Elles sont partout. Dans les pelouses, sur les talus, au bord des chemins, dans les friches, entre les dalles du trottoir. Des fleurs jaunes, en capitules, avec des ligules rayonnantes et un air de famille déconcertant. « Un pissenlit », dit le promeneur, et il passe son chemin. Mais ce n’est presque jamais un pissenlit. C’est une crépide, ou un liondent, ou une porcelle, ou un laiteron, ou une épervière, ou une picride, ou une lampsane — et la différence n’est pas anecdotique. Pour le botaniste débutant, ces Astéracées jaunes constituent le cauchemar numéro un : des dizaines d’espèces qui semblent identiques au premier regard, et dont la détermination exige de savoir exactement où poser les yeux. Cet article est un guide de terrain. Il ne prétend pas à l’exhaustivité systématique — il existe en France plus de cent espèces de « composées jaunes à ligules » — mais il couvre les dix-neuf espèces les plus courantes, celles que tout herborisateur rencontre dans les cinq premières minutes de chaque sortie, et il fournit les critères pratiques pour les différencier à coup sûr, sans microscope, avec une simple loupe de poche.
Demandez à un promeneur de nommer une fleur jaune au bord du chemin et, neuf fois sur dix, la réponse sera « pissenlit ». Ce réflexe — parfaitement compréhensible — masque une réalité botanique redoutable : la famille des Astéracées (anciennement Composées) compte à elle seule plus de 10 % de la flore française, et parmi ses membres, les espèces à capitules entièrement composés de fleurons ligulés jaunes forment un bataillon de plus de cent espèces en France métropolitaine. La plupart appartiennent à la tribu des Cichorieae (anciennement Lactuceae ou Liguliflorae) — un groupe caractérisé par la présence de latex blanc dans tous les organes et par des capitules dont chaque fleuron porte une ligule allongée à cinq dents terminales. C’est ce groupe qui cause l’essentiel des confusions.
Le problème n’est pas que ces plantes soient impossibles à distinguer — c’est qu’on ne sait pas où regarder. Le botaniste débutant regarde la couleur (jaune — comme toutes les autres), la forme générale du capitule (radiée — comme toutes les autres), et la taille de la plante (variable au sein de chaque espèce). Ce sont les mauvais critères. Les bons critères — ceux qui permettent une identification certaine en quelques secondes — sont cachés : le type de pappus (les soies ou plumes qui surmontent le fruit), la structure de l’involucre (l’ensemble des bractées qui entourent le capitule), la présence ou l’absence d’écailles sur le réceptacle, la forme de la base des feuilles sur la tige, le type de pilosité. Ce sont des détails, mais des détails décisifs — et une fois qu’on sait les chercher, l’identification devient non seulement possible mais rapide et fiable.
Cet article couvre dix-neuf espèces réparties en onze genres. Il ne s’agit pas d’une flore exhaustive mais d’un guide de terrain centré sur les confusions les plus fréquentes. Les genres traités sont : Taraxacum (pissenlit), Crepis (crépides), Leontodon (liondents), Hypochaeris (porcelle), Hieracium (épervières), Sonchus (laiterons), Lapsana (lampsane), Picris (picrides), Tragopogon (salsifis), Lactuca (laitue sauvage) et Senecio (séneçons). Ensemble, ces espèces représentent plus de 90 % des « composées jaunes » qu’un herborisateur rencontre dans une sortie ordinaire en plaine ou en moyenne montagne.
II. Anatomie d’un capitule — le vocabulaire indispensable
Avant d’aborder les espèces, il faut maîtriser le vocabulaire du capitule — cette inflorescence caractéristique des Astéracées où des dizaines, voire des centaines de fleurs minuscules sont serrées sur un plateau commun et entourées de bractées protectrices, l’ensemble mimant une fleur unique. Sans ces mots, la clé de détermination est illisible.
Le capitule. C’est l’« inflorescence en tête » qui caractérise toute la famille. Ce que le profane appelle « la fleur » est en réalité un bouquet de dizaines de fleurs individuelles (les fleurons) insérées sur un réceptacle commun et entourées d’un involucre de bractées. Chez les Liguliflores (tribu des Cichorieae), tous les fleurons sont ligulés — c’est-à-dire que chacun porte une corolle allongée en languette, terminée par cinq petites dents qui trahissent l’origine de cinq pétales soudés. Chez les séneçons (tribu des Senecioneae), les fleurons du centre sont tubuleux (en tube) et seuls ceux de la périphérie portent des ligules — on parle alors de capitule radié.
L’involucre. C’est l’ensemble des bractées (petites feuilles modifiées) qui entourent la base du capitule, comme un calice entoure une fleur ordinaire. Sa structure est l’un des critères les plus importants pour la détermination des genres. On distingue plusieurs architectures :
— Involucre à calicule : un rang interne de bractées longues et égales, entouré à la base d’un rang externe de bractées nettement plus courtes (le « calicule »). C’est le cas chez Taraxacum, Crepis, Sonchus et Senecio. Chez le pissenlit, les bractées externes sont réfléchies vers le bas ; chez les crépides, elles sont appliquées ou étalées.
— Involucre imbriqué : les bractées sont disposées sur plusieurs rangs de longueur croissante, comme les tuiles d’un toit. C’est le cas chez Hieracium, Leontodon, Hypochaeris et Picris.
— Involucre unisérié : un seul rang de bractées longues et égales, sans calicule ni imbrication. C’est le cas chez Tragopogon et, de façon simplifiée, chez Lapsana.
Le réceptacle. C’est le plateau sur lequel sont insérés les fleurons. Chez la grande majorité des genres traités ici, le réceptacle est nu — c’est-à-dire qu’entre les fleurons, il n’y a rien. Chez un seul genre de notre liste — Hypochaeris (la porcelle) — le réceptacle porte des écailles membraneuses (des paillettes) entre les fleurons. Ce critère est absolument diagnostique : si vous trouvez des écailles sur le réceptacle, c’est une porcelle.
Le pappus. C’est l’aigrette qui surmonte le fruit (l’akène) et qui assure la dissémination par le vent. C’est le critère de terrain le plus puissant pour distinguer les genres, et il existe trois types fondamentaux :
— Pappus de soies simples (capillaires) : des poils fins, lisses, non ramifiés, comme les fils d’un pinceau. C’est le cas chez Taraxacum, Crepis, Sonchus, Hieracium, Senecio et Lactuca.
— Pappus de soies plumeuses : des poils portant des ramifications latérales, comme une plume d’oiseau. Visible à la loupe (×10), ce caractère est net et sans ambiguïté. C’est le cas chez Leontodon, Hypochaeris, Picris et Tragopogon.
— Pappus absent : le fruit est nu, sans aigrette. C’est le cas chez un seul genre de notre liste : Lapsana.
L’akène. C’est le fruit sec, indéhiscent, contenant une seule graine. Sa forme fournit des critères complémentaires : certains akènes portent un long bec (un prolongement fin entre le corps de l’akène et le pappus) — c’est le cas chez Taraxacum, Tragopogon, Lactuca, Hypochaeris et certains Crepis. D’autres sont directement surmontés du pappus, sans bec — c’est le cas chez Hieracium, Sonchus, Senecio et la plupart des Leontodon.
Le latex. Un suc laiteux, blanc et collant, qui s’écoule quand on casse une tige ou une feuille. Tous les genres de la tribu des Cichorieae en produisent (Taraxacum, Crepis, Leontodon, Hypochaeris, Hieracium, Sonchus, Lapsana, Picris, Tragopogon, Lactuca). Les séneçons (Senecio), qui appartiennent à une autre tribu, n’en produisent pas. Ce critère permet d’emblée de séparer les séneçons du reste du groupe.
III. Les sept critères de terrain
Voici, dans l’ordre de consultation recommandé, les sept caractères qui permettent de déterminer n’importe quelle composée jaune ligulée de France en moins de deux minutes avec une loupe ×10.
Critère 1 — Le latex. Cassez la tige ou une feuille. Un suc blanc s’écoule ? Vous êtes chez les Liguliflores (Cichorieae). Pas de latex ? Cherchez du côté des séneçons (Senecioneae) ou sortez de cet article.
Critère 2 — Le type de fleurons. Regardez le capitule de face. Tous les fleurons sont-ils des ligules (languettes à cinq dents) ? C’est un Liguliflore. Y a-t-il un disque central de fleurons tubuleux entouré de ligules périphériques ? C’est un capitule radié — pensez séneçon.
Critère 3 — Le pappus. Prélevez un akène mûr (ou un akène en formation) et examinez l’aigrette à la loupe. Soies simples (lisses) ? Soies plumeuses (ramifiées) ? Pas de pappus du tout ? Ce seul critère réduit les possibilités à trois ou quatre genres.
Critère 4 — L’involucre. Examinez la base du capitule. Les bractées sont-elles disposées en deux séries nettes (longues internes + courtes externes = calicule) ? Ou sont-elles imbriquées sur plusieurs rangs comme des tuiles ? Ou forment-elles un seul rang de bractées égales ?
Critère 5 — Le réceptacle. Si le capitule est défleuri ou en fruit, écartez les akènes et regardez le plateau central. Y a-t-il des petites écailles membraneuses entre les insertions des fleurons ? Si oui, c’est Hypochaeris. Sinon, passez au critère suivant.
Critère 6 — La tige. La plante a-t-elle une tige feuillée et ramifiée ? Ou la tige est-elle une simple hampe nue (scape) portant un ou quelques capitules sans feuilles caulinaires ? Les plantes à hampe nue forment un groupe restreint : Taraxacum, Leontodon, Hypochaeris, Hieracium pilosella.
Critère 7 — La pilosité et la base des feuilles. Poils simples ? Poils fourchus (bifides) ? Poils étoilés ? Poils glanduleux ? Poils raides à crochets ? Glabres ? Et la base des feuilles caulinaires : embrassante avec des oreillettes ? Atténuée en pétiole ? Sagittée ? Ces détails tranchent les dernières ambiguïtés.
Pappus de soies plumeuses :Leontodon, Hypochaeris, Picris, Tragopogon
Pappus absent :Lapsana
IV. Le pissenlit — Taraxacum officinale F.H. Wigg.
Taraxacum officinale — le pissenlit officinal. Cliquer pour agrandir et examiner les détails diagnostiques : bractées réfléchies, hampe creuse, akènes longuement beakés, pappus de soies simples.
Le pissenlit est le point de départ obligé — c’est l’espèce que tout le monde connaît (ou croit connaître), et c’est par rapport à lui que toutes les autres espèces se définissent. En réalité, Taraxacum officinale au sens large est un agrégat de centaines de micro-espèces apomictiques (se reproduisant sans fécondation), mais pour l’identification de terrain, on le traite comme une seule entité reconnaissable à un faisceau de caractères constants.
Port et taille. Plante vivace, acaule, de 5 à 40 cm de hauteur. Toute la végétation forme une rosette basale plaquée au sol ou étalée, d’où partent une ou plusieurs hampes florales nues (scapes). Il n’y a jamais de tige feuillée — c’est le premier critère de distinction avec les crépides, les laiterons et les picrides, qui ont tous une tige ramifiée portant des feuilles.
Feuilles. En rosette basale, très variables mais toujours roncinées — c’est-à-dire profondément découpées en lobes triangulaires pointant vers la base de la feuille, comme les dents d’un peigne inversé. Le lobe terminal est souvent le plus grand et de forme triangulaire. La texture est molle, la couleur vert moyen, la surface glabre ou avec quelques poils épars. La nervure médiane est blanchâtre et parfois teintée de rouge.
Hampe florale. Cylindrique, creuse, parfaitement lisse et glabre, non ramifiée, de 5 à 40 cm, portant un unique capitule terminal. Quand on la casse, un latex blanc abondant s’écoule immédiatement. C’est un caractère très fiable : aucune des espèces à hampe ramifiée n’est un pissenlit.
Capitule. Solitaire, large de 3 à 5 cm, avec 100 à 300 fleurons ligulés d’un jaune vif et lumineux. Les ligules extérieures sont souvent striées de gris-verdâtre sur la face inférieure.
Involucre. Deux séries de bractées bien distinctes : les internes (12 à 20) sont longues, dressées, appliquées ; les externes (8 à 14) sont nettement plus courtes et réfléchies vers le bas — c’est-à-dire recourbées contre la hampe. Ce caractère est quasi unique parmi les composées jaunes françaises et constitue un critère d’identification immédiat.
Réceptacle. Nu, sans écailles.
Akènes. Fusiformes, de 3 à 4 mm, brun olive, finement côtelés, surmontés d’un long bec grêle (8 à 10 mm) qui porte le pappus. Le bec est nettement plus long que le corps de l’akène — un critère visible à l’œil nu sur les fruits mûrs.
Pappus. Soies simples (non plumeuses), blanches, soyeuses, formant la célèbre « boule » sphérique qui permet la dissémination par le vent. Le diamètre de la sphère de pappus atteint 3 à 5 cm.
Latex. Blanc, abondant, coulant immédiatement de toute blessure.
Floraison. Principalement mars à mai, mais des floraisons sporadiques toute l’année. Parmi les premières « composées jaunes » du printemps.
Habitat. Ubiquiste : pelouses, prairies, bords de chemins, friches, jardins, murs, pavés. Du niveau de la mer à 2 500 m. Toute la France.
Résumé diagnostique du pissenlit : rosette basale sans tige feuillée + hampe creuse non ramifiée + capitule solitaire + bractées externes réfléchies + akènes longuement beakés + pappus de soies simples + latex abondant.
V. Les crépides — Crepis L.
Crepis capillaris — la crépide capillaire, la plus courante des « faux pissenlits ». Cliquer pour voir les détails : tige ramifiée, capitules petits, akènes sans bec.
Les crépides sont probablement les plantes les plus souvent prises pour des pissenlits. Elles partagent avec Taraxacum le pappus de soies simples, le latex blanc et les capitules jaune vif — mais elles s’en distinguent fondamentalement par la présence d’une tige feuillée et ramifiée portant plusieurs capitules. Un pissenlit n’a jamais de tige : s’il y a une tige avec des feuilles et des ramifications, ce n’est pas un pissenlit.
Caractères du genre Crepis :
— Tige feuillée, ramifiée, dressée
— Feuilles caulinaires à base souvent sagittée ou embrassante
— Capitules multiples en corymbe ou en panicule
— Involucre à calicule (bractées externes courtes + internes longues)
— Réceptacle nu
— Pappus de soies simples, blanches
— Latex blanc
La plus commune et la plus confondue avec le pissenlit. Petite plante annuelle de 20 à 80 cm, à tige fine (d’où l’épithète capillaris, « en cheveu »), glabre ou presque glabre, ramifiée dès le milieu. Les feuilles basales forment une rosette de feuilles roncinées assez semblables à celles du pissenlit, mais plus petites et plus étroites. Les feuilles caulinaires sont sessiles, à base sagittée-embrassante (avec deux petites pointes qui entourent la tige), linéaires, à bords entiers ou finement dentés. Les capitules sont petits — 10 à 15 mm de diamètre —, nombreux, disposés en corymbe lâche au sommet des rameaux. L’involucre mesure 5 à 8 mm ; les bractées internes sont glabres ou avec quelques poils apprimés sur la face interne, les bractées du calicule sont très courtes et appliquées. Les akènes sont fusiformes, à 10 côtes fines, sans bec — le pappus est directement inséré au sommet de l’akène. Le pappus est de soies simples, blanches et souples.
Floraison : mai à octobre — c’est l’une des composées jaunes les plus durables de l’année.
Habitat : pelouses, prairies, bords de routes, murs, friches, jardins. Extrêmement commune dans toute la France.
Distinction du pissenlit : tige ramifiée feuillée (vs hampe nue), capitules multiples et petits (vs capitule solitaire et grand), bractées externes non réfléchies (vs réfléchies), akènes sans bec (vs longuement beakés).
Crepis vesicariaCrepis vesicaria — la crépide à feuilles de pissenlit. Cliquer pour voir le tomentum grisâtre de l’involucre, les ligules orangées dessous et les akènes beakés.
L. subsp. taraxacifolia (Thuill.) Thell. — crépide à feuilles de pissenlit
Plus robuste que C. capillaris, cette crépide bisannuelle ou vivace atteint 30 à 80 cm. La tige est dressée, ramifiée dans le tiers supérieur, avec une pilosité éparse. Les feuilles basales sont grandes, profondément roncinées — ressemblant effectivement à des feuilles de pissenlit, d’où le nom de la sous-espèce. Les feuilles caulinaires sont lancéolées, dentées, à base sagittée-embrassante. Les capitules sont nettement plus grands que ceux de C. capillaris — 20 à 30 mm de diamètre — et les ligules sont d’un jaune plus soutenu, souvent orangées sur la face inférieure. L’involucre est caractéristique : les bractées internes sont couvertes d’un tomentum grisâtre (duvet de poils courts et serrés) sur la face interne, et les bractées du calicule sont étalées, parfois un peu vésiculeuses (renflées à la base — d’où le nom vesicaria). Les akènes portent un bec net — un prolongement fin d’environ 3 à 5 mm entre le corps strié et le pappus. Le pappus est de soies simples, blanches.
Floraison : avril à juillet.
Habitat : prairies, talus, bords de routes, friches. Commune dans toute la France, surtout dans la moitié sud.
Distinction de C. capillaris : plante plus grande, capitules plus grands (20-30 mm vs 10-15 mm), involucre tomenteux grisâtre, ligules souvent orangées dessous, akènes beakés (vs non beakés), bractées externes étalées.
Crepis biennisCrepis biennis — la crépide bisannuelle. Cliquer pour voir les bractées carénées, les 13 côtes de l’akène et la tige hispide sillonnée.
L. — crépide bisannuelle
La plus grande des trois, cette bisannuelle robuste atteint 30 à 120 cm. La tige est dressée, sillonnée, hispide (à poils raides) surtout dans la partie inférieure, ramifiée au sommet. Les feuilles basales sont grandes (15 à 30 cm), profondément roncinées, à lobes dentés. Les feuilles caulinaires sont lancéolées, dentées, à base semi-embrassante mais non sagittée (pas de pointes). Les capitules sont moyens à grands — 25 à 35 mm de diamètre — en corymbe au sommet. L’involucre est couvert d’un tomentum grisâtre dense, et les bractées internes sont carénées (avec une arête médiane saillante). Les akènes portent 13 côtes (vs 10 chez C. capillaris) et sont sans bec ou avec un bec très court. Le pappus est de soies simples, blanches.
Floraison : mai à juillet.
Habitat : prairies de fauche, bords de routes, talus. Plus fréquente dans la moitié nord de la France et en montagne.
Distinction de C. vesicaria : feuilles caulinaires non sagittées à la base, involucre plus densément tomenteux, bractées internes carénées, akènes à 13 côtes (vs 10) et sans bec net.
Résumé diagnostique des crépides : tige ramifiée feuillée + capitules multiples + involucre à calicule (pas de bractées réfléchies) + pappus de soies simples + réceptacle nu + latex blanc. Se distinguent du pissenlit par la tige et les capitules multiples, des laiterons par la taille modeste et l’absence d’oreillettes embrassantes.
VI. Les liondents — Leontodon L.
Leontodon autumnalis — le liondent d’automne. Cliquer pour examiner le pappus plumeux, les hampes ramifiées et les bractéoles du pédoncule.
Les liondents forment le deuxième grand piège pour le débutant. Comme le pissenlit, ils ont une rosette basale et des hampes nues (ou presque nues). Comme le pissenlit, ils ont des capitules jaunes solitaires ou peu nombreux. Mais leur pappus est plumeux (soies ramifiées comme des plumes), alors que celui du pissenlit est de soies simples. C’est le critère décisif, visible à la loupe ×10 en une seconde.
Caractères du genre Leontodon :
— Rosette basale de feuilles, pas de feuilles caulinaires (ou de simples écailles sur la hampe)
— Hampes nues, simples ou parfois ramifiées (chez L. autumnalis)
— Capitules solitaires ou peu nombreux
— Involucre imbriqué (bractées sur plusieurs rangs, pas de calicule net)
— Réceptacle nu
— Pappus de soies plumeuses
— Latex blanc
— Poils souvent fourchus ou bifides (visible à la loupe)
Vivace de 10 à 60 cm, à souche courte. Les feuilles basales forment une rosette étalée ; elles sont étroitement lancéolées, profondément découpées en lobes linéaires dirigés vers la base (roncinées), glabres ou avec quelques poils simples. Les hampes sont dressées, glabres, souvent ramifiées — portant deux à cinq capitules (parfois plus). C’est un caractère important : le pissenlit n’a jamais de hampe ramifiée. Les pédoncules sont épaissis sous le capitule et portent de petites bractéoles (écailles) linéaires. Les capitules mesurent 20 à 35 mm de diamètre. Les ligules sont d’un jaune vif, souvent striées de rouge orangé sur la face inférieure. L’involucre est constitué de bractées imbriquées, lancéolées, glabres ou avec quelques poils noirs glanduleux. Les akènes sont fusiformes, non beakés, à côtes longitudinales. Le pappus est formé de soies plumeuses brunes, disposées en un seul rang — tous les akènes portent un pappus plumeux (contrairement à L. hispidus où les akènes périphériques ont un pappus réduit).
Floraison : juin à octobre — c’est le liondent de la seconde moitié de l’année (d’où « autumnalis »).
Habitat : prairies, pelouses, bords de routes, pâturages. Commun dans toute la France.
Leontodon hispidusLeontodon hispidus — le liondent hispide. Cliquer pour voir les poils fourchus, le bouton nutant et le pappus dimorphe.
L. — liondent hispide
Vivace de 10 à 40 cm, à souche épaisse. Les feuilles basales forment une rosette dressée ; elles sont oblancéolées, dentées à superficiellement roncinées, couvertes de poils fourchus (bifides) — un caractère diagnostique du genre, visible à la loupe. Chaque poil se divise en deux branches au sommet, comme un petit Y. Les hampes sont simples, non ramifiées, portant un capitule solitaire — comme le pissenlit. Avant l’anthèse, le bouton floral est nettement penché (nutant). Le pédoncule n’est pas épaissi et ne porte pas de bractéoles. Les capitules mesurent 25 à 40 mm de diamètre. L’involucre est constitué de bractées imbriquées, lancéolées, hispides (à poils sombres). Les akènes du centre ont un pappus plumeux bien développé ; les akènes de la périphérie ont un pappus réduit à une couronne de courtes écailles — un dimorphisme caractéristique. L’ensemble de la plante est d’un vert plus sombre que L. autumnalis.
Floraison : mai à août — plus précoce que L. autumnalis.
Habitat : prairies maigres, pelouses calcaires, talus. Préfère les sols calcaires — plus fréquent dans la moitié est et les zones montagneuses.
Distinction des deux liondents :L. autumnalis a des hampes ramifiées (plusieurs capitules), des pédoncules avec des bractéoles, tous les akènes avec un pappus plumeux, et il est glabre ou à poils simples. L. hispidus a des hampes simples (un seul capitule), pas de bractéoles, un pappus dimorphe (plumeux au centre, écailles en périphérie), et il est couvert de poils fourchus.
Résumé diagnostique des liondents : rosette basale + hampes nues (comme le pissenlit) + involucre imbriqué (pas de calicule) + pappus plumeux (critère décisif vs pissenlit) + réceptacle nu + poils souvent fourchus.
VII. La porcelle — Hypochaeris radicata L.
Hypochaeris radicata — la porcelle enracinée. Cliquer pour voir le réceptacle écailleux (critère unique), les akènes beakés et le pappus plumeux.
La porcelle enracinée est l’un des sosies les plus pernicieux du pissenlit. Elle a une rosette basale, des feuilles roncinées, des hampes dressées, des capitules jaunes et un pappus plumeux. Mais elle possède un caractère unique parmi toutes les espèces de cet article : des écailles (paillettes) sur le réceptacle entre les fleurons. Ce critère, vérifiable en écartant les akènes d’un capitule défleuri, est absolument diagnostique.
Port et taille. Vivace de 20 à 80 cm, à racine pivotante épaisse (d’où radicata, « enracinée »). La rosette basale est étalée, plaquée au sol. Les hampes sont dressées, lisses, glabres, vertes, ramifiées — souvent bifurquées une ou deux fois — et portent deux à cinq capitules. Les hampes sont nues ou avec de toutes petites écailles (pas de vraies feuilles caulinaires).
Feuilles. En rosette basale uniquement. Oblongues à oblancéolées, de 5 à 20 cm, à bord grossièrement denté à ronciné, couvertes de poils raides (hispides) sur les deux faces. La texture est épaisse, presque coriace. Les feuilles sont souvent plaquées au sol dans les pelouses tondues, formant une étoile aplatie.
Capitules. De 25 à 40 mm de diamètre, jaune vif. Les ligules sont deux à trois fois plus longues que l’involucre — le capitule est « rayonnant ». Les ligules extérieures sont souvent verdâtres ou striées de gris dessous.
Involucre. Bractées imbriquées sur plusieurs rangs, lancéolées, à marge scarieuse (membraneuse blanchâtre), glabres ou avec une crête de poils sombres sur la carène.
Réceptacle. Portant des écailles membraneuses (paillettes) linéaires, transparentes, insérées entre les fleurons. C’est le caractère décisif du genre.
Akènes. Fusiformes, de 4 à 6 mm, finement côtelés, munis d’un long bec (aussi long ou plus long que le corps de l’akène). Les akènes périphériques sont parfois à bec plus court.
Pappus. Soies plumeuses, en deux rangs : un rang externe de soies courtes simples et un rang interne de soies longues plumeuses. L’aigrette est brunâtre à maturité.
Floraison : mai à septembre.
Habitat : pelouses, prairies, bords de chemins, terrains sableux. Très commune dans toute la France, surtout sur sols acides à neutres.
Distinction du pissenlit : hampes ramifiées (vs simples), pappus plumeux (vs soies simples), écailles sur le réceptacle (vs réceptacle nu), feuilles hispides et coriaces (vs molles et glabres).
Distinction des liondents : hampes ramifiées et glabres (vs simples chez L. hispidus), feuilles hispides à poils simples (vs poils fourchus chez Leontodon), akènes longuement beakés (vs non beakés chez Leontodon), et surtout — les écailles du réceptacle, absentes chez Leontodon.
Résumé diagnostique de la porcelle : rosette basale + hampes nues ramifiées + feuilles hispides coriaces + pappus plumeux + akènes longuement beakés + écailles sur le réceptacle (unique dans ce groupe).
VIII. Les épervières — Hieracium L.
Hieracium pilosella — l’épervière piloselle. Cliquer pour voir les stolons rampants, les feuilles bicolores et le pappus de soies simples cassantes.
Les épervières constituent le genre le plus redoutable de la flore française — avec plus de 150 espèces et sous-espèces reconnues, dont beaucoup sont apomictiques et morphologiquement très proches. Pour le botaniste de terrain, deux espèces sont de loin les plus fréquentes et les plus souvent confondues avec d’autres genres.
Caractères du genre Hieracium :
— Plantes vivaces, souvent très poilues
— Involucre imbriqué, bractées souvent noirâtres, souvent couvertes de poils glanduleux
— Réceptacle nu
— Pappus de soies simples, cassantes, brun jaunâtre à blanchâtres, disposées en un seul rang
— Akènes cylindriques, tronqués au sommet (non beakés), à 10 côtes
— Latex blanc
Le pappus de soies simples mais de couleur brun jaunâtre et de texture cassante (fragile) est un bon critère de genre. Chez Taraxacum et Crepis, les soies sont blanches et souples.
La plus reconnaissable des épervières, et l’une des composées jaunes les plus faciles à identifier une fois qu’on la connaît. Vivace basse de 5 à 30 cm, émettant de longs stolons rampants (tiges horizontales radicantes) qui forment des tapis denses — un caractère unique parmi les composées jaunes courantes. Les feuilles sont toutes basales, en rosette, oblancéolées, entières (non dentées, non roncinées), de 3 à 10 cm, couvertes de longs poils blancs soyeux sur la face supérieure et d’un tomentum blanc dense (feutrage) sur la face inférieure — la feuille est verte dessus, blanc argenté dessous. Ce contraste bicolore est un critère visuel immédiat.
La hampe est unique, non ramifiée, portant un capitule solitaire de 20 à 30 mm. Les ligules sont d’un jaune pâle, citron, souvent teintées de rouge ou de pourpre sur la face inférieure — un caractère rare dans le groupe. L’involucre est couvert de poils glanduleux sombres et de longs poils blancs. Les akènes sont petits (1,5 à 2 mm), cylindriques, noirâtres, avec un pappus de soies simples cassantes.
Floraison : mai à août.
Habitat : pelouses sèches, talus, murs, rocailles, bords de chemins. Sols secs et pauvres. Commune dans toute la France.
Hieracium murorumHieracium murorum — l’épervière des murs. Cliquer pour voir la base cordée des feuilles, les poils glanduleux noirs de l’involucre et le pappus cassant brunâtre.
L. — épervière des murs
Bien différente de la piloselle par son port. Vivace dressée de 20 à 60 cm, sans stolons. Les feuilles basales sont en rosette, ovales à oblongues, de 5 à 15 cm, à base tronquée ou cordée (en cœur) — avec souvent de grandes dents grossières ou des lobes dans le tiers inférieur. La face supérieure est parsemée de poils raides, la face inférieure est plus pâle, souvent teintée de pourpre. La tige porte zéro à deux feuilles caulinaires, petites et sessiles, et se ramifie dans le tiers supérieur en un corymbe lâche de trois à douze capitules.
Les capitules mesurent 20 à 30 mm. Les ligules sont d’un jaune franc. L’involucre est caractéristique : bractées lancéolées, noirâtres, couvertes de poils glanduleux noirs (visibles à la loupe comme de petites baguettes tronquées à sommet brillant). Les akènes sont cylindriques, brun noir, de 3 à 4 mm, avec un pappus de soies simples brun jaunâtre.
Floraison : mai à juillet.
Habitat : murs, rochers, talus, lisières forestières, sous-bois clairs. Sols secs, souvent calcaires ou pierreux. Commun dans toute la France.
Distinction des deux épervières :H. pilosella est tapissante avec des stolons, des feuilles entières blanc argenté dessous, et un capitule solitaire jaune pâle. H. murorum est dressée sans stolons, avec des feuilles dentées/lobées à base tronquée ou cordée, souvent pourpre dessous, et des capitules multiples en corymbe.
Résumé diagnostique des épervières : pappus de soies simples cassantes et brunâtres (vs blanches et souples chez Taraxacum, Crepis, Sonchus) + involucre imbriqué à bractées noirâtres glanduleuses + akènes cylindriques non beakés + latex blanc.
IX. Les laiterons — Sonchus L.
Sonchus oleraceus — le laiteron maraîcher. Cliquer pour examiner les oreillettes aiguës non enroulées et les akènes ridés transversalement.
Les laiterons sont les « grands costauds » du groupe. Ce sont des plantes robustes, dressées, à tige souvent épaisse et creuse, à feuilles charnues dont la base entoure la tige par des oreillettes (auricules) — un caractère très visible qui les distingue immédiatement des pissenlits, liondents et épervières. Leur latex est particulièrement abondant : la tige cassée laisse couler un flot de suc blanc laiteux (d’où le nom « laiteron », du latin lac, lait).
Caractères du genre Sonchus :
— Tige dressée, robuste, creuse, glabre (sauf S. arvensis), ramifiée au sommet
— Feuilles caulinaires à base auriculée-embrassante (oreillettes entourant la tige)
— Capitules en corymbe terminal
— Involucre à calicule
— Réceptacle nu
— Pappus de soies simples, blanches, souvent entremêlées à la base
— Latex blanc très abondant
Sonchus oleraceus L. — laiteron maraîcher
Annuel, de 20 à 120 cm. La tige est dressée, glabre, creuse, anguleuse. Les feuilles sont d’un vert glauque (bleuté), molles, pennatilobées à roncinées, avec un grand lobe terminal triangulaire et des lobes latéraux inégaux. Le caractère clé est la base foliaire : les oreillettes sont aiguës et dirigées vers le bas, non enroulées — elles forment deux pointes de chaque côté de la tige. Le bord des feuilles est faiblement épineux (dents souples, non piquantes au toucher). Les capitules mesurent 15 à 25 mm de diamètre, en corymbe lâche, jaune pâle. L’involucre est glabre. Les akènes sont aplatis, bruns, avec trois côtes de chaque face, et ridés transversalement entre les côtes — un critère visible à la loupe qui distingue S. oleraceus de S. asper. Le pappus est de soies simples, blanches.
Floraison : mars à novembre — presque toute l’année.
Sonchus asperSonchus asper — le laiteron épineux. Cliquer pour voir les oreillettes enroulées, les dents épineuses et les akènes lisses.
(L.) Hill — laiteron épineux
Annuel, très semblable à S. oleraceus mais s’en distinguant par plusieurs caractères. Les feuilles sont d’un vert foncé brillant (vs vert glauque mat), plus coriaces, et surtout épineuses au toucher — les dents marginales sont rigides et piquantes. Les feuilles sont souvent moins découpées que chez S. oleraceus — entières ou superficiellement lobées. Le caractère le plus fiable concerne les oreillettes : elles sont arrondies et enroulées sur elles-mêmes, formant deux petites « coquilles d’escargot » à la base de chaque feuille. Ce critère est visible sans loupe et absolument diagnostique. Les akènes sont aplatis, avec trois côtes de chaque face, mais lisses (non ridés transversalement) — c’est le critère ultime de confirmation.
Floraison : avril à octobre.
Habitat : mêmes milieux que S. oleraceus. Commun dans toute la France.
Sonchus arvensisSonchus arvensis — le laiteron des champs. Cliquer pour voir les poils glanduleux jaunes, les rhizomes traçants et les grands capitules.
L. — laiteron des champs
Vivace (les deux précédents sont annuels), à rhizomes traçants formant des colonies. Nettement plus grand : 60 à 150 cm. La tige est robuste, creuse, glabre dans la partie inférieure mais couverte dans la partie supérieure de poils glanduleux jaunes — des poils courts terminés par une petite goutte de sécrétion brillante. Ce caractère est très visible et diagnostique. Les feuilles sont grandes, pennatilobées, à oreillettes arrondies. Les capitules sont les plus grands du genre : 40 à 50 mm de diamètre, d’un jaune soutenu et lumineux. L’involucre et les pédoncules sont couverts des mêmes poils glanduleux jaunes. Les akènes sont aplatis, ridés transversalement, bruns, avec un pappus de soies simples blanches.
Floraison : juillet à octobre.
Habitat : champs cultivés (surtout les moissons et les cultures sarclées), friches, bords de routes. Adventice redoutée des agriculteurs à cause de ses rhizomes traçants.
Distinction des trois laiterons :S. oleraceus — oreillettes aiguës, feuilles glauques molles, akènes ridés. S. asper — oreillettes enroulées, feuilles luisantes épineuses, akènes lisses. S. arvensis — vivace rhizomateuse, grands capitules (40-50 mm), pédoncules glanduleux jaunes.
Résumé diagnostique des laiterons : plantes robustes + tige creuse + feuilles caulinaires à base auriculée-embrassante + capitules en corymbe + pappus de soies simples + latex très abondant. Reconnaissables aux oreillettes foliaires, absentes chez les crépides et les pissenlits.
X. La lampsane — Lapsana communis L.
Lapsana communis — la lampsane commune, seul genre sans pappus. Cliquer pour voir les akènes nus et les feuilles lyrées.
La lampsane est une espèce à part dans ce guide, car elle possède un caractère unique : elle n’a pas de pappus. Les akènes sont nus — pas de soies, pas d’aigrette, rien. Ce seul critère suffit à la séparer de tous les autres genres traités ici.
Port et taille. Annuelle, de 20 à 120 cm. La tige est dressée, finement striée, glabre dans la partie supérieure, parfois poilue à la base, rameuse dès le milieu avec des branches étalées-dressées.
Feuilles. Les feuilles basales sont lyrées — c’est-à-dire découpées en lobes inégaux dont le terminal est beaucoup plus grand que les latéraux, l’ensemble évoquant une lyre. Ce lobe terminal est ovale, denté, de 5 à 10 cm. Les feuilles caulinaires supérieures sont ovales-lancéolées, simplement dentées, rétrécies en pétiole (non embrassantes).
Capitules. Petits — 8 à 12 mm de diamètre seulement —, très nombreux, disposés en panicule ramifiée lâche. Chaque capitule porte seulement 8 à 15 fleurons ligulés, d’un jaune pâle. Les capitules se ferment systématiquement en début d’après-midi et par temps couvert — un comportement partagé avec Tragopogon mais rare dans le groupe.
Involucre. Cylindrique et étroit. Huit à dix bractées internes longues, dressées, carénées, avec quelques bractéoles basales très petites formant un calicule rudimentaire.
Réceptacle. Nu.
Akènes. De 3 à 4 mm, légèrement courbés, à environ 20 côtes fines, jaune paille, sans pappus. Ils tombent au pied de la plante (pas de dissémination par le vent).
Latex. Blanc, présent mais moins abondant que chez Sonchus ou Taraxacum.
Floraison : juin à septembre.
Habitat : haies, lisières, sous-bois clairs, murs, friches. Semi-ombragée — plus fréquente à l’ombre que les autres genres. Très commune dans toute la France.
Résumé diagnostique de la lampsane : tige ramifiée + feuilles basales lyrées + petits capitules (8-12 mm) nombreux + pas de pappus (akènes nus) + involucre cylindrique étroit + latex blanc. Le critère unique : l’absence totale de pappus.
XI. Les picrides — Picris L.
Picris hieracioides — la picride fausse-épervière. Cliquer pour voir les poils crochus en hameçon et le pappus plumeux.
Les picrides sont les « rêches » du groupe. Leur pilosité agressive — poils raides, crochus ou tuberculés, qui accrochent les doigts et les vêtements — est un premier indice tactile avant même l’examen visuel. Leur pappus est plumeux, comme celui des liondents et de la porcelle, mais leur port est celui d’une plante à tige feuillée ramifiée, ce qui les place dans un registre morphologique différent.
Caractères du genre Picris :
— Tige feuillée, dressée, ramifiée, très hispide (à poils raides)
— Poils souvent crochus au sommet (visibles à la loupe) ou à base tuberculeuse
— Involucre à calicule de bractées externes étalées
— Réceptacle nu
— Pappus de soies plumeuses
— Latex blanc
Picris hieracioides L. — picride fausse-épervière
Bisannuelle à vivace, de 30 à 90 cm. La tige est dressée, cannelée, rameuse au sommet, couverte de poils raides à sommet crochu (en hameçon) — un caractère diagnostique immédiat par le toucher : passez la main le long de la tige, elle accroche comme du velcro. Les feuilles sont lancéolées, dentées, hispides sur les deux faces, les basales pétiolées, les caulinaires sessiles et semi-embrassantes. Les capitules mesurent 25 à 35 mm de diamètre, en corymbe au sommet, jaune vif. L’involucre présente des bractées externes (calicule) étalées, hispides. Les akènes sont fusiformes, à côtes transversales, surmontés d’un pappus de soies plumeuses blanches.
Floraison : juin à octobre.
Habitat : bords de routes, talus, friches, pelouses calcaires. Préfère les sols calcaires et secs. Commune surtout dans la moitié sud et l’est.
Confusion fréquente : avec Hieracium (d’où le nom « fausse-épervière »). Se distingue par le pappus plumeux (vs soies simples chez Hieracium) et les poils crochus (vs poils simples ou glanduleux chez Hieracium).
Picris echioides — la picride fausse-vipérine. Cliquer pour voir les bractées foliacées épineuses spectaculaires et les poils à base tuberculeuse.
L. — picride fausse-vipérine (helminthie)
Annuelle, robuste, de 30 à 90 cm. Toute la plante est couverte de poils raides à base tuberculeuse (renflée en petit bouton blanc) — visibles à l’œil nu et très caractéristiques au toucher (la plante est extrêmement rugueuse). Le critère le plus spectaculaire concerne l’involucre : les trois à cinq bractées externes du calicule sont très grandes, ovales, foliacées, épineuses, bien plus larges que les bractées internes — elles forment une sorte de coupe épineuse autour du capitule. Aucune autre composée jaune française n’a cette structure. Les feuilles sont oblongues, ondulées, à bord faiblement denté, hérissées de pustules blanches (les bases des poils). Les capitules mesurent 20 à 30 mm. Les akènes sont courbés, transversalement ridés, surmontés d’un pappus plumeux.
Floraison : juin à octobre.
Habitat : friches, bords de champs, talus, décombres. Sols argileux et calcaires. Plus fréquente dans le sud-ouest et le long de la côte atlantique.
Résumé diagnostique des picrides : tige feuillée hispide + poils crochus ou tuberculés (au toucher : ça accroche) + pappus plumeux + involucre à calicule étalé. P. echioides a en plus des bractées externes foliacées épineuses spectaculaires.
XII. Le salsifis des prés — Tragopogon pratensis L.
Tragopogon pratensis — le salsifis des prés. Cliquer pour voir les bractées dépassant les ligules et la sphère de pappus géante.
Le salsifis des prés est la composée jaune la plus facile à identifier de tout ce guide — à condition de le voir en fruit. Sa sphère de pappus, démesurée (8 à 10 cm de diamètre), est la plus spectaculaire de toute la flore française. Mais même en fleur, il est reconnaissable grâce à ses feuilles linéaires et à ses bractées plus longues que les ligules.
Port et taille. Bisannuel, de 30 à 70 cm. La tige est dressée, simple ou peu ramifiée, glabre, pleine (non creuse), souvent épaissie sous le capitule.
Feuilles. Longues, linéaires (en forme de ruban), de 15 à 30 cm sur 1 à 2 cm de large, entières, à nervure médiane marquée, d’un vert glauque. La base est largement engainante — la feuille entoure la tige sur toute sa circonférence, comme une feuille de graminée. Ce caractère est unique parmi les composées jaunes traitées ici. Les feuilles supérieures sont dressées et acuminées (effilées en pointe).
Capitules. Solitaires, terminaux, de 30 à 50 mm de diamètre. Les ligules sont jaune vif, mais le caractère le plus frappant concerne les bractées : l’involucre est formé d’un seul rang de 8 à 12 bractées longues, linéaires, qui dépassent nettement les ligules en longueur — elles forment une étoile verte autour et au-dessus du capitule. Aucune autre espèce de notre liste n’a cette architecture. Les capitules s’ouvrent le matin et se referment en début d’après-midi (généralement avant midi par temps chaud).
Réceptacle. Nu.
Akènes. Très longs (15 à 25 mm avec le bec), fusiformes, finement écailleux-muricés, prolongés par un très long bec — le bec est aussi long ou plus long que le corps de l’akène. Les akènes externes sont souvent plus épais et plus rugueux que les internes.
Pappus. Soies plumeuses, très longues, formant à maturité une sphère de dissémination de 8 à 10 cm de diamètre — bien plus grande que celle du pissenlit. Chaque soie porte des ramifications latérales si longues qu’elles s’entremêlent avec celles des akènes voisins, créant une structure cohésive remarquable.
Latex. Blanc, présent mais peu abondant.
Floraison : mai à juillet.
Habitat : prairies de fauche, talus, bords de routes. Préfère les sols frais et assez riches. Toute la France.
Résumé diagnostique du salsifis des prés : feuilles linéaires engainantes + involucre d’un seul rang de bractées dépassant les ligules + akènes très longuement beakés + pappus plumeux géant + tige pleine glabre glauque.
XIII. La laitue sauvage — Lactuca serriola L.
Lactuca serriola — la laitue sauvage. Cliquer pour voir la nervure épineuse, les feuilles verticales et les capitules minuscules.
La laitue sauvage est l’ancêtre de la laitue cultivée (Lactuca sativa). C’est une plante de grande taille, à port raide et architectural, que l’on confond rarement avec un pissenlit — mais souvent avec un laiteron ou une crépide de grande taille. Son trait le plus remarquable est la position de ses feuilles : elles sont tournées verticalement et orientées dans le plan nord-sud, ce qui lui vaut le surnom de « plante boussole » (compass plant).
Port et taille. Annuelle à bisannuelle, de 50 à 200 cm. La tige est dressée, robuste, raide, cylindrique, glabre, souvent teintée de rouge dans la partie inférieure, ramifiée en une grande panicule au sommet.
Feuilles. Oblongues, pennatilobées à roncinées, de 10 à 25 cm, à bord souvent épineux. Le caractère diagnostique majeur est la nervure médiane épineuse sur la face inférieure : une rangée de petits aiguillons raides le long de la nervure centrale. Les feuilles caulinaires sont sessiles, à base sagittée-embrassante avec des oreillettes aiguës. Chez les individus bien développés et en plein soleil, les feuilles se disposent verticalement, avec leur tranche orientée dans le plan nord-sud — un héliotropisme négatif qui minimise l’exposition au soleil de midi.
Capitules. Très petits — 10 à 15 mm de diamètre —, très nombreux, disposés en grande panicule pyramidale lâche. Chaque capitule ne contient que 5 à 12 fleurons ligulés, d’un jaune très pâle, presque crème. L’involucre est cylindrique et étroit (3 à 5 mm de large), à bractées imbriquées.
Réceptacle. Nu.
Akènes. Aplatis, gris olive, à 5 à 7 côtes de chaque face, finement muriqués (hérissés de petites pointes), surmontés d’un long bec blanc (aussi long que le corps de l’akène), terminé par un pappus de soies simples, blanches et très fines.
Latex. Blanc, très abondant — la tige cassée laisse couler un flot de suc laiteux âcre.
Floraison : juillet à septembre.
Habitat : friches, décombres, murs, bords de routes, voies ferrées. Thermophile — plus fréquente dans le sud et en milieu urbain.
Résumé diagnostique de la laitue sauvage : grande taille (50-200 cm) + feuilles verticales à nervure épineuse dessous + capitules très petits (10-15 mm) et très nombreux + seulement 5-12 ligules par capitule + akènes aplatis longuement beakés + pappus de soies simples + latex très abondant.
XIV. Les séneçons — Senecio L.
⚠️ Danger — cueillette : au stade rosette, les jeunes feuilles de séneçon (Senecio vulgaris, Jacobaea vulgaris) peuvent se mêler à celles du pissenlit ou du laiteron. Or les séneçons renferment des alcaloïdes pyrrolizidiniques, toxiques pour le foie (atteintes graves et cumulatives). Indice qui sauve : le séneçon n’a pas de latex blanc à la cassure, contrairement aux Cichorieae comestibles. Dans le doute, ne jamais récolter une rosette douteuse.
Senecio vulgaris — le séneçon commun. Cliquer pour voir les capitules sans ligules, les bractéoles à pointe noire et l’absence de latex.
Les séneçons ne sont pas des Liguliflores. Ils appartiennent à la tribu des Senecioneae, pas à celle des Cichorieae. Ils n’ont pas de latex. Leurs capitules, quand ils ont des ligules (S. jacobaea), sont radiés — c’est-à-dire composés d’un disque central de fleurons tubuleux (à cinq lobes courts et dressés) entouré d’un anneau de ligules périphériques. Chez les vrais Liguliflores, tous les fleurons sans exception sont ligulés. Malgré ces différences fondamentales, les séneçons se retrouvent dans ce guide parce que Senecio jacobaea, avec ses capitules jaune vif à ligules rayonnantes, est régulièrement confondu par les débutants avec certaines crépides ou certains liondents.
Caractères du genre Senecio :
— Pas de latex (la tige cassée n’exsude pas de suc laiteux)
— Capitules tubuleux (sans ligules) ou radiés (avec ligules + disque tubuleux)
— Involucre à calicule : un rang de bractées internes longues et égales + un calicule de bractéoles courtes souvent à pointe noire
— Pappus de soies simples, blanches, très soyeuses (rappelant des cheveux blancs — senecio vient de senex, « vieillard »)
— Réceptacle nu
Senecio vulgaris L. — séneçon commun
Le plus commun des séneçons, et le plus facile à distinguer des Liguliflores : il n’a aucune ligule. Ses capitules sont entièrement composés de fleurons tubuleux, et l’involucre cylindrique et étroit donne à chaque capitule l’aspect d’un petit tube jaune surmonté d’un pinceau de styles. C’est le « non-pissenlit » par excellence — mais le débutant qui ne fait pas attention peut le prendre pour un bouton floral non encore ouvert.
Port et taille. Annuel, de 10 à 40 cm. La tige est molle, charnue, ramifiée dès la base, souvent rougeâtre à la base, glabre ou avec quelques poils aranéeux (en toile d’araignée).
Feuilles. Pennatilobées, à lobes irréguliers, dentés, molles, d’un vert assez sombre. Les feuilles caulinaires sont sessiles, semi-embrassantes avec de petites oreillettes. Pas de rosette basale visible à la floraison.
Capitules. Petits (5 à 8 mm de diamètre), en corymbe dense. L’involucre est cylindrique, formé d’un rang de bractées longues et égales, avec un calicule de bractéoles courtes dont les pointes sont noires — un critère visible à l’œil nu et très caractéristique du genre. Les fleurons sont tous tubuleux, jaunes, dépassant à peine de l’involucre.
Pappus. Soies simples, blanches, très fines et soyeuses, formant de petits pompons cotonneux à maturité.
Floraison : toute l’année — y compris en plein hiver dans les régions douces. C’est l’une des rares composées jaunes que l’on peut trouver en fleur en janvier.
Habitat : jardins, cultures, friches, murs, pavés. Nitrophile et rudéral. Toute la France.
Senecio jacobaeaSenecio jacobaea — le séneçon jacobée (TOXIQUE). Cliquer pour voir le disque tubuleux central, les ligules périphériques et les bractéoles à pointe noire.
L. — séneçon jacobée
C’est le séneçon qui pose un vrai problème de confusion avec les Liguliflores, car ses capitules ont des ligules — 12 à 15 ligules jaune vif, rayonnantes, qui donnent à chaque capitule l’aspect d’une petite marguerite jaune de 15 à 25 mm. C’est l’espèce que les débutants confondent parfois avec un liondent ou une crépide en fleur.
Port et taille. Bisannuel à vivace, de 30 à 100 cm. La tige est dressée, striée, robuste, glabre ou avec des poils aranéeux épars, ramifiée au sommet en un corymbe dense et étalé.
Feuilles. Profondément pennatilobées (pennatifides) — les lobes sont étroits, eux-mêmes lobés ou dentés, et le lobe terminal est arrondi et non nettement plus grand que les latéraux. Cela donne à la feuille un aspect régulièrement découpé, différent de la feuille roncinée du pissenlit (où le lobe terminal est triangulaire et dominant). Les feuilles basales sont pétiolées et souvent fanées à la floraison. Les caulinaires sont sessiles, semi-embrassantes.
Capitules. Nombreux (souvent 20 à 60), de 15 à 25 mm de diamètre, en corymbe terminal dense et étalé. Chaque capitule est radié : 12 à 15 ligules jaune vif en périphérie et des fleurons tubuleux au centre. L’involucre présente un calicule de bractéoles courtes à pointe noire.
Comment le distinguer d’un Liguliflore :
— Le disque central : en regardant le capitule de face, on voit au centre un disque de fleurons tubuleux (petits tubes à cinq lobes). Chez un vrai Liguliflore, il n’y a pas de disque — tous les fleurons sont des ligules identiques du centre à la périphérie.
— Le latex : cassez la tige — pas de suc laiteux. Tous les Liguliflores ont du latex blanc.
— Les bractées à pointe noire : un calicule de bractéoles courtes à extrémité noirâtre — caractéristique de Senecio.
Floraison : juin à octobre.
Habitat : prairies, pâturages, bords de routes, friches, dunes. Toute la France.
Toxicité : le séneçon jacobée contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques, dangereux pour le bétail (bovins et chevaux surtout). C’est l’une des plantes les plus toxiques des prairies européennes — une information qui motive son identification correcte bien au-delà de l’intérêt botanique.
Résumé diagnostique des séneçons :pas de latex + capitules tubuleux (S. vulgaris) ou radiés avec disque tubuleux central (S. jacobaea) + calicule à bractéoles à pointe noire + pappus de soies simples blanches soyeuses. Deux tests immédiats : casser la tige (pas de latex) et regarder le centre du capitule (fleurons tubuleux).
XV. Clé dichotomique de terrain
Cette clé permet d’identifier les onze genres et les dix-neuf espèces traitées dans cet article. Elle utilise exclusivement des critères observables sur le terrain avec une loupe ×10. Suivez-la pas à pas, en commençant par le numéro 1.
1a. Tige cassée : pas de latex blanc → 2 (Senecioneae)
1b. Tige cassée : latex blanc → 3 (Cichorieae)
2a. Capitules sans ligules (tous les fleurons tubuleux) → Senecio vulgaris
2b. Capitules avec ligules périphériques + disque tubuleux central → Senecio jacobaea
3a. Pappus absent (akènes nus) → Lapsana communis
3b. Pappus présent → 4
4a. Pappus de soies plumeuses (ramifiées, visibles à la loupe ×10) → 5
4b. Pappus de soies simples (lisses, non ramifiées) → 9
11b. Pas de stolons ; feuilles dentées/lobées à base tronquée ou cordée ; capitules en corymbe → Hieracium murorum
12a. Feuilles caulinaires à base auriculée-embrassante (oreillettes entourant la tige) → 13
12b. Feuilles caulinaires non embrassantes ou faiblement sagittées → 15
13a. Capitules très petits (10-15 mm), très nombreux en grande panicule ; seulement 5-12 ligules ; nervure médiane épineuse dessous ; feuilles souvent verticales → Lactuca serriola
13b. Capitules plus grands (15-50 mm) ; feuilles molles ou coriaces ; pas de nervure épineuse → Sonchus → 14
14a. Vivace à rhizomes traçants ; capitules 40-50 mm ; pédoncules à poils glanduleux jaunes → Sonchus arvensis
14b. Annuel ; feuilles vert glauque molles ; oreillettes aiguës non enroulées ; akènes ridés transversalement → Sonchus oleraceus
14c. Annuel ; feuilles vert foncé brillant, épineuses au toucher ; oreillettes arrondies et enroulées ; akènes lisses → Sonchus asper
15a. Involucre tomenteux grisâtre ; bractées internes carénées ; akènes à 13 côtes ; base foliaire semi-embrassante non sagittée → Crepis biennis
15b. Involucre glabre ou peu poilu ; base foliaire sagittée → 16
16b. Capitules plus grands (20-30 mm) ; involucre tomenteux ; akènes avec un bec net ; ligules souvent orangées dessous → Crepis vesicaria
XVI. Les confusions classiques — qui prendre pour qui
Voici les paires et les groupes d’espèces les plus fréquemment confondus, avec les critères décisifs pour les départager.
Pissenlit ou crépide capillaire ? C’est la confusion numéro un. La crépide capillaire est plus commune que le pissenlit dans bien des pelouses d’été. Le critère immédiat : le pissenlit n’a jamais de tige feuillée. Si la plante a une tige qui se ramifie et porte des feuilles — même petites — c’est une crépide. Confirmation : les bractées externes du pissenlit sont réfléchies, celles de la crépide sont appliquées ou étalées.
Pissenlit ou liondent hispide ? Confusion fréquente car les deux ont une rosette basale et un capitule solitaire sur une hampe nue. Le critère décisif : le pappus. À la loupe, les soies du liondent sont plumeuses (ramifiées), celles du pissenlit sont simples (lisses). En complément : les feuilles du liondent portent des poils fourchus (en Y), celles du pissenlit sont glabres ou presque.
Liondent ou porcelle ? Les deux ont un pappus plumeux et des hampes nues. Le critère décisif : le réceptacle. Chez la porcelle, des écailles membraneuses sont insérées entre les akènes — on les voit en écartant les fruits sur un capitule défleuri. Chez le liondent, le réceptacle est nu. En complément : les hampes de la porcelle sont glabres et ramifiées ; celles du liondent hispide sont simples et velues.
Porcelle ou épervière piloselle ? Les deux ont des rosettes basales. Le critère décisif : le pappus. Chez la porcelle, il est plumeux ; chez l’épervière, il est de soies simples et cassantes. En complément : la porcelle a des feuilles hispides vertes sur les deux faces ; l’épervière piloselle a des feuilles blanc argenté dessous et des stolons rampants.
Épervière des murs ou crépide ? Les deux ont une tige feuillée et des capitules en corymbe. Le critère décisif : le pappus — cassant et brunâtre chez l’épervière, souple et blanc chez la crépide. En complément : l’involucre de l’épervière est couvert de poils glanduleux noirâtres (aspect sombre) ; celui de la crépide capillaire est glabre et vert.
Laiteron ou crépide ? Les deux ont une tige feuillée et des capitules en corymbe. Le critère décisif : la base des feuilles caulinaires. Chez le laiteron, les feuilles ont des oreillettes développées qui embrassent la tige. Chez la crépide, la base est au plus sagittée (deux petites pointes) mais jamais auriculée-embrassante. En complément : le laiteron est nettement plus robuste et charnu.
Laiteron ou laitue sauvage ? Les deux sont grands, à tige robuste, à feuilles embrassantes et à latex abondant. Le critère décisif : le nombre de ligules par capitule. La laitue sauvage n’a que 5 à 12 ligules par capitule (capitules très petits, 10-15 mm) ; le laiteron en a bien plus (capitules plus grands, 15-50 mm). En complément : la nervure médiane de la laitue porte des aiguillons dessous ; celle du laiteron est lisse.
Picride fausse-épervière ou épervière des murs ? Le nom même de Picris hieracioides dit tout : elle imite une épervière. Le critère décisif : le pappus — plumeux chez la picride, de soies simples cassantes chez l’épervière. Le critère tactile : passez la main sur la tige — si ça accroche (poils crochus), c’est la picride.
Séneçon jacobée ou liondent d’automne ? Les deux ont des capitules jaunes multiples et sont fréquents dans les mêmes prairies d’été-automne. Le critère décisif : regardez le centre du capitule. Chez le séneçon, vous voyez un disque de fleurons tubuleux entourés de ligules ; chez le liondent, tous les fleurons sont des ligules. Confirmation : cassez la tige — le liondent a du latex, pas le séneçon.
Séneçon jacobée ou crépide vésiculeuse ? Même diagnostic : le centre du capitule du séneçon montre un disque tubuleux ; celui de la crépide est entièrement ligulé. Et la tige de la crépide exsude du latex, pas celle du séneçon.
XVII. Phénologie — qui fleurit quand ?
Savoir quand chaque espèce fleurit aide à réduire les possibilités avant même de toucher la plante. Voici un calendrier synthétique pour la France de plaine.
Floraisons précoces (mars-avril) :
— Taraxacum officinale : pic de floraison en avril, souvent dès mars
— Senecio vulgaris : toute l’année, y compris en hiver doux
— Sonchus oleraceus : dès mars dans le sud
— Crepis vesicaria : dès avril
Floraisons printanières (mai-juin) :
— Crepis capillaris : à partir de mai (pic en juin-juillet)
— Crepis biennis : mai à juillet
— Leontodon hispidus : mai à août
— Hypochaeris radicata : à partir de mai
— Hieracium pilosella : mai à août
— Hieracium murorum : mai à juillet
— Tragopogon pratensis : mai à juillet
— Lapsana communis : à partir de juin
Floraisons estivales et tardives (juillet-octobre) :
— Leontodon autumnalis : juin à octobre (pic en août-septembre)
— Sonchus arvensis : juillet à octobre
— Picris hieracioides : juin à octobre
— Picris echioides : juin à octobre
— Lactuca serriola : juillet à septembre
— Senecio jacobaea : juin à octobre
Certaines espèces ont une période de floraison très étalée (Senecio vulgaris, Sonchus oleraceus, Crepis capillaris) qui les rend « toujours présentes ». D’autres sont nettement saisonnières : Tragopogon pratensis ne fleurit quasiment qu’en mai-juin, Leontodon autumnalis est absent au printemps. Cette saisonnalité est un indice complémentaire utile.
XVIII. Conseils pratiques et matériel de terrain
La loupe ×10. C’est l’outil indispensable. Sans elle, il est impossible de distinguer un pappus simple d’un pappus plumeux, des poils fourchus de poils simples, ou des poils glanduleux de poils ordinaires. Une loupe de botaniste ×10, achromate, en métal, coûte entre 10 et 30 euros et dure toute une vie. C’est l’investissement le plus rentable de la botanique de terrain. Les loupes pliantes ×10 à ×20 en laiton (type « loupe de géologue ») sont les plus pratiques.
Quand examiner le pappus. Le pappus est le critère numéro un — mais il n’est visible que sur les akènes mûrs ou en cours de maturation. Sur une plante en pleine fleur, les akènes ne sont pas encore formés et le pappus n’est pas visible. La solution : cherchez sur la même plante (ou sur une plante voisine de la même espèce) des capitules défleuris ou en fruit — il y en a presque toujours. Les capitules les plus anciens, en bas de la tige ou au centre du corymbe, sont souvent déjà en fruit quand les capitules supérieurs sont encore en fleur.
Le test du latex. Cassez un morceau de tige ou déchirez une feuille. Le latex — un suc blanc, laiteux, collant — apparaît en quelques secondes. Chez les Liguliflores, il est toujours présent (plus ou moins abondant selon les genres). Chez les séneçons, il est absent : la cassure est sèche ou exsude un suc aqueux verdâtre, jamais blanc laiteux.
Le test du réceptacle. Pour vérifier la présence d’écailles sur le réceptacle (critère de Hypochaeris), il faut un capitule défleuri. Écartez les akènes avec la pointe d’un couteau ou d’une aiguille : si des petites languettes membraneuses translucides sont insérées entre eux, ce sont les écailles (paillettes). Chez tous les autres genres de ce guide, le réceptacle est nu — lisse et criblé de petites alvéoles (les points d’insertion des fleurons).
Le test tactile des picrides. Passez la main le long de la tige, de bas en haut. Si la tige accroche comme du velcro (poils à sommet crochu), c’est Picris hieracioides. Si elle est couverte de pustules blanches rugueuses au toucher, c’est Picris echioides.
Le comptage des ligules. Chez la plupart des espèces, le nombre de ligules ne sert pas à la détermination. Mais un capitule avec seulement 5 à 12 ligules signe immédiatement Lactuca serriola — les autres espèces en ont toutes au moins 15 à 20.
Le carnet de terrain. Pour chaque plante examinée, notez : la date, le lieu, la taille de la plante, le type de tige (feuillée ou hampe nue), la pilosité (glabre, poils simples, fourchus, glanduleux, crochus), la base des feuilles caulinaires, la taille du capitule, le type de pappus, la présence de latex, la présence d’écailles sur le réceptacle. Ces sept informations suffisent à déterminer le genre, et souvent l’espèce.
Ne pas se fier à la couleur du jaune. La nuance de jaune (pâle, vif, orangé) varie considérablement au sein d’une même espèce selon l’âge de la fleur, l’exposition au soleil et les conditions du sol. Ce n’est jamais un critère fiable pour la détermination au genre, et rarement pour l’espèce.
Ne pas se fier à la taille de la plante. Un pissenlit de trottoir peut mesurer 5 cm ; un pissenlit de prairie grasse peut atteindre 40 cm. Un Sonchus oleraceus peut être un avorton de 15 cm ou un géant de 120 cm. La taille est un complément, jamais un critère décisif.
XIX. Bibliographie
Flores de détermination :
— Tison J.-M. & de Foucault B. (dir.), Flora Gallica — Flore de France, Biotope Éditions, Mèze, 2014. La référence pour la flore française complète, y compris les clés de détermination des Crepis, Hieracium, Leontodon, etc.
— Bonnier G. & de Layens G., Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Belin (rééditions). Clés simples, accessibles au débutant, avec planches en couleur.
— Tison J.-M., Jauzein P. & Michaud H., Flore de la France méditerranéenne continentale, Naturalia Publications, 2014. Indispensable pour le sud de la France.
Ouvrages spécialisés sur les Astéracées :
— Sell P.D. & Murrell G., Flora of Great Britain and Ireland, vol. 4 (Campanulaceae–Asteraceae), Cambridge University Press, 2006. Traitement détaillé des Cichorieae avec clés et descriptions.
— Kilian N., Gemeinholzer B. & Grund C., « Cichorieae », in Funk V.A. et al. (eds), Systematics, Evolution, and Biogeography of Compositae, IAPT, 2009. Synthèse phylogénétique et morphologique de la tribu.
Guides de terrain :
— Streeter D. et al., Guide Delachaux des fleurs de France et d’Europe, Delachaux et Niestlé, 2011. Illustrations de qualité et clés simplifiées.
— Eggenberg S. & Möhl A., Flora Vegetativa — Un guide pour déterminer les plantes de Suisse à l’état végétatif, Haupt, 2013. Indispensable pour identifier les composées en l’absence de fleurs.
Ressources en ligne :
— Tela Botanica (tela-botanica.org) : base de données de la flore française, avec fiches espèces, photographies et forums d’identification.
— GBIF (gbif.org) : données de répartition géographique.