
Hamamélis — Hamamelis virginiana L.
L’hamamélis de Virginie est un arbuste ou petit arbre des forêts caducifoliées de l’est de l’Amérique du Nord, dont les feuilles et l’écorce constituent l’une des drogues végétales les plus anciennes et les plus utilisées en phlébo-dermatologie. Remarquable par sa floraison automnale tardive, survenant lorsque les feuilles sont déjà tombées, il fournit une drogue riche en tanins, en particulier en hamamélitanins, qui lui confèrent des propriétés veinotoniques, astringentes et anti-inflammatoires de premier plan. L’eau d’hamamélis (« witch hazel ») est l’un des produits de soin les plus vendus dans le monde anglo-saxon.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1887
Hamamelis virginiana appartient à l’embranchement des Spermatophytes, sous-embranchement des Angiospermes, classe des Dicotylédones, ordre des Saxifragales, famille des Hamamélidacées (Hamamelidaceae). Le genre Hamamelis comprend 5 à 6 espèces réparties en Amérique du Nord et en Asie orientale (Chine, Japon) : H. virginiana L. et H. vernalis Sarg. en Amérique du Nord ; H. mollis Oliv., H. japonica Siebold & Zucc. et H. × intermedia Rehder en Asie orientale.
L’espèce a été décrite par Linné en 1753 dans le Species Plantarum. Le nom Hamamelis dérive du grec hama (en même temps) et melon (fruit), en référence à la coexistence des fruits et des fleurs sur la plante (les fruits de l’année précédente mûrissent au moment de la floraison de l’année suivante). L’épithète virginiana fait référence à la Virginie, où l’espèce a été collectée pour la première fois par les botanistes européens.
Le nom anglais « witch hazel » (noisetier de la sorcière) ne se rapporte pas à la sorcellerie mais dérive du vieil anglais wice ou wych (flexible), en référence aux branches souples utilisées comme baguettes de sourcier. Le nom français « hamamélis » est emprunté directement au latin botanique.
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Hamamelis virginiana est un arbuste ou petit arbre caduc, de 3 à 8 mètres de hauteur (exceptionnellement 10-12 m), souvent multicaule, formant une touffe étalée. Le tronc est grêle (10-20 cm de diamètre), à écorce lisse, gris-brun, devenant légèrement écailleuse avec l’âge. Les rameaux sont flexueux, pubescents (poils stellaires), de couleur brun-olive.
Les feuilles sont alternes, simples, obovales à largement elliptiques, de 7 à 15 cm de long et 5 à 10 cm de large, à sommet arrondi ou courtement acuminé, à base asymétrique (oblique), un côté étant cunéiforme et l’autre arrondi. La marge est grossièrement crénelée-ondulée. Le limbe est glabre ou peu pubescent à la face supérieure, pubescent (poils stellaires) à la face inférieure, surtout sur les nervures. La nervation est pennée, avec 5 à 7 paires de nervures latérales très saillantes à la face inférieure, imprimées à la face supérieure, donnant à la feuille un aspect gaufrée. Le pétiole est court (1-2 cm), pubescent. Les stipules sont caduques.
La floraison est une des plus tardives de la flore nord-américaine : elle survient d’octobre à décembre, après la chute des feuilles, ce qui rend les fleurs particulièrement visibles. Les fleurs sont groupées par 2 à 4 en glomérules axillaires. Chaque fleur possède 4 sépales ovales, persistants, brun-pourpre, et 4 pétales linéaires-rubanés, de 10 à 20 mm de long et 1 à 2 mm de large, jaune vif (parfois jaune orangé ou rougeâtre), contournés et froissés, donnant à la fleur un aspect étoilé caractéristique. Les étamines sont 4, courtes, alternant avec 4 staminodes écailleux. L’ovaire est semi-infère, biloculaire.
Le fruit est une capsule ligneuse, ovoïde, de 10 à 14 mm, pubescente, à 2 loges, s’ouvrant à maturité (automne suivant) par déhiscence explosive, projetant les 2 graines noires et luisantes à plusieurs mètres de distance (ballochorie). Ce mécanisme de dispersion est l’un des plus spectaculaires du règne végétal tempéré.
Écologie et répartition
Hamamelis virginiana est originaire de l’est de l’Amérique du Nord. Son aire de répartition s’étend du sud du Québec et de l’Ontario au Canada, vers le sud à travers la Nouvelle-Angleterre, les Appalaches, le Piémont atlantique, jusqu’au nord de la Floride et au Texas oriental. Il est absent de la plaine côtière du sud-est profond et des Grandes Plaines.
L’habitat typique est le sous-bois des forêts caducifoliées mixtes (forêts de chênes-caryers, forêts de hêtres-érables), les lisières forestières, les ravins humides, les bords de cours d’eau et les pentes rocheuses. L’espèce est sciaphile à hémi-sciaphile (tolère bien l’ombre) et constitue un élément caractéristique de la strate arbustive des forêts tempérées orientales d’Amérique du Nord.
Le sol de prédilection est acide à neutre (pH 4,5-6,5), bien drainé mais frais, riche en matière organique (humus forestier). L’espèce tolère les sols rocheux et les pentes. La pluviométrie est de 800 à 1400 mm par an, répartie uniformément. Les températures hivernales peuvent descendre à -25 à -30 °C (zones USDA 3-8).
La pollinisation est assurée par de petits insectes (mouches, moucherons) actifs à la fin de l’automne, lorsque la plupart des autres plantes ont cessé de fleurir. Cette stratégie de floraison tardive réduit la compétition pour les pollinisateurs.
H. virginiana est cultivé comme arbre ornemental dans les parcs et jardins d’Europe et d’Amérique du Nord, apprécié pour sa floraison automnale spectaculaire et sa coloration automnale dorée.
Écologie, durabilité et conservation
Hamamelis virginiana est une espèce commune et largement répandue dans les forêts de l’est de l’Amérique du Nord. Elle n’est pas menacée ni protégée (non inscrite sur les listes UICN ni CITES). Ses populations sont stables et l’exploitation pour la production d’eau d’hamamélis, bien que volumineuse (milliers de tonnes de rameaux récoltés annuellement, principalement dans le Connecticut, la Virginie et la Caroline du Nord), ne semble pas affecter la viabilité de l’espèce.
La récolte commerciale se fait par coupe des rameaux et des branches secondaires, ce qui stimule la repousse par rejets de souche (l’espèce rejette vigoureusement). Des rotations de coupe sur 5 à 10 ans permettent une exploitation durable. La culture en plantation est pratiquée à petite échelle mais reste marginale par rapport à la récolte en milieu naturel.
Écologiquement, H. virginiana est un composant important du sous-bois des forêts tempérées orientales. Sa floraison tardive (octobre-décembre) fournit du nectar et du pollen à une période où les sources florales sont rares, bénéficiant aux pollinisateurs tardifs. Ses fruits et ses graines sont consommés par les oiseaux (tétras, dindons sauvages) et les petits mammifères (écureuils).
III. PARTIES UTILISÉES
Deux organes constituent les drogues officinales :
Les feuilles (Hamamelidis folium) : la Pharmacopée européenne (Ph. Eur.) possède une monographie « Hamamélis (feuille d’) ». La drogue est constituée par les feuilles entières ou fragmentées, séchées, de H. virginiana. La feuille sèche est brun-verdâtre, coriace, à nervation pennée très marquée. L’odeur est faible et aromatique, la saveur astringente et légèrement amère. La Ph. Eur. exige une teneur minimale en tanins totaux de 3,0 % (exprimés en pyrogallol, méthode de Folin-Ciocalteu).
L’écorce (Hamamelidis cortex) : la Ph. Eur. possède également une monographie « Hamamélis (écorce d’) ». L’écorce de tronc et de branches est récoltée au printemps ou à l’automne. Elle est plus riche en tanins que les feuilles (8-12 % contre 3-8 %).
L’eau d’hamamélis (« Hamamelis water », « witch hazel ») : distillat aqueux obtenu par distillation à la vapeur d’eau des rameaux feuillés et/ou de l’écorce fraîche. Ce produit, très populaire aux États-Unis et au Royaume-Uni, est utilisé comme tonique astringent pour la peau. L’USP (United States Pharmacopeia) en définit les normes. Paradoxalement, l’eau d’hamamélis contient très peu de tanins (la plupart étant non volatils), mais renferme des composés volatils (aldéhydes, alcools terpéniques) et de l’alcool résiduel (14 % dans les formulations USP).
La récolte des feuilles se fait de préférence en été (juin-août), lorsque la teneur en tanins est maximale. L’écorce est récoltée sur des rameaux de 2 à 5 cm de diamètre. Le séchage est effectué à l’ombre ou en étuve (40-50 °C).
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La phytochimie de Hamamelis virginiana est dominée par les tanins, principalement des tanins hydrolysables de type gallique et ellagique.
Tanins hydrolysables (gallotanins et ellagitanins) : constituant 3-12 % de la feuille sèche et 8-15 % de l’écorce sèche.
Hamamélitanin (C₂₀H₂₀O₁₄, MM 484,36 g/mol) : 2′,5-digalloyl-D-hamamelose, un gallotanin original caractéristique de l’hamamélis. C’est un ester de l’acide gallique avec l’hamamélose (2-C-hydroxyméthyl-D-ribose), un sucre rare spécifique du genre Hamamelis. L’hamamélitanin est considéré comme le marqueur phytochimique de la drogue et un contributeur majeur à l’activité pharmacologique.
Acide gallique libre (C₇H₆O₅) : présent en quantité notable (0,5-2 %).
Gallotanins : esters polyglucosidiques de l’acide gallique (pentagalloylglucose et oligomères supérieurs).
Ellagitanins : composés issus de la dimérisation oxydative de groupes galloyle, dont la casuarictine, la pédunculagine et la tellimagrandine II.
Proanthocyanidines (tanins condensés) : oligomères de catéchine et d’épicatéchine, présents dans les feuilles et l’écorce, contribuant à l’activité antioxydante et veinotonique.
Flavonoïdes : quercétine, kaempférol, myricétine et leurs glycosides (quercitrine, isoquercitrine, astragaline, myricétine-3-O-galactoside). Teneur : 0,5-3 % de la feuille sèche.
Huile essentielle : présente en traces (0,01-0,5 %) dans les feuilles et l’écorce, contenant des alcools sesquiterpéniques, des aldéhydes (hexanal, 2-hexénal) et des esters. Ces composés volatils se retrouvent dans l’eau d’hamamélis par distillation.
Acides phénoliques : acide caféique, acide chlorogénique, acide p-coumarique.
Sucres spécifiques : hamamélose (2-C-hydroxyméthyl-D-ribose), libre et estérifié, caractéristique de l’espèce.
Le dosage des tanins totaux se fait par la méthode colorimétrique de Folin-Ciocalteu (Ph. Eur.) ou par HPLC pour le dosage individuel de l’hamamélitanin, de l’acide gallique et des flavonoïdes.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Les propriétés pharmacologiques de l’hamamélis sont principalement attribuées à sa fraction tannique et flavonoïdique.
Activité veinotonique et vasculoprotectrice : c’est la propriété la plus documentée et la plus exploitée cliniquement. Les tanins (hamamélitanin, proanthocyanidines) et les flavonoïdes renforcent la paroi veineuse et réduisent la perméabilité capillaire par plusieurs mécanismes : 1) liaison aux protéines de la matrice extracellulaire vasculaire (collagène, élastine), augmentant la rigidité et la résistance de la paroi ; 2) inhibition des métalloprotéinases matricielles (MMP-2, MMP-9) responsables de la dégradation du collagène et de l’élastine vasculaires ; 3) inhibition des enzymes protéolytiques endothéliales (élastase, hyaluronidase) ; 4) activité anti-radicalaire protégeant l’endothélium contre le stress oxydatif. L’effet veinotonique a été démontré in vitro sur des segments de veine saphène humaine (augmentation du tonus veineux, amélioration de la contractilité).
Activité astringente : les tanins précipitent les protéines de surface des muqueuses et de la peau, formant un film protecteur qui réduit la perméabilité, l’inflammation et les sécrétions. Cet effet astringent est utile dans les inflammations cutanées (eczéma suintant, dermatite), les hémorroïdes et les mucites.
Activité anti-inflammatoire : l’hamamélitanin et les proanthocyanidines inhibent la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β, IL-6, IL-8) dans les kératinocytes et les monocytes/macrophages activés. L’hamamélitanin inhibe l’activation de NF-κB et la voie MAPK. Les flavonoïdes (quercétine) inhibent la COX-2, la 5-LOX et la phospholipase A₂.
Activité antioxydante : les tanins et les flavonoïdes exercent une activité antioxydante puissante : piégeage des radicaux libres (O₂⁻, OH·, ROO·), inhibition de la peroxydation lipidique, chélation des ions métalliques (Fe²⁺, Cu²⁺). Cette activité protège les structures vasculaires et cutanées contre les dommages oxydatifs.
Activité hémostatique locale : les tanins favorisent l’hémostase locale en précipitant les protéines plasmatiques et en contractant les petits vaisseaux, d’où l’usage traditionnel dans les saignements mineurs, les épistaxis et les hémorroïdes saignantes.
Activité antimicrobienne : les tanins exercent une activité bactériostatique modérée contre Staphylococcus aureus, Streptococcus pyogenes, Escherichia coli et certains champignons (Candida albicans). L’activité antivirale contre le virus de l’herpès simplex de type 1 (HSV-1) a été démontrée in vitro (Erdelmeier et al., 1996, PMID 8693037). Les données concernant HSV-2 ne sont pas disponibles dans la littérature scientifique indexée. Theisen et al. (2014, PLoS ONE, PMID 24498245) ont également démontré une activité antivirale contre le virus influenza A et le papillomavirus humain (HPV).
VI. DONNÉES CLINIQUES
Hamamelis virginiana bénéficie d’un « usage traditionnel bien établi » selon l’EMA pour plusieurs indications, et de données cliniques de soutien pour certaines d’entre elles.
Insuffisance veineuse chronique et symptômes veineux : Korting et al. (1995) ont mené une étude contrôlée en double aveugle sur 72 patients atteints d’eczéma atopique modéré (randomisée, 14 jours), comparant une crème au distillat d’hamamélis à une crème véhicule et à une crème à base d’hydrocortisone 0,5 %. L’hydrocortisone s’est révélée supérieure à l’hamamélis pour la réduction du prurit, de l’érythème et de la desquamation, et la crème d’hamamélis n’a pas montré d’efficacité supérieure au véhicule seul. L’étude d’Erdelmeier et al. (1996, Planta Med) porte sur des activités antivirales et anti-inflammatoires in vitro et sur modèle animal (œdème à l’huile de croton chez la souris), non sur des patients. Korting et al. (1993) ont évalué l’activité anti-inflammatoire du distillat d’hamamélis en comparaison à l’hydrocortisone 1 % sur un érythème induit par irradiation UV et par stripping à la cellophane chez 24 sujets sains. Une activité anti-inflammatoire du distillat d’hamamélis en véhicule phosphatidylcholine a été observée à dose faible, mais l’hydrocortisone s’est révélée supérieure (PMID 8513841).
Hémorroïdes : l’application topique de préparations à base d’hamamélis (suppositoires, pommades, lingettes) est largement utilisée dans le traitement symptomatique des hémorroïdes. L’EMA reconnaît cet usage traditionnel. Des études ouvertes montrent une réduction significative du prurit, de la douleur, du saignement et de l’œdème péri-anal. Les données d’essais contrôlés restent cependant limitées.
Dermatite atopique et eczéma : Des données cliniques limitées (essais ouverts et quelques études contrôlées) suggèrent un bénéfice de l’hamamélis dans la dermatite atopique légère à modérée, mais aucun essai contrôlé de phase III publié et indexé ne permet de valider ces affirmations.
Coups de soleil : des études ont montré que l’application de lotion d’hamamélis après irradiation UV réduit l’érythème actinique de manière significative, avec un effet protecteur contre les dommages oxydatifs cutanés.
Soins post-partum : l’application de compresses d’eau d’hamamélis sur le périnée après l’accouchement est une pratique courante dans les pays anglo-saxons. Quelques études suggèrent un bénéfice sur la réduction de l’œdème et de la douleur périnéale, mais le niveau de preuve est faible.
Gingivite et stomatite : le bain de bouche à base d’extrait d’hamamélis a été évalué dans la gingivite et la stomatite avec des résultats favorables sur la réduction de l’inflammation et du saignement gingival.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Hamamélitanin | Tanin spécifique | Astringent, veinotonique, anti-inflammatoire |
| Ellagitanins (pédunculagine, tellimagrandine) | Tanins ellagiques | Astringents, antioxydants |
| Catéchine, épicatéchine | Flavanols | Veinotoniques, antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Usage externe (principal) :
Extrait fluide hydro-alcoolique de feuilles ou d’écorce : dilué à 5-10 % dans l’eau pour des compresses, des bains locaux ou des lavages. Application 2 à 3 fois par jour sur les zones concernées.
Eau d’hamamélis (distillat) : application directe sur la peau à l’aide de compresses ou de cotons. Peut être utilisée pure ou diluée. Très populaire comme tonique facial astringent et comme soin post-épilation.
Crèmes et gels : contenant 5 à 10 % d’extrait hydro-alcoolique de feuilles ou 2 à 5 % d’extrait d’écorce. Application 2 à 3 fois par jour.
Pommades et suppositoires (hémorroïdes) : contenant l’extrait d’écorce ou de feuilles. Application 2 à 3 fois par jour et après chaque selle pour les suppositoires.
Lingettes imprégnées : lingettes humides à l’eau d’hamamélis pour l’hygiène anale (hémorroïdes) ou le nettoyage du visage.
Usage interne (secondaire) :
Infusion de feuilles : 2 à 3 g de feuilles sèches dans 150 ml d’eau bouillante, infusion 10 minutes, 2 à 3 tasses par jour. Indiquée dans les troubles veineux légers (lourdeur des jambes).
Décoction d’écorce : 2 à 4 g dans 150 ml d’eau, décoction 10-15 minutes, 2 à 3 tasses par jour.
Extrait sec : gélules de 200 à 300 mg, 2 à 3 fois par jour. Standardisé à ≥ 4 % de tanins totaux.
Teinture-mère : 2 à 4 ml par jour.
IX. TOXICOLOGIE
L’hamamélis est considéré comme une drogue de très bonne innocuité, utilisée depuis des siècles en médecine populaire et depuis plus d’un siècle comme produit de soin courant.
La DL₅₀ orale chez le rat est très élevée (supérieure à 2 g/kg pour l’extrait sec). Les études de toxicité subchronique n’ont pas révélé de toxicité significative. Pas de génotoxicité (test d’Ames négatif, test du micronoyau négatif). Pas de cancérogénicité dans les études disponibles.
Effets indésirables : extrêmement rares par voie topique. Des dermatites de contact allergiques ont été rapportées exceptionnellement, généralement attribuées à d’autres composants de la formulation (conservateurs, parfums) plutôt qu’à l’hamamélis lui-même. Par voie orale, des troubles digestifs (nausées, constipation) peuvent survenir à doses élevées en raison de la teneur en tanins.
Précaution avec l’eau d’hamamélis (USP) : la formulation américaine traditionnelle contient 14 % d’alcool (éthanol), ce qui peut provoquer une irritation sur les peaux très sensibles ou lésées. Des formulations sans alcool sont disponibles.
Contre-indications : hypersensibilité connue à l’hamamélis. Par voie orale : grossesse et allaitement (données insuffisantes), bien que l’usage topique soit considéré comme sûr. L’usage topique pendant la grossesse et l’allaitement est accepté.
Interactions : les tanins peuvent réduire l’absorption intestinale de médicaments co-administrés (fer, alcaloïdes, aminosides). Prendre l’hamamélis à distance des autres médicaments par voie orale (intervalle de 2 heures).
X. USAGES HISTORIQUES
L’hamamélis était l’une des plantes médicinales les plus importantes des peuples amérindiens de l’est de l’Amérique du Nord. Les Iroquois, les Cherokees, les Mohegans, les Potawatomis et d’autres nations utilisaient les feuilles, l’écorce et les rameaux à des fins multiples.
La décoction d’écorce était appliquée en compresses sur les plaies, les contusions, les entorses, les tumeurs et les inflammations oculaires. Par voie interne, elle était prescrite contre les hémorragies (utérines, pulmonaires, intestinales), les diarrhées, les rhumes et les fièvres. Les Cherokees utilisaient la décoction de feuilles en bain de bouche pour les aphtes et les inflammations gingivales.
Les rameaux souples d’hamamélis étaient — et sont encore — utilisés comme baguettes de sourcier (dowsing, water witching) pour la recherche de sources d’eau souterraines. Cette pratique, répandue dans toute l’Amérique rurale, explique le nom vernaculaire « witch hazel » (noisetier de la sorcière/du sourcier).
Les premiers colons européens adoptèrent rapidement les usages amérindiens. Au XIXe siècle, l’Américain Theron T. Pond développa un distillat commercial d’hamamélis (« Pond’s Extract ») qui devint l’un des remèdes domestiques les plus populaires des États-Unis, utilisé pour les coupures, les brûlures, les piqûres d’insectes, les irritations cutanées et les « varices ». L’eau d’hamamélis (witch hazel) resta par la suite un incontournable des armoires à pharmacie américaines.
L’hamamélis fut introduit en Europe au XVIIIe siècle comme plante ornementale, puis intégré dans les pharmacopées européennes au XIXe siècle. La Pharmacopée française l’inscrivit dès 1884.
Confusions et falsifications
La confusion la plus fréquente concerne les différentes espèces du genre Hamamelis. Les hamamélis ornementaux asiatiques (H. mollis, H. japonica, H. × intermedia) sont très répandus dans les jardins européens et pourraient théoriquement être utilisés en substitution. Leur composition chimique est globalement similaire (tanins, flavonoïdes) mais pas identique, et ils ne font pas l’objet de monographies pharmacopéiques. Seul H. virginiana est officinal dans la Pharmacopée européenne.
Hamamelis vernalis Sarg., espèce nord-américaine à floraison printanière (janvier-mars), est parfois confondu avec H. virginiana, mais ses feuilles sont plus petites et son aire de répartition est plus restreinte (centre-sud des États-Unis).
Au niveau des produits commerciaux, l’eau d’hamamélis (witch hazel water) peut être préparée à partir de différentes parties de la plante (rameaux feuillés, écorce, ou un mélange des deux), avec des compositions chimiques variables. La standardisation est un enjeu pour les produits cosmétiques et phytothérapeutiques.
La falsification par des tanins d’autres sources (chêne, quebracho, sumac) dans les extraits est théoriquement possible mais rarement documentée. L’identification de l’hamamélitanin (tanin spécifique du genre) par HPLC permet de vérifier l’authenticité.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Hamamelis virginiana est une plante médicinale vénérable, dont l’usage remonte aux traditions amérindiennes et qui reste l’un des produits de soin naturel les plus utilisés au monde. Son profil pharmacologique, centré sur les tanins (en particulier l’hamamélitanin) et les flavonoïdes, est remarquablement adapté aux affections vasculaires et cutanées : veinotonique, astringent, anti-inflammatoire, antioxydant et hémostatique.
Les perspectives de recherche incluent l’évaluation clinique rigoureuse dans l’insuffisance veineuse chronique (essais randomisés contrôlés de grande taille), l’optimisation des formulations topiques (nanoencapsulation, liposomes), l’exploration du potentiel antiviral (HSV, HPV) et la caractérisation fine de la relation structure-activité des différents tanins. La durabilité de l’approvisionnement, fondée sur une espèce commune et une exploitation bien gérée, constitue un atout majeur pour l’avenir de cette drogue.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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Monographie de la Commission E du BfArM : Hamamelis virginiana — feuille, écorce et eau. Bundesanzeiger, 1990.
Theisen L.L., Erdelmeier C.A., Spoden G.A. et al. Tannins from Hamamelis virginiana bark extract: characterization and improvement of the antiviral efficacy against influenza A virus and human papillomavirus. PLoS ONE, 2014, 9(1) : e88062.
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Veinotonique
- ★★★☆☆ Astringent
- ★★★☆☆ Anti-hémorroïdaire
- ★★☆☆☆ Hémostatique local