Son nom latin la condamne : Atropa, d’Atropos, celle des trois Moires qui tranche le fil de la vie. Son nom italien la réhabilite : belladonna, la belle dame, parce que les Vénitiennes de la Renaissance se mettaient des gouttes de son jus dans les yeux pour dilater leurs pupilles et rendre leur regard irrésistible. Sa baie noire, brillante comme une cerise, sucrée comme un bonbon, a tué plus d’enfants que n’importe quel autre fruit d’Europe. Ses alcaloïdes — atropine, scopolamine, hyoscyamine — ont fondé l’ophtalmologie, l’anesthésie et la pharmacologie du système nerveux autonome. Et ses feuilles, broyées dans du saindoux par les sorcières du Moyen Âge, entraient dans la composition des fameux « onguents de vol » qui leur donnaient l’impression de s’envoler sur leur balai vers le sabbat. La belladone est tout cela : un poison, un cosmétique, un médicament, un philtre de sorcière et un outil de la science moderne. Cette monographie retrace l’histoire d’une plante qui a traversé les siècles en oscillant perpétuellement entre le meurtre et la médecine.
II. Atropa belladonna — portrait botanique
III. Les Solanaceae — la famille des alcaloïdes tropaniques
IV. La fleur, la baie et le piège — anatomie d’un empoisonneur
V. Distribution et écologie — sous-bois calcaires et décombres
VI. La belladone dans l’Antiquité — poison politique et oracle de Delphes
VII. Les onguents de vol — sorcellerie et pharmacologie
VIII. Bella donna — la pupille des Vénitiennes
IX. Les alcaloïdes tropaniques — atropine, scopolamine, hyoscyamine
X. Mécanisme d’action — bloquer l’acétylcholine
XI. L’atropine en ophtalmologie — deux siècles de mydriase
XII. L’atropine en médecine d’urgence et en anesthésie
XIII. La scopolamine — du mal de mer à la soumission chimique
XIV. Toxicologie — l’empoisonnement atropinique
XV. La belladone en phytothérapie — une plante interdite
XVI. Précautions, confusion et premiers secours
XVII. Synthèse — entre le poison et le remède, la pupille et le sabbat
XVIII. Bibliographie
I. Atropos, celle qui tranche le fil

Dans la mythologie grecque, les Moires sont les trois déesses du destin. Clotho file le fil de la vie. Lachésis le mesure. Atropos le coupe. Atropos signifie « celle qu’on ne peut détourner » — l’inflexible, l’inévitable. C’est le nom que Linné a choisi en 1753 pour baptiser le genre de la belladone. Le message est clair : cette plante tue, et rien ne la détourne de sa besogne.
La belladone est l’une des plantes les plus toxiques de la flore européenne. Trois à quatre baies suffisent à tuer un enfant. Une dizaine peut tuer un adulte. Et les baies sont un piège parfait : elles sont noires, brillantes, de la taille d’une cerise, légèrement sucrées, d’aspect appétissant. Elles ne préviennent pas — ni par l’amertume, ni par l’odeur nauséabonde, ni par le goût répugnant qui caractérisent tant de plantes toxiques. La belladone est un poison silencieux, dissimulé dans un fruit attrayant.
L’histoire de la belladone est jalonnée de morts. Plutarque rapporte que les soldats de Marc Antoine, pendant la retraite des Parthes (36 av. J.-C.), furent empoisonnés en mangeant des baies de belladone, « perdant la mémoire et s’affairant à retourner les pierres comme s’ils accomplissaient quelque tâche importante ». La description des hallucinations (confusion, activité compulsive sans but) est cliniquement parfaite — c’est un tableau d’intoxication anticholinergique classique.
Au Moyen Âge, la belladone est l’un des ingrédients des « recettes de sorcières » — les onguents hallucinogènes que les femmes accusées de sorcellerie s’appliquaient sur la peau et les muqueuses pour « voler au sabbat ». À la Renaissance, elle devient un cosmétique — les Vénitiennes l’utilisent pour dilater leurs pupilles et rendre leur regard plus séduisant, d’où le nom de bella donna (belle dame). Au XIXe siècle, elle entre dans la pharmacopée officielle — l’atropine, isolée en 1831, devient le premier médicament ophtalmologique et l’un des fondements de la pharmacologie du système nerveux autonome.
II. Atropa belladonna — portrait botanique
Atropa belladonna L. est une plante herbacée vivace de la famille des Solanaceae, originaire d’Europe méridionale et centrale, d’Asie Mineure et d’Afrique du Nord.
C’est une plante robuste, buissonnante, de 50 à 150 centimètres de hauteur (parfois 200 centimètres dans les stations ombragées et fertiles). La tige est dressée, épaisse, cylindrique, ramifiée dans sa moitié supérieure, pubescente-glanduleuse, souvent teintée de violet. La ramification est dichotomique (la tige se divise en deux branches à chaque nœud), ce qui donne à la plante un port buissonnant, étalé, en forme de dôme.
Les feuilles sont grandes, ovales à elliptiques, de 7 à 20 centimètres de long et 3 à 10 centimètres de large, à sommet aigu et base atténuée en un court pétiole. Elles sont entières (bord lisse, sans dents), molles, vert foncé sur la face supérieure, vert plus pâle sur la face inférieure, pubescentes-glanduleuses. Les feuilles sont disposées de manière caractéristique : à chaque nœud de la tige, une feuille plus grande et une feuille plus petite sont portées côte à côte (hétérophyllie), un caractère inhabituel qui est diagnostique du genre Atropa.
La racine est un rhizome épais, charnu, ramifié, brun-noirâtre, à partir duquel la plante repousse chaque année (la partie aérienne meurt en hiver et se régénère au printemps). Le rhizome peut persister des décennies, permettant à un pied de belladone de survivre indéfiniment.
L’ensemble de la plante dégage une odeur légèrement désagréable, surtout quand on froisse les feuilles — une odeur herbacée, un peu fétide, qui n’est toutefois pas assez forte pour servir de signal d’alarme.
III. Les Solanaceae — la famille des alcaloïdes tropaniques
La famille des Solanaceae est l’une des plus importantes et des plus ambivalentes du règne végétal. Elle comprend environ 98 genres et 2 700 espèces, réparties principalement dans les régions tropicales et subtropicales d’Amérique du Sud (le centre de diversité de la famille), mais aussi dans toutes les zones tempérées et tropicales du monde.
Les Solanaceae sont à la fois une famille alimentaire de premier plan et une famille de poisons redoutables. Parmi les espèces alimentaires : la tomate (Solanum lycopersicum), la pomme de terre (Solanum tuberosum), le poivron et le piment (Capsicum spp.), l’aubergine (Solanum melongena), le physalis (Physalis peruviana). Parmi les espèces toxiques ou pharmacologiques : la belladone (Atropa belladonna), la jusquiame (Hyoscyamus niger), le datura (Datura stramonium), la mandragore (Mandragora officinarum), le tabac (Nicotiana tabacum).
Le trait chimique unificateur de la famille est la production d’alcaloïdes. Les Solanaceae produisent deux grands groupes d’alcaloïdes :
— Les alcaloïdes tropaniques (atropine, scopolamine, hyoscyamine, cocaïne) : dérivés du noyau tropane, un bicycle azoté à 8 atomes. Le groupe « belladone » (atropine, scopolamine, hyoscyamine) est produit par les genres Atropa, Hyoscyamus, Datura, Mandragora, Scopolia et Brugmansia. La cocaïne, bien qu’elle soit aussi un alcaloïde tropanique, est produite par une famille différente (les Erythroxylaceae — Erythroxylum coca).
— Les alcaloïdes stéroïdiens (solanine, tomatine, chaconine) : présents dans les genres Solanum, Lycopersicon et Capsicum. Ce sont des glycoalcaloïdes faiblement toxiques, présents dans les parties vertes (feuilles, tiges, fruits immatures) des tomates, pommes de terre et aubergines. C’est la solanine qui rend toxiques les pommes de terre verdies et les germes de pommes de terre.
— La nicotine : un alcaloïde pyridinique (non tropanique) produit par le genre Nicotiana. C’est l’un des insecticides naturels les plus puissants et la substance responsable de la dépendance au tabac.
Le « club des sorcières » — belladone, jusquiame, datura, mandragore — est le sous-groupe des Solanaceae à alcaloïdes tropaniques du type atropine/scopolamine. Ces quatre plantes partagent les mêmes alcaloïdes (à des concentrations variables), les mêmes effets pharmacologiques (anticholinergiques), les mêmes dangers (hallucinations, tachycardie, mydriase, hyperthermie, mort) et la même histoire — elles sont les plantes des sorcières, des empoisonneuses et des oracles depuis l’Antiquité.
IV. La fleur, la baie et le piège — anatomie d’un empoisonneur

La fleur de la belladone est discrète, presque insignifiante par rapport à la taille de la plante. Elle est solitaire, pendante, portée à l’aisselle des feuilles supérieures, sur un pédoncule court et courbé. La corolle est en forme de cloche (campanulée), de 2,5 à 3 centimètres de long, à 5 lobes courts et recourbés vers l’extérieur. Sa couleur est caractéristique : brun-violacé terne, avec des nervures plus sombres — un brun pourpre sale, sans éclat, qui n’attire pas le regard. Le calice est composé de 5 sépales verts, triangulaires, soudés à la base, persistants — ils resteront et s’agrandiront après la fécondation pour former une étoile verte autour du fruit.
Les étamines sont au nombre de 5, insérées à la base de la corolle. L’ovaire est supère, biloculaire. La pollinisation est assurée principalement par les bourdons.
La baie est le piège mortel de la belladone. C’est une baie globuleuse, de 1,5 à 2 centimètres de diamètre, d’abord verte, puis rouge, puis noire brillante à maturité — aussi luisante qu’une cerise noire. Elle est enchâssée dans le calice persistant, dont les 5 sépales se sont étalés en étoile et forment une collerette verte autour du fruit noir — un contraste visuel saisissant qui rend la baie très visible et reconnaissable.
La chair de la baie est juteuse, légèrement sucrée, faiblement acide, sans amertume marquée — c’est cette palatabilité qui en fait un piège si dangereux pour les enfants. Chaque baie contient entre 30 et 40 graines, petites, réniformes, brun clair. La teneur en alcaloïdes de la baie mûre est de l’ordre de 0,5 à 1 % du poids frais (principalement de l’atropine et de la scopolamine).
La dose toxique est terrifiante par sa faiblesse : 2 à 5 baies peuvent provoquer une intoxication grave chez un enfant, 10 à 20 baies peuvent être fatales chez un adulte. La dose létale d’atropine chez l’adulte est estimée à environ 100 mg — ce qui correspond à l’ingestion de 10 à 20 baies mûres.
Le piège est d’autant plus pervers que la belladone pousse souvent à proximité des chemins de randonnée, des lisières forestières et des ruines — des endroits fréquentés par les promeneurs et les enfants. Les baies mûrissent en août-septembre, au moment des promenades estivales. Et rien dans leur apparence ne signale le danger — elles ressemblent à des cerises noires, à des myrtilles géantes, ou aux baies de sureau noir.
V. Distribution et écologie — sous-bois calcaires et décombres
Atropa belladonna est une espèce eurasiatique, dont l’aire de distribution naturelle s’étend de l’Angleterre et de l’Irlande à l’ouest jusqu’à l’Iran et le Caucase à l’est, et de la Suède méridionale au nord jusqu’au Maroc et à l’Algérie au sud. Elle a été naturalisée en Amérique du Nord.
C’est une espèce de demi-ombre, qui pousse dans les sous-bois clairs, les lisières forestières, les clairières, les coupes de bois, les haies, les ruines et les décombres. Elle est nettement calcicole — elle pousse de préférence sur les sols calcaires, marneux ou crayeux, riches en azote et bien drainés. En France, on la trouve principalement dans les forêts calcaires de l’Est (Lorraine, Alsace, Bourgogne, Jura, Alpes du Nord), du Centre (Causses, gorges calcaires du Massif central) et du Midi (garrigues, forêts de chênes pubescents). Elle est rare ou absente dans les régions siliceuses (Bretagne, Massif armoricain, Landes).
La belladone est une plante nitrophile — elle apprécie les sols riches en azote, ce qui explique sa fréquence dans les décombres, les ruines, les anciens dépotoirs, les abords des bergeries et les zones anciennement pâturées (enrichies en azote par les déjections animales). Dans les forêts, elle apparaît souvent après les coupes et les chablis, profitant de l’ouverture du couvert et de la minéralisation de l’humus.
En altitude, elle monte jusqu’à 1 500 mètres dans les Alpes et les Pyrénées — on la trouve dans les clairières des hêtraies-sapinières montagnardes et dans les mégaphorbiaies (prairies à hautes herbes) des ravins calcaires.
La belladone est une plante relativement rare dans la plupart de ses stations. Elle ne forme jamais de grandes populations denses comme le font la digitale ou le coquelicot. On la rencontre le plus souvent sous forme d’individus isolés ou de petits groupes de quelques pieds — ce qui la rend d’autant plus dangereuse, car les promeneurs qui la rencontrent n’ont souvent aucune expérience préalable de la plante.
VI. La belladone dans l’Antiquité — poison politique et oracle de Delphes
La belladone est l’un des plus anciens poisons connus de la civilisation occidentale. Son usage comme poison et comme narcotique est documenté depuis l’Antiquité grecque et romaine.
Théophraste (371-287 av. J.-C.), dans son Historia Plantarum, décrit une plante qu’il appelle strychnos manikos (le « strychnos qui rend fou ») et qui correspond probablement à la belladone (ou à une solanacée tropanique apparentée). Il note que cette plante « rend fou » et que « prise en petite quantité, elle provoque des visions et des hallucinations ».
Dioscoride (Ier siècle apr. J.-C.) décrit dans le De Materia Medica une plante qu’il nomme strychnos et dont il distingue trois variétés — dont une « qui provoque le sommeil et les visions, et qui, en quantité plus grande, tue ». La description correspond bien à la belladone ou à la mandragore.
L’usage politique de la belladone comme poison est attesté. La légende rapporte que Livie, épouse d’Auguste et mère de Tibère, aurait empoisonné les figues du jardin de son mari avec du jus de belladone pour l’éliminer et assurer l’accession de son fils au trône. L’historien Tacite rapporte plusieurs empoisonnements politiques dans la Rome impériale où les « poisons végétaux » — dont les solanacées tropaniques — jouaient un rôle central.
L’hypothèse d’un usage de la belladone (ou de plantes apparentées comme la jusquiame) dans les oracles antiques a été proposée par plusieurs historiens. La Pythie de Delphes, qui entrait en transe pour prophétiser, aurait pu inhaler des vapeurs de solanacées brûlées ou ingérer des préparations à base de jusquiame ou de belladone. Les symptômes décrits par les auteurs antiques (transe, discours incohérent, agitation, convulsions) sont compatibles avec une intoxication anticholinergique. L’hypothèse reste spéculative, mais elle s’inscrit dans un schéma bien documenté d’usage rituel des solanacées tropaniques dans de nombreuses cultures — des chamanes sibériens aux sorcières européennes.
VII. Les onguents de vol — sorcellerie et pharmacologie
L’un des chapitres les plus fascinants de l’histoire de la belladone est celui des « onguents de vol » — les préparations grasses à base de solanacées tropaniques que les femmes accusées de sorcellerie utilisaient prétendument pour « voler au sabbat ».
Les archives des procès de sorcellerie des XVe au XVIIe siècles mentionnent à de multiples reprises des « onguents » ou « graisses » que les accusées s’appliquaient sur le corps — en particulier sur les muqueuses (aisselles, aine, muqueuse vaginale) — avant de « s’envoler pour le sabbat ». Les recettes, quand elles sont détaillées, mentionnent systématiquement les mêmes ingrédients : belladone, jusquiame noire, datura, mandragore, aconit, graisse animale (souvent de la graisse de porc ou, selon les accusations, de la graisse de nourrisson — une calomnie classique de la chasse aux sorcières).
L’explication pharmacologique est aujourd’hui bien comprise. Les alcaloïdes tropaniques (atropine, scopolamine, hyoscyamine) sont des molécules lipophiles qui traversent facilement la peau et les muqueuses. Mélangés à une base grasse (saindoux, beurre) et appliqués sur des zones de peau fine ou sur des muqueuses, ils sont absorbés par voie transcutanée et produisent leurs effets systémiques — hallucinations, sensation de lévitation, distorsions corporelles, impression de vol.
La scopolamine, en particulier, est responsable de la sensation de lévitation et de vol. À doses modérées, elle provoque un état de semi-conscience, avec des hallucinations vivaces, souvent liées au mouvement et à la lévitation, et une amnésie rétrograde (le sujet ne se souvient pas clairement de l’épisode au réveil — il a le souvenir confus d’avoir « volé » sans pouvoir distinguer le rêve de la réalité).
Le bâton de sorcière (ou balai) a peut-être une explication prosaïque dans ce contexte. Plusieurs auteurs (dont l’historien Michael Harner, en 1973) ont proposé que le « balai » était en réalité le bâton enduit d’onguent que les femmes utilisaient pour s’appliquer la préparation sur les muqueuses vaginales — une voie d’absorption particulièrement efficace. Le « vol sur le balai » serait alors une métaphore — ou un souvenir hallucinatoire — de l’application de l’onguent et du « voyage » hallucinatoire qui s’ensuivait.
Cette interprétation pharmacologique de la sorcellerie ne prétend pas expliquer l’ensemble du phénomène — la chasse aux sorcières est un phénomène social, religieux et politique complexe qui dépasse largement la pharmacologie. Mais elle offre une explication rationnelle à l’un de ses éléments les plus mystérieux : la conviction sincère de certaines accusées d’avoir réellement « volé au sabbat ».
VIII. Bella donna — la pupille des Vénitiennes
L’usage cosmétique de la belladone est attesté depuis la Renaissance italienne. Les femmes de la haute société vénitienne et florentine se mettaient des gouttes de jus de belladone dans les yeux pour dilater leurs pupilles (mydriase) et rendre leur regard plus large, plus lumineux, plus séduisant. C’est cet usage qui a donné à la plante son nom italien de bella donna (belle dame), adopté par Linné comme épithète spécifique.
L’effet est réel. L’atropine, principal alcaloïde de la belladone, bloque les récepteurs muscariniques du muscle sphincter de l’iris (le muscle qui contracte la pupille). En l’absence de contraction du sphincter, le muscle dilatateur de l’iris (innervé par le système sympathique, non affecté par l’atropine) prend le dessus, et la pupille se dilate. La mydriase atropinique est maximale, bilatérale, et dure de 5 à 7 jours — beaucoup plus longtemps que l’effet des mydriatiques modernes.
La science moderne a confirmé que la dilatation de la pupille est perçue comme un signe d’attractivité. Des études d’eye-tracking ont montré que les visages aux pupilles dilatées sont jugés plus attirants, plus chaleureux et plus sympathiques que les mêmes visages aux pupilles contractées. La psychologue Eckhard Hess, dans les années 1960, a démontré que la pupille se dilate spontanément quand on regarde quelque chose d’agréable ou d’excitant — et que nous interprétons inconsciemment la dilatation pupillaire d’autrui comme un signe d’intérêt et d’attirance. Les Vénitiennes de la Renaissance ne connaissaient pas la neurophysiologie, mais elles avaient compris empiriquement ce que la science a confirmé quatre siècles plus tard.
L’usage cosmétique de la belladone était dangereux. L’application répétée de jus de belladone dans les yeux provoque une irritation conjonctivale, une paralysie de l’accommodation (vision de près impossible — les Vénitiennes étaient probablement incapables de lire après leur séance de beauté), une photophobie (intolérance à la lumière — d’où l’habitude de porter des voiles sombres), et un risque de glaucome aigu par fermeture de l’angle iridocornéen chez les sujets prédisposés. L’absorption systémique par la muqueuse conjonctivale pouvait aussi provoquer des symptômes d’intoxication atropinique (tachycardie, sécheresse buccale, confusion).
IX. Les alcaloïdes tropaniques — atropine, scopolamine, hyoscyamine

Les alcaloïdes de la belladone appartiennent au groupe des alcaloïdes tropaniques — des molécules construites autour du noyau tropane, un bicycle azoté composé d’un cycle pyrrolidine fusionné avec un cycle pipéridine, portant un pont méthylène entre les atomes 1 et 5. Ce noyau tropane est estérifié par un acide aromatique (l’acide tropique) pour former les alcaloïdes actifs.
Les trois alcaloïdes principaux de la belladone sont :
L’hyoscyamine : c’est l’alcaloïde principal de la belladone fraîche. C’est l’ester de l’acide (S)-tropique avec le tropanol. C’est un énantiomère pur — la forme lévogyre (L-hyoscyamine), environ deux fois plus active que le racémique.
L’atropine : c’est le racémique (mélange 50/50 des formes L et D) de l’hyoscyamine. L’atropine n’existe pas à l’état naturel dans la plante fraîche — elle se forme par racémisation de l’hyoscyamine pendant l’extraction et le séchage. En pratique, les termes « atropine » et « hyoscyamine » sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais stricto sensu l’atropine est le racémique et l’hyoscyamine est l’énantiomère naturel actif.
La scopolamine (ou hyoscine) : c’est un dérivé de l’hyoscyamine portant un groupement époxyde sur le noyau tropane. La scopolamine est plus lipophile que l’atropine, traverse plus facilement la barrière hémato-encéphalique, et possède des effets centraux plus marqués (sédation, amnésie, hallucinations). Elle est présente dans la belladone en quantité moindre que l’hyoscyamine, mais elle est l’alcaloïde majoritaire chez d’autres solanacées tropaniques (jusquiame, datura, brugmansia).
La teneur en alcaloïdes totaux varie selon l’organe de la plante :
— Feuilles : 0,2 à 0,6 % (principalement hyoscyamine).
— Racines : 0,4 à 0,8 % (principalement hyoscyamine et scopolamine).
— Baies mûres : 0,5 à 1 % (principalement atropine et scopolamine).
— Graines : 0,6 à 0,8 %.
L’isolement de l’atropine a été réalisé en 1831 par le pharmacien allemand Philipp Lorenz Geiger et son étudiant Germain Henri Hess, à partir de racines de belladone. La structure chimique a été élucidée par Willstätter en 1901, et la synthèse totale réalisée par Robinson en 1917.
X. Mécanisme d’action — bloquer l’acétylcholine
L’atropine et la scopolamine sont des antagonistes compétitifs des récepteurs muscariniques de l’acétylcholine. Elles se fixent sur les récepteurs muscariniques (M₁ à M₅) sans les activer, empêchant l’acétylcholine de s’y fixer et de produire ses effets. C’est un blocage réversible — l’atropine est déplacée par un excès d’acétylcholine ou par un agoniste muscarinique (physostigmine, néostigmine).
L’acétylcholine est le neurotransmetteur du système nerveux parasympathique — la branche du système nerveux autonome qui contrôle les fonctions de repos, de digestion et de récupération. En bloquant les récepteurs muscariniques, l’atropine bloque le parasympathique et laisse le champ libre au système sympathique. Les effets sont donc « sympathomimétiques indirects » :
— Cœur : tachycardie (accélération de la fréquence cardiaque — le frein vagal est levé).
— Yeux : mydriase (dilatation de la pupille) et cycloplégie (paralysie de l’accommodation — impossibilité de faire la mise au point en vision de près).
— Glandes : inhibition de toutes les sécrétions — tarissement de la salive (bouche sèche), de la sueur (peau sèche et chaude), des larmes, des sécrétions bronchiques et gastriques.
— Tube digestif : ralentissement du péristaltisme, constipation.
— Vessie : rétention urinaire (le muscle détrusor ne se contracte plus).
— Bronches : bronchodilatation (relaxation des muscles lisses bronchiques).
— Système nerveux central (à forte dose) : agitation, confusion, hallucinations, délire, convulsions, coma.
Un mnémonique anglo-saxon classique résume les signes de l’intoxication atropinique : « Hot as a hare (hyperthermie), blind as a bat (mydriase), dry as a bone (sécheresse des muqueuses), red as a beet (vasodilatation cutanée), mad as a hatter (délire). »
XI. L’atropine en ophtalmologie — deux siècles de mydriase
L’utilisation de l’atropine en ophtalmologie remonte aux premières décennies du XIXe siècle, peu après son isolement. Les ophtalmologistes ont rapidement compris l’intérêt d’un agent capable de dilater la pupille de manière prévisible et prolongée — pour examiner le fond d’œil (la rétine, le nerf optique, les vaisseaux rétiniens), pour préparer la chirurgie oculaire et pour traiter certaines inflammations intraoculaires (uvéites).
L’atropine en collyre (solution à 0,5 ou 1 %) est le mydriatique le plus puissant disponible. Elle produit une mydriase maximale et une cycloplégie complète, d’installation lente (30 à 40 minutes) mais de durée très longue — 7 à 14 jours pour la mydriase, 5 à 7 jours pour la cycloplégie. Cette longue durée est un avantage thérapeutique (dans le traitement des uvéites, où une mydriase prolongée est souhaitée pour prévenir les synéchies iridocristalliniennes) mais un inconvénient diagnostique (pour un simple examen du fond d’œil, des mydriatiques plus courts sont préférés).
Les mydriatiques plus courts d’action — tropicamide (Mydriaticum, durée 4-6 heures), cyclopentolate (Skiacol, durée 24 heures), phényléphrine (Néosynéphrine, durée 3-4 heures) — ont largement remplacé l’atropine pour l’examen de routine du fond d’œil. Mais l’atropine reste irremplaçable dans deux indications :
— Le traitement des uvéites antérieures : l’atropine en collyre maintient la pupille dilatée et le muscle ciliaire au repos, prévenant les adhérences (synéchies) entre l’iris enflammé et le cristallin, qui pourraient déformer définitivement la pupille et compromettre la vision.
— Le traitement de l’amblyopie chez l’enfant : l’instillation d’atropine en collyre dans l’œil dominant provoque un flou visuel de près (cycloplégie) qui force l’enfant à utiliser son œil amblyope, stimulant ainsi le développement de sa vision. Cette méthode (pénalisation atropinique) est une alternative au cache-œil pour le traitement de l’amblyopie.
Depuis 2019, des études cliniques (en particulier l’étude LAMP, Hong Kong) ont montré que l’atropine en collyre à très faible concentration (0,01 à 0,05 %) ralentit la progression de la myopie chez l’enfant — une découverte majeure dans le contexte de l’épidémie mondiale de myopie qui touche les jeunes générations, en particulier en Asie de l’Est.
XII. L’atropine en médecine d’urgence et en anesthésie
L’atropine injectable est un médicament essentiel de la médecine d’urgence et de l’anesthésie, inscrit sur la liste modèle des médicaments essentiels.
Bradycardie symptomatique. L’indication la plus fréquente de l’atropine en urgence est la bradycardie (ralentissement de la fréquence cardiaque) mal tolérée. L’atropine IV (0,5 à 1 mg, renouvelable) accélère le cœur en bloquant le tonus vagal au niveau du nœud sinusal. Elle est le traitement de première ligne de la bradycardie sinusale symptomatique et du bloc auriculo-ventriculaire.
Arrêt cardiaque. L’atropine a longtemps fait partie des protocoles de réanimation cardio-pulmonaire (RCP) pour l’asystolie et la dissociation électromécanique. Elle a été retirée des protocoles européens (ERC) en 2010 faute de preuve de bénéfice, mais reste utilisée dans certains protocoles nationaux.
Intoxications par les organophosphorés. Les organophosphorés (insecticides, gaz neurotoxiques — sarin, VX, tabun) agissent en inhibant irréversiblement l’acétylcholinestérase, l’enzyme qui dégrade l’acétylcholine. Le résultat est une accumulation massive d’acétylcholine aux synapses muscariniques et nicotiniques, provoquant une « tempête cholinergique » : hypersécrétion massive (salive, larmes, bronches, sueur), bronchospasme, bradycardie, miosis, convulsions, paralysie respiratoire et mort. L’atropine, en bloquant les récepteurs muscariniques, antagonise les effets muscariniques de l’excès d’acétylcholine. Les doses nécessaires sont colossales — jusqu’à 100 mg ou plus en perfusion continue pour les intoxications graves aux organophosphorés.
En anesthésie, l’atropine est utilisée en prémédication pour réduire les sécrétions salivaires et bronchiques (qui peuvent obstruer les voies aériennes pendant l’intubation) et pour prévenir la bradycardie réflexe provoquée par certains agents anesthésiques (succinylcholine, propofol) et par les manœuvres d’intubation.
XIII. La scopolamine — du mal de mer à la soumission chimique
La scopolamine possède un profil pharmacologique distinct de celui de l’atropine. Elle traverse plus facilement la barrière hémato-encéphalique et exerce des effets centraux plus marqués : sédation, amnésie antérograde, suppression des nausées et des vomissements.
Anti-nauséeux. La scopolamine est l’un des anti-nauséeux les plus efficaces contre le mal des transports (cinétose). Elle est commercialisée sous forme de patch transdermique (Scopoderm) à appliquer derrière l’oreille 6 à 12 heures avant le voyage. Le patch libère la scopolamine de manière continue pendant 72 heures. Elle est aussi utilisée pour la prévention des nausées et vomissements postopératoires.
Le « Dämmerungsschlaf ». Au début du XXe siècle, la scopolamine a été utilisée en association avec la morphine pour produire un état de semi-conscience amnésique — le Dämmerungsschlaf (« sommeil crépusculaire ») — utilisé en obstétrique (accouchement « sans douleur » et sans souvenir) et en anesthésie. La femme accouchait en état de semi-conscience et n’avait aucun souvenir de la douleur au réveil. Cette pratique, populaire dans les années 1910-1950, a été progressivement abandonnée en raison des effets secondaires (agitation paradoxale, hallucinations, dépression néonatale).
Soumission chimique. La scopolamine a acquis une sinistre réputation comme drogue de soumission chimique — la « drogue du violeur » ou « burundanga » en Amérique du Sud. Administrée à l’insu de la victime (dans une boisson, par contact cutané, par inhalation), elle provoque un état de docilité, de suggestibilité et d’amnésie antérograde : la victime obéit aux ordres, ne résiste pas, et ne se souvient de rien au réveil. Des cas de vols, d’agressions sexuelles et de séquestrations sous scopolamine sont régulièrement rapportés en Colombie, au Venezuela, en France et dans d’autres pays. La scopolamine est classée comme psychotrope et son usage non médical est interdit.
XIV. Toxicologie — l’empoisonnement atropinique
L’intoxication par la belladone (ou « syndrome anticholinergique », ou « syndrome atropinique ») est un tableau clinique classique de la toxicologie d’urgence.
Les circonstances sont principalement :
— Ingestion accidentelle de baies par des enfants (la cause la plus fréquente).
— Confusion avec des baies comestibles (sureau noir, myrtille, cerise) par des adultes.
— Ingestion volontaire à visée hallucinogène (adolescents, expérimentateurs).
— Surdosage médicamenteux (collyre atropinique ingéré par un enfant, surdosage en antispasmodiques atropiniques).
Les symptômes apparaissent en 30 minutes à 2 heures et suivent le mnémonique classique :
— Bouche sèche, soif intense, difficulté à déglutir.
— Peau sèche, chaude, rouge (vasodilatation).
— Tachycardie (pouls rapide).
— Mydriase bilatérale (pupilles dilatées, fixes).
— Vision trouble (cycloplégie).
— Rétention urinaire.
— Agitation, confusion, hallucinations visuelles (souvent des insectes, des animaux, des personnages — hallucinations de type « delirium »), discours incohérent, gestes de préhension dans le vide (le patient essaie d’attraper des objets imaginaires — un signe classique).
— Hyperthermie (pouvant dépasser 40 °C, surtout chez l’enfant — l’absence de sudation empêche la thermorégulation).
— Convulsions et coma dans les cas graves.
L’antidote est la physostigmine (ésérine) — un inhibiteur réversible de l’acétylcholinestérase qui augmente la concentration d’acétylcholine aux synapses muscariniques, contrecarrant le blocage atropinique. La dose est de 1 à 2 mg IV lente chez l’adulte, 0,02 mg/kg chez l’enfant. L’effet est spectaculaire : les hallucinations cessent, la conscience se clarifie, la tachycardie et la mydriase régressent en quelques minutes. La physostigmine doit être utilisée avec prudence car elle peut provoquer une bradycardie excessive et des convulsions.
En l’absence de physostigmine, le traitement est symptomatique : refroidissement externe (hyperthermie), benzodiazépines (agitation, convulsions), sondage vésical (rétention urinaire), surveillance cardiaque continue.
XV. La belladone en phytothérapie — une plante interdite
Comme l’if, la digitale et le pavot, la belladone n’a aucune place en phytothérapie libre. Son usage sous toute forme non pharmaceutique est formellement interdit et extrêmement dangereux.
La belladone figure sur la liste A de la Pharmacopée française — la liste des plantes médicinales dont l’usage est réservé aux préparations pharmaceutiques. Aucune tisane, teinture, poudre ou extrait de belladone ne peut être légalement vendu en dehors du circuit pharmaceutique.
Les seules utilisations légitimes de la belladone sont :
— L’atropine en collyre, en injection et en comprimés — médicament de prescription médicale.
— La scopolamine en patch transdermique et en injection — médicament de prescription médicale.
— L’extrait de belladone dans quelques spécialités pharmaceutiques anciennes (suppositoires antispasmodiques), aujourd’hui en voie de disparition au profit de l’atropine pure.
— L’homéopathie : Belladonna est l’un des remèdes homéopathiques les plus prescrits (fièvre, inflammation aiguë, céphalées). Aux dilutions habituelles (5 CH à 30 CH), la préparation ne contient plus de quantité pharmacologiquement active d’alcaloïdes.
XVI. Précautions, confusion et premiers secours
Confusion avec des plantes comestibles. Les baies de belladone sont le plus souvent confondues avec :
— Les cerises (Prunus cerasus, P. avium) : même taille, même couleur noire à maturité, même aspect brillant. La différence est dans le calice : la cerise a un calice minuscule et un long pédoncule ; la baie de belladone est enchâssée dans un calice étalé en étoile verte très visible.
— Les myrtilles (Vaccinium myrtillus) : les myrtilles sont plus petites (5-8 mm), poussent sur un sous-arbrisseau bas (20-40 cm), et n’ont pas de calice étoilé. La confusion est possible chez les enfants qui ne regardent pas la plante d’où vient le fruit.
— Les baies de sureau noir (Sambucus nigra) : les baies de sureau sont en grappes pendantes serrées, beaucoup plus petites (4-6 mm), et le port de la plante (arbuste à feuilles composées) est très différent.
En cas d’ingestion de baies de belladone :
1. Appeler immédiatement le 15 (SAMU) ou le centre antipoison.
2. Ne pas faire vomir (risque d’inhalation en cas de troubles de conscience).
3. Charbon activé (50 g adulte, 1 g/kg enfant) si ingestion de moins d’une heure.
4. Transfert hospitalier urgent pour surveillance cardiaque et neurologique.
5. Physostigmine IV si syndrome anticholinergique sévère (hallucinations, agitation, hyperthermie, tachycardie menaçante).
Jardins. La belladone est rarement cultivée volontairement, mais elle peut apparaître spontanément dans les jardins situés en zone calcaire, à proximité de forêts. Les pieds identifiés doivent être arrachés si des enfants fréquentent le jardin. Le port de gants est recommandé lors de l’arrachage (bien que l’absorption transcutanée par simple contact soit minime).
XVII. Synthèse — entre le poison et le remède, la pupille et le sabbat
L’histoire de la belladone est une histoire de regards. Le regard dilaté des Vénitiennes, qui cherchaient la beauté dans le poison. Le regard halluciné des « sorcières », qui voyaient le sabbat dans les vapeurs de l’onguent. Le regard de l’ophtalmologiste, qui utilise l’atropine pour voir ce que l’œil cache derrière sa pupille contractée. Le regard fixe et dilaté de l’enfant empoisonné, qui a croqué la baie noire brillante.
La belladone est le dernier des quatre « grands poisons » de cette série de monographies — après l’if, la digitale et le pavot. Chacun de ces poisons a donné naissance à une pharmacologie majeure : l’if au paclitaxel, la digitale à la digoxine, le pavot à la morphine, la belladone à l’atropine. Chacun illustre le même paradoxe : la frontière entre le poison et le remède n’est qu’une question de dose, de forme et de savoir-faire.
L’atropine, extraite de la plante la plus toxique des haies européennes, est aujourd’hui un médicament essentiel qui sauve des vies en réanimation (bradycardie, intoxications aux organophosphorés), en ophtalmologie (uvéites, amblyopie, contrôle de la myopie) et en anesthésie. La scopolamine, qui faisait « voler » les sorcières, soulage aujourd’hui des millions de voyageurs du mal de mer. Les mêmes alcaloïdes qui ont tué des enfants et empoisonné des empereurs ont fondé notre compréhension du système nerveux autonome et du fonctionnement des récepteurs muscariniques.
La belladone continue de pousser discrètement dans les sous-bois calcaires d’Europe, dressant ses tiges violacées entre les hêtres et les buis, suspendant ses cloches brun-pourpre sous ses grandes feuilles, et mûrissant ses baies noires et brillantes dans leur calice en étoile. Elle ne prévient pas. Elle ne menace pas. Elle attend, silencieuse et patiente, comme Atropos attend avec ses ciseaux.
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Avertissement. Cet article est publié à titre informatif et pédagogique. La belladone (Atropa belladonna) est une plante extrêmement toxique. AUCUNE partie de la plante ne doit être ingérée sous quelque forme que ce soit. L’atropine et la scopolamine sont des médicaments de prescription médicale, administrés sous surveillance spécialisée. L’automédication avec des préparations à base de belladone est mortellement dangereuse. En cas d’ingestion accidentelle de baies, appeler immédiatement le 15 (SAMU) ou le centre antipoison régional. Cet article ne constitue en aucun cas un conseil médical.