La nomenclature botanique — lire et comprendre un nom latin

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Ouvrez n’importe quelle flore, n’importe quel traité de phytothérapie, et vous tomberez sur des noms comme Matricaria chamomilla L., Hypericum perforatum L. ou Lavandula angustifolia Mill. Ces binômes latins, qui peuvent sembler rébarbatifs au premier abord, constituent en réalité le système d’adressage le plus précis, le plus universel et le plus ancien de la biologie. Là où les noms vernaculaires varient d’un village à l’autre — le « millepertuis » des uns étant parfois le « chasse-diable » des autres, et l’« herbe de la Saint-Jean » des troisièmes —, le nom latin désigne une espèce et une seule, de Montpellier à Tokyo, de l’herbier du Muséum national d’histoire naturelle au laboratoire de pharmacognosie de l’université de Graz.

Ce huitième volet de notre série Bases botaniques explique comment lire, comprendre et utiliser un nom latin de plante — depuis la logique du binôme linnéen jusqu’aux subtilités des noms d’auteurs, des synonymes, des rangs infraspécifiques et des règles du Code international de nomenclature. L’objectif n’est pas de transformer le lecteur en taxonomiste, mais de lui donner les clés pour naviguer dans la littérature botanique sans trébucher sur une abréviation, un synonyme ou un changement de nom.

Avant Linné — le chaos des noms

Pour mesurer ce que la nomenclature binomiale a changé, il faut se souvenir de ce qui existait avant. Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les plantes étaient désignées par des phrases diagnostiques en latin — des descriptions abrégées qui faisaient office de nom. La camomille allemande, par exemple, était appelée Chamaemelum vulgare, leucanthemum, flore simplici chez Bauhin (1623), Matricaria foliis bipinnatis, laciniis linearibus acutis, caule ramoso chez Haller (1742), et Chamomilla vulgaris chez d’autres auteurs. Chaque botaniste forgeait sa propre phrase, de sorte qu’une même plante pouvait porter cinq, dix ou vingt noms différents selon les ouvrages consultés.

Ce système était ingérable. Les phrases-noms atteignaient parfois quinze ou vingt mots, étaient impossibles à mémoriser, variaient selon les auteurs, et ne permettaient pas de savoir avec certitude si deux phrases désignaient la même plante ou deux plantes distinctes. Les erreurs d’identification étaient fréquentes, les confusions entre espèces proches constantes, et la communication entre botanistes de pays différents extrêmement laborieuse.

Plusieurs naturalistes avaient entrevu la solution avant Linné. Gaspard Bauhin (1560-1624), dans son Pinax theatri botanici (1623), avait commencé à utiliser des noms courts de deux mots pour certaines espèces — mais sans appliquer le système de manière cohérente. Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) avait introduit le concept de genre comme unité de classification et l’avait défini rigoureusement — mais ses noms d’espèces restaient des phrases descriptives rattachées au genre. La pièce manquante était l’audace de remplacer systématiquement ces phrases par un seul mot — l’épithète spécifique.

Page du Species Plantarum de Linné montrant la nomenclature binomiale
Page du Species Plantarum de Linné (1753)

Linné et la révolution du binôme

Carl von Linné (1707-1778), naturaliste suédois, professeur à l’université d’Uppsala, est l’architecte du système que nous utilisons encore aujourd’hui. Sa contribution ne se limite pas à la nomenclature — il a aussi proposé un système de classification des plantes fondé sur les organes sexuels (le « système sexuel »), organisé des expéditions naturalistes dans toute l’Europe, formé une génération entière de botanistes, et publié une œuvre monumentale qui couvre les trois règnes de la nature. Mais c’est la nomenclature binomiale qui constitue son héritage le plus durable.

Le principe est d’une simplicité radicale : chaque espèce est désignée par deux mots latins — le nom de genre (substantif, majuscule initiale) suivi de l’épithète spécifique (adjectif ou substantif, minuscule). Le premier mot rattache l’espèce à un groupe de plantes apparentées (le genre), le second la distingue des autres espèces du même genre. L’ensemble forme le binôme, qui est le nom complet de l’espèce.

Linné introduisit ce système de manière marginale dans son Species Plantarum (1753), l’ouvrage qui est aujourd’hui reconnu comme le point de départ officiel de la nomenclature botanique. Chaque espèce y est décrite par une phrase diagnostique classique, mais Linné ajouta dans la marge un numéro trivial — un mot unique, l’épithète spécifique — destiné à servir de raccourci mnémotechnique. Ce qui n’était au départ qu’un aide-mémoire se révéla si pratique que les botanistes abandonnèrent rapidement les phrases-noms pour ne conserver que le binôme. En une génération, le système linnéen devint la norme universelle.

Quelques exemples fondateurs

Voici comment Linné nomma quelques plantes médicinales majeures dans le Species Plantarum :

Hypericum perforatumHypericum (genre) vient du grec hyper, « au-dessus », et eikon, « image » — la plante était placée au-dessus des icônes pour éloigner les mauvais esprits. Perforatum (épithète) signifie « percé de trous » et décrit les poches sécrétrices translucides visibles par transparence dans les feuilles lorsqu’on les observe à contre-jour — un critère d’identification diagnostique immédiat.

Digitalis purpureaDigitalis vient du latin digitale, « dé à coudre », évoquant la forme de la corolle. Purpurea signifie « pourpre » et décrit la couleur des fleurs. Le nom est à la fois un portrait-robot et une adresse dans la classification.

Atropa belladonnaAtropa fait référence à Atropos, celle des trois Moires de la mythologie grecque qui tranche le fil de la vie — allusion directe à la toxicité mortelle de la plante. Belladonna, « belle dame » en italien, évoque l’usage cosmétique de la plante à la Renaissance : les Vénitiennes instillaient du suc de belladone dans leurs yeux pour dilater les pupilles et rendre leur regard plus séduisant (effet de l’atropine sur le muscle dilatateur de l’iris).

Salvia officinalisSalvia vient du latin salvare, « sauver, guérir » — la sauge est la plante qui sauve. Officinalis signifie « de l’officine » (la pharmacie) et indique que la plante était vendue en officine — c’est l’un des épithètes les plus fréquents en botanique médicinale.

Anatomie d’un nom botanique complet

Le binôme seul ne suffit pas. Un nom botanique complet comprend plusieurs éléments, chacun porteur d’information :

Le genre

Le genre est un substantif latin (ou latinisé), toujours écrit avec une majuscule initiale et en italique. Il regroupe des espèces morphologiquement et phylogénétiquement apparentées. Exemples : Rosa (les rosiers), Thymus (les thyms), Mentha (les menthes), Artemisia (les armoises), Plantago (les plantains).

L’étymologie des noms de genre est variée : noms mythologiques (Artemisia d’Artémis, Achillea d’Achille, Centaurea du centaure Chiron), noms de botanistes (Linnaea en l’honneur de Linné, Bauhinia en l’honneur des frères Bauhin, Tournefortia en l’honneur de Tournefort), noms descriptifs latins (Trifolium, « trois feuilles » ; Sempervivum, « toujours vivant »), noms empruntés à des langues vernaculaires (Ginkgo, du japonais ginkyō ; Thuya, du grec thuia, « arbre à encens »).

L’épithète spécifique

L’épithète spécifique est un adjectif latin (ou un substantif au génitif, ou un substantif en apposition), toujours écrit en minuscule et en italique. Combinée au genre, elle forme le binôme qui identifie l’espèce de manière univoque.

Les épithètes les plus courantes en botanique médicinale tombent dans plusieurs catégories :

Épithètes morphologiques — elles décrivent un trait visible de la plante : grandiflora (à grandes fleurs), parviflora (à petites fleurs), angustifolia (à feuilles étroites), latifolia (à feuilles larges), longifolia (à feuilles longues), rotundifolia (à feuilles rondes), tomentosa (couverte de duvet), glabra (glabre, sans poils), spinosa (épineuse), repens (rampante), erecta (dressée), procumbens (couchée), hirsuta (velue).

Épithètes de couleuralba (blanche), nigra (noire), rubra (rouge), lutea (jaune), caerulea (bleu ciel), purpurea (pourpre), viridis (verte), argentea (argentée), aurea (dorée), cinerea (cendrée, grise).

Épithètes géographiques — elles indiquent l’origine supposée ou le lieu de première description : europaea, africana, chinensis, japonica, indica, canadensis, virginiana, monspeliensis (de Montpellier), pyrenaica (des Pyrénées), alpina (des Alpes), sylvatica ou sylvestris (des forêts).

Épithètes d’habitataquatica (aquatique), palustris (des marais), arvensis (des champs), pratensis (des prés), campestris (des plaines), montana (des montagnes), rupestris (des rochers), littoralis (du littoral), maritima (maritime).

Épithètes d’usage ou de propriétéofficinalis (de l’officine, médicinale), tinctoria (tinctoriale, utilisée pour teindre), sativa (cultivée), vulgaris (commune, vulgaire), communis (commune), edulis (comestible), fragrans (parfumée), foetida (fétide), amara (amère), dulcis (douce), graveolens (à odeur forte), suaveolens (à odeur agréable).

Épithètes dédicatoires — elles honorent un botaniste, un mécène ou un explorateur : tournefortii (de Tournefort), thunbergii (de Thunberg), hookeriana (de Hooker), wallichiana (de Wallich), humboldtiana (de Humboldt). Le génitif latin masculin se termine en -ii (ou -i), le féminin en -iae, et la forme adjectivale en -ianus/-iana/-ianum.

L’abréviation d’auteur

Après le binôme figure l’abréviation de l’auteur qui a publié le nom pour la première fois de manière valide. Cette abréviation n’est ni en italique ni entre parenthèses (sauf cas particulier décrit plus loin). C’est la signature du nom — elle permet de remonter à la publication originale et de lever toute ambiguïté si deux auteurs ont utilisé le même binôme pour des plantes différentes.

Les abréviations d’auteurs sont standardisées par l’International Plant Names Index (IPNI) selon le système de Brummitt et Powell (1992). Quelques-unes des plus fréquentes :

L. — Carl von Linné. C’est l’abréviation la plus fréquente de toute la botanique, puisque Linné a nommé des milliers d’espèces dans le Species Plantarum. Quand vous lisez Salvia officinalis L., le « L. » signifie que c’est Linné qui a publié ce nom en 1753.

Mill. — Philip Miller (1691-1771), jardinier en chef du Chelsea Physic Garden à Londres. Auteur du Gardeners Dictionary (1768). C’est lui qui a nommé Lavandula angustifolia Mill. (la lavande vraie), distincte de Lavandula latifolia Medik. (la lavande aspic).

DC. — Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841), botaniste genevois, auteur du monumental Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis.

Lam. — Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829), botaniste et naturaliste français.

Pers. — Christiaan Hendrik Persoon (1761-1836), mycologue et botaniste sud-africain basé à Paris.

Willd. — Carl Ludwig Willdenow (1765-1812), botaniste allemand, directeur du Jardin botanique de Berlin.

Les parenthèses et la double citation

Lorsqu’une espèce est transférée d’un genre à un autre, le nom de l’auteur original est placé entre parenthèses, suivi du nom de l’auteur qui a effectué le transfert. C’est la double citation.

Exemple classique : la camomille allemande. Linné l’avait nommée Matricaria chamomilla L. en 1753. En 1974, le botaniste tchèque Karel Rauschert transféra cette espèce dans le genre Chamomilla sous le nom Chamomilla recutita, ce qui déclencha des décennies de querelles nomenclaturales. Aujourd’hui, le nom accepté est Matricaria chamomilla L. — mais dans de nombreux ouvrages, on trouve encore le synonyme Chamomilla recutita (L.) Rauschert, où les parenthèses autour de « L. » signifient que c’est Linné qui a décrit l’espèce originalement, et « Rauschert » qui l’a transférée dans le genre Chamomilla.

Autre exemple : le ginkgo. Linné le nomma directement Ginkgo biloba L. en 1771. Le nom Salisburia adiantifolia, proposé par Smith en 1797, n’est qu’un synonyme plus tardif tombé en désuétude.

La double citation est un outil de traçabilité historique : elle permet de suivre les pérégrinations taxonomiques d’une espèce à travers les genres, comme on suivrait les changements d’adresse d’un citoyen à travers les registres d’état civil.

Les rangs taxonomiques — du règne à la variété

Le binôme nomme l’espèce. Mais l’espèce s’insère dans une hiérarchie de rangs taxonomiques emboîtés, du plus inclusif au plus restrictif. Chaque rang regroupe les organismes qui partagent un ancêtre commun plus ou moins récent.

Prenons l’exemple du thym commun pour illustrer la hiérarchie complète :

Règne : Plantae (les plantes)
Embranchement (Division) : Magnoliophyta (les plantes à fleurs, ou angiospermes)
Classe : Magnoliopsida (les dicotylédones au sens large)
Ordre : Lamiales
Famille : Lamiaceae (les Lamiacées, ou famille de la menthe)
Genre : Thymus
Espèce : Thymus vulgaris L.

Chaque rang porte une terminaison standardisée en botanique :

Embranchement (Division) : -phyta (Magnoliophyta, Bryophyta, Pteridophyta)
Classe : -opsida (Magnoliopsida, Liliopsida)
Ordre : -ales (Lamiales, Rosales, Asterales, Apiales)
Famille : -aceae (Lamiaceae, Rosaceae, Asteraceae, Apiaceae)
Sous-famille : -oideae (Nepetoideae, Rosoideae)

Ces terminaisons sont d’une utilité pratique immédiate : lorsque vous lisez un nom se terminant par -aceae, vous savez que c’est un nom de famille ; un nom en -ales est un ordre ; un nom en -oideae est une sous-famille. Le suffixe est un code de rang.

Les huit familles historiques à noms conservés

Huit familles botaniques portent un nom alternatif conservé (nomen alternativum conservandum) qui ne suit pas la terminaison standard en -aceae. Ces noms historiques, antérieurs à la standardisation, restent valides en parallèle du nom standardisé :

— Asteraceae = Compositae (les Composées — fleurs composées de capitules)
— Apiaceae = Umbelliferae (les Ombellifères — inflorescences en ombelles)
— Brassicaceae = Cruciferae (les Crucifères — fleurs à quatre pétales en croix)
— Fabaceae = Leguminosae (les Légumineuses — fruits en gousses)
— Lamiaceae = Labiatae (les Labiées — corolle à deux lèvres)
— Poaceae = Gramineae (les Graminées)
— Arecaceae = Palmae (les Palmiers)
— Clusiaceae = Guttiferae (les Guttifères)

Dans la littérature phytothérapeutique, les anciens noms sont encore très courants — on parle plus volontiers des « Composées » que des « Asteraceae », des « Ombellifères » que des « Apiaceae ». Les deux sont corrects.

Schéma de la hiérarchie taxonomique du thym commun, du règne à l'espèce
Hiérarchie taxonomique de Thymus vulgaris

Au-dessous de l’espèce — sous-espèces, variétés et formes

L’espèce n’est pas toujours le niveau de résolution suffisant. De nombreuses espèces présentent des variations géographiques, morphologiques ou chimiques qui justifient une subdivision. La nomenclature botanique reconnaît trois rangs infraspécifiques principaux :

La sous-espèce (subsp.)

La sous-espèce désigne une population géographiquement ou écologiquement distincte, qui diffère de la forme typique par un ensemble de caractères héréditaires cohérents, mais qui peut encore se croiser avec elle lorsque leurs aires se chevauchent.

Exemple majeur en phytothérapie : Lavandula angustifolia Mill. subsp. angustifolia (la lavande vraie des montagnes, cultivée pour l’huile essentielle fine) vs Lavandula angustifolia subsp. pyrenaica (la lavande des Pyrénées, plus robuste, à profil chimique légèrement différent). La distinction a des conséquences directes sur la qualité de l’huile essentielle.

La variété (var.)

La variété botanique (à ne pas confondre avec la « variété » au sens courant ou avec le cultivar) désigne une variation morphologique ou chimique au sein d’une espèce ou d’une sous-espèce, sans la séparation géographique nette de la sous-espèce.

Exemple : Ocimum basilicum L. var. minimum (le basilic nain à petites feuilles, dit « basilic grec ») — même espèce que le grand basilic, mais port et feuillage différents.

La forme (f.)

La forme désigne une variation ponctuelle, souvent un seul caractère (couleur de fleur, pilosité), apparaissant sporadiquement dans une population. C’est le rang infraspécifique le plus bas et le moins utilisé.

Exemple : Digitalis purpurea L. f. alba — la digitale pourpre à fleurs blanches, une forme spontanée occasionnelle.

Le chémotype — une catégorie non nomenclaturale mais essentielle

En phytothérapie et en aromathérapie, une distinction fondamentale échappe à la nomenclature officielle : le chémotype (abrégé ct.). Le chémotype désigne des populations d’une même espèce qui, bien qu’identiques morphologiquement, produisent des profils chimiques radicalement différents. La distinction est cruciale car deux chémotypes d’une même espèce peuvent avoir des propriétés thérapeutiques — et des toxicités — très différentes.

L’exemple emblématique est le thym : Thymus vulgaris L. compte au moins sept chémotypes identifiés dans le sud de la France, nommés d’après leur composé majoritaire :

— ct. thymol (puissant antiseptique, hépatotoxique à haute dose, dermocaustique à l’état pur) ;
— ct. carvacrol (propriétés proches du thymol, encore plus dermocaustique) ;
— ct. linalol (doux, bien toléré par la peau, adapté aux enfants — le « thym doux ») ;
— ct. géraniol (antifongique, bien toléré) ;
— ct. thuyanol-4 (antibactérien puissant, hépatoprotecteur — rare et recherché) ;
— ct. α-terpinéol (le plus doux, anti-infectieux modéré) ;
— ct. paracymène (anti-inflammatoire, antalgique).

Prescrire « de l’huile essentielle de thym » sans préciser le chémotype est aussi imprécis que prescrire « un antibiotique » sans préciser la molécule. Le chémotype est inscrit sur l’étiquette des huiles essentielles de qualité (norme HEBBD — Huile Essentielle Botaniquement et Biochimiquement Définie) mais n’apparaît pas dans le nom latin officiel.

Illustration des sept chémotypes du thym commun et leurs profils chimiques distincts
Les sept chémotypes de Thymus vulgaris

Le Code international de nomenclature — les règles du jeu

La nomenclature botanique est régie par le Code international de nomenclature pour les algues, les champignons et les plantes (ICN, anciennement ICBN — International Code of Botanical Nomenclature). Ce code est révisé tous les six ans lors des Congrès internationaux de botanique. La dernière édition est le Code de Shenzhen (2018), du nom de la ville chinoise où s’est tenu le XIXe Congrès.

Le Code repose sur six principes fondamentaux :

Principe I — Indépendance. La nomenclature botanique est indépendante de la nomenclature zoologique. Un même nom peut désigner une plante et un animal sans conflit (Pieris est à la fois un genre de papillon et un genre d’Éricacées).

Principe II — Nomenclature typifiée. L’application de chaque nom est déterminée par un type nomenclatural — un spécimen d’herbier (ou une illustration) conservé dans une institution, qui sert de référence permanente. Le type n’est pas l’individu le plus « typique » de l’espèce, mais l’ancrage physique du nom : quoi qu’il advienne des révisions taxonomiques, le nom reste attaché au spécimen type.

Principe III — Priorité. Le nom valide d’un taxon est le plus ancien nom publié conformément aux règles. C’est le principe de priorité, qui remonte au 1er mai 1753, date de publication du Species Plantarum de Linné — le point de départ conventionnel de la nomenclature botanique. Tout nom publié avant cette date est considéré comme « pré-linnéen » et n’a pas de statut nomenclatural.

Principe IV — Unicité. Chaque groupe taxonomique ne peut porter qu’un seul nom correct à un rang donné.

Principe V — Stabilité. Les noms ne doivent pas être changés sans raison suffisante — le Code cherche à maximiser la stabilité nomenclaturale.

Principe VI — Latinité. Les noms scientifiques sont traités comme latins, quelle que soit leur origine linguistique réelle. Un nom dérivé du japonais, de l’arabe ou du quechua est latinisé selon des règles de déclinaison et de genre grammatical.

Publication valide et publication effective

Pour qu’un nom soit valide, il doit remplir plusieurs conditions :

— être effectivement publié dans un support imprimé (ou, depuis 2012, en ligne dans un format PDF avec un ISSN ou ISBN) accessible au public ;

— être accompagné d’une description ou diagnose en latin (obligation supprimée en 2012 — une description en anglais est désormais suffisante) ;

— désigner un type nomenclatural (obligation renforcée depuis 1958) ;

— ne pas être un homonyme postérieur (un nom identique déjà utilisé pour un autre taxon).

Un nom qui ne remplit pas ces conditions est un nom invalide (nomen invalidum, nom. inval.) et n’a pas de statut nomenclatural.

Synonymes — pourquoi une même plante porte plusieurs noms

L’un des aspects les plus déroutants de la nomenclature botanique pour le non-spécialiste est la profusion de synonymes. La même plante peut être connue sous trois, cinq, parfois vingt noms latins différents dans la littérature. Cela ne signifie pas que le système est défaillant — cela signifie que la taxonomie est une science vivante, où les hypothèses de classification sont régulièrement révisées à la lumière de nouvelles données (morphologiques, moléculaires, géographiques).

On distingue deux types de synonymes :

Les synonymes nomenclaturaux (homotypiques) — des noms différents fondés sur le même type. Ils résultent du transfert d’une espèce d’un genre à un autre. Par exemple, Chamomilla recutita (L.) Rauschert et Matricaria chamomilla L. sont des synonymes nomenclaturaux — ils reposent sur le même spécimen type.

Les synonymes taxonomiques (hétérotypiques) — des noms fondés sur des types différents, mais considérés par un taxonomiste comme appartenant à la même espèce. Par exemple, si un botaniste du XIXe siècle a décrit une plante comme espèce nouvelle sans réaliser qu’elle avait déjà été nommée par Linné, son nom devient un synonyme taxonomique.

Quelques cas célèbres de synonymie en phytothérapie :

— L’échinacée : Echinacea purpurea (L.) Moench est le nom accepté. Le synonyme Rudbeckia purpurea L. (le nom original de Linné, qui plaçait cette plante dans le genre Rudbeckia) se rencontre encore dans les anciens ouvrages.

— Le gattilier : Vitex agnus-castus L. est stable depuis Linné — un cas rare de nom jamais contesté en 270 ans.

— L’harpagophytum : Harpagophytum procumbens (Burch.) DC. ex Meisn. — la double citation avec parenthèses indique que Burchell a décrit l’espèce originalement, et que De Candolle (via Meissner) l’a transférée.

Pour le praticien en phytothérapie, le réflexe essentiel est de toujours vérifier le nom accepté actuel d’une plante lorsqu’on consulte un ouvrage ancien. Les bases de données de référence pour cela sont :

World Flora Online (www.worldfloraonline.org) — le successeur de The Plant List, base de données mondiale de référence depuis 2020 ;

POWO — Plants of the World Online (powo.science.kew.org) — base de données des Royal Botanic Gardens de Kew ;

IPNI — International Plant Names Index (www.ipni.org) — index des noms publiés (pas d’information sur le statut accepté/synonyme, mais complet pour les citations d’auteurs).

Les noms vernaculaires — utiles mais trompeurs

Les noms vernaculaires (noms communs, noms populaires) ont leur utilité : ils sont mémorisables, évocateurs, et portent souvent une information ethnobotanique précieuse. « Herbe aux coupures » dit quelque chose de l’usage de l’achillée. « Pas-d’âne » décrit la forme de la feuille du tussilage. « Queue-de-cheval » évoque la silhouette de la prêle.

Mais ils posent quatre problèmes majeurs :

1. L’ambiguïté — un même nom vernaculaire peut désigner des plantes totalement différentes. « Laurier » peut désigner le laurier noble (Laurus nobilis, comestible), le laurier-cerise (Prunus laurocerasus, toxique), le laurier-rose (Nerium oleander, mortel), le laurier-tin (Viburnum tinus), ou le laurier de Californie (Umbellularia californica). Confondre le laurier noble et le laurier-cerise dans une tisane n’est pas une question académique — c’est une question de vie ou de mort.

2. La synonymie — une même plante porte des dizaines de noms vernaculaires selon les régions. Le millepertuis (Hypericum perforatum) est aussi appelé herbe de la Saint-Jean, chasse-diable, herbe aux mille trous, herbe percée, herbe aux piqûres, trucheron jaune. En anglais, c’est St. John’s wort ; en allemand, Johanniskraut ; en espagnol, hierba de San Juan ou corazoncillo.

3. L’absence de hiérarchie — les noms vernaculaires ne renseignent pas sur les parentés entre espèces. Rien dans les noms « camomille romaine » et « camomille allemande » n’indique que ces deux plantes appartiennent à des genres différents (Chamaemelum nobile vs Matricaria chamomilla), ni que la « camomille des teinturiers » (Anthemis tinctoria) est plus proche de la camomille romaine que de l’allemande.

4. La fausse familiarité — les noms vernaculaires peuvent créer une illusion de connaissance. Appeler une plante « sauge » sans préciser l’espèce, c’est confondre dans un même mot Salvia officinalis (la sauge officinale, riche en thuyone neurotoxique), Salvia sclarea (la sauge sclarée, sans thuyone, utilisée en aromathérapie pour des propriétés œstrogène-like), Salvia hispanica (le chia, graine alimentaire), et Salvia divinorum (la sauge divinatoire, hallucinogène puissant). Le genre Salvia compte plus de 900 espèces — le mot « sauge » n’en distingue aucune.

Lire un nom latin — guide pratique

Voici comment décoder un nom botanique complet en situation réelle. Prenons :

Echinacea purpurea (L.) Moench

Echinacea : genre, du grec echinos, « hérisson » — allusion au réceptacle épineux du capitule ;
purpurea : épithète spécifique, « pourpre » — couleur des ligules ;
— (L.) : Linné a décrit l’espèce en premier (sous un autre genre) ;
— Moench : Conrad Moench (1744-1805) a transféré l’espèce dans le genre Echinacea en 1794.

Autre exemple :

Crataegus monogyna Jacq. subsp. monogyna

Crataegus : genre, du grec kratos, « force » — allusion à la dureté du bois ;
monogyna : « un seul pistil » (mono + gynè) — l’aubépine à un style, par opposition à C. laevigata qui en a deux ;
— Jacq. : Nikolaus Joseph von Jacquin (1727-1817), botaniste autrichien ;
— subsp. monogyna : la sous-espèce nominale (celle qui porte le même nom que l’espèce, c’est la forme typique).

Dernier exemple, plus complexe :

Thymus serpyllum L. var. serpyllum

Thymus : genre, du grec thumon, « parfum » (ou thumos, « courage » — les soldats romains se baignaient dans du thym avant la bataille) ;
serpyllum : du grec herpyllos, « rampant » — le serpolet rampe sur le sol ;
— L. : Linné, Species Plantarum, 1753 ;
— var. serpyllum : la variété nominale.

Les pièges courants et comment les éviter

Genre et épithète ne s’accordent pas toujours

En latin, l’adjectif s’accorde en genre grammatical avec le substantif. Mais l’épithète spécifique n’est pas toujours un adjectif — elle peut être un substantif en apposition ou au génitif, auquel cas elle ne s’accorde pas. Plantago major (et non *majora) parce que major est un adjectif qui s’accorde avec Plantago (féminin). Mais Pyrus communis (et non *commune) parce que Pyrus est masculin en latin botanique (bien que neutre en latin classique — le Code traite tous les noms d’arbres comme masculins).

Ne pas inventer d’italique sélectif

Les conventions typographiques sont simples : le genre et l’épithète spécifique sont en italique. Les noms de famille, d’ordre et de rangs supérieurs ne sont pas en italique. Les abréviations d’auteurs ne sont pas en italique. Les abréviations de rang (subsp., var., f.) ne sont pas en italique, mais le nom qui les suit l’est. Exemple : Mentha × piperita L. var. citrata — tout ce qui est en italique est un nom de taxon, tout ce qui ne l’est pas est un indicateur grammatical ou une attribution d’auteur.

Le signe × indique un hybride

Un × (signe de multiplication) placé avant le nom de genre ou avant l’épithète indique un hybride. Mentha × piperita L. est l’hybride entre Mentha aquatica et Mentha spicata — la menthe poivrée est un hybride, pas une espèce au sens strict. De même, × Laburnocytisus adamii est un hybride intergénérique entre Laburnum et Cytisus.

En phytothérapie, les hybrides sont fréquents parmi les plantes cultivées : la lavande « lavandin » (Lavandula × intermedia) est l’hybride entre la lavande vraie et la lavande aspic ; la menthe poivrée (Mentha × piperita) est stérile et ne se propage que par bouturage — ce qui explique son homogénéité chimique.

cf., aff. et les identifications incertaines

Dans les herbiers et les inventaires floristiques, on rencontre des abréviations signalant une identification incomplète :

cf. (confer, « comparez ») : la plante ressemble à l’espèce indiquée mais l’identification n’est pas certaine. Thymus cf. vulgaris signifie « probablement T. vulgaris, à confirmer ».

aff. (affinis, « apparenté à ») : la plante est proche de l’espèce indiquée mais en diffère peut-être — elle pourrait être une espèce voisine ou une espèce nouvelle.

sp. (species) : le genre est identifié mais l’espèce ne l’est pas. Artemisia sp. = « une armoise, espèce indéterminée ».

spp. (species pluralis) : plusieurs espèces du même genre. Echinacea spp. = « les échinacées (plusieurs espèces) ».

s.l. (sensu lato, « au sens large ») et s.s. (sensu stricto, « au sens strict ») : indiquent si le nom est utilisé dans son acception large (incluant des taxons proches parfois traités comme espèces distinctes) ou stricte.

La nomenclature à l’ère de la phylogénie moléculaire

La révolution de la phylogénie moléculaire — la reconstruction des arbres évolutifs à partir des séquences d’ADN — a profondément bouleversé la classification des plantes depuis les années 1990. Le système APG (Angiosperm Phylogeny Group), publié pour la première fois en 1998 et régulièrement mis à jour (APG IV en 2016), a redistribué de nombreuses familles et genres pour que la classification reflète les véritables parentés évolutives plutôt que les seules ressemblances morphologiques.

Les conséquences sur la nomenclature ont été considérables :

— Les Scrophulariaceae (famille du bouillon-blanc et de la digitale) ont été éclatées : les digitales sont passées dans les Plantaginaceae, les molènes (bouillon-blanc) sont restées dans les Scrophulariaceae, les véroniques sont allées dans les Plantaginaceae. Le praticien qui lit un ouvrage d’avant 2000 trouvera la digitale dans les Scrophulariaceae — dans un ouvrage récent, dans les Plantaginaceae. La plante est la même, seule son adresse familiale a changé.

— Le genre Chrysanthemum a été démembré : le chrysanthème des fleuristes est devenu Chrysanthemum × morifolium, tandis que la tanaisie est devenue Tanacetum vulgare (autrefois Chrysanthemum vulgare) et que le pyrèthre est devenu Tanacetum cinerariifolium.

— La famille des Liliaceae (les lys au sens large) a été explosée en une dizaine de familles : les aulx sont passés dans les Amaryllidaceae, les asphodèles dans les Asphodelaceae, les asperges dans les Asparagaceae, les colchiques dans les Colchicaceae. Le « lys » au sens ancien englobait des plantes aussi différentes qu’un ail et un colchique.

Ces remaniements, aussi perturbants soient-ils pour l’utilisateur, reflètent un progrès réel de la connaissance. Un système de classification qui reflète l’évolution est plus prédictif qu’un système fondé sur la morphologie seule : si deux espèces sont phylogénétiquement proches, il y a de bonnes chances qu’elles partagent des voies de biosynthèse — et donc des métabolites secondaires — similaires. Pour le phytothérapeute, la phylogénie moléculaire est un outil : elle permet de prédire la chimie d’une espèce peu étudiée à partir de celle de ses proches parents.

Prononcer le latin botanique

Le latin botanique n’est pas le latin classique de Cicéron. Sa prononciation a été historiquement influencée par la langue maternelle du botaniste — un Français, un Anglais, un Allemand et un Italien prononceront Echinacea de quatre manières différentes, et tous auront « raison » dans leur tradition nationale.

Quelques conventions de prononciation courantes en France :

— le c devant e, i, y se prononce [s] (tradition française) ou [k] (prononciation restituée). Echinacea se dit « é-ki-na-ssé-a » ou « é-chi-na-sé-a » selon la tradition ;

— le ch se prononce [k] : Chamomilla = « ka-mo-mi-la » ;

— le ph se prononce [f] : Phytolacca = « fi-to-la-ka » ;

— le th se prononce [t] : Thymus = « ti-muss » ;

— le -ae final se prononce [é] : Rosaceae = « ro-za-ssé » ;

— le -ii final se prononce [i-i] en deux syllabes : thunbergii = « tunn-bèr-gui-i » ;

— l’accent tonique tombe généralement sur l’avant-dernière syllabe si elle est longue, sur l’antépénultième si l’avant-dernière est brève : officinális (accent sur -na-), purpúrea (accent sur -pu-).

L’essentiel n’est pas la perfection de la prononciation — c’est la capacité à être compris. Un latin botanique approximatif mais intelligible vaut infiniment mieux qu’un nom vernaculaire ambigu.

Dix noms latins que tout botaniste herboriste devrait décoder

Pour clore cet article, voici dix noms de plantes médicinales majeures décortiqués — un exercice pratique de lecture nomenclaturale :

1. Matricaria chamomilla L.
Matricaria : du latin matrix, « matrice, utérus » — la plante était utilisée pour les affections utérines. Chamomilla : du grec chamaimelon, « pomme à terre » (de chamai, « au sol », et mêlon, « pomme ») — allusion au port bas et à l’odeur de pomme des capitules frais.

2. Valeriana officinalis L.
Valeriana : étymologie discutée — peut-être du latin valere, « être en bonne santé », ou de la province romaine de Valeria (Pannonie). Officinalis : vendue en officine.

3. Taraxacum officinale F.H. Wigg.
Taraxacum : probablement de l’arabe tharakhchakon, désignant une chicorée amère. Officinale : forme neutre d’officinalis (le genre Taraxacum est traité comme neutre). F.H. Wigg. : Friedrich Heinrich Wiggers (1746-1811), botaniste allemand.

4. Calendula officinalis L.
Calendula : du latin calendae, « calendes » (premier jour de chaque mois) — le souci fleurit tous les mois de l’année (en climat doux). Officinalis : médicinale.

5. Urtica dioica L.
Urtica : du latin urere, « brûler » — la brûlure des poils urticants. Dioica : « dioïque » — les fleurs mâles et femelles sont portées par des pieds séparés.

6. Melissa officinalis L.
Melissa : du grec melissa, « abeille » — la mélisse est une plante mellifère par excellence. Officinalis : médicinale.

7. Achillea millefolium L.
Achillea : d’Achille, le héros grec qui, selon la légende, utilisait cette plante pour soigner les blessures de ses soldats lors du siège de Troie. Millefolium : « mille feuilles » — les feuilles sont si finement découpées qu’elles semblent composées de milliers de segments.

8. Sambucus nigra L.
Sambucus : du grec sambukê, une flûte — les tiges creuses du sureau servaient à fabriquer des instruments de musique. Nigra : « noire » — couleur des baies mûres.

9. Filipendula ulmaria (L.) Maxim.
Filipendula : du latin filum, « fil », et pendulus, « pendant » — allusion aux tubercules racinaires suspendus comme des perles à un fil chez certaines espèces. Ulmaria : « semblable à l’orme (Ulmus) » — les feuilles rappellent vaguement celles de l’orme. (L.) Maxim. : Linné l’avait nommée Spiraea ulmaria, Maximowicz l’a transférée dans Filipendula. C’est de l’ancien nom Spiraea que dérive le mot aspirine.

10. Ginkgo biloba L.
Ginkgo : du japonais ginkyō (銀杏), « abricot d’argent ». Le g final résulte probablement d’une erreur de transcription de Linné ou de son informateur Engelbert Kaempfer — mais le Code interdit de corriger les erreurs orthographiques originales, de sorte que Ginkgo (et non *Ginkyo) est le nom officiel pour l’éternité. Biloba : « à deux lobes » — la forme caractéristique de la feuille.

Conclusion — le nom latin comme outil de précision

La nomenclature botanique n’est pas un exercice d’érudition réservé aux taxonomistes. C’est un outil de précision — le seul qui permette d’identifier une plante sans ambiguïté, de communiquer cette identification à n’importe qui dans le monde, et de remonter jusqu’à la description originale pour vérifier de quoi on parle exactement.

Pour le phytothérapeute, le botaniste de terrain, l’herboriste ou le simple curieux de nature, maîtriser la lecture d’un nom latin, c’est :

— ne jamais confondre deux espèces qui portent le même nom vernaculaire ;
— savoir immédiatement si un ouvrage parle de la même plante qu’un autre, même si les noms vernaculaires diffèrent ;
— comprendre les parentés entre espèces d’un même genre (et donc anticiper des propriétés chimiques partagées) ;
— naviguer dans les bases de données botaniques, les pharmacopées et la littérature scientifique internationale ;
— repérer les changements de classification et les synonymes sans perdre le fil.

Le binôme linnéen a traversé 273 ans sans prendre une ride. Dans un monde où les systèmes de classification sont révisés, contestés et remodelés à chaque avancée de la phylogénie moléculaire, le principe reste inchangé : deux mots latins, un auteur, un spécimen type. C’est l’adresse postale du vivant — et comme toute bonne adresse, elle permet de trouver ce qu’on cherche.

Références

Linné C. (1753). Species Plantarum. Stockholm : Laurentii Salvii. — L’ouvrage fondateur de la nomenclature botanique, point de départ conventionnel au 1er mai 1753.

Turland N.J. et al. (2018). International Code of Nomenclature for algae, fungi, and plants (Shenzhen Code). Regnum Vegetabile 159. Glashütten : Koeltz Botanical Books. — La dernière édition du Code international de nomenclature.

Brummitt R.K., Powell C.E. (1992). Authors of Plant Names. Kew : Royal Botanic Gardens. — Le référentiel des abréviations d’auteurs, désormais maintenu en ligne par l’IPNI.

Stearn W.T. (2004). Botanical Latin. 4e éd. Portland : Timber Press. — L’ouvrage de référence sur le latin utilisé en botanique — grammaire, prononciation, déclinaisons, formation des noms.

Simpson M.G. (2019). Plant Systematics. 3e éd. Amsterdam : Academic Press. — Manuel universitaire couvrant la taxonomie, la nomenclature et la phylogénie des plantes.

Judd W.S., Campbell C.S., Kellogg E.A., Stevens P.F., Donoghue M.J. (2016). Plant Systematics: A Phylogenetic Approach. 4e éd. Sunderland : Sinauer Associates. — Le traité de référence sur la classification phylogénétique des plantes.

APG IV (2016). An update of the Angiosperm Phylogeny Group classification for the orders and families of flowering plants: APG IV. Botanical Journal of the Linnean Society, 181(1), 1-20. — La dernière classification phylogénétique de référence des angiospermes.

Angiosperm Phylogeny Website — Stevens P.F. (2001-). Missouri Botanical Garden. — Ressource en ligne continuellement mise à jour sur la phylogénie des plantes à fleurs.

World Flora Online — www.worldfloraonline.org — Base de données mondiale des noms de plantes acceptés et de leurs synonymes.

IPNI — International Plant Names Index — www.ipni.org — Index complet des noms botaniques publiés et de leurs citations d’auteurs.

Bauhin G. (1623). Pinax theatri botanici. Bâle. — L’un des premiers essais de nomenclature systématique pré-linnéenne.

Tournefort J.P. de (1700). Institutiones rei herbariae. Paris : Typographia Regia. — L’ouvrage qui établit le concept de genre botanique.

Blunt W. (2001). Linnaeus: The Compleat Naturalist. Londres : Frances Lincoln. — Biographie accessible et documentée de Linné.

Pavord A. (2005). The Naming of Names: The Search for Order in the World of Plants. Londres : Bloomsbury. — Histoire passionnante de la quête humaine pour nommer et classer les plantes, de Théophraste à Linné.

Pharmacopée européenne (11e éd., 2023). Strasbourg : EDQM. — Utilise systématiquement la nomenclature binomiale pour l’identification des drogues végétales.

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