GRINDÉLIA

Lecture : ~7 min

Grindelia robusta Nutt. (et G. squarrosa Pursh)

Famille : Asteraceae (Compositae) — sous-famille : Asteroideae, tribu : Astereae.

Noms vernaculaires : grindélia, herbe de Grindelius, grande grindélie, gum plant (anglais), gum-weed, tarweed, Grindelie (allemand).

La grindélia est une plante herbacée robuste originaire des prairies sèches et des terres salines de l’ouest de l’Amérique du Nord, distribuée du sud du Canada au nord du Mexique. Reconnaissable à ses gros capitules jaunes ouverts en plein été et à ses bractées vertes recourbées (« en spirale ») exsudant abondamment une résine collante caractéristique, elle a été introduite à la pharmacopée occidentale au XIXe siècle après que les médecins américains eurent observé son usage par les peuples amérindiens (Blackfeet, Cheyenne, Crow, Lakota) contre la toux, l’asthme et les irritations cutanées dues à Toxicodendron. Aujourd’hui inscrite à la pharmacopée française pour ses propriétés bronchodilatatrices et antitussives, elle reste une plante de second rang mais utile dans les bronchites spasmodiques et la coqueluche.



I. SYSTÉMATIQUE ET TAXONOMIE

Systématique

Le genre Grindelia comprend une quarantaine d’espèces nord-américaines difficiles à distinguer. Les deux principales espèces médicinales sont :

  • Grindelia robusta Nutt. — la « grande grindélie », native de Californie et Oregon, espèce-type officinale ;
  • Grindelia squarrosa (Pursh) Dunal — espèce des Grandes Plaines (Wyoming, Dakotas, Nebraska), récoltée en mélange avec la précédente sur le marché.

La pharmacopée et la pratique commerciale acceptent indistinctement les deux espèces sous l’appellation « grindélia ».

Étymologie : Grindelia est un nom dédié au botaniste estonien David Hieronymus Grindel (1776-1836), professeur de pharmacognosie à Riga. Robusta souligne la vigueur de l’espèce, squarrosa caractérise les bractées involucrales recourbées en pointe (squarreuses).

Description morphologique

Plante herbacée vivace ou bisannuelle de 30 à 100 cm, à souche pivotante ligneuse. La tige est dressée, ramifiée, glabre, glanduleuse-résinifère. Les feuilles sont alternes, sessiles à demi-embrassantes, oblongues à oblongues-lancéolées (3-6 cm), à bord finement denté, glabres, couvertes (surtout les jeunes pousses et bractées) d’une résine claire collante caractéristique qui en couvre toute la plante de gouttelettes brillantes.

L’inflorescence est un capitule de 2 à 4 cm de diamètre, jaune d’or, à involucre formé de bractées herbacées-coriaces dont les pointes sont fortement recourbées vers l’extérieur et l’arrière (caractère diagnostique « squarreux »), et qui exsudent une résine collante en abondance (au point que le capitule fermé semble englué). Les fleurs ligulées (rayonnantes) sont jaunes ; les fleurs tubulées (centrales) jaune doré. Floraison de juillet à octobre.


II. DESCRIPTION BOTANIQUE

Originaire des prairies sèches, des sols salins, alcalins ou perturbés de l’ouest de l’Amérique du Nord, du sud du Canada (Saskatchewan) au nord du Mexique. Naturalisée localement en Europe (introduite ornementalement au XIXe siècle, parfois échappée). La culture est marginale, la grindélia étant principalement récoltée à l’état sauvage dans son aire native, où elle est parfois considérée comme adventice des pâturages (toxique pour le bétail à fortes doses).


III. PARTIES UTILISÉES

  • Sommités fleuries

Les sommités fleuries résineuses sont la partie employée pour leurs propriétés respiratoires.


IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOLÉCULAIRE

Les parties aériennes fleuries contiennent :

  • Diterpènes labdaniques : acide grindélique (5 à 20 % de la résine, parfois jusqu’à 30 %), acides 6-oxo-grindélique, dihydrogrindélique, grindélestérolique, dihydroxy-grindélique — composés caractéristiques quasi-exclusifs du genre, marqueurs d’authenticité ;
  • Flavonoïdes : 7-O-méthylkaempférol (= populnine), kaempférol-glucosides, lutéoline, quercétine, rutine ;
  • Saponines triterpéniques : dérivés de l’acide oléanolique ;
  • Polyacétylènes : matricarianol, pontica-épioxide ;
  • Huile essentielle (0,1-0,3 %) : riche en bornéol, α-pinène, limonène ;
  • Tanins, mucilages, sels minéraux.

V. MÉCANISMES PHARMACODYNAMIQUES

Bronchodilatateur et antispasmodique bronchique : les acides grindéliques exercent une action myorelaxante sur la musculature lisse bronchique, par mécanisme partiellement clarifié (probable inhibition des canaux calciques et des phosphodiestérases). C’est l’usage majeur, validé par la Commission E.

Expectorant et antitussif : double action — fluidification du mucus bronchique par les acides grindéliques et les saponines, atténuation du réflexe tussigène via une légère sédation centrale.

Anti-inflammatoire : les flavonoïdes et la résine inhibent in vitro la voie NF-κB et la production de prostaglandines.

Antimicrobien : activité documentée sur Streptococcus, Bacillus, plusieurs souches respiratoires.

Action externe : en application locale, la grindélia atténue l’irritation cutanée et le prurit dus aux Toxicodendron (poison ivy, poison oak — herbes à puce qui causent des dermatites de contact sévères en Amérique du Nord). Cet usage traditionnel amérindien a été systématiquement adopté par les colons.


VI. DONNÉES CLINIQUES

  • Bronchite spasmodique : usage principal — souvent associée à la lobélie, le marrube, le thym ;
  • Asthme léger à modéré : usage adjuvant, en complément du traitement de fond ;
  • Coqueluche : indication historique, encore valide à ce jour pour la phase de toux quinteuse ;
  • Toux sèche irritative : usage en sirop ;
  • Dermatite de contact (urushiols, herbe à puce) : applications locales en cataplasme ou liniment.

VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOSÉS

Composé Classe Action principale
Acides grindéliques Résines diterpéniques Expectorants, antispasmodiques bronchiques
Flavonoïdes Flavonols Anti-inflammatoires
Polyacétylènes Polyacétylènes Antimicrobiens

VIII. FORMES GALÉNIQUES

  • Tisane : 1 à 2 g de sommités fleuries séchées par tasse de 250 mL, départ à froid, infusion 10 min. 2 à 3 tasses par jour ;
  • Teinture-mère (TM 1:5, alcool 65 %) : 25 à 50 gouttes 3 fois par jour avant les repas ;
  • Extrait fluide : 0,5 à 1 mL 3 fois par jour ;
  • Sirop : entre dans la composition de nombreuses spécialités pectorales ;
  • Cataplasme : infusion concentrée appliquée en compresses tièdes sur les éruptions cutanées de contact ;
  • Liniment résineux : macération de la résine fraîche dans l’huile végétale (1:5), application locale 2-3 fois/jour.

Posologie maximale : 9 g de drogue séchée par jour selon la Commission E.


IX. TOXICOLOGIE

Insuffisance cardiaque ou rénale : contre-indication relative — les saponines et l’effet hypotenseur potentiel imposent la prudence.

Hypotension : à doses élevées, la grindélia peut entraîner une baisse modérée de la pression artérielle.

Grossesse et allaitement : usage déconseillé par défaut de données.

Allergie aux Astéracées : rare mais possible — réactions croisées avec arnica, camomille, armoise.

Bétail : intoxications décrites chez le bétail consommant de grandes quantités de grindélia dans les pâturages — symptômes de bradycardie et de troubles digestifs. Sans danger aux doses thérapeutiques humaines.


X. USAGES HISTORIQUES

Plante des médecines amérindiennes des Grandes Plaines, la grindélia était employée par les Blackfeet en décoction contre la toux, par les Cheyenne en lavage des yeux infectés, par les Crow en cataplasme sur les irritations cutanées. Les colons américains l’ont adoptée dans les années 1860 contre la coqueluche et l’asthme, et elle a été introduite à la U.S. Pharmacopoeia en 1882. Au début du XXe siècle, elle figure dans les pharmacopées européennes (notamment française et allemande) pour les bronchites chroniques et l’asthme. L’avènement des bronchodilatateurs synthétiques (épinéphrine, salbutamol) a réduit son usage, mais elle reste inscrite à la pharmacopée française et continue d’être prescrite en phytothérapie respiratoire.


XI. SYNTHÈSE PHARMACOGNOSIQUE

Le grindélia est une astéracée résineuse expectorante et antitussive, utile dans les bronchites et l’asthme ; son intérêt repose sur ses résines diterpéniques et ses flavonoïdes, dans un cadre surtout traditionnel.


XII. BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE

  1. Bruneton J. (2009). Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., Tec & Doc, Paris.
  2. Wichtl M. (2004). Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals, 3rd ed., Medpharm Scientific Publishers, Stuttgart.
  3. Hoffmann J. J., McLaughlin S. P., Rivera S. M., Goldberg A. M. (1982). The chemical composition of Grindelia camporum. Journal of Natural Products, 45(5), 624-627.
  4. Pinkas M., Trotin F., Peng M., Torck M. (1994). Use, chemistry, and pharmacology of ten Chinese Asteraceae medicinal plants. Fitoterapia, 65, 343-353.
  5. Moerman D. E. (1998). Native American Ethnobotany. Timber Press, Portland.
  6. Commission E Monographs (1990) : Grindeliae herba. Bundesanzeiger, 22 mars 1990.
  7. Pharmacopée française, Xe édition : Grindelia, sommités fleuries.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES — NOTATION

  • ★★★☆☆ Expectorant / antitussif
  • ★★☆☆☆ Antispasmodique bronchique
  • ★★☆☆☆ Anti-inflammatoire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par *