CHÈVREFEUILLE DES JARDINS

Lecture : ~8 min

Lonicera caprifolium L.

Famille : Caprifoliaceae — sous-famille : Caprifolioideae.

Noms vernaculaires : chèvrefeuille des jardins, chèvrefeuille d’Italie, chèvrefeuille à feuilles perfoliées, chèvrefeuille de Naples, perfoliata (italien), Italian honeysuckle (anglais), Geißblatt (allemand).

Le chèvrefeuille des jardins est une liane volubile vivace originaire du sud de l’Europe et de l’Asie occidentale, cultivée depuis le Moyen Âge dans les jardins clos pour son parfum suave et sa floraison abondante. Botaniquement remarquable par ses feuilles supérieures soudées en disque (caractère « perfolié » dont elle tire son nom italien), elle a longtemps été classée dans la pharmacopée populaire pour les troubles respiratoires et urinaires, mais son usage médicinal a fortement décliné au profit d’espèces asiatiques mieux étudiées (Lonicera japonica, le chèvrefeuille du Japon, pilier de la pharmacopée chinoise). Plante mellifère et nocturne (les fleurs s’épanouissent le soir et attirent les sphingidés), elle reste aujourd’hui largement cultivée en ornementation pour son parfum.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Systématique et confusions

Le genre Lonicera regroupe environ 180 espèces de l’hémisphère nord, divisées en deux sections principales : les Caprifolium (lianes à fleurs en glomérules terminaux, fruits en grappe) et les Lonicera stricto sensu (arbustes à fleurs géminées). L. caprifolium appartient à la première section et a donné son nom à toute la famille des Caprifoliacées. Ne pas confondre avec :

  • Chèvrefeuille des bois (L. periclymenum) — plus rustique, à feuilles supérieures non soudées, fleurs à corolle pubescente glanduleuse ;
  • Chèvrefeuille d’Étrurie (L. etrusca) — méridional, fleurs en cymes plus lâches, jeunes pousses pubescentes ;
  • Chèvrefeuille du Japon (L. japonica) — espèce médicinale chinoise majeure, considérée comme envahissante en Europe et Amérique.

Étymologie : Lonicera est un nom dédié au médecin et botaniste allemand Adam Lonitzer (Lonicerus, 1528-1586), auteur d’un célèbre Kräuterbuch (1557). L’épithète caprifolium (« feuille de chèvre ») provient de la forme particulière des feuilles supérieures perfoliées, comparées à un sabot de chèvre par les anciens herboristes. Le nom français de « chèvrefeuille » a la même origine.

Description morphologique

Liane ligneuse volubile pouvant atteindre 4 à 6 m, le chèvrefeuille des jardins s’enroule dextrorsum (sens horaire vu d’en haut) autour de tout support disponible. Les feuilles sont opposées, simples, ovales-elliptiques, glauques en dessous, longues de 4 à 10 cm. La caractéristique diagnostique majeure est la soudure des deux feuilles supérieures de chaque rameau florifère en une coupelle quasi orbiculaire qui entoure l’inflorescence (feuilles perfoliées) — caractère absent chez le chèvrefeuille des bois.

L’inflorescence est un glomérule terminal de 6 à 10 fleurs sessiles à l’intérieur de la coupe formée par les feuilles soudées. Les fleurs, longuement tubulées (3-5 cm), à corolle bilabiée à 4 lobes courts au-dessus et 1 lobe long en dessous, sont blanches à crème, parfois lavées de pourpre rosé à l’extérieur, virant au jaune en se fanant. Le tube est étroit (1-2 mm) et long, adapté à la pollinisation par les sphingidés à longue trompe. Le parfum est puissant, suave, vespéral, à dominante de jasmin et de miel. La floraison s’étend de mai à juillet.

Le fruit est une baie rouge orangé à maturité (août-septembre), globuleuse de 6-8 mm, contenant 2-3 graines ; les fruits sont émétiques et purgatifs, à ne pas consommer.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Originaire du sud-est de l’Europe et de l’Asie occidentale (Italie, Balkans, Anatolie, Caucase, jusqu’à l’Iran). En France, présent à l’état spontané dans le sud-est (Provence, Languedoc), naturalisé ailleurs à partir d’évadés de culture. Il pousse dans les bois clairs, les haies, les fourrés calcicoles, et bénéficie de la mi-ombre chaude. La plante est très florifère sur sols calcaires, profonds, frais.


III. PARTIES UTILISÉES

  • Fleurs (et, secondairement, feuilles)

Les fleurs odorantes sont la partie traditionnellement employée. Attention : les baies sont toxiques.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

La composition de L. caprifolium est moins étudiée que celle de L. japonica, mais les principaux groupes de molécules actives sont communs aux espèces du genre :

  • Iridoïdes : loganine, sécologanine, sweroside, swertiamarine — caractéristiques de la famille (Caprifoliacées et Loganiacées) ;
  • Acides phénoliques : acide chlorogénique, acide caféique, acide ferulique — concentration significative dans les fleurs ;
  • Flavonoïdes : lutéoline, apigénine, leurs glycosides ; rutine, hypéroside dans les feuilles ;
  • Saponines triterpéniques : dérivés de l’acide oléanolique et hédéragénine ;
  • Huile essentielle (fleurs) : traces, dominée par le linalol, le benzaldéhyde, l’indole, le jasmone — responsable du parfum nocturne attractif des sphingidés ;
  • Tanins : teneur modérée dans les feuilles et les écorces.

V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

L’usage médicinal de L. caprifolium en Europe occidentale a toujours été marginal et inégalement documenté. Les propriétés généralement reconnues sont :

  • Diurétique léger : les feuilles et fleurs sont employées en tisane comme diurétique doux dans les œdèmes, les cystites et la rétention urinaire ;
  • Expectorant et antitussif : usage traditionnel dans la toux, l’enrouement, les bronchites légères — les acides phénoliques et les iridoïdes sont fluidifiants ;
  • Anti-inflammatoire et antimicrobien : propriétés démontrées in vitro pour les extraits aqueux (effet sur Staphylococcus, Streptococcus, virus respiratoires) ;
  • Antispasmodique digestif : usage populaire dans les coliques et la dyspepsie nerveuse ;
  • Sudorifique : dans les états fébriles, en infusion chaude.

La Commission E n’a pas évalué L. caprifolium en tant que médicament traditionnel à usage bien établi.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Données cliniques quasi inexistantes ; usage expectorant et antiseptique léger traditionnel. Niveau de preuve : usage traditionnel.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acides phénoliques Polyphénols Antioxydants, antiseptiques
Flavonoïdes Flavonols Anti-inflammatoires
Huile essentielle (fleurs) Terpènes Aromatique
Tanins Tanins Astringents

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Tisane de fleurs : 1 cuillère à soupe de fleurs séchées par tasse de 250 mL, départ à froid, porter à frémissement, infuser 10 min. 2 à 3 tasses par jour dans la toux ou la cystite légère.
  • Décoction de feuilles : 20 g/L, départ à froid, frémissement 10 min — usage en gargarisme contre les maux de gorge.
  • Macérat glycériné de bourgeons (gemmothérapie 1D) : 50 à 100 gouttes par jour, en cure de 3 semaines pour les rhinopharyngites chroniques.
  • Teinture-mère (TM 1:5, alcool 65 %) : 20-40 gouttes 3 fois par jour dans un verre d’eau.

IX. TOXICOLOGIE

Toxicité des baies : les fruits rouges du chèvrefeuille des jardins sont toxiques par voie orale — provoquent vomissements, diarrhées et tachycardie chez l’enfant qui les confond avec des baies comestibles. Tenir hors de portée. Quelques cas de glycosides cardiotoniques ont été décrits dans certaines populations de Lonicera, justifiant la prudence.

Grossesse et allaitement : par mesure de précaution, éviter l’usage thérapeutique des extraits concentrés (données insuffisantes).

Confusion possible : les jeunes pousses peuvent être confondues avec celles de la morelle douce-amère (Solanum dulcamara) — vérifier toujours l’absence d’odeur fétide caractéristique de la morelle.


X. USAGES HISTORIQUES

Le chèvrefeuille apparaît dans la pharmacopée médiévale européenne dès Hildegarde de Bingen (XIIe s.), qui le recommande pour les maladies pulmonaires. Mattioli (XVIe s.) en cite l’usage contre la goutte et les œdèmes. Cazin (1868) consacre quelques lignes au chèvrefeuille dans son Traité pratique, signalant l’usage des fleurs en infusion contre la toux, et celui des feuilles en gargarisme dans les angines. La médecine populaire italienne emploie les bourgeons en gemmothérapie pour les sinusites chroniques et les rhinopharyngites récidivantes. La médecine chinoise utilise principalement L. japonica (jin yin hua), dont les fleurs sont l’un des plus puissants réfrigérants (qing re) de la pharmacopée traditionnelle, employées dans les fièvres infectieuses, les angines purulentes et les syndromes inflammatoires aigus.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le chèvrefeuille des jardins est surtout une liane ornementale très parfumée ; ses fleurs ont un usage traditionnel mineur, expectorant et antiseptique léger, tandis que ses baies sont toxiques — un rappel que l’odeur agréable d’une plante ne présage pas de son innocuité.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  1. Tutin T. G., et al. (1976). Flora Europaea, vol. 4 : Plantaginaceae to Compositae and Rubiaceae. Cambridge University Press.
  2. Cazin F. J. (1868). Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, 3e éd., Asselin, Paris.
  3. Theis N., et al. (2007). The challenge of attracting pollinators while evading floral herbivores : patterns of fragrance emission in Lonicera. International Journal of Plant Sciences, 168(5), 587-601.
  4. Calvo M. I. (2006). Anti-inflammatory and analgesic activity of the topical preparation of Verbena officinalis L. and other Caprifoliaceae extracts. Journal of Ethnopharmacology, 107(3), 380-382.
  5. Tomassini L., Cometa M. F., Foddai S., Nicoletti M. (2000). Iridoid glucosides from Lonicera caprifolium. Pharmaceutical Biology, 38(2), 123-126.
  6. Shang X., et al. (2011). Lonicera japonica Thunb. : ethnopharmacology, phytochemistry and pharmacology of an important traditional Chinese medicine. Journal of Ethnopharmacology, 138(1), 1-21.
  7. Pieroni A. (2000). Medicinal plants and food medicines in the folk traditions of the upper Lucca Province, Italy. Journal of Ethnopharmacology, 70(3), 235-273.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★☆☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Antiseptique léger
  • ★★☆☆☆ Astringent

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par *