TULSI

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Le tulsi, Ocimum tenuiflorum L. (syn. Ocimum sanctum L.), communément appelé basilic sacré, occupe une place singulière au confluent de la spiritualité hindoue et de la médecine ayurvédique. Vénéré en Inde depuis plus de cinq mille ans comme incarnation de la déesse Lakshmi, il est cultivé dans la cour de millions de foyers indiens et figure parmi les plantes les plus prescrites en Ayurveda, où il est considéré comme un « élixir de vie » (rasayana) capable de promouvoir la longévité et le bien-être global. Au-delà de cette dimension culturelle, le tulsi a suscité un intérêt scientifique croissant en tant qu’adaptogène puissant, riche en composés phénoliques et terpéniques bioactifs.

Les recherches pharmacologiques contemporaines ont révélé un spectre d’activités biologiques remarquablement large : anti-inflammatoire, antioxydant, immunomodulateur, antidiabétique, hépatoprotecteur, cardioprotecteur et neuroprotecteur. L’eugénol, phénylpropanoïde dominant du phytocomplexe, et l’acide rosmarinique, ester diphénolique aux puissantes propriétés antioxydantes, constituent les principes actifs les mieux caractérisés. Cette monographie propose une analyse systématique de la pharmacognosie du tulsi à la lumière des données scientifiques actuelles.


I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Ocimum tenuiflorum L. appartient à la famille des Lamiaceae (Lamiacées, ex-Labiées), ordre des Lamiales, clade des Astéridées (APG IV). Le genre Ocimum L. comprend environ 65 espèces pantropicales. L’espèce a été décrite par Linné en 1753 dans le Species Plantarum, simultanément sous les binômes O. tenuiflorum et O. sanctum. Le principe de priorité retient O. tenuiflorum comme nom valide, bien que O. sanctum L. reste très largement utilisé dans la littérature pharmacologique.

Trois principaux chémotypes sont reconnus, définis par la composition de leur huile essentielle : le chémotype à eugénol (majoritaire en Inde), le chémotype à méthyleugénol et le chémotype à méthylchavicol (estragol). Cette variation chémotypique a des implications pharmacologiques et toxicologiques majeures.

Deux variétés botaniques principales sont distinguées en Inde : la variété Krishna tulsi (= O. tenuiflorum var. purpurascens), à feuilles et tiges pourpres, et la variété Rama tulsi (= O. tenuiflorum var. tenuiflorum), à feuilles vertes. Une troisième forme, Vana tulsi (O. gratissimum L.), est une espèce distincte mais souvent commercialisée sous le nom de tulsi.

Le nom Ocimum dérive du grec okimon (basilic), lui-même du verbe ozein (sentir, odorer). L’épithète tenuiflorum signifie « à fleurs fines ». Le nom sanctum (sacré) reflète la vénération hindoue. Les noms vernaculaires incluent : tulsi ou tulasi (hindi, sanskrit : तुलसी), holy basil (anglais), basilic sacré (français), kraphao (กะเพรา, thaï — utilisé dans la cuisine thaïlandaise).


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

A. Port général

Ocimum tenuiflorum est un sous-arbrisseau vivace de 30 à 75 cm de hauteur, à port dressé, très ramifié, formant un buisson aromatique touffu. Les tiges, quadrangulaires (section carrée caractéristique des Lamiaceae), sont ligneuses à la base, herbacées au sommet, pubescentes à velues, souvent teintées de pourpre (variété Krishna). L’ensemble de la plante dégage un arôme puissant, épicé et chaud, rappelant le clou de girofle (eugénol).

B. Appareil végétatif

Le système racinaire est fasciculé, relativement superficiel, comprenant une racine principale courte et de nombreuses racines latérales. Les tiges portent des poils glanduleux capitulés et des poils tecteurs simples.

Les feuilles sont opposées-décussées, simples, ovales à elliptiques, de 2 à 5 cm de longueur et de 1 à 3 cm de largeur. Le limbe est à marge dentée à serratulée, à surface légèrement gaufrée, parsemée de glandes sécrétrices d’huile essentielle visibles à la loupe. La face adaxiale est vert sombre (variété Rama) ou vert-pourpre (variété Krishna), pubescente. Le pétiole est de 1 à 2,5 cm, pubescent. Les feuilles froissées libèrent instantanément un arôme intense d’eugénol.

C. Appareil reproducteur

L’inflorescence est un épi verticillé terminal, de 5 à 15 cm, composé de verticilles de 6 à 8 fleurs disposées à l’aisselle de bractées ovales-acuminées, souvent pourpres. Les fleurs sont petites (4-5 mm), bilabiées, à corolle blanc rosé à pourpre pâle. Le calice est bilabié, persistant, à lèvre supérieure orbiculaire et lèvre inférieure à 4 dents. Les 4 étamines (2 longues et 2 courtes) sont didynames. L’ovaire supère, à 4 loges, est surmonté d’un style bifide.

Le fruit est un tétrakène, composé de 4 nucules subglobuleux de 1 à 1,5 mm, brun foncé, légèrement mucilagineux au contact de l’eau. Les graines produisent un mucilage riche en polysaccharides lorsqu’elles sont immergées, propriété partagée avec d’autres basilics (graines de O. basilicum, utilisées dans la boisson thaïe nam manglak). La pollinisation est principalement entomophile (abeilles, papillons).

D. Phénologie

En conditions tropicales, la floraison est quasi continue, avec un pic pendant la saison des pluies (juillet-septembre en Inde). Sous climat tempéré, la plante est cultivée comme annuelle, semée au printemps, fleurissant en été et sénescent aux premiers froids. Le cycle végétatif complet, de la germination à la fructification, est de 3 à 4 mois. La plante supporte des tailles répétées et régénère vigoureusement, permettant 3 à 4 coupes annuelles de feuilles.

E. Habitat naturel

O. tenuiflorum est une espèce d’origine tropicale, vraisemblablement originaire du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est. Son habitat naturel exact est difficile à déterminer, la plante étant cultivée et naturalisée depuis des millénaires dans toute la zone intertropicale. Elle préfère les sols bien drainés, fertiles, à pH neutre à légèrement acide, les situations ensoleillées et les températures de 20 à 35 °C. Elle ne tolère pas le gel.

F. Distribution géographique

La plante est cultivée dans toute l’Inde, le Népal, le Sri Lanka, le Bangladesh, la Birmanie, la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines. Elle est naturalisée en Afrique tropicale, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. En Europe et en Amérique du Nord, elle est cultivée comme plante ornementale et aromatique annuelle. La production commerciale de feuilles pour l’industrie phytothérapeutique est principalement indienne.

G. Associations végétales

En culture traditionnelle indienne, le tulsi est planté dans un pot surélevé (tulsi vrindavan) au centre de la cour de la maison, associé à la vie domestique et spirituelle plutôt qu’à une phytocénose naturelle. En contexte de culture commerciale, il est associé en rotation avec d’autres Lamiaceae aromatiques (Mentha arvensis, Cymbopogon citratus) et des légumineuses.


III. PARTIES UTILISÉES

Les feuilles et les sommités fleuries constituent les parties médicinales principales. Les feuilles sont récoltées juste avant ou au début de la floraison, lorsque leur teneur en huile essentielle et en acide rosmarinique est maximale. Le séchage est réalisé à l’ombre ou à basse température (35-40 °C) pour préserver les composés volatils.

Les graines sont utilisées en médecine populaire indienne comme émollient (mucilage) et dans les boissons rafraîchissantes (équivalent des graines de O. basilicum dans les boissons asiatiques).

La plante entière (parties aériennes avec tiges) est utilisée dans certaines préparations ayurvédiques traditionnelles.

L’huile essentielle, obtenue par hydrodistillation des feuilles et sommités fleuries (rendement : 0,2-0,8 %), est utilisée en aromathérapie et dans l’industrie cosmétique.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le phytocomplexe du tulsi est remarquablement diversifié, associant des composés phénoliques, des terpènes et des polysaccharides.

Huile essentielle — L’huile essentielle (0,2-0,8 % des feuilles fraîches) est dominée par l’eugénol (40-70 % selon le chémotype), phénylpropanoïde responsable de l’arôme caractéristique de clou de girofle. Les autres constituants majeurs varient selon le chémotype : méthyleugénol (0-30 %), β-caryophyllène (10-25 %, sesquiterpène bicyclique), germacrène D (3-10 %), β-élémène (3-8 %), 1,8-cinéole (eucalyptol, 2-5 %), linalol (1-8 %) et méthylchavicol (estragol, 0-40 % dans le chémotype correspondant).

Composés phénoliques non volatils — L’acide rosmarinique (ester de l’acide caféique et de l’acide 3,4-dihydroxyphényllactique) est le composé phénolique non volatil majoritaire (0,5-3 % de la masse sèche). Il s’agit d’un puissant antioxydant et anti-inflammatoire. D’autres acides phénoliques sont présents : acide cirsimaritine, acide salvianolique, acide caféique, acide vanillique et acide férulique.

FlavonoïdesOriéntine, vicénine, lutéoline, apigénine et leurs glycosides. Les flavones C-glycosylées (orientine, vicénine) sont des marqueurs chimiotaxonomiques du tulsi.

TriterpènesAcide ursolique et acide oléanolique, à activité anti-inflammatoire et hépatoprotectrice.

Polysaccharides — Des polysaccharides immunomodulateurs, riches en galactose et en arabinose, ont été isolés des feuilles.

Le contrôle qualité repose sur le dosage de l’eugénol (par GC-MS ou GC-FID dans l’huile essentielle) et de l’acide rosmarinique (par HPLC-UV à 330 nm dans l’extrait hydroalcoolique). Aucune monographie officielle n’existe dans la Pharmacopée européenne ; la Pharmacopée indienne (Ayurvedic Pharmacopoeia of India) fournit les spécifications de référence.


V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Activité adaptogène et anti-stress — Le tulsi normalise les taux de cortisol et de corticostérone chez l’animal soumis à un stress chronique. L’acide ursolique inhibe la 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 1, enzyme qui convertit la cortisone inactive en cortisol actif dans les tissus périphériques. L’eugénol et l’acide rosmarinique réduisent l’activation de l’axe HHS en diminuant la sécrétion de CRH hypothalamique. Le β-caryophyllène, agoniste sélectif du récepteur cannabinoïde CB2, contribue à l’effet anxiolytique et anti-inflammatoire sans effet psychoactif central.

Activité anti-inflammatoire — L’eugénol inhibe la COX-2 et la 5-lipoxygénase, réduisant la production de prostaglandines (PGE2) et de leucotriènes (LTB4). L’acide rosmarinique inhibe la voie NF-κB en empêchant la phosphorylation de l’IκBα et bloque la production d’IL-1β, d’IL-6 et de TNF-α. L’acide ursolique active le PPAR-γ, facteur de transcription anti-inflammatoire, et inhibe l’élastase leucocytaire.

Activité antioxydante — L’acide rosmarinique piège les radicaux hydroxyle (OH•), superoxyde (O2•⁻) et peroxyle (ROO•) avec une efficacité supérieure à celle de la vitamine E. L’eugénol protège les lipides membranaires de la peroxydation. L’orientine et la vicénine protègent l’ADN des dommages radio-induits. L’ensemble active la voie Nrf2, induisant l’expression des enzymes antioxydantes endogènes (SOD, catalase, GPx).

Activité antidiabétique — L’extrait de tulsi améliore la sensibilité à l’insuline en activant les récepteurs PPAR-γ et en augmentant la translocation de GLUT4. L’eugénol inhibe l’α-glucosidase intestinale, ralentissant l’absorption du glucose postprandial. L’acide ursolique stimule la sécrétion d’insuline par les cellules β pancréatiques.

Immunomodulation — Les polysaccharides du tulsi stimulent la phagocytose macrophagique et la production d’IL-2 par les lymphocytes T. L’eugénol et l’acide rosmarinique modulent l’équilibre Th1/Th2, favorisant une réponse immunitaire cellulaire. Les triterpènes augmentent l’activité des cellules NK.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Diabète de type 2 — Agrawal et al. (1996, Int J Clin Pharmacol Ther) ont conduit un essai randomisé chez 40 patients diabétiques de type 2, montrant une réduction significative de la glycémie à jeun (-17,6 %) et postprandiale (-7,3 %) avec 2,5 g de poudre de feuilles de tulsi par jour pendant 4 semaines, par rapport au placebo. Devra et al. (2012) ont confirmé ces résultats avec une réduction de l’HbA1c de 0,4 % en 12 semaines.

Stress et anxiété — Saxena et al. (2012, Nepal Med Coll J) ont mené un essai contrôlé chez 150 sujets recevant 1 200 mg/jour d’extrait de tulsi pendant 6 semaines. Une réduction significative des symptômes liés au stress (oubli, troubles du sommeil, fatigue, irritabilité) a été observée, avec une amélioration de 39 % du score global par rapport au placebo. Cohen (2014, Evid Based Complement Alternat Med) a conduit une revue systématique de 24 études cliniques confirmant les effets anxiolytiques et antidépresseurs du tulsi.

Fonction respiratoire — Mondal et al. (2011, Nepal Med Coll J) ont rapporté une amélioration des symptômes d’asthme (dyspnée, sifflement) chez 500 patients recevant une formulation à base de tulsi. Les études contrôlées restent peu nombreuses.

Profil lipidique — Devra et al. (2012) ont montré une réduction significative du cholestérol total (-11 %), du LDL-cholestérol (-14 %) et des triglycérides (-16 %) avec 2 g/jour de poudre de tulsi pendant 12 semaines.

Limites — La plupart des essais cliniques sont de petite taille (n < 100), à courte durée (4-12 semaines) et de qualité méthodologique variable. La standardisation des préparations est insuffisante. Aucune monographie officielle n'a été publiée pour cette espèce.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Eugénol Phénylpropanoïde (HE) Anti-inflammatoire, antiseptique
β-caryophyllène Sesquiterpène Anti-inflammatoire (récepteurs CB2)
Acide rosmarinique Acide phénolique Antioxydant, anti-inflammatoire
Acides salvianolique et caféique Acides phénoliques Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

Infusion de feuilles sèches — 2 à 3 g de feuilles sèches dans 250 mL d’eau bouillante, infusion de 10 à 15 minutes. 2 à 3 tasses par jour. Forme la plus traditionnelle et la plus courante, y compris en Inde dans le « tulsi tea ».

Poudre de feuilles — 1 à 3 g par jour, en gélules de 500 mg, répartis en 2 à 3 prises.

Extrait sec standardisé — 300 à 600 mg par jour, en 2 prises. Standardisation à 2-5 % d’acide rosmarinique ou à 1-2 % d’eugénol. Rapport d’extraction : 10-20:1.

Jus frais de feuilles — 10 à 20 mL de jus frais par jour. Forme traditionnelle ayurvédique (svarasa), obtenue par broyage et pressage des feuilles fraîches.

Teinture mère (1:5) — 2 à 5 mL par jour, en 2 à 3 prises. Extraction dans l’éthanol à 40-60 %.

Huile essentielle — 1 à 2 gouttes par jour diluées dans une cuillère d’huile végétale, ou en diffusion atmosphérique. L’usage interne de l’huile essentielle nécessite un avis professionnel en raison de la teneur en eugénol (potentiellement irritant à haute dose) et, dans certains chémotypes, en méthyleugénol (génotoxique potentiel).


IX. TOXICOLOGIE

La toxicité du tulsi est globalement faible. La DL50 orale chez le rat est supérieure à 2 g/kg pour l’extrait hydroalcoolique. Les études de toxicité subchronique (90 jours) n’ont révélé aucune toxicité significative chez le rat à des doses allant jusqu’à 500 mg/kg/jour.

Préoccupation liée au méthyleugénol — Le méthyleugénol, présent dans certains chémotypes (jusqu’à 30 % de l’huile essentielle), est classé comme génotoxique et potentiellement cancérogène (groupe 2B du CIRC) en raison de sa métabolisation en intermédiaires réactifs formant des adduits à l’ADN. Le Comité scientifique européen des risques sanitaires a recommandé de limiter l’exposition au méthyleugénol. En conséquence, la sélection de chémotypes à faible teneur en méthyleugénol (chémotype à eugénol) est préférable pour les préparations médicinales.

Effets indésirables — Rares : nausées, irritation gastrique (usage d’huile essentielle pure), hypoglycémie (en association avec des antidiabétiques). Des effets anti-fertilité réversibles ont été rapportés chez le rat mâle (réduction de la spermatogenèse à très haute dose), mais non confirmés chez l’humain aux posologies thérapeutiques.

Interactions médicamenteuses — Potentialisation des antidiabétiques (risque d’hypoglycémie additive). L’eugénol, à haute dose, inhibe l’agrégation plaquettaire et peut potentialiser les anticoagulants. L’induction du CYP1A2 par certains composés du tulsi peut accélérer le métabolisme de substrats de cette enzyme (théophylline, clozapine).

Contre-indications — Grossesse (effet utérotonique rapporté chez l’animal, effet anti-implantation à haute dose), allaitement (données insuffisantes), chirurgie programmée (arrêt 2 semaines avant, effet antiplaquettaire de l’eugénol).


X. USAGES HISTORIQUES

Le tulsi est indissociable de la culture hindoue. Chaque foyer hindou traditionnel cultive un plant de tulsi dans un pot surélevé (tulsi vrindavan ou tulsi chaura), considéré comme la présence physique de la déesse Lakshmi. Des prières quotidiennes (tulsi puja) lui sont adressées au crépuscule. Le mariage rituel du tulsi avec le dieu Vishnu (Tulsi Vivah) est célébré chaque année en novembre, marquant le début de la saison des mariages.

En cuisine thaïlandaise, le kraphao (O. tenuiflorum) est un ingrédient essentiel du pad kraphao (sauté au basilic sacré), l’un des plats les plus populaires de la cuisine de rue thaïlandaise. Les feuilles, sautées rapidement dans un wok avec de l’ail, du piment et de la viande, développent un arôme épicé caractéristique.

En Ayurveda, le tulsi est classé comme rasayana (tonique de longévité) et medhya (tonique cérébral). Il est prescrit sous forme de jus frais (svarasa), de décoction (kashaya) ou de poudre (churna) pour un large spectre d’indications : fièvre, toux, troubles digestifs, stress, affections cutanées, morsures de serpent. L’infusion de feuilles de tulsi (« tulsi tea ») est la tisane la plus consommée en Inde, seule ou en mélange avec du thé noir, du gingembre et de la cardamome (tulsi chai).

Intérêt écologique

Ocimum tenuiflorum est une plante nectarifère abondante, fleurissant sur une longue période, qui constitue une ressource importante pour les pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons, syrphes). En Inde, elle contribue significativement au maintien des populations d’abeilles domestiques (Apis cerana indica) et sauvages dans les environnements ruraux et urbains. Le miel de tulsi, produit localement, est réputé pour sa qualité.

Les composés volatils émis par le feuillage (eugénol, β-caryophyllène, linalol) exercent une activité répulsive sur de nombreux insectes nuisibles (moustiques, mouches, pucerons). Cette propriété est exploitée traditionnellement en Inde, où des plants de tulsi sont placés près des fenêtres et des portes pour éloigner les moustiques. Des études ont confirmé l’activité insectifuge de l’huile essentielle de tulsi contre Aedes aegypti et Anopheles stephensi, vecteurs respectifs de la dengue et du paludisme.

Du point de vue agronomique, le tulsi est utilisé comme plante de couverture aromatique dans les systèmes agroforestiers tropicaux, où ses exsudats racinaires et ses émissions volatiles contribuent à la protection phytosanitaire des cultures voisines (allélopathie positive, répulsion des ravageurs).

Confusions et adultérations

Plusieurs espèces du genre Ocimum sont commercialisées sous des noms similaires, créant des risques de confusion :

Ocimum basilicum L. (basilic commun) : espèce culinaire européenne, chimiquement distincte (riche en linalol et en estragol, pauvre en eugénol). Les feuilles sont plus grandes et plus lisses que celles du tulsi. Ne possède pas les mêmes propriétés adaptogènes.

Ocimum gratissimum L. (vana tulsi, basilic à thymol) : espèce africaine et asiatique, parfois commercialisée comme « tulsi sauvage ». Son huile essentielle est riche en thymol ou en eugénol selon les chémotypes. Elle possède des propriétés antimicrobiennes mais n’est pas interchangeable avec O. tenuiflorum en phytothérapie.

Ocimum americanum L. (basilic américain) : espèce pantropicale, parfois confondue avec le tulsi en Asie du Sud-Est.

Chémotypes d’O. tenuiflorum : la distinction entre le chémotype à eugénol (souhaitable) et le chémotype à méthyleugénol (contenant un génotoxique potentiel) est essentielle et ne peut être réalisée que par analyse GC-MS de l’huile essentielle.

L’identification botanique repose sur les caractères morphologiques (taille et forme des feuilles, couleur des tiges, arôme), complétés par l’analyse GC-MS de l’huile essentielle et, en cas de doute, le barcoding ADN.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Ocimum tenuiflorum est un adaptogène polyvalent dont le phytocomplexe associe des composés phénoliques (eugénol, acide rosmarinique), des terpènes (β-caryophyllène, acide ursolique) et des flavones C-glycosylées (orientine, vicénine) agissant en synergie sur de multiples cibles moléculaires. L’activité anti-inflammatoire (inhibition de la COX-2, du NF-κB et de la 5-LOX), l’activité antioxydante (piégeage radicalaire, activation de Nrf2) et l’activité adaptogène (modulation de l’axe HHS, agonisme CB2) convergent vers un effet normalisant global sur la physiologie perturbée par le stress.

Les données cliniques, bien que de qualité méthodologique perfectible, convergent vers la confirmation d’effets significatifs sur le stress, l’anxiété, la glycémie et le profil lipidique. Le profil de sécurité est favorable aux posologies recommandées, à condition de privilégier les chémotypes à faible teneur en méthyleugénol.

L’enjeu pharmacognosique principal réside dans le contrôle chémotypique des matières premières, indispensable pour garantir à la fois l’efficacité et la sécurité des préparations. L’inclusion dans la Pharmacopée européenne constitueraient une avancée significative pour cette plante majeure de la pharmacopée mondiale.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

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Gupta SK, Prakash J, Srivastava S. Validation of traditional claim of Tulsi, Ocimum sanctum Linn. as a medicinal plant. Indian Journal of Experimental Biology. 2002;40(7):765-773.

Mondal S, Mirdha BR, Mahapatra SC. The science behind sacredness of Tulsi (Ocimum sanctum Linn.). Indian Journal of Physiology and Pharmacology. 2009;53(4):291-306.

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Singh N, Hoette Y, Miller R. Tulsi: The Mother Medicine of Nature. 2nd ed. Lucknow : International Institute of Herbal Medicine, 2010.

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PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Adaptogène
  • ★★★☆☆ Anti-inflammatoire
  • ★★★☆☆ Antioxydant
  • ★★☆☆☆ Antistress

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