GRIFFONIA

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Planche botanique Griffonia

Griffonia — Griffonia simplicifolia (DC.) Baill.

Le griffonia est une plante grimpante ligneuse originaire d’Afrique de l’Ouest, devenue l’une des sources naturelles les plus étudiées de 5-hydroxytryptophane (5-HTP), précurseur direct de la sérotonine. Son essor en phytothérapie moderne est indissociable de la découverte, dans ses graines, de concentrations exceptionnelles de cet acide aminé, qui en fait un outil thérapeutique de premier plan dans la prise en charge des troubles de l’humeur, du sommeil et de l’appétit. À l’intersection de la pharmacognosie contemporaine et de la médecine traditionnelle ouest-africaine, le griffonia illustre la capacité des flores tropicales à fournir des molécules bioactives majeures.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Le griffonia appartient à l’embranchement des Spermatophytes, sous-embranchement des Angiospermes, classe des Dicotylédones, ordre des Fabales, famille des Fabacées (Leguminosae), sous-famille des Caesalpinioideae. Le genre Griffonia a été décrit par Augustin Pyramus de Candolle puis validé par Henri Ernest Baillon. L’espèce type, Griffonia simplicifolia, est la plus connue et la seule exploitée en phytothérapie à grande échelle.

Synonymes nomenclaturaux : Bandeiraea simplicifolia Benth., Schotia simplicifolia (DC.) Spreng. Le nom vernaculaire « griffonia » est désormais universellement admis dans la littérature francophone. En anglais, on l’appelle parfois « African dream bean » ou « 5-HTP plant ». Les populations locales du Ghana et du Nigeria utilisent divers noms selon les langues : atooto (yoruba), kagya (akan), basiné (mandingue).

Le genre Griffonia comprend quatre à cinq espèces selon les auteurs, toutes cantonnées à l’Afrique tropicale occidentale. Seule G. simplicifolia a fait l’objet d’études phytochimiques et pharmacologiques approfondies. Les travaux de taxonomie moléculaire récents confirment son rattachement aux Caesalpinioideae, bien que certains auteurs aient autrefois proposé un rapprochement avec les Mimosaceae.



II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Griffonia simplicifolia est une liane ligneuse semi-arbustive pouvant atteindre 3 à 7 mètres de hauteur, parfois davantage lorsqu’elle s’appuie sur un arbre support. La tige principale est robuste, cylindrique, à écorce brun-grisâtre, souvent crevassée longitudinalement chez les sujets âgés. Les rameaux jeunes sont pubescents, flexueux, munis de vrilles axillaires qui permettent à la plante de s’accrocher à la végétation environnante.

Les feuilles sont alternes, simples (d’où l’épithète simplicifolia), ovales à elliptiques, de 5 à 15 cm de long et 3 à 8 cm de large, à sommet acuminé et base arrondie ou légèrement cordée. Le limbe est glabre à la face supérieure, faiblement pubescent à la face inférieure, de couleur vert foncé brillant. La nervation est pennée avec 5 à 7 paires de nervures latérales bien visibles. Le pétiole mesure 2 à 5 cm, légèrement canaliculé.

Les inflorescences sont des grappes axillaires ou terminales, denses, de 10 à 20 cm de long. Les fleurs sont zygomorphes, pentamères, à calice gamosépale court et corolle blanc-verdâtre à jaunâtre. Les pétales sont inégaux, le pétale supérieur (étendard) étant le plus développé. Les étamines sont au nombre de dix, libres ou faiblement soudées à la base. L’ovaire est supère, uniloculaire, contenant 2 à 6 ovules.

Le fruit est une gousse ovoïde à oblongue, enflée, de 4 à 8 cm de long et 2 à 4 cm de large, à péricarpe coriace, noircissant à maturité. Chaque gousse contient 1 à 4 graines arrondies, aplaties, de 1 à 2 cm de diamètre, à tégument brun foncé à noir, lisse et brillant. C’est dans ces graines que se concentre le 5-HTP.

Le système racinaire est pivotant, puissant, avec de nombreuses racines latérales. Des nodosités fixatrices d’azote sont présentes, comme chez la plupart des Fabacées, bien que leur efficacité symbiotique chez cette espèce reste discutée.


Écologie et répartition

Griffonia simplicifolia est originaire de la zone forestière tropicale humide d’Afrique de l’Ouest. Son aire de répartition naturelle s’étend du Sénégal à l’Ouest jusqu’au Cameroun et au Gabon à l’Est, en passant par la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont les principaux pays exportateurs de graines.

L’espèce affectionne les forêts denses humides de basse et moyenne altitude (0 à 600 m), les lisières forestières, les forêts secondaires et les zones de jachère. Elle tolère un certain degré de perturbation et se développe fréquemment dans les trouées forestières, les bords de pistes et les plantations abandonnées, où elle peut former des peuplements denses. La plante exige une pluviométrie annuelle supérieure à 1200 mm, répartie sur 7 à 9 mois, et supporte mal les saisons sèches prolongées.

Le sol de prédilection est de type ferralitique, acide à neutre (pH 5 à 6,5), profond et bien drainé. Le griffonia supporte les sols latéritiques mais se développe mieux sur des sols riches en matière organique. La température optimale de croissance se situe entre 25 et 30 °C.

La pollinisation est assurée principalement par des insectes (abeilles, papillons), bien que l’autopollinisation ne soit pas exclue. La dissémination des graines est barochore (par gravité) et parfois zoochore, les gousses étant parfois consommées par des primates et des oiseaux.

La pression de récolte commerciale a conduit certains auteurs à s’inquiéter de la durabilité de l’exploitation sauvage. Des programmes de culture ont été initiés au Ghana et en Côte d’Ivoire, mais la majorité de la production mondiale reste issue de la cueillette en milieu naturel. Le griffonia n’est actuellement pas inscrit sur les listes CITES, mais plusieurs ONG recommandent un suivi de ses populations.


Écologie, durabilité et conservation

La demande mondiale croissante en 5-HTP a intensifié la pression de récolte sur les populations sauvages de Griffonia simplicifolia. Au Ghana, principal pays exportateur, les volumes de graines collectées ont considérablement augmenté depuis les années 1990, suscitant des préoccupations quant à la durabilité de l’exploitation.

La récolte destructive (abattage des lianes pour accéder aux gousses situées en hauteur) est une menace majeure. Des pratiques de récolte plus durables, consistant à grimper aux arbres supports ou à utiliser des perches, sont promues par certaines ONG et coopératives locales.

Des essais de domestication et de mise en culture ont été conduits au Ghana (Cocoa Research Institute), au Nigeria et en Côte d’Ivoire. La multiplication est possible par semis (germination en 2-4 semaines) et par bouturage. La croissance est lente les premières années, la première fructification intervenant après 3 à 5 ans. Les rendements en culture sont encore insuffisants pour concurrencer la collecte sauvage.

Le griffonia joue un rôle écologique dans les écosystèmes forestiers tropicaux : ses fleurs fournissent du nectar aux pollinisateurs, ses feuilles alimentent divers herbivores, et sa capacité de fixation d’azote (si confirmée) contribuerait à la fertilité des sols forestiers.

Aucun statut de protection international (CITES, UICN) ne couvre actuellement l’espèce, mais le Ghana a mis en place des réglementations nationales encadrant l’exportation de graines de griffonia. Une certification de type FairWild pourrait contribuer à garantir la durabilité de la filière.



III. PARTIES UTILISÉES

La drogue principale est constituée par les graines mûres séchées, qui concentrent l’essentiel du 5-HTP. La teneur moyenne en 5-HTP des graines varie de 5 à 20 % du poids sec selon l’origine géographique, les conditions de culture et les procédés de séchage. Les lots commerciaux de qualité pharmaceutique sont généralement standardisés à 95-99 % de 5-HTP par extraction et purification.

Les graines doivent être récoltées à pleine maturité, lorsque les gousses commencent à noircir et à s’entrouvrir. Le séchage se fait à l’ombre ou en étuve à température modérée (40-50 °C) pour préserver les composés actifs. Les graines sèches se conservent plusieurs années à l’abri de l’humidité et de la lumière.

D’autres parties de la plante sont utilisées en médecine traditionnelle africaine : les feuilles en décoction comme fébrifuge et aphrodisiaque, l’écorce de tige en cataplasme sur les plaies et les abcès, les racines comme purgatif. Cependant, ces usages n’ont pas fait l’objet de validations pharmacologiques rigoureuses et ne sont pas retenus dans la phytothérapie moderne occidentale.

La Pharmacopée européenne ne possède pas encore de monographie officielle pour Griffonia simplicifolia. Toutefois, le 5-HTP extrait des graines est inscrit dans plusieurs pharmacopées nationales et fait l’objet de normes de qualité (identité, pureté, dosage) édictées par les fabricants de compléments alimentaires et certains référentiels comme l’USP (United States Pharmacopeia).



IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition chimique des graines de Griffonia simplicifolia est dominée par le 5-hydroxytryptophane (5-HTP), un acide aminé aromatique hydroxylé, dérivé du tryptophane. Le 5-HTP représente 5 à 20 % de la masse sèche des graines selon les lots, ce qui constitue la plus forte concentration naturelle connue de cette molécule dans le règne végétal.

Le 5-HTP (C₁₁H₁₂N₂O₃, masse moléculaire 220,22 g/mol) est un intermédiaire métabolique clé dans la biosynthèse de la sérotonine (5-hydroxytryptamine, 5-HT). Dans la plante, il est probablement synthétisé par hydroxylation enzymatique du L-tryptophane via une tryptophane hydroxylase végétale, bien que les détails de cette voie biosynthétique chez le griffonia restent encore imparfaitement élucidés.

Outre le 5-HTP, les graines contiennent des lectines (agglutinines) de type GS-I (spécifique du α-D-galactose) et GS-II (spécifique du N-acétyl-D-glucosamine), largement utilisées comme outils de recherche en biochimie et en histologie. Ces lectines n’ont pas d’usage thérapeutique direct mais présentent un intérêt considérable en biologie cellulaire.

Les graines contiennent également des protéines (environ 25-30 % de la matière sèche), des lipides (5-10 %), des glucides (10-15 %), des fibres, et des minéraux (potassium, magnésium, calcium, fer). Des traces de tryptophane libre et de sérotonine ont été détectées dans les graines et les feuilles.

Les feuilles renferment des flavonoïdes, des tanins, des saponines et des alcaloïdes indoliques en faibles quantités. L’écorce de tige contient des triterpènes et des stérols. Ces composés secondaires n’ont pas été étudiés avec la même rigueur que le 5-HTP des graines.

Le contrôle qualité des extraits de griffonia repose principalement sur le dosage du 5-HTP par chromatographie liquide haute performance (CLHP/HPLC) avec détection UV à 275 nm. Les méthodes spectrométriques (UV, IR, MS) permettent de confirmer l’identité de la molécule. La recherche de contaminants (métaux lourds, aflatoxines, pesticides, adultérants synthétiques) est essentielle pour garantir la sécurité des produits commercialisés.



V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Le mécanisme d’action principal du 5-HTP issu du griffonia est lié à son rôle de précurseur direct de la sérotonine (5-HT). Après ingestion orale, le 5-HTP est absorbé au niveau intestinal avec une biodisponibilité estimée à environ 70 %. Il franchit la barrière hémato-encéphalique sans nécessiter de transporteur spécifique, contrairement au tryptophane qui entre en compétition avec d’autres acides aminés neutres de grande taille (LNAA). Une fois dans le système nerveux central, le 5-HTP est décarboxylé par la L-amino-acide aromatique décarboxylase (AADC) en sérotonine.

L’augmentation de la sérotonine cérébrale qui en résulte explique les principales propriétés pharmacologiques attribuées au griffonia :

Action antidépressive : la sérotonine est un neurotransmetteur majeur dans la régulation de l’humeur. Un déficit sérotoninergique est impliqué dans la physiopathologie de la dépression. Le 5-HTP augmente la synthèse de sérotonine dans les noyaux du raphé et les projections corticales et limbiques, reproduisant partiellement l’effet des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Des études sur modèles animaux (test de nage forcée chez le rat, test de suspension caudale chez la souris) ont démontré un effet antidépresseur significatif du 5-HTP.

Action anxiolytique : l’activation des récepteurs 5-HT₁A au niveau du système limbique contribue à un effet anxiolytique démontré dans plusieurs modèles précliniques (labyrinthe en croix surélevé, test du conflit de Vogel). Cet effet est bloqué par les antagonistes des récepteurs 5-HT₁A.

Régulation du sommeil : la sérotonine est le précurseur de la mélatonine, synthétisée dans la glande pinéale par N-acétylation puis O-méthylation. L’administration de 5-HTP favorise l’endormissement et améliore la qualité du sommeil, notamment en augmentant la durée du sommeil paradoxal (REM) dans certaines études.

Action anorexigène : la sérotonine exerce un effet satiétogène au niveau hypothalamique, via les récepteurs 5-HT₂C notamment. Le 5-HTP réduit la prise alimentaire chez l’animal et chez l’homme, avec une diminution préférentielle de l’apport en glucides. Cet effet est d’un intérêt particulier dans la prise en charge des troubles du comportement alimentaire et de l’obésité.

Action antalgique : la sérotonine participe aux voies descendantes inhibitrices de la douleur. Le 5-HTP a montré un effet bénéfique dans la fibromyalgie et les céphalées de tension, en lien avec l’activation des récepteurs sérotoninergiques dans les voies spinales et supraspinales de la nociception.

Il est important de noter que le 5-HTP est également décarboxylé en sérotonine en périphérie, ce qui peut entraîner des effets gastro-intestinaux (nausées, diarrhée) liés à l’activation des récepteurs 5-HT₃ et 5-HT₄ du plexus myentérique. L’association avec un inhibiteur de la décarboxylase périphérique (comme la carbidopa) a été proposée pour limiter ces effets et augmenter la fraction de 5-HTP atteignant le cerveau.



VI. DONNÉES CLINIQUES

Plusieurs essais cliniques, dont certains randomisés et contrôlés, ont évalué l’efficacité du 5-HTP extrait de griffonia dans différentes indications :

Dépression : une méta-analyse publiée par Shaw et al. (2002) dans la Cochrane Database a examiné les essais comparant le 5-HTP à un placebo dans la dépression. Les auteurs ont conclu à une supériorité du 5-HTP sur le placebo, tout en soulignant la faiblesse méthodologique de nombreuses études (effectifs limités, hétérogénéité des protocoles). Un essai comparatif 5-HTP versus fluvoxamine (ISRS) a montré une efficacité comparable des deux traitements sur l’échelle de Hamilton (HAM-D), avec une tolérance légèrement meilleure du 5-HTP. Les doses utilisées dans les essais cliniques sur la dépression vont de 150 à 300 mg par jour, réparties en 2 à 3 prises.

Fibromyalgie : Caruso et al. (1990) ont rapporté une amélioration significative de la douleur, de la raideur matinale, de l’anxiété et de la fatigue chez des patients fibromyalgiques recevant 100 mg de 5-HTP trois fois par jour pendant 30 jours, comparativement au placebo. Ces résultats sont cohérents avec l’hypothèse d’un déficit sérotoninergique dans la fibromyalgie.

Migraines et céphalées : des études italiennes des années 1980-1990 ont montré une réduction de la fréquence et de l’intensité des crises migraineuses sous 5-HTP (400-600 mg/jour), avec une efficacité comparable au méthysergide. L’effet prophylactique apparaît après 2 à 4 semaines de traitement.

Obésité et contrôle de l’appétit : Cangiano et al. (1992, 1998) ont conduit deux essais randomisés contre placebo montrant une réduction significative de l’apport calorique et une perte de poids sous 5-HTP (750 mg/jour puis 900 mg/jour). Les sujets rapportaient une sensation de satiété précoce et une diminution du grignotage, en particulier des aliments sucrés.

Troubles du sommeil : l’association 5-HTP + GABA a fait l’objet d’un essai montrant une réduction du temps d’endormissement et une augmentation de la durée totale de sommeil. Le 5-HTP seul, à doses de 100 à 300 mg au coucher, est fréquemment recommandé dans les troubles du sommeil non organiques, bien que les preuves cliniques restent limitées.

Troubles anxieux : les données cliniques sont moins robustes dans cette indication. Une étude de Schruers et al. (2002) a montré que le 5-HTP (200 mg) réduisait l’anxiété induite par le CO₂ chez des patients atteints de trouble panique, suggérant un effet anxiolytique modulé par la voie sérotoninergique.

Le niveau de preuve global est considéré comme modéré. Des essais cliniques de grande envergure, multicentriques et avec des méthodologies rigoureuses (double aveugle, contre placebo et contre comparateur actif) sont encore nécessaires pour consolider les indications du griffonia.



VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
5-hydroxytryptophane (5-HTP) Acide aminé Précurseur de la sérotonine
L-tryptophane Acide aminé Précurseur sérotoninergique
Lectines Protéines Constituants des graines

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Le griffonia est commercialisé sous plusieurs formes galéniques :

Extrait sec standardisé : c’est la forme la plus courante, généralement standardisée à 95-99 % de 5-HTP. Présenté en gélules ou comprimés dosés à 50, 100 ou 200 mg de 5-HTP. Cette standardisation implique un processus d’extraction et de purification poussé qui concentre le principe actif.

Poudre de graines : la graine entière séchée et pulvérisée est parfois utilisée en gélules. La teneur en 5-HTP est alors beaucoup plus variable (5-20 %) et la posologie doit être ajustée en conséquence. Cette forme apporte l’ensemble des constituants de la graine (protéines, lipides, lectines).

Teinture-mère : préparée par macération hydro-alcoolique des graines, elle est moins courante et la standardisation en 5-HTP est difficile. L’usage est marginal.

Posologie usuelle en 5-HTP pur :

Dépression légère à modérée : 150 à 300 mg par jour en 2-3 prises, de préférence au moment des repas pour limiter les effets gastro-intestinaux. Début progressif (50 mg/jour) puis augmentation hebdomadaire. Troubles du sommeil : 100 à 200 mg, 30 à 45 minutes avant le coucher. Contrôle de l’appétit : 250 à 750 mg par jour en 3 prises, 30 minutes avant les repas. Fibromyalgie : 100 mg trois fois par jour. Migraines (prophylaxie) : 100 à 200 mg deux à trois fois par jour.

La durée du traitement est variable selon l’indication. En général, un minimum de 2 à 4 semaines est nécessaire pour observer un effet thérapeutique. Les cures de 2 à 3 mois sont courantes, avec des fenêtres thérapeutiques.



IX. TOXICOLOGIE

Le 5-HTP est généralement bien toléré aux doses thérapeutiques. Les effets indésirables les plus fréquents sont d’ordre gastro-intestinal : nausées (10-20 % des patients), ballonnements, diarrhée, crampes abdominales. Ces effets sont liés à la synthèse périphérique de sérotonine dans la paroi intestinale et sont dose-dépendants. Ils s’atténuent généralement en quelques jours et peuvent être minimisés par une augmentation progressive des doses et une prise pendant les repas.

Syndrome sérotoninergique : le risque principal est celui du syndrome sérotoninergique, une urgence médicale pouvant associer agitation, confusion, tachycardie, hyperthermie, myoclonies, diarrhée et, dans les cas graves, convulsions et défaillance multiviscérale. Ce risque est majeur en cas d’association du 5-HTP avec des médicaments sérotoninergiques : ISRS (fluoxétine, paroxétine, sertraline), IRSN (venlafaxine, duloxétine), IMAO (moclobémide, phénelzine), tramadol, triptans, millepertuis. L’association 5-HTP + médicament sérotoninergique est formellement contre-indiquée sans avis médical.

Éosinophilie-myalgie : en 1989, une épidémie d’un syndrome éosinophilie-myalgie (EMS) a été associée à des compléments de L-tryptophane contaminés par un pic X (identifié comme l’acide 1,1′-éthylidène-bis-tryptophane, EBT). Bien que le 5-HTP n’ait pas été directement impliqué, quelques cas isolés d’EMS sous 5-HTP ont été rapportés, possiblement liés à des contaminants similaires. Un contrôle qualité rigoureux des matières premières est donc essentiel.

Contre-indications : grossesse et allaitement (données insuffisantes), troubles cardiovasculaires graves (risque de valvulopathie théorique lié à l’activation des récepteurs 5-HT₂B, bien que non démontré aux doses habituelles), syndrome carcinoïde, schizophrénie (risque d’aggravation), trisomie 21 (convulsions rapportées). L’utilisation chez l’enfant est déconseillée en l’absence de données suffisantes.

La DL₅₀ du 5-HTP par voie orale chez le rat est supérieure à 2000 mg/kg, ce qui indique une faible toxicité aiguë. Aucune génotoxicité ni cancérogénicité n’ont été mises en évidence dans les études disponibles.



X. USAGES HISTORIQUES

Dans la médecine traditionnelle ouest-africaine, Griffonia simplicifolia est une plante polyvalente dont l’usage remonte à plusieurs siècles. Les ethnopharmacologues ont documenté de nombreux emplois au Ghana, au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Togo.

Les graines sont traditionnellement mâchées ou consommées en décoction comme aphrodisiaque masculin, pour stimuler la libido et la performance sexuelle. Les feuilles fraîches, écrasées et appliquées en cataplasme, sont utilisées pour soigner les plaies et les brûlures. La décoction d’écorce est administrée par voie orale comme purgatif et vermifuge.

Chez les Akan du Ghana, la plante est employée contre les morsures de serpent : un cataplasme de feuilles pilées est appliqué sur la morsure tandis qu’une décoction de racines est bue. Les guérisseurs yoruba du Nigeria utilisent les feuilles en décoction contre la fièvre et les douleurs articulaires.

Dans certaines communautés, les graines sont considérées comme dotées de propriétés oniriques, favorisant des rêves lucides et prophétiques (d’où le nom anglais « African dream bean »). Cet usage est cohérent avec l’effet du 5-HTP sur la phase de sommeil paradoxal.

Les lectines des graines de griffonia (GS-I et GS-II) ont par ailleurs été utilisées de longue date par les populations locales pour le test de groupes sanguins, bien que cet usage soit davantage un apport de la science moderne à la connaissance de la plante.


Confusions et falsifications

Le genre Griffonia étant relativement méconnu en dehors de l’Afrique de l’Ouest, les confusions botaniques sont rares à l’état frais. Cependant, sur le marché des compléments alimentaires, plusieurs problèmes de qualité ont été documentés :

Adultération par du 5-HTP synthétique : des analyses ont révélé que certains produits étiquetés « extrait de griffonia » contenaient en réalité du 5-HTP de synthèse chimique, sans rapport avec la plante. La discrimination entre 5-HTP naturel et synthétique est possible par analyse isotopique (rapport ¹³C/¹²C) ou par détection des composés mineurs caractéristiques de l’extrait végétal.

Contamination par des impuretés : des traces de composés apparentés au pic X du tryptophane contaminé de 1989 ont été détectées dans certains lots de 5-HTP, soulignant la nécessité d’un contrôle qualité rigoureux (HPLC, spectrométrie de masse).

Confusion avec d’autres espèces du genre : les autres espèces de Griffonia (G. physocarpa, G. tessmannii) ne contiennent pas ou très peu de 5-HTP et ne peuvent se substituer à G. simplicifolia.

Au niveau botanique, la confusion avec d’autres lianes de la même région (certaines Bauhinia, Dalbergia) est théoriquement possible pour un non-spécialiste, mais les caractères foliaires (feuilles simples vs composées ou bilobées) permettent une distinction aisée.



XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Griffonia simplicifolia occupe une place singulière en phytothérapie : c’est moins la plante elle-même qui est utilisée que sa molécule phare, le 5-HTP, dont elle constitue la source naturelle quasi exclusive. Cette particularité soulève des questions sur la frontière entre phytothérapie et nutriceutique, le 5-HTP étant un acide aminé bioactif plutôt qu’un phytocomplexe classique.

Les données pharmacologiques et cliniques soutiennent l’intérêt du griffonia dans la dépression légère à modérée, la fibromyalgie, la prophylaxie des migraines et le contrôle de l’appétit, avec un profil de sécurité favorable lorsque les contre-indications (notamment les associations médicamenteuses sérotoninergiques) sont respectées.

Les perspectives de recherche incluent : des essais cliniques de meilleure qualité méthodologique, l’étude du phytocomplexe complet de la graine (au-delà du seul 5-HTP), l’évaluation des formulations combinées (5-HTP + cofacteurs comme la vitamine B₆ et le magnésium), et le développement de filières de culture durable en Afrique de l’Ouest. La pharmacogénomique du métabolisme du 5-HTP (polymorphismes de la AADC, de la MAO) pourrait également ouvrir la voie à une médecine personnalisée.



XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★★☆ Précurseur sérotoninergique (5-HTP)
  • ★★★☆☆ Régulateur de l’humeur
  • ★★☆☆☆ Anorexigène (satiété)

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