ANIS VERT

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Pimpinella anisum L.

Famille : Apiaceae (Umbelliferae) — sous-famille : Apioideae.

Noms vernaculaires : anis vert, anis cultivé, anis officinal, boucage anisé, pimpinelle anisée, anise (anglais), Anis (allemand).

L’anis vert est l’une des plus anciennes plantes aromatiques et médicinales cultivées sur le pourtour méditerranéen, attestée dans les jardins égyptiens dès le XVe siècle avant notre ère et présente sur tous les marchés d’épices de l’Antiquité gréco-romaine. Son fruit (improprement appelé « graine ») exhale un parfum chaud, sucré et balsamique caractéristique dû à l’anéthole, un phénylpropanoïde dont les propriétés digestives, antispasmodiques et galactogènes sont reconnues depuis Dioscoride. Aujourd’hui, l’anis vert reste une plante médicinale majeure, inscrite à la pharmacopée française et européenne, et entre dans la composition de nombreuses spécialités carminatives, mais aussi de boissons emblématiques (pastis, ouzo, raki, sambuca).



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Systématique et étymologie

L’anis vert appartient au genre Pimpinella, qui regroupe environ 150 espèces réparties dans les régions tempérées et subtropicales de l’Ancien Monde. Au sein des Apiacées, il se rattache à la sous-famille des Apioideae, tribu des Pimpinelleae. Le nom de genre Pimpinella dérive du latin bipinnula (« doublement pennée »), allusion aux feuilles supérieures profondément découpées. L’épithète anisum vient du grec anison (de l’égyptien inse-t), terme générique antique pour les ombellifères aromatiques à fruits parfumés.

À ne pas confondre avec :

  • Anis étoilé ou badiane (Illicium verum, Schisandracées) — fruit d’un arbre asiatique, sans parenté botanique, mais riche en anéthole et donc d’arôme proche ;
  • Anis du Cap ou cumin (Cuminum cyminum) — Apiacée aussi, mais arôme tout différent ;
  • Aneth (Anethum graveolens) — Apiacée à arôme citronné-anisé.

Description morphologique

L’anis vert est une plante herbacée annuelle de 30 à 60 cm de hauteur, à racine pivotante grêle. La tige est dressée, cylindrique, finement striée, ramifiée dans la moitié supérieure, glabre ou à peine pubescente. Les feuilles sont hétérophylles : les basales, longuement pétiolées, sont entières et arrondies-réniformes à bord crénelé ; les caulinaires, profondément découpées, deviennent progressivement pennatiséquées vers le sommet, à divisions linéaires. L’inflorescence est une ombelle composée terminale de 7 à 15 rayons inégaux, sans involucre, portant de petites fleurs blanches à 5 pétales recourbés, à anthères roses. La floraison s’étale de juillet à septembre.

Le fruit est un diakène ovoïde à piriforme, long de 3 à 5 mm, gris-verdâtre, à 5 côtes longitudinales saillantes pâles, hispide à maturité, dégageant à la dessiccation l’arôme caractéristique de l’anéthole. C’est cette « graine » (en réalité un schizocarpe d’ombellifère qui se sépare en deux méricarpes) qui constitue la drogue officinale.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Originaire du Proche-Orient (probablement Égypte et Levant), l’anis vert est aujourd’hui cultivé dans tous les pays méditerranéens (Espagne, Turquie, Italie, sud de la France, Maroc, Égypte), au Mexique, en Russie méridionale, en Inde et en Chine. La Turquie est le premier producteur mondial. La culture exige un sol calcaire, léger, bien drainé, et un climat chaud et sec à l’époque de la maturation des fruits. Le rendement moyen est de 600 à 1 200 kg de fruits secs par hectare.


III. PARTIES UTILISÉES

  • Fruits (« graines ») mûrs et séchés

Le fruit, riche en huile essentielle à anéthole, est la partie employée en tisane, condiment et distillation.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Le fruit d’anis vert contient 1,5 à 6 % d’huile essentielle (rendement officinal ≥ 2 %), constituée à 80-95 % de trans-anéthole (méthyl-éther du p-propénylphénol), responsable de l’arôme et de la majeure partie des propriétés. Les autres constituants sont :

  • Phénylpropanoïdes mineurs : estragole (méthyl-chavicol, 1-5 %), anisaldéhyde (0,5-2 %), pseudo-isoeugénol esters ;
  • Monoterpènes : α-pinène, limonène, β-myrcène (traces) ;
  • Lipides : 8-23 % d’huile fixe à acide pétrosélinique caractéristique des Apiacées ;
  • Protéines : 18 % du fruit sec ;
  • Coumarines : ombelliférone, scopolétine, bergaptène (traces) ;
  • Flavonoïdes : rutine, lutéoline-glucoside, quercétine-glucoside ;
  • Acides phénoliques : chlorogénique, caféique.

V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Action carminative et antispasmodique digestive : l’anéthole et l’estragole inhibent les contractions intestinales spasmodiques (effet myorelaxant sur la musculature lisse, médié notamment par antagonisme calcique et activation des canaux KATP), favorisent l’expulsion des gaz et stimulent les sécrétions digestives. C’est l’usage majeur, validé par les commissions allemande (Commission E) et européenne (HMPC).

Action mucolytique et expectorante : l’anéthole et l’anisaldéhyde stimulent les sécrétions bronchiques, fluidifient le mucus et exercent une action antitussive douce — d’où l’inscription de l’anis dans de nombreuses tisanes pectorales.

Action galactogène traditionnelle : l’anéthole partage une structure proche de la dopamine et exerce un effet anti-dopaminergique modéré qui pourrait expliquer l’augmentation de la prolactine observée chez les femmes allaitantes consommant régulièrement de l’anis. L’usage est traditionnel et soutenu par quelques études cliniques de petite taille.

Action œstrogénique faible : l’anéthole et certains dimères (dianéthole, photoanéthole) exercent une activité phytœstrogène in vitro et chez l’animal — base mécanistique des usages traditionnels dans les troubles menstruels et la dysménorrhée.

Antimicrobien : l’huile essentielle d’anis exerce une action antibactérienne large spectre (Gram+ comme Gram−) et antifongique, notamment sur Candida albicans.


VI. DONNÉES CLINIQUES

Données cliniques spécifiques limitées ; usage carminatif, antispasmodique et expectorant fondé sur la tradition et les propriétés du trans-anéthole. Niveau de preuve : usage traditionnel.


VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
trans-anéthole Phénylpropanoïde (HE) Carminatif, antispasmodique, expectorant
Estragole Phénylpropanoïde Constituant mineur (à limiter)
Flavonoïdes Flavonols Antioxydants

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Tisane (fruits écrasés) : 1 cuillère à café de fruits par tasse de 200 mL, départ à froid, porter à frémissement, infuser 10 minutes à couvert. 2 à 4 tasses par jour entre les repas. Toujours écraser légèrement les fruits au mortier juste avant l’infusion pour libérer l’huile essentielle.
  • Teinture-mère (TM 1:5, alcool 60 %) : 30 à 50 gouttes 3 fois par jour dans un verre d’eau.
  • Huile essentielle : 2 à 3 gouttes sur un sucre ou dans une cuillère de miel après les repas, maximum 3 fois par jour, courte durée (≤ 7 jours).
  • Sirop pectoral : entre dans la composition de nombreuses spécialités OTC (pastilles, sirops, infusions toutes faites).

IX. TOXICOLOGIE

Estragole : l’anis vert contient 1 à 5 % d’estragole (méthyl-chavicol), molécule considérée comme potentiellement génotoxique et cancérogène à fortes doses chez l’animal. La consommation occasionnelle de tisanes ne pose pas de problème, mais il est recommandé de ne pas dépasser 0,3 mg/kg/j d’estragole chez l’adulte — soit l’équivalent de 5 à 10 g de fruits secs.

Huile essentielle : contre-indiquée chez l’enfant de moins de 12 ans, la femme enceinte et allaitante, et les personnes épileptiques (l’anéthole est neurotoxique à forte dose et peut induire des convulsions). Risque d’allergie croisée avec les autres Apiacées (céleri, fenouil).

Interactions : activité phytœstrogène faible — prudence en cas de cancer hormono-dépendant. Effet potentiel sur la prolactine — prudence avec les neuroleptiques.


X. USAGES HISTORIQUES

Connu des Égyptiens et des Grecs, l’anis vert était utilisé par Hippocrate contre les troubles digestifs et la toux, par Dioscoride pour faciliter l’accouchement et stimuler la lactation, par Pline l’Ancien pour parfumer le pain. Il fait partie des plantes officinales obligatoires des jardins monastiques carolingiens (capitulaire De Villis de Charlemagne, ~795). L’eau d’anis distillée est citée dans toutes les pharmacopées médiévales et entre dans la composition de l’élixir parégorique. Au XIXe siècle, Cazin recommande l’anis dans les coliques infantiles, les flatulences des dyspeptiques, la coqueluche et la suppression des règles.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

L’anis vert illustre la continuité entre épice et remède digestif : son huile essentielle à trans-anéthole soutient des propriétés carminatives, antispasmodiques et expectorantes, dans un profil de bonne tolérance aux doses usuelles.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  1. Bruneton J. (2009). Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., Tec & Doc, Paris.
  2. b

  3. Shojaii A., Abdollahi Fard M. (2012). Review of pharmacological properties and chemical constituents of Pimpinella anisum. ISRN Pharmaceutics, 2012, article 510795.
  4. Tabanca N., et al. (2003). Comparative chemical and biological investigations of European, North-African and Asian Pimpinella anisum. Pharmazie, 58(7), 504-507.
  5. Cazin F. J. (1868). Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, 3e éd., Asselin, Paris.
  6. Albert-Puleo M. (1980). Fennel and anise as estrogenic agents. Journal of Ethnopharmacology, 2(4), 337-344.
  7. Pourgholami M. H., et al. (1999). The fruit essential oil of Pimpinella anisum exerts anticonvulsant effects in mice. Journal of Ethnopharmacology, 66(2), 211-215.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Carminatif / digestif
  • ★★★☆☆ Expectorant
  • ★★☆☆☆ Antispasmodique
  • ★★☆☆☆ Galactogène (usage traditionnel)

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