité de 2 à 3 coupes par an.
Des programmes de sélection variétale sont en cours en Inde (CIMAP, NBRI) pour développer des cultivars à haute teneur en bacosides et à haut rendement en biomasse. La culture in vitro (micropropagation) est utilisée pour la production de plants certifiés et la conservation des chimiotypes d’intérêt.
III. PARTIES UTILISÉES
La drogue est constituée par les parties aériennes (tiges feuillées), parfois désignée comme « plante entière » (herba) dans les textes traditionnels. La plante entière (incluant les racines) est utilisée dans certaines préparations ayurvédiques, mais la drogue commerciale est principalement constituée des parties aériennes.
La récolte s’effectue sur des populations sauvages ou cultivées, pendant ou juste après la saison de floraison, lorsque la teneur en bacosides est maximale. La plante est coupée au ras du sol, lavée (pour éliminer la boue), et séchée à l’ombre ou dans des séchoirs à basse température (35 à 45 °C). La drogue sèche se présente sous forme de fragments de tiges et de feuilles, de couleur vert grisâtre à brun-verdâtre. L’odeur est faible, la saveur amère et légèrement astringente.
Il n’existe pas de monographie spécifique dans la Pharmacopée européenne pour Bacopa monnieri. La Pharmacopée indienne (Indian Pharmacopoeia, 6e édition) comprend une monographie pour Brahmi (drogue et extrait), avec une teneur minimale de 2,5 % de bacosides (A et B) pour la drogue sèche et de 25 % pour l’extrait standardisé. La Pharmacopée américaine (USP) a publié des critères de qualité similaires.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
Bacosides (saponines triterpéniques)
Les principes actifs majeurs sont les bacosides, saponines triterpéniques de type dammarane, spécifiques du genre Bacopa. La teneur en bacosides dans la plante sèche varie de 2 à 10 % selon l’origine, la saison et les conditions de culture.
Les bacosides sont des glycosides de jujubogénine et de pseudojujubogénine, aglycones triterpéniques de type dammarane. On distingue :
- Bacoside A — mélange de quatre saponines : bacoside A3, bacopasaponine C, bacopaside II (isomère de bacoside A3) et bacopaside X. Le bacoside A constitue le principal marqueur analytique et est le composé le plus étudié pharmacologiquement.
- Bacoside B — isomère optique du bacoside A, formé en partie par épimérisation pendant le séchage et l’extraction.
- Bacopasides I à XII — série de saponines triterpéniques additionnelles, dont les structures ont été élucidées progressivement.
- Bacosine — triterpène non glycosylé aux propriétés antistress.
Autres composés
- Alcaloïdes : brahmine, herpestine, nicotine (en traces) — présents en très faible quantité et considérés comme non contributifs à l’activité pharmacologique principale.
- Flavonoïdes : lutéoline, apigénine, lutéoline 7-O-glucoside, jujubogénine isomère de la glucuronolactone.
- Phytostérols : bêta-sitostérol, stigmastérol.
- Acides phénoliques : acide bétulique, acide d-mannitol.
- Cucurbitacines : présentes en traces, potentiellement cytotoxiques.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Activité nootropique (pro-cognitive)
Les bacosides améliorent les fonctions cognitives (mémoire, apprentissage, attention) par de multiples mécanismes convergents :
- Modulation cholinergique : les bacosides augmentent la libération d’acétylcholine (ACh) au niveau de l’hippocampe et du cortex frontal, et inhibent l’acétylcholinestérase (AChE) de manière modérée, augmentant la disponibilité synaptique de l’ACh. Ce mécanisme est analogue à celui des inhibiteurs de l’AChE utilisés dans la maladie d’Alzheimer (donépézil, rivastigmine), bien que l’affinité soit moindre.
- Modulation sérotoninergique : les bacosides augmentent les niveaux de sérotonine (5-HT) dans l’hippocampe en stimulant la synthèse de la tryptophane hydroxylase et en modulant l’expression des récepteurs 5-HT1A et 5-HT2C. Cette action sérotoninergique contribue aux effets anxiolytiques et antidépresseurs.
- Stimulation de la neurotransmission glutamatergique : les bacosides potentialisent la signalisation via les récepteurs NMDA et AMPA, impliqués dans les mécanismes de potentialisation à long terme (LTP) de la mémoire.
- Activation de la voie CREB : les bacosides stimulent la phosphorylation du facteur de transcription CREB (cAMP Response Element-Binding protein) dans l’hippocampe, activant la transcription de gènes impliqués dans la neuroplasticité, la synaptogenèse et la consolidation mnésique.
- Augmentation de la synthèse de BDNF : les bacosides augmentent l’expression du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), facteur neurotrophique essentiel à la survie neuronale, à la croissance dendritique et à la plasticité synaptique dans l’hippocampe.
- Augmentation de la densité dendritique : des études morphométriques chez le rat ont montré que l’administration chronique de bacosides augmentait significativement la longueur et les ramifications des dendrites des neurones pyramidaux de l’hippocampe (CA3) et de l’amygdale basolatérale.
Activité neuroprotectrice
Les bacosides exercent un effet neuroprotecteur puissant par :
- Neutralisation des radicaux libres (activité antioxydante directe des bacosides, qui piègent les radicaux hydroxyles et peroxyles).
- Stimulation des enzymes antioxydantes cérébrales : superoxyde dismutase (SOD), catalase (CAT), glutathion peroxydase (GPx), glutathion réductase (GR).
- Inhibition de la peroxydation lipidique membranaire dans le cerveau.
- Réduction de la formation de peptide bêta-amyloïde et de protéine tau phosphorylée dans des modèles de maladie d’Alzheimer.
- Protection contre la neurotoxicité induite par l’aluminium, le plomb, le glutamate et le peroxyde d’hydrogène.
Activité anxiolytique et adaptogène
Les bacosides réduisent le comportement anxieux dans les tests précliniques (labyrinthe en croix surélevé, test en champ libre) par un mécanisme impliquant la modulation GABAergique et sérotoninergique. L’activité adaptogène (résistance au stress) implique la régulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et la réduction des niveaux de cortisol.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Fonctions cognitives chez l’adulte sain
Une méta-analyse (Kongkeaw et al., 2014) portant sur 9 essais cliniques randomisés en double aveugle, contrôlés par placebo (518 participants au total), a conclu que l’extrait standardisé de Bacopa monnieri (300 à 450 mg/jour pendant 12 semaines) améliorait significativement l’attention, le traitement cognitif et la mémoire de travail chez les adultes sains, par rapport au placebo.
Stough et al. (2001) ont conduit un essai randomisé en double aveugle sur 46 volontaires sains, montrant qu’un extrait standardisé (300 mg/jour pendant 12 semaines) améliorait significativement l’apprentissage verbal, la mémoire à long terme et la vitesse de traitement de l’information, sans effet significatif à court terme (5 semaines), suggérant que l’effet nootropique nécessite un traitement prolongé.
Roodenrys et al. (2002) ont confirmé ces résultats dans un essai sur 76 adultes (18-60 ans), montrant une amélioration significative de la rétention de nouvelles informations après 12 semaines de traitement par un extrait standardisé.
Fonctions cognitives chez la personne âgée
Calabrese et al. (2008) ont évalué un extrait standardisé (300 mg/jour pendant 12 semaines) chez 54 personnes âgées saines (65 ans et plus), montrant une amélioration significative de l’attention et de la mémoire verbale, une réduction de l’anxiété et une diminution du taux de dépression.
Raghav et al. (2006) ont montré une amélioration de la mémoire logique, de la mémoire associée et de l’attention chez des personnes âgées de plus de 55 ans atteintes de troubles cognitifs légers liés à l’âge.
Trouble déficitaire de l’attention chez l’enfant
Dave et al. (2014) ont conduit un essai ouvert sur 31 enfants (6-12 ans) atteints de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), montrant une amélioration significative des scores d’attention, de cognition et de contrôle de l’impulsivité après 6 mois de traitement par un extrait standardisé. Ces résultats prometteurs nécessitent confirmation par des essais contrôlés de plus grande envergure.
Anxiété et stress
Plusieurs essais cliniques ont montré une réduction significative de l’anxiété-état et de l’anxiété-trait chez des adultes sains recevant un extrait de bacopa, en cohérence avec les propriétés anxiolytiques précliniques.
Indications thérapeutiques retenues
- Amélioration des fonctions cognitives (mémoire, attention, apprentissage) chez l’adulte sain : niveau de preuve B (méta-analyse de 9 essais)
- Soutien des fonctions cognitives chez la personne âgée (déclin cognitif lié à l’âge) : niveau de preuve B
- Anxiété légère à modérée et stress : niveau de preuve B
- Adjuvant dans le TDAH de l’enfant : niveau de preuve C (données préliminaires)
- Neuroprotection (prévention du déclin cognitif) : niveau de preuve C (données précliniques solides, données cliniques limitées)
Le bacopa ne dispose pas de monographie officielle ni de reconnaissance par les pharmacopées européennes, mais il est largement commercialisé comme complément alimentaire nootropique. En Inde, il est inscrit à la Pharmacopée indienne et fait partie de la liste des plantes médicinales officiellement reconnues par l’AYUSH (Ministry of Ayurveda, Yoga & Naturopathy, Unani, Siddha and Homeopathy).
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Bacoside A, bacopasides | Saponines triterpéniques | Nootropes, mémoire, neuroprotection |
| Jujubogénine, pseudojujubogénine | Sapogénines | Aglycones des bacosides |
| Bacosine | Triterpène | Antioxydant |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Extrait sec standardisé. C’est la forme la plus étudiée cliniquement. L’extrait est généralement standardisé à 20 à 55 % de bacosides (calculés en bacoside A + bacoside B). L’extrait le plus utilisé dans les essais cliniques est le KeenMind (CDRI 08), standardisé à 55 % de bacosides, et le BacoMind, extrait enrichi en 9 bacosides majeurs. Posologie : 300 à 450 mg d’extrait standardisé par jour, en 1 à 2 prises, de préférence au cours des repas (les bacosides sont liposolubles et leur absorption est améliorée par les lipides alimentaires). L’effet nootropique se manifeste progressivement après 4 à 12 semaines de traitement continu.
Poudre de plante entière. Usage traditionnel ayurvédique. Posologie : 3 à 6 grammes par jour de poudre de plante sèche, en 2 à 3 prises, mélangée à du ghee (beurre clarifié) ou du miel.
Jus de plante fraîche. Usage traditionnel : 10 à 20 ml de jus frais par jour.
Teinture mère. 2 à 4 ml, 2 à 3 fois par jour.
La durée de traitement recommandée est d’au moins 8 à 12 semaines pour obtenir un effet nootropique significatif. Des cures prolongées de 3 à 6 mois sont courantes dans la pratique ayurvédique.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité aiguë. La DL50 orale chez la souris est supérieure à 5 000 mg/kg pour l’extrait standardisé, attestant d’une toxicité aiguë très faible.
Toxicité chronique. Les études de toxicité subchronique à 90 jours chez le rat (jusqu’à 500 mg/kg/jour) n’ont pas révélé de toxicité significative sur les paramètres hématologiques, biochimiques ou histologiques.
Génotoxicité. Les tests d’Ames et de micronoyaux se sont révélés négatifs pour l’extrait standardisé CDRI 08.
Effets indésirables. Dans les essais cliniques, les effets indésirables rapportés sont généralement bénins et transitoires : nausées (5-10 %, l’effet indésirable le plus fréquent, réduit par la prise au cours des repas), crampes abdominales (2-5 %), diarrhée légère (1-3 %), sécheresse buccale (1-2 %), fatigue (rare). Les effets gastro-intestinaux sont dose-dépendants et tendent à diminuer avec la poursuite du traitement.
Fertilité et reproduction. Des études chez le rat mâle ont suggéré un effet antispermatogénique réversible à fortes doses (250 mg/kg/jour pendant 56 jours), avec une réduction du nombre de spermatozoïdes épididymaires. La signification clinique de ce résultat aux doses thérapeutiques humaines est inconnue. Par prudence, l’utilisation chez l’homme en période de conception est à évaluer.
Contre-indications. Grossesse et allaitement (par prudence, absence de données de sécurité), enfants de moins de 6 ans (sauf dans le cadre de la pratique ayurvédique), bradycardie sévère (effet cholinergique potentiel), obstruction gastro-intestinale.
Interactions médicamenteuses. Les bacosides sont des inhibiteurs modérés du CYP1A2, CYP3A4 et CYP2C19 in vitro. Interaction théorique avec les anticholinestérasiques (effet additif), les médicaments sédatifs (potentialisation modérée), les hormones thyroïdiennes (augmentation de la T4 rapportée chez l’animal). La signification clinique de ces interactions reste à préciser.
X. USAGES HISTORIQUES
Le bacopa est l’une des plantes les plus vénérées de la tradition ayurvédique. Sous le nom de brahmi (du dieu Brahma, créateur de l’univers et source de la connaissance), il est utilisé depuis plus de 3 000 ans comme medhya rasayana, c’est-à-dire comme tonique cérébral rajeunissant. Les anciens textes ayurvédiques (Charaka Samhita, Sushruta Samhita, Ashtanga Hridaya) le prescrivent pour améliorer la mémoire, l’intellect, l’élocution, pour traiter l’épilepsie, l’asthme, la fièvre, les troubles urinaires et comme agent de longévité.
Selon la tradition, les étudiants brahmanes et les érudits hindous consommaient quotidiennement le bacopa pour améliorer leur capacité à mémoriser les longs textes sacrés des Védas. Le Charaka Samhita (environ 600 av. J.-C.) recommande le jus frais de brahmi mélangé au ghee comme tonique cérébral suprême (medhya).
En médecine traditionnelle dans d’autres régions d’Asie, la plante est utilisée pour les troubles respiratoires (toux, asthme, bronchite), les affections cutanées, les diarrhées, les fièvres et comme diurétique. En Chine, elle est employée dans certaines préparations de médecine traditionnelle pour les troubles de la mémoire et de la concentration.
Le bacopa est un ingrédient clé de plusieurs formulations ayurvédiques classiques, notamment le Brahmi Ghrita (ghee médicinal au brahmi), le Sarasvatarishta (préparation fermentée) et le Brahmi Vati (comprimés).
Risques de confusion
La confusion la plus fréquente et la plus problématique concerne le nom « brahmi », qui est attribué à deux plantes différentes selon les régions de l’Inde :
- Bacopa monnieri — brahmi au sens strict (Inde du Nord, tradition classique)
- Centella asiatica (L.) Urb. (Apiaceae) — également appelée brahmi dans le sud de l’Inde et au Sri Lanka, mais botaniquement et phytochimiquement très différente (les principes actifs de la centella sont des triterpènes pentacycliques : asiaticoside, acide asiatique, acide madécassique).
Cette confusion nomenclaturale peut avoir des conséquences cliniques, car les deux plantes ont des profils pharmacologiques distincts. La vérification de l’identité botanique par l’analyse des marqueurs chimiques (bacosides pour Bacopa, asiaticoside pour Centella) est indispensable.
Bacopa caroliniana (Walter) B.L.Rob. et d’autres espèces aquatiques de Bacopa peuvent être confondues morphologiquement avec B. monnieri, en particulier dans les collections de plantes aquatiques ornementales. Ces espèces ne contiennent pas de bacosides en quantité significative.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Bacopa monnieri est l’un des nootropiques végétaux les mieux documentés scientifiquement, avec un mécanisme d’action multifactoriel agissant sur les grandes voies de la neurotransmission (cholinergique, sérotoninergique, glutamatergique) et de la neuroplasticité (BDNF, CREB, arborisation dendritique). Les données cliniques soutiennent un effet pro-cognitif significatif, en particulier sur la mémoire et l’attention, après un traitement prolongé de 8 à 12 semaines.
Les défis actuels incluent l’amélioration de la biodisponibilité orale des bacosides (saponines de haut poids moléculaire, faiblement absorbées), la conduite d’essais cliniques de grande envergure chez les patients atteints de troubles cognitifs pathologiques (maladie d’Alzheimer, démence vasculaire, TDAH), la standardisation des préparations commerciales, et la clarification des effets à très long terme.
Les perspectives de recherche les plus prometteuses concernent le développement de formulations à biodisponibilité améliorée (nanoparticules, complexes phospholipidiques, systèmes auto-émulsifiants), l’exploration des effets synergiques avec d’autres nootropiques naturels (Centella asiatica, Ginkgo biloba, curcumine), et l’approfondissement de l’activité neuroprotectrice dans les modèles de maladies neurodégénératives.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
- Kongkeaw C. et al. Meta-analysis of randomized controlled trials on cognitive effects of Bacopa monnieri extract. Journal of Ethnopharmacology, 2014, 151(1) : 528-535.
- Stough C. et al. The chronic effects of an extract of Bacopa monniera (Brahmi) on cognitive function in healthy human subjects. Psychopharmacology, 2001, 156(4) : 481-484.
- Roodenrys S. et al. Chronic effects of Brahmi (Bacopa monnieri) on human memory. Neuropsychopharmacology, 2002, 27(2) : 279-281.
- Calabrese C. et al. Effects of a standardized Bacopa monnieri extract on cognitive performance, anxiety, and depression in the elderly: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2008, 14(6) : 707-713.
- Aguiar S., Borowski T. Neuropharmacological review of the nootropic herb Bacopa monnieri. Rejuvenation Research, 2013, 16(4) : 313-326.
- Rajan K.E. et al. Molecular and functional characterization of Bacopa monniera: a retrospective review. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2015 : 945217.
- Simpson T. et al. Bacopa monnieri as an antioxidant therapy to reduce oxidative stress in the aging brain. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2015 : 615384.
- Pase M.P. et al. The cognitive-enhancing effects of Bacopa monnieri: a systematic review of randomized, controlled human clinical trials. Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2012, 18(7) : 647-652.
- Indian Pharmacopoeia Commission. Indian Pharmacopoeia, 6e édition. Ghaziabad, 2010.
- Bruneton J. Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales. 5e édition, Lavoisier Tec & Doc, Paris, 2016.
PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Nootrope / mémoire
- ★★★☆☆ Anxiolytique
- ★★☆☆☆ Antioxydant