
Ganoderma lucidum (Curtis) P. Karst. — Reishi (Lingzhi)
Le Ganoderma lucidum, connu sous le nom de reishi au Japon et de lingzhi en Chine, est un champignon basidiomycète de la famille des Ganodermatacées, considéré depuis plus de deux millénaires comme le « champignon de l’immortalité » dans les traditions médicales d’Extrême-Orient. Pilier de la pharmacopée chinoise traditionnelle, le reishi est aujourd’hui l’un des champignons médicinaux les plus étudiés au monde, avec plus de 5 000 publications scientifiques à son actif. Sa richesse exceptionnelle en triterpènes (acides ganodériques) et en polysaccharides (bêta-glucanes) lui confère un profil pharmacologique remarquablement diversifié, allant de l’immunomodulation à l’activité anticancéreuse, en passant par les effets hépatoprotecteurs, anti-inflammatoires et adaptogènes. La présente monographie constitue une synthèse rigoureuse des connaissances actuelles sur ce mycète d’exception.
I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE
Règne : Fungi
Division : Basidiomycota
Classe : Agaricomycetes
Ordre : Polyporales
Famille : Ganodermataceae
Genre : Ganoderma P. Karst.
Espèce : Ganoderma lucidum (Curtis) P. Karst. (1881)
La taxonomie du genre Ganoderma est complexe et fait l’objet de révisions régulières. Le genre comprend environ 80 espèces cosmopolites, dont la délimitation est difficile en raison de la variabilité morphologique et de l’insuffisance des critères morphologiques classiques. Les études moléculaires récentes (basées sur les séquences ITS et LSU de l’ADN ribosomique) ont révélé que ce qui était commercialisé sous le nom de G. lucidum correspondait en réalité à un complexe d’espèces, le « G. lucidum species complex ». L’espèce européenne type correspond à Ganoderma lucidum sensu stricto, tandis que la plupart des souches asiatiques cultivées et utilisées en médecine traditionnelle appartiennent à Ganoderma lingzhi Sheng H. Wu, Y. Cao & Y.C. Dai (2012). Cette distinction taxonomique a des implications potentielles pour la standardisation des produits.
Le nom générique Ganoderma dérive du grec ganos (éclat, brillance) et derma (peau), en référence à la surface laquée caractéristique du chapeau. L’épithète lucidum (du latin « brillant ») renforce cette référence. Les noms vernaculaires incluent : lingzhi (chinois, « champignon de l’esprit »), reishi ou mannentake (japonais, « champignon des dix mille ans »), yeongji (coréen).
II. DESCRIPTION BOTANIQUE
Ganoderma lucidum s.l. est un champignon lignicole, saprophyte ou faiblement parasite, formant un carpophore (sporocarpe) annuel ou pérenne de grande taille.
Chapeau (piléus) : Le chapeau est d’abord arrondi à réniforme, puis s’étale avec l’âge, atteignant 5 à 30 cm (parfois 50 cm) de diamètre et 1 à 3 cm d’épaisseur. La surface supérieure est la caractéristique la plus distinctive : elle est recouverte d’une croûte laquée, brillante, dure et cassante, présentant des zones concentriques de couleur allant du blanc jaunâtre (au bord de croissance active) au brun rougeâtre puis au brun foncé presque noir (au centre, zone la plus ancienne). Cette croûte est constituée de cellules terminales renflées en massue, dont les parois épaisses et mélanisées sont responsables de l’aspect vernissé. La marge est souvent plus claire, blanche à jaunâtre, épaissie.
Face inférieure (hyménophore) : La face inférieure est constituée de tubes (pores), de couleur blanche à crème, devenant brunâtre au toucher ou avec l’âge. Les pores sont ronds, très fins (4 à 5 par millimètre), les tubes de 0,5 à 2 cm de profondeur. L’hyménium tapisse l’intérieur des tubes et produit les basidiospores.
Stipe (pied) : Le stipe est présent ou absent selon les conditions de croissance. Lorsqu’il est développé, il est latéral à excentrique (rarement central), cylindrique, de 5 à 25 cm de longueur et 1 à 3 cm de diamètre, recouvert de la même croûte laquée que le chapeau, de couleur brun rougeâtre foncé.
Chair (contexte) : La chair est coriace à ligneuse, non charnue, de couleur blanc crème à brun clair, constituée de hyphes générative, squelettiques et connectives (système hyphal trimitique). Elle est filandreuse, sans odeur notable et de saveur extrêmement amère (due aux triterpènes), ce qui rend le champignon inconsommable comme aliment.
Spores (basidiospores) : Les spores sont ellipsoïdes à ovoïdes, tronquées à l’apex, de 8 à 13 × 5 à 8 micromètres, à paroi double (l’exospore lisse, l’endospore ornementée de verrues ou de piliers), brun jaunâtre. Elles sont produites en quantités énormes lors de la sporulation (un sporocarpe mature peut libérer plusieurs milliards de spores). La poudre de spores est collectée industriellement et commercialisée comme produit de santé.
Mycélium : Le mycélium végétatif est blanc, cotonneux, se développant dans le substrat ligneux. Il est capable de dégrader la lignine et la cellulose par sécrétion d’enzymes lignocellulolytiques (laccases, manganèse peroxydases).
Écologie et répartition géographique
Ganoderma lucidum s.l. présente une distribution cosmopolite, se rencontrant dans les zones tempérées et subtropicales des deux hémisphères. Les espèces du complexe sont présentes en Europe, en Amérique du Nord, en Asie de l’Est, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Australie.
Dans la nature, le reishi est un saprophyte du bois mort ou un parasite de faiblesse des feuillus, en particulier des chênes (Quercus spp.), des érables (Acer spp.), des ormes (Ulmus spp.) et des hêtres (Fagus spp.) en zone tempérée, et de divers feuillus tropicaux en zone chaude. Il colonise les souches, les troncs abattus et occasionnellement les arbres vivants affaiblis, provoquant une pourriture blanche du bois (dégradation de la lignine). Le reishi est un champignon plutôt rare à l’état sauvage, ce qui a contribué à son statut précieux dans les cultures d’Extrême-Orient.
La culture du reishi, développée au Japon dans les années 1970 par Shigeaki Mori, puis en Chine à grande échelle à partir des années 1980, est aujourd’hui une industrie majeure. La production mondiale annuelle dépasse 100 000 tonnes de carpophores secs. La culture se fait principalement sur substrat de sciure de bois de feuillus (chêne, hêtre) enrichie en son de céréales, en conditions contrôlées de température (25-30 °C), d’humidité (85-95 %) et de lumière. Le cycle de production complet dure 3 à 6 mois.
Conservation et écologie de l’espèce
Ganoderma lucidum s.l. n’est pas une espèce menacée à l’échelle mondiale, mais les populations sauvages sont devenues rares dans de nombreuses régions en raison de la surrécolte historique et de la destruction des habitats forestiers. La grande majorité du reishi commercialisé provient de la culture contrôlée, ce qui allège considérablement la pression sur les populations naturelles.
Écologiquement, les espèces du genre Ganoderma jouent un rôle important dans les écosystèmes forestiers en tant que décomposeurs du bois, contribuant au recyclage des nutriments et à la formation d’humus. Certaines espèces (G. applanatum, G. australe) sont des pathogènes racinaires significatifs de certaines essences forestières et ornementales.
III. PARTIES UTILISÉES
Plusieurs parties du champignon sont utilisées en thérapeutique :
Carpophore (sporocarpe) entier : C’est la forme traditionnelle, utilisée depuis l’Antiquité en décoction. Le carpophore est séché, coupé en tranches fines, puis bouilli longuement (1 à 2 heures) pour extraire les principes actifs. La drogue sèche est dure, ligneuse, de couleur brun rougeâtre, à croûte laquée brillante, d’odeur faible et de saveur très amère.
Extraits de carpophore : Des extraits aqueux (riches en polysaccharides) et des extraits hydroalcooliques ou éthanoliques (riches en triterpènes) sont produits industriellement et standardisés.
Mycélium cultivé : Le mycélium cultivé en milieu liquide (fermentation submergée) ou sur substrat solide (riz, céréales) est utilisé comme alternative au carpophore. Sa composition diffère de celle du carpophore, avec des concentrations généralement plus faibles en triterpènes et plus élevées en polysaccharides intracellulaires.
Spores et spores craquées : Les spores, récoltées à maturité, sont très riches en triterpènes mais leur paroi extrêmement résistante rend les principes actifs peu biodisponibles. Le craquage mécanique (par broyage à billes ou traitement supercritique au CO2) améliore la biodisponibilité des composés lipophiles.
La distinction entre ces différentes formes est essentielle pour l’évaluation des études pharmacologiques et cliniques, car les profils en principes actifs varient considérablement.
IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE
La composition chimique du reishi est exceptionnellement riche et complexe, avec plus de 400 composés bioactifs identifiés :
Triterpènes : Le reishi est le champignon le plus riche en triterpènes connus, avec plus de 150 triterpènes tétracycliques identifiés, principalement des acides ganodériques (type lanostane). Les acides ganodériques A, B, C, D, F, G, H, I, J, K, MA, ME, MF, S, T, U, V, W, X, Y et Z sont les mieux caractérisés. Leur teneur dans le carpophore varie de 1 à 5 % selon la souche, les conditions de culture et le stade de maturité. D’autres triterpènes incluent les lucidénols, les ganodériols, les ganodermalactones et la ganodermanondiol. Ces composés sont responsables de la saveur amère caractéristique et de nombreuses activités pharmacologiques (anti-inflammatoire, anticancéreuse, hépatoprotectrice, hypolipémiante).
Polysaccharides : Les polysaccharides du reishi représentent 10 à 50 % de la masse sèche selon la partie utilisée. Les plus actifs sont les bêta-D-glucanes, en particulier les bêta-(1→3)-D-glucanes avec des ramifications bêta-(1→6). Le GL-1 (ou GLP, Ganoderma lucidum polysaccharide) est un hétéroglucane de haute masse moléculaire (> 100 kDa) constitué de glucose, galactose, mannose et fucose. Des protéoglycanes (complexes polysaccharide-protéine) ont également été isolés, dont le GLPS (peptidoglycane). Ces polysaccharides sont les principaux responsables de l’activité immunomodulatrice.
Peptides et protéines : La LZ-8 (Ling Zhi-8) est une protéine immunomodulatrice de 12,4 kDa, appartenant à la famille des lectines fongiques, qui possède une activité immunosuppressive et anti-allergique remarquable. Des protéases et des lectines ont également été caractérisées.
Stérols : L’ergostérol (provitamine D2) est le stérol majoritaire, accompagné de ses dérivés (ergosta-7,22-diénol, ergostérol peroxyde).
Acides gras : Des acides gras à longue chaîne, principalement insaturés (acide oléique, acide linoléique), sont présents en quantités modérées.
Nucléosides et nucléotides : L’adénosine et ses analogues sont présents et contribuent aux effets anti-agrégants plaquettaires et cardiovasculaires.
Minéraux : Le reishi concentre le germanium organique à des niveaux élevés (jusqu’à 800 ppm), ainsi que le sélénium, le zinc, le fer et le calcium.
V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES
Le profil pharmacologique du reishi est l’un des plus riches et des plus documentés parmi les champignons médicinaux :
Immunomodulation : C’est l’activité la mieux documentée. Les bêta-glucanes du reishi stimulent l’immunité innée par activation des macrophages, des cellules dendritiques et des cellules NK (Natural Killer), via les récepteurs Dectin-1, TLR-2 et complement receptor 3 (CR3). Ils augmentent la production de cytokines Th1 (IL-2, IL-12, IFN-gamma, TNF-alpha) et favorisent la maturation des cellules dendritiques, stimulant ainsi l’immunité antitumorale. Paradoxalement, la protéine LZ-8 et certains triterpènes exercent des effets immunosuppresseurs ou immunomodulateurs, inhibant la libération d’histamine par les mastocytes et réduisant la production d’IgE, ce qui confère au reishi un profil adaptogène immunitaire plutôt que simplement immunostimulant.
Activité anticancéreuse : De très nombreuses études in vitro et in vivo ont démontré des activités anticancéreuses par de multiples mécanismes : inhibition de la prolifération cellulaire (arrêt du cycle cellulaire en G0/G1 ou G2/M), induction de l’apoptose (activation des caspases-3, -8 et -9), inhibition de l’angiogenèse tumorale (réduction du VEGF), inhibition de l’invasion et des métastases (réduction des métalloprotéases MMP-2 et MMP-9), et potentialisation de l’immunité antitumorale. Les acides ganodériques et les polysaccharides agissent de manière synergique. Des effets ont été démontrés sur des lignées cellulaires de cancer du sein, du poumon, de la prostate, du foie, du côlon et des leucémies.
Activité hépatoprotectrice : Les triterpènes du reishi exercent un effet hépatoprotecteur sur des modèles d’hépatotoxicité induite par le tétrachlorure de carbone, le D-galactosamine et le paracétamol. Les mécanismes incluent l’activité antioxydante, l’inhibition de la fibrose hépatique et la régénération hépatocytaire.
Activité cardiovasculaire : L’adénosine et les triterpènes inhibent l’agrégation plaquettaire et exercent un effet hypotenseur par inhibition de l’enzyme de conversion de l’angiotensine. Les polysaccharides exercent un effet hypoglycémiant par augmentation de la sécrétion d’insuline et amélioration de la sensibilité à l’insuline.
Activité adaptogène et neuromodulatrice : Les extraits de reishi améliorent la résistance au stress (stress d’immobilisation, nage forcée) chez le rongeur, réduisent la fatigue et améliorent la qualité du sommeil. Un effet anxiolytique et antidépresseur modéré a été documenté, possiblement médié par la modulation du système GABAergique et sérotoninergique.
VI. DONNÉES CLINIQUES
Les données cliniques sur le reishi sont en expansion mais présentent encore des limitations méthodologiques :
Cancer – adjuvant : Une revue Cochrane (Jin et al., 2016) portant sur 5 essais randomisés contrôlés (373 patients) a évalué le reishi comme adjuvant à la chimiothérapie ou à la radiothérapie conventionnelles. Les résultats montrent que les patients recevant du reishi en plus du traitement conventionnel avaient une probabilité plus élevée de répondre au traitement (RR 1,50 ; IC 95 % : 0,90-2,51 — résultat non statistiquement significatif car l’intervalle inclut 1) et des taux de lymphocytes T CD3, CD4 et CD8 significativement plus élevés, avec une élévation seulement marginale de l’activité NK, par rapport aux patients sous traitement conventionnel seul. Bien que les résultats soient prometteurs, les auteurs soulignent que la qualité des preuves est insuffisante pour recommander le reishi comme traitement anticancéreux de première ligne.
Immunomodulation : Un essai contrôlé (Wachtel-Galor et al., 2004, British Journal of Nutrition, 91(2)) chez des sujets sains recevant un extrait de reishi pendant 4 semaines a montré des modifications de biomarqueurs variés (statut antioxydant, marqueurs du risque coronarien, dommages à l’ADN, paramètres immunitaires et inflammatoires), mais sans tendance claire d’immunostimulation ou d’immunosuppression, suggérant plutôt un effet immunomodulateur adaptif.
Diabète de type 2 : Gao et al. (2004, International Journal of Medicinal Mushrooms, 6(1):33-40) ont rapporté, dans un essai randomisé portant sur 71 patients diabétiques de type 2, une réduction significative de la glycémie à jeun et de l’HbA1c après 12 semaines de traitement par des polysaccharides de reishi (1 800 mg/jour).
Fatigue et qualité de vie : Tang et al. (2005, Journal of Medicinal Food) ont montré, dans un essai randomisé en double aveugle portant sur 48 patients atteints de neurasthénie, une amélioration significative des scores de fatigue et de bien-être après 8 semaines de traitement par un extrait de polysaccharides de reishi.
Hypertension et dyslipidémie : Quelques études ouvertes ont rapporté des réductions modestes de la pression artérielle et du cholestérol total, mais les preuves restent insuffisantes pour des conclusions définitives.
VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS
| Composé | Classe | Action principale |
|---|---|---|
| Acides ganodériques | Triterpènes | Hépatoprotecteurs, anti-inflammatoires |
| β-D-glucanes | Polysaccharides | Immunomodulateurs |
| Ganodermanondiol, lucidénols | Triterpènes | Antioxydants |
VIII. FORMES GALÉNIQUES
Décoction traditionnelle : 3 à 10 g de carpophore séché en tranches, dans 500 à 1 000 ml d’eau, porter à ébullition puis laisser frémir 1 à 2 heures. Boire en 2 à 3 prises dans la journée. La longue décoction est nécessaire pour extraire les polysaccharides et les triterpènes de la chair ligneuse.
Extrait sec aqueux : Standardisé à 10-50 % de polysaccharides et 2-8 % de triterpènes. Posologie : 500 à 1 500 mg par jour.
Extrait dual (hydro-éthanolique) : Combine extraction aqueuse (polysaccharides) et extraction alcoolique (triterpènes). C’est la forme la plus complète. Posologie : 500 à 1 000 mg par jour.
Poudre de spores craquées : 1 à 3 g par jour, riche en triterpènes et en lipides.
Poudre de mycélium : 1 à 3 g par jour. Teneur en triterpènes généralement plus faible que le carpophore.
Teinture : Au 1/5 dans l’éthanol à 30-40 %, 2 à 4 ml par jour.
La cure habituelle est de 2 à 3 mois, avec des pauses de 2 à 4 semaines.
IX. TOXICOLOGIE
Toxicité aiguë : La DL50 par voie orale des extraits de reishi chez le rongeur dépasse 5 g/kg, classant le champignon dans la catégorie de très faible toxicité aiguë.
Toxicité chronique : Des études de toxicité à 90 jours chez le rat à des doses élevées (5 g/kg/jour de poudre de spores) n’ont pas révélé de toxicité significative.
Effets indésirables : Généralement rares et bénins : sécheresse buccale, troubles digestifs (nausées, diarrhée), éruptions cutanées (prurit), céphalées et vertiges. Des cas isolés d’hépatotoxicité ont été rapportés avec des poudres de reishi (Wanmuang et al., 2007), mais le lien causal reste incertain (contamination possible).
Interactions médicamenteuses : Potentialisation possible des antiagrégants plaquettaires et des anticoagulants (risque hémorragique accru). Les effets immunomodulateurs pourraient interférer avec les immunosuppresseurs chez les patients transplantés. L’effet hypoglycémiant peut s’additionner à celui des antidiabétiques oraux.
Contre-indications : Grossesse et allaitement (données insuffisantes), troubles de la coagulation, période préopératoire (arrêt 2 semaines avant une chirurgie), transplantation d’organe sous immunosuppresseurs.
X. USAGES HISTORIQUES
Le reishi occupe une place absolument unique dans la culture et la médecine traditionnelle d’Extrême-Orient :
Médecine traditionnelle chinoise : Le lingzhi est mentionné dans le Shennong Bencao Jing (premier siècle avant notre ère) comme l’une des substances médicinales supérieures (shangpin), celles qui « nourrissent la vie » sans toxicité et peuvent être prises indéfiniment. Six variétés sont décrites, chacune associée à un organe et une couleur selon la théorie des cinq éléments : le lingzhi rouge (chi zhi, le plus utilisé, correspondant au cœur et au feu), le lingzhi noir (hei zhi, rein, eau), le lingzhi bleu/vert (qing zhi, foie, bois), le lingzhi blanc (bai zhi, poumon, métal), le lingzhi jaune (huang zhi, rate, terre) et le lingzhi violet (zi zhi). Les indications traditionnelles incluent la tonification du Qi, le calme de l’esprit (Shen), le traitement de la fatigue chronique, de l’insomnie, de la toux et de l’asthme, le soutien de la fonction hépatique et la promotion de la longévité.
Symbolisme culturel : Le lingzhi est un symbole de longévité, de bonne fortune et de puissance spirituelle dans la culture chinoise. Il apparaît fréquemment dans l’art, la littérature, l’architecture et la décoration (broderies, sculptures, peintures). Le motif du lingzhi (ruyi) est l’un des motifs décoratifs les plus courants dans l’art chinois classique. Les taoïstes le considéraient comme un élixir d’immortalité, et les chamans l’utilisaient pour faciliter la méditation et l’éveil spirituel.
Japon : Le reishi (mannentake) est utilisé depuis des siècles dans la médecine populaire japonaise comme tonique et adaptogène. La mycologie japonaise a joué un rôle pionnier dans la mise en culture du reishi dans les années 1970.
Confusions et adultérations
La confusion la plus significative concerne la distinction entre les espèces du « G. lucidum species complex » : G. lucidum sensu stricto (européen), G. lingzhi (asiatique), G. tsugae (associé aux conifères en Amérique du Nord), G. oregonense et G. resinaceum. Ces espèces partagent une morphologie similaire mais diffèrent dans leur composition chimique. Le consommateur et même le professionnel de santé ne peuvent pas différencier ces espèces sur la base de la morphologie des produits séchés ou des poudres.
L’adultération des produits commerciaux est un problème documenté : substitution par d’autres espèces de Ganoderma moins coûteuses, dilution par de l’amidon ou des excipients, utilisation de mycélium sur grain (dont une proportion significative est constituée de résidus de substrat céréalier non digéré, faussant les dosages de polysaccharides). La vérification par analyse ADN (code-barres moléculaire ITS), par HPLC des triterpènes et par dosage des bêta-glucanes spécifiques (par opposition aux glucanes totaux incluant l’amidon) est essentielle.
XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE
Le reishi est un champignon médicinal d’exception, dont la richesse phytochimique et pharmacologique justifie pleinement l’intérêt millénaire qu’il suscite dans les traditions médicales asiatiques. Les données précliniques sont abondantes et cohérentes, démontrant des activités immunomodulatrices, anticancéreuses, hépatoprotectrices, cardiovasculaires et adaptogènes. Les données cliniques, bien que prometteuses (en particulier comme adjuvant en oncologie et dans la modulation immunitaire), restent insuffisantes pour des recommandations fermes et nécessitent des essais de plus grande envergure et de meilleure qualité méthodologique.
L’un des défis majeurs pour l’avenir est la standardisation des produits. La confusion taxonomique au sein du « G. lucidum species complex », la diversité des formes galéniques (carpophore, mycélium, spores, extraits divers) et la variabilité de la composition chimique selon les souches et les conditions de culture rendent les comparaisons entre études difficiles. L’adoption de standards analytiques rigoureux (dosage des bêta-glucanes par méthode enzymatique spécifique, profil HPLC des acides ganodériques, identification moléculaire des souches) est indispensable.
Le reishi peut être considéré comme un complément alimentaire de qualité dans une approche de soutien immunitaire, d’accompagnement du stress chronique et de la fatigue, et comme adjuvant en oncologie intégrative, sous réserve d’un suivi médical approprié et de l’utilisation de produits de qualité contrôlée.
XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE
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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION
- ★★★★☆ Immunomodulateur
- ★★★☆☆ Adaptogène
- ★★☆☆☆ Hépatoprotecteur
- ★★☆☆☆ Antioxydant